Les (littéralement « Allemand par le peuple ») sont des populations vivant hors des États à population majoritairement allemande et dont elles n'ont pas la nationalité, mais qui se définissent (ou sont définies) ethniquement ou culturellement comme allemandes. C'est un terme allemand, forgé au début du et ultérieurement investi de connotations raciales et nationalistes.

Extension du terme Le mot allemand Volksdeutsche, apparu à la suite de la modification des frontières et à la création de nouveaux États à la suite de la Première Guerre mondiale, a d'abord été utilisé dans les années qui ont suivi par, et pour désigner, des personnes dont la langue maternelle était l'allemand, et qui, contrairement aux Reichsdeutsche (les Allemands du Reich) ou aux Allemands d'Autriche, vivaient après 1918 hors de ces deux États à population majoritairement allemande. Le terme Volksdeutsche est également distinct de Auslandsdeutsche, qui désigne des citoyens allemands vivant à l'étranger ou expatriés.

La plupart des personnes désignées comme Volksdeutsche possédaient la nationalité de leur lieu de résidence. Cela concernait les minorités germanophones des anciens Empire allemand et Empire d'Autriche (devenu plus tard l'Autriche-Hongrie) devenues citoyens des États qui ont succédé, hormis l'Autriche. C'était le cas de l'Alsace, d'une partie de la Lorraine, de la minorité allemande d'Eupen-Malmedy en Belgique, des Allemands de Pologne (notamment de Posnanie et de « Prusse-Occidentale »), des Pays baltes, de Tchécoslovaquie (Sudètes), de Yougoslavie, de Hongrie, d'Italie (Haut-Adige), de Roumanie, de la mer Noire et de la Volga. Plus rarement, on y incluait aussi les habitants du Luxembourg, les Suisses alémaniques et les Liechtensteinois.

En Autriche, le terme Volksdeutsche n'a pas été utilisé avant 1938, mais était encore utilisé après 1945.

Histoire des Volksdeutsche

Périodes médiévale et moderne

Le phénomène Volksdeutsche trouve ses racines dans les déplacements de populations du bas Moyen Âge, lorsque des colons allemands s'installent sur des terres d'Europe centrale et de l'estPierre Jean Simon, , dans les actuels États de la Baltique et Pologne, et ce dès le .

À partir de la partition de 843, des populations germaniques s'installent à l'Est des royaumes germaniques successifs. Appelés par les souverains slaves, des populations allemandes s'installent dans toute l'Europe de l'Est entre le et le . Jusqu'à la fin du , les populations allemandes et slaves vivent côte à côte, occupant les espaces et façonnant les paysages de façon complémentaire : en Bohême, les villes sont peuplées par des populations germaniques, tandis que les campagnes sont occupées par les populations slaves. D'autres régions sont ainsi totalement germanisées, à l'image de la Basse-Silésie.

À partir du , sous l'influence des monarques autrichiens, prussiens et russes, des territoires de plus en plus éloignés des espaces germaniques accueillent des colons germaniques : mène une politique de colonisation allemande de la Prusse, tandis que Joseph encourage des colons allemands à s'installer en Bukovine, en Galicie et Hongrie, à l'image des colons originaires du Palatinat, d'Alsace et de Lorraine appelés par Joseph II à Zamość à partir de 1784.

L'éveil au des nationalismes modernes, la disparition de l'Autriche-Hongrie et la création d'États nations allaient fortement accentuer les revendications et les craintes des différentes minorités, dont les minorités de langue allemande, présentes dans ces ÉtatsFrançois Fejtő, Requiem pour un empire défunt. Histoire de la destruction de l'Autriche-Hongrie, Lieu Commun, 1988. Dès le milieu du , les idées pangermanistes mettent en avant l'unité de tous les germanophones d'Europe, trouvent leurs premières manifestations politiques dans les années 1890 et sont largement répandues tant en Allemagne et en Autriche que parmi les minorités parlant allemand.

