Raymond Bourdages, né le 12 mars 1731 à EstancarbonArchives départementales de la Haute-Garonne, registre paroissial d’Estancarbon, 1731, p. 42 de 271., dans le diocèse du Comminges en France, est un chirurgien, marchand, navigateur et entrepreneur établi en Acadie puis dans la baie des Chaleurs.

Arrivé en Amérique en 1751 comme chirurgien engagé, il devient maître-chirurgien auprès de la garnison commandée par Charles Deschamps de Boishébert pendant la guerre de Sept Ans. Il épouse Esther LeBlanc en 1756 et, après les déplacements provoqués par la guerre et la Déportation des Acadiens, il s'établit dans la baie des Chaleurs. À partir de 1762, il joue un rôle important dans l'établissement et le développement de Bonaventure, où il exerce des activités de commerce, de pêche, de navigation et de construction de moulins et de navires.

À la fin de sa vie, il entreprend également de défendre les droits de sa famille sur les terres qu'elle occupe à Bonaventure. Après sa mort, sa veuve Esther LeBlanc et ses enfants, notamment son fils Louis Bourdages, poursuivent pendant plusieurs décennies les démarches auprès des autorités coloniales. Le règlement de cette question foncière s'étend jusqu'au XIXe siècle.

Origines et arrivée en Amérique

Raymond Bourdages naît le 12 mars 1731 à Estancarbon, dans le diocèse de Comminges, aujourd'hui en Haute-Garonne, France. Son acte de baptême le donne comme fils de Jean Bourdatges et Catherine Guchareau, mariés, et indique que le parrain Raymond Bourdatges et la marraine Marie Brun sont également habitants d'Estancarbon.

Le 5 juin 1751, à Bordeaux, Raymond Bourdages signe un contrat d'engagement devant le notaire ParranArchives départementales de la Gironde, notaire Parran, 5 juin 1751, 3 E 13041.. Le document le décrit «chirurgien natif destancarbon diocèse de Comainges âgé de vingt ans»Archives départementales de la Gironde, minutes du notaire Jean Parran, 5 juin 1751, 3E 13041.. Il s'engage pour une durée de trois ans et doit traverser l'Atlantique à bord du navire L’Achille. Deux jours plus tard, le 7 juin 1751, il s'embarque à Bordeaux à bord du navire L'Achille, à destination de QuébecArchives nationales d’outre-mer (ANOM), Fonds des Colonies, série F5B, vol. 39, Passagers embarqués en France (Bordeaux), 1749-1758, liste des passagers du navire L’Achille, Bordeaux, 7 juin 1751.. Des procédures judiciaires engagées à Québec contre le capitaine du navire, Martin Haraneder, montrent que L'Achille était déjà arrivé à Québec le 22 septembre 1751Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Fonds Conseil souverain, TP1,S28,P20655, « Appel mis à néant de la sentence rendue en l'Amirauté de Québec, le 22 septembre 1751, dans la cause entre le sieur Dharnadere, capitaine du navire l'Achille, contre Pierre Revol, marchand à Québec », 4 octobre 1751.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Fonds Conseil souverain, TP1,S28,P20657, « Appel mis à néant de la sentence rendue en l'Amirauté de Québec, le 29 septembre 1751, dans la cause entre le sieur d'Harnadere, capitaine du navire l'Achille, contre le sieur Étienne Jayat, négociant en la ville de Québec », 4 octobre 1751..

Les sources actuellement connues ne permettent pas encore de reconstituer avec précision les premières années de son séjour en Nouvelle-France. Son contrat de 1751 établit cependant qu'il arrive comme chirurgien. Quelques années plus tard, il apparaît comme maître-chirurgien auprès des forces françaises en Acadie. Cette progression professionnelle est attestée par un acte notarié de Québec du 17 octobre 1760 qui le désigne comme maître-chirurgienBibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), Fonds Cour supérieure. District judiciaire de Québec. Greffes de notaires, Simon Sanguinet, père, CN301,S251, répertoire chronologique des actes notariaux, 6 octobre 1755 – 12 janvier 1761, p. 3232-3233, acte du 17 octobre 1760..

