Cet article présente une vue d'ensemble des principales opérations militaires et navales qui se sont déroulées sur le Théâtre occidental de la guerre de Sécession.

Théâtre d'opérations Le Théâtre occidental était une zone définie à la fois par la géographie et l'enchainement des opérations militaires. À l'origine, elle était limitée à l'ouest par le Mississippi et, à l'est, par la chaîne des Appalaches. En étaient exclues les opérations menées dans le Golfe du Mexique et la côte est des États-Unis. Cependant, à mesure que la guerre avance et que l'armée de Sherman progresse, en 1864 et 1865, au sud-est de Chattanooga (Tennessee), la définition du Théâtre occidental finit par englober ses opérations en Géorgie et dans les deux Caroline.

Dans un certain sens, l'Ouest était le théâtre d'opération le plus important de la guerre. Les Confédérés étaient contraints de défendre, avec un nombre d'hommes limité, une énorme superficie que les armées de l'Union assaillaient en utilisant de nombreuses voies d'invasion, y compris des voies navigables qui pénétraient au cœur des territoires agricoles du Sud. La prise du fleuve Mississippi constituait un des objectifs-clés du « plan Anaconda » conçu par le général nordiste Winfield ScottWoodworth, pp. 21 - 22..

Le front de Virginie était de loin le théâtre d'opération le plus prestigieux. […] Cependant, l'issue de la guerre ne s'y joua pas, mais bel et bien dans les vastes espaces qui s'étendaient entre les Appalaches et le Mississippi, et au-delà. C'est ici, dans l'Ouest, que les batailles décisives furent livréesWoodworth, Jefferson Davis and his Generals, pp. xi-xii..

Le théâtre oriental fut l'objet de beaucoup plus d'attention que le théâtre de l'Ouest, que ce soit au moment même du conflit ou dans les études historiques qui lui firent suite. Les raisons sont multiples : proximité des capitales rivales, concentration de la presse dans les principales villes de l'Est, plusieurs victoires inattendues de la Confédération, renommée des généraux opérant dans l'Est, comme Robert E. Lee, George B. McClellan et Stonewall Jackson. De ce fait, les progrès des forces de l'Union à l'Ouest, leurs victoires sur les troupes confédérées et leurs conquêtes territoriales passèrent pratiquement inaperçusWoodworth, pp. 18 - 19..

L'historien militaire J. F. C. Fuller a décrit l'invasion des troupes de l'Union comme un immense mouvement tournant, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, débutant dans le Kentucky, plongeant vers le Sud le long du Mississippi, puis vers l'est à travers le Tennessee, la Géorgie et les Carolines.

À l'exception de la bataille de Chickamauga et de quelques raids audacieux effectués par la cavalerie ou par des groupes de guérilla, les quatre années de conflit dans l'Ouest furent, pour les Confédérés, une série presque ininterrompue de défaites ou, au mieux, des matchs nuls tactiques conduisant à des déroutes stratégiques.

Les généraux les plus heureux de l'Union, Grant, Thomas, Sherman, et Sheridan, opéraient tous sur le Théâtre occidental et y damaient le pion à la plupart de leurs adversaires confédérés, à l'exception de Nathan Bedford Forrest et de sa cavalerieFuller (1956), pp. 49 - 81..

Principaux commandants du Théâtre occidental

Campagnes du Théâtre occidental

Campagne de Vicksburg Campagne du Kentucky Campagne de Tullahoma Raid de Morgan Campagne de Chickamauga Campagne de Chattanooga Campagne de Knoxville Campagne d'Atlanta Campagne de Franklin-Nashville Marche de Sherman vers la mer Campagne des Carolines

Les premières opérations (juin 1861- janvier 1862) thumb|From Belmont (November 1861) to Shiloh (April 1862). Au début de la guerre, la priorité était concentrée sur deux États : le Missouri et le Kentucky. La perte de l'un des deux aurait été un coup porté à la cause de l'Union.

En raison, principalement des succès du capitaine Nathaniel Lyon et de sa victoire à Boonville au mois de juin, l'Union avait pu conserver le Missouri.

Le Kentucky, dont le gouverneur était acquis à la cause confédérée, et la législature à celle de l'Union, s'était déclaré neutre. Ce statut fut violé, le , quand Leonidas Polk occupa Columbus, une localité considérée comme une des clés du cours inférieur du Mississippi. Deux jours plus tard, Ulysses S. Grant, démontrant des qualités d'initiative qu'il confirmerait par la suite, s'empara de Paducah.