Nazisme Les idéologues inspirant le Parti national-socialiste reprennent en grande partie les idées pangermanistes, idées augmentées de connotations raciales liées au supposé « sang » allemand et au concept de race. Pendant le régime national-socialiste, la loi sur l'Empire et la nationalité (RuStAG) du , qui était à l'origine du fondement juridique du droit du sang, ne fut pas formellement modifiée mais connut dans ses applications des modifications importantes avec les lois raciales de 1935 Zit. nach Dieter Gosewinkel, in: , Die deutsche Staatsangehörigkeit: Vergangenheit – Gegenwart – Zukunft, Walter de Gruyter, Berlin 2007, , S. 66, 149 f.. Ce fut la politique d'expansion territoriale du Troisième Reich, à partir de 1938, qui plaça au premier rang la question des populations « de souche allemande » (Volksdeutsche), de leur statut juridique et de leur intégration.

L'historienne canadienne Doris Bergen fait remonter cette définition nazie des Volksdeutsche à un mémorandum de 1938 adressé par Adolf Hitler à la chancellerie du Reich Doris Bergen. « The Nazi Concept of 'Volksdeutsche' and the Exacerbation of Anti-Semitism in Eastern Europe, 1939-45 », Journal of Contemporary History, vol. 29, octobre 1994, . Elle note que l'élasticité de cette définition a permis des manipulations de la part de personnes aspirant à être reconnues comme faisant partie de ce groupe dans les territoires sous domination nazie Doris Bergen, « The Volksdeutschen of Eastern Europe, World War II, and the Holocaust: Constructed Ethnicity, Real Genocide, » in .. À partir de 1936, un organisme sous contrôle SS est habilité à organiser les relations avec les « Allemands par le peuple » : il s'agit de la Volksdeutsche Mittelstelle (Bureau de liaison des Allemands ethniques), sous la direction depuis 1937 du SS-Obergruppenführer Werner Lorenz..

Seconde Guerre mondiale À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le régime nazi a créé des partis nazis dans certaines de ces populations, partis qui ont eu plus ou moins de succès (surtout chez les Sudètes, plus proches du Reich). thumb|Les conséquences territoriales et démographiques du pacte germano-soviétique et de la politique raciale du Troisième Reich : en bleu, les Volksdeutsche « rapatriés » dans le Reich. Lors du Pacte germano-soviétique, les Volksdeutsche présents dans les territoires annexés par l'URSS (pays baltes, Pologne orientale, Bucovine, Bessarabie) sont rapatriés dans le Reich, pour servir de colons en Pologne occidentale (Wartheland), dans d'autres régions annexées, ou encore dans le Gouvernement général : les populations de Volksdeutsche des pays baltes sont ainsi rapatriés dans le Reich en vertu d'accords bilatéraux entre le Reich et la Lettonie, puis l'Estonie signés en octobre 1939. En , en juin 1940, puis en mars 1941, les Volksdeutsche des régions incorporées à l'URSS font l'objet de transferts vers le Reich. Les accueillies durant cette période le sont dans une atmosphère de désorganisation, ce qui pose de très nombreux problèmes aux hommes du RuSHA. Puis, une fois sous contrôle du Reich, les Volksdeutsche accueillis sont soumis à une sélection ethnique sévère. Les Volksdeutsche sont ainsi classés en quatre catégories : les catégories I et II peuvent être employées pour la colonisation à l'Est, la catégorie III doit être envoyée dans le Reich pour germanisation, tandis que la catégorie IV est dans un premier temps utilisée comme main d’œuvre dans le Reich. thumb|L'expulsion des Allemands d'Europe de l'Est (en bleu) parmi les conséquences territoriales et démographiques des changements actés en Europe orientale par les conférences inter-alliées de Moscou (1944), Yalta et Potsdam (1945). En effet, à partir de 1940, non seulement des Volksdeutsche, mais aussi des ressortissants de pays nordiques, sont recrutés par la SS. Enrégimentés dans des légions, les volontaires n'appartiennent pas à la SS. Mais les volontaires issus des populations germaniques ne sont pas les seuls à intégrer la SS.