Guerre de Sept Ans

Raymond Bourdages se trouve en Acadie dans le contexte de la guerre de Sept Ans et de la Déportation des Acadiens. Il est associé à la garnison de Charles Deschamps de Boishébert, l'un des principaux chefs militaires français opérant dans la région de la rivière Saint-Jean.

Le 22 février 1756, il épouse Esther LeBlanc, une Acadienne originaire de Grand-PréBibliothèque et Archives Canada, Fonds de la paroisse catholique Saint-Charles-des-Mines (Grand-Pré, N.-É.), registre paroissial, microfilm C-1869, image 423, « Héritage ».. Le mariage est célébré à la paroisse Saint-Joseph, sur la rivière Saint-Jean, par le jésuite Charles Germain. Le certificat de mariage précise que Raymond est natif de FranceBibliothèque et Archives nationales du Québec, Fonds Cour supérieure, district judiciaire de Québec, Greffes des notaires, Jean-Antoine Panet, CN301,S205, 5 septembre 1778, fichier 1778, p. 16 de 21..

Le 30 septembre 1756, Raymond et Esther quittent l'Île Saint-Jean avec un groupe de 197 réfugiés acadiens à bord de deux bateaux. Ils arrivent au port de Québec vers le 18 octobre 1756. La famille s'établit ensuite à L'Ancienne-Lorette, près de Québec. Plusieurs des enfants de Raymond Bourdages et d'Esther LeBlanc y sont baptisés au cours des années suivantes.

Raymond Bourdages figure parmi les miliciens acadiens recensés par André-Carl Vachon pour la bataille des plaines d'Abraham, le 13 septembre 1759André-Carl Vachon, Les réfugiés et miliciens acadiens en Nouvelle-France, 1755-1763, La Grande Marée, 2020, annexe 9, p. 219.. Vachon le répertorie dans sa liste des miliciens acadiens, avec les autres Acadiens comptés parmi les forces présentes lors de la bataille. Il estime que ces miliciens acadiens auraient combattu avec la milice de QuébecAndré-Carl Vachon, Les réfugiés et miliciens acadiens en Nouvelle-France, 1755-1763, La Grande Marée, 2020, p. 154-158, notamment p. 158; annexe 8, p. 217..

Établissement à Bonaventure

Après la conquête britannique de la Nouvelle-France, le parcours de Raymond Bourdages entre 1760 et 1762 demeure en partie à documenter. Une tradition reprise dans des sources biographiques antérieures lui attribue un voyage en France en 1760, mais la nature exacte de ce voyage et ses circonstances ne sont pas encore suffisamment établies par les recherches archivistiques pour être présentées comme un fait certain.

En 1762, Raymond Bourdages décide de s’établir à Bonaventure. Dans une requête présentée en 1786 au gouverneur Guy Carleton, il explique lui-même qu'il avait pris cette décision en se fondant sur une proclamation permettant aux Acadiens de s'établir dans la baie des ChaleursBibliothèque et Archives Canada, fonds RG 1 L3L (State Records), vol. 46, p. 23370-23373, bobine de microfilm C-2511, item no 9436, lettre de Raymond Bourdages à Guy Carleton, 7 septembre 1786..

À son arrivée, il trouve déjà des habitants dans la région. Il affirme avoir contribué à leur établissement en les encourageant à défricher leurs terres et en leur fournissant diverses ressources nécessaires à leur subsistance et à leur mise en valeur.

Il acquiert environ 300 acres de terres à Bonaventure et y établit un poste commercial. Il développe parallèlement un autre établissement à Caraquet, de l'autre côté de la baie des Chaleurs. À Bonaventure, il fait également construire à la demande des habitants un moulin à farine et un moulin à scieBibliothèque et Archives Canada, fonds RG 1 L3L, vol. 165, bobine de microfilm C-2556, dossier no 50510 (Esther Bourdages), « Pétition des habitants de Bonaventure », Louis Fromenteau à Guy Carleton, 18 février 1791, documents 80545 à 80552 et 80561..

Raymond Bourdages ne se limite donc pas à exploiter ses propres terres. Il joue un rôle dans la mise en place des infrastructures nécessaires au développement économique de sa nouvelle communauté. Ses activités combinent agriculture, pêche, commerce, transformation du bois et des céréales et transport maritime.