Lors de l'attaque allemande contre l'URSS, les Allemands de la mer Noire et ceux de la Volga sont déportés préventivement par les autorités soviétiques vers la Sibérie et le Kazakhstan. Durant la Seconde Guerre mondiale, certains groupes de Volksdeutsche apportent un soutien aux autorités nazies et collaborent avec elles, ou bien sont incorporées dans des bataillons de la Waffen-SS ou de la Wehrmacht.

Ainsi, au fil des victoires du Reich, de plus en plus de populations de Volksdeutsche sont intégrées dans la sphère de recrutement des unités allemandes : ainsi, en 1941, les Volksdeutsche de l'armée yougoslave prisonniers de guerre sont intégrés dans la division Das Reich. En Croatie, cette politique de recrutement suscite des réserves du ministère des Affaires étrangères allemand, qui obtient la constitution d'unités, au sein de l'armée croate, composées de Volksdeutsche, sous le contrôle théorique de l'état oustachi. De plus, commissaire au renforcement de la race depuis 1939, Himmler se montre de plus en plus actif et intrusif sur la gestion des Volksdeutsche des territoires contrôlés directement ou indirectement par le Reich et ses alliés. Dans les Balkans, les responsables locaux des communautés de Volksdeutsche de Serbie, de Croatie et de Slovaquie ouvrent rapidement des pourparlers en vue de créer des unités militaires composées de recrues originaires de ces pays, pour appuyer les troupes d'occupation allemandes. Hitler ayant donné son accord, la Force allemande, regroupant des unités militaires composées de Volksdeutsche du Banat, est constituée, officiellement placée sous le contrôle du gouvernement de Belgrade. Au départ constituée sur la base du volontariat, cette unité recrute à partir de septembre 1942 selon les règles en vigueur dans le Reich, tous les hommes de .

Les Volksdeutsche de Hongrie connaissent le même sort, en dépit de l'alliance avec le Reich, Himmler ne se sentant pas lié par les accords qui pouvaient exister entre la Régence et le Reich.

Cependant, s’ils sont recrutés par les forces d'occupation allemande, les Volksdeutsche des Balkans constituent un enjeu entre les différents rouages militaires du Reich : Himmler, à l'issue d'une lutte d'une année, obtient la haute-main sur le recrutement de ces populations dans les unités allemandes, malgré l'hostilité du ministère des Affaires étrangères et des représentants de l'État libre de Croatie. En mai 1942, le recrutement et la formation militaire des Volksdeutsche de Croatie sont cependant confiés à Himmler et à ses représentants sur place, qui mènent une intense politique de recrutement pour la division SS prinz Eugen.

À la fin de la guerre, livrés à eux-mêmes (comme l'ensemble des populations allemandes de l'Est de l'Oder) par des autorités nazies en fuite vers l'Ouest, face à l'offensive de l'Armée rouge, les Volksdeutsche de Pologne (présents avant 1939 ou réinstallés durant les actions de colonisation) tentent de refluer vers l'ouest, ou sont expulsés de force ou exécutés. Les Saxons de Transylvanie y restèrent, mais tous ceux qui avaient collaboré avec l'Allemagne nazie furent déportés en URSS.

Projets coloniaux de la SS Dès les années 1930, les Volksdeutsche font l'objet de toutes les attentions de la part de SS et de son chef, Himmler. En 1937, un bureau est créé au sein de la SS pour encadrer ces populations dispersées sur le continent européen ; puis, nommé en responsable de la politique ethnique, c'est-à-dire de la propagande à destination des Volksdeutsche, Himmler, par l'entremise de Werner Lorenz, prend le contrôle des organisations encadrant ces populations.

Mais c'est surtout comme colons, comme « matériaux » pour la création du Grand Reich germanique, que les populations de Volksdeutsche sont utilisées par le Reich nazi. Himmler, parfaitement indifférent aux problèmes politiques créés par sa politique raciale, se propose ainsi de recruter originaires de Roumanie, de Hongrie et de Slovaquie, pourtant satellites du Reich, pour pallier les problèmes de recrutement de colons dans le Reich.