Commerce et navigation

Les activités commerciales de Raymond Bourdages prennent rapidement une dimension maritime.

En 1763, il apparaît comme maître du sloop Adventurer, propriété du marchand Jean Marteilhe de QuébecBibliothèque et Archives Canada, RG 68, Licenses, Upper and Lower Canada, Canada East and Canada West and Ontario, 1817-1867, bobine C-3948, « No. 1 Province of Canada », John Marteilhe, Custom House de Québec, 5 mai 1763.. Il est également associé à d'autres entreprises maritimes dans la baie des Chaleurs, notamment au sloop Casar, construit à Bonaventure la même année et dont il est copropriétaire avec Benjamin LeBlanc et Jean CormierBibliothèque et Archives Canada, RG 68, Licenses, Upper and Lower Canada, Canada East and Canada West and Ontario, 1817-1867, bobine C-3948, « No. 64, Port of Quebec Province of Canada », déclaration de Raymond Bourdage, 2 novembre 1763..

Au cours des années 1760 et 1770, son réseau commercial s'étend à Québec, à la baie des Chaleurs et aux Antilles françaises. En 1770, Raymond Bourdages est en relation avec des gens du milieu maritime à Québec. Un contrat de mariage reçu le 6 octobre 1770 indique que Claude Landry, navigateur, demeure alors « chez Monsr. Bourdage ». Le contrat mentionne également Charles Dugas, « constructeur de Batiment de Navire », qui réside lui aussi chez BourdageArchives nationales du Québec, Actes de notaire, 1750–1776, Jean-Antoine Saillant, « Contrat de mariage entre Claude Landry et Hélène Dugas », 6 octobre 1770, microfilm 16 mm, image 2072 de 3340.. Selon Philippe Sylvain, Claude Landry est alors à l’emploi de Raymond Bourdages comme navigateur et s’établit à Tracadièche après son mariagePhilippe Sylvain, « Jean-Étienne Landry [1815–1884], l’un des fondateurs de la faculté de médecine de l’Université Laval », Les Cahiers des Dix, no 40, 1975, p. 161–196, notamment p. 162.. En 1775, il entretient notamment des relations commerciales avec des négociants du Môle-Saint-Nicolas, à Saint-DomingueBibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), greffe du notaire Jean-Antoine Panet, Québec, 5 septembre 1778, notice CN301,S205, répertoire chronologique, année 1778, p. 16 de 21, collections numériques de BAnQ.. Les documents conservés montrent que les produits de la baie des Chaleurs — notamment la morue, la farine, le bois et divers produits dérivés de la pêche — peuvent ainsi rejoindre les marchés antillais.

En 1775, une goélette appelée Aimable Esther est construite à Tracadièche, aujourd'hui Carleton-sur-Mer. Elle est enregistrée au port de Québec le 11 juillet 1775 au nom de Raymond Bourdages et d'Esther LeBlancBibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), greffe du notaire Jean-Antoine Panet, Québec, 5 septembre 1778, notice CN301,S205, répertoire chronologique, année 1778, p. 16 de 21, collections numériques de BAnQ, document d'enregistrement de l'Aimable Esther, 11 juillet 1775..

Un connaissement daté du 26 octobre 1775 montre qu'une cargaison appartenant à Raymond Bourdages est embarquée à Bonaventure à destination du Môle-Saint-Nicolas. Elle comprend notamment de la morue sèche, de la farine, de l'huile, du saumon, des anguilles, des planches, des bardeaux et divers matériaux nécessaires au commerce maritimeBibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), greffe du notaire Jean-Antoine Panet, Québec, 5 septembre 1778, notice CN301,S205, répertoire chronologique, année 1778, p. 16 de 21, collections numériques de BAnQ, connaissement de l'Aimable Esther, Bonaventure, 26 octobre 1775..

Le commerce maritime de Bourdages se poursuit dans les années suivantes. Une correspondance de Charles Robin datée du 21 septembre 1786Lettre de Charles Robin à Raymond Bourdages, 21 septembre 1786