Aucun des adversaires n'ayant respecté la neutralité déclarée de l'État, les partisans de la Confédération organisèrent à Russellville un gouvernement séparé qui fut reconnu par les États confédérés. Cette séquence est malgré tout considérée comme une victoire pour l'Union parce que le Kentucky ne fit jamais officiellement sécession. Si les nordistes avaient effectivement perdu cet État, leurs succès ultérieures au Tennessee auraient été beaucoup plus difficilesFoote, vol. 1, pp. 86 - 89..

Du côté confédéré, le général Albert Sidney Johnston commandait toutes les forces depuis l'Arkansas jusqu'au Cumberland Gap. Il devait défendre un front très étendu avec des forces limitées, mais il bénéficiait d'un excellent système de communication latéral qui lui permettait de déplacer des troupes rapidement quand cela était nécessaire. Il pouvait s'appuyer sur deux subordonnés de qualité, Polk et le major-général William J. Hardee. Johnston bénéficiait également du soutien des partisans de la sécession dans la nouvelle capitale confédérée de Bowling Green (Kentucky), qu'avait établie la Convention de Russellville. Ce gouvernement alternatif avait été reconnu par la Confédération en . En utilisant les ressources de la ligne de chemin de fer Mobile and Ohio Railroad, Polk put rapidement fortifier et équiper une base confédérée à ColumbusMulligan, William H., "Interpreting the Civil War at Columbus-Belmont State Park and Sacramento, Kentucky: Two Case Studies", communication présentée à la conférence annuelle du National Council on Public History. "International, Multicultural, Interdisciplinary: Public History Policy and Practice", 16–19 avril 1998, Austin, Texas.

Pour sa part, le commandement de l'Union dans l'Ouest souffrit d'un manque d'unité. Il avait été organisé en en trois départements distincts : le département du Kansas, sous le major-général David Hunter, le département du Missouri, sous le major-général Henry W. Halleck, le département de l'Ohio, sous le brigadier-général Don Carlos Buell (qui avait remplacé le brigadier-général William Tecumseh Sherman).

Dès le mois de , la désunion du commandement était patente et les responsables s'avéraient incapables de s'accorder sur une stratégie commune pour le Théâtre occidental.

Buell, sous la pression des politiques qui lui demandaient d'envahir et de tenir l'est du Tennessee, favorable à l'Union, s'avanca prudemment en direction de Nashville, mais ne progressa pas significativement dans l'atteinte de son objectif, exclusion faite de deux victoires mineures, la première à Middle Creek () sous les ordres du colonel James A. Garfield, la seconde à Mill Springs () sous les ordres du brigadier-général George H. Thomas. La bataille de Mill Springs fut cependant une victoire importante, du point de vue stratégique, car elle brisa l'extrémité de la ligne défensive des Confédérés et donna à l'Union la clé du Cumberland Gap vers l'Est du Tennessee, mais sans faire progresser les troupes de Buell vers Nashville.

Dans le département contrôlé par Halleck, Grant fit une démonstration de force en remontant le cours du Tennessee pour attaquer le camp confédéré de Belmont, dans le but de faire diversion à l'avancée de Buell, qui ne se concrétisa pas. Enfin, le , Halleck, cédant aux demandes réitérées de Grant, l'autorisa à se porter à l'attaque de Fort Henry, sur la rivière TennesseeFoote, vol. 1, pp. 144 - 52, 178 - 79..

Opérations fluviales : Tennessee, Cumberland, et Mississippi (février-juin 1862) Une fois obtenue la permission de Halleck, Grant opéra avec rapidité. Le , lors d'une opération coordonnée avec le Flag Officer Andrew Hull Foote de la U.S. Navy, il fit transporter ses troupes par bateau sur le Tennessee et les débarqua à quelques kilomètres au nord de Fort Henry, tenu par les Confédérés. L'emplacement du fort, qui n'avait pu être construit plus en aval du fait de la neutralité proclamée du Kentucky, était extrêmement mal choisi. Au moment de l'attaque, il était plus qu'à moitié submergé par les crues et indéfendable contre une attaque navale. Le brigadier-général Lloyd Tilghman qui commandait à la fois Fort Henry et Fort Donelson, distant d'une vingtaine de kilomètres à l'est et placé dans une position plus favorable sur le cours de la Cumberland, décida d'évacuer la garnison du premier pour renforcer la défense du second. Pour sa part, il répondit pendant près de trois heures, avec les quelques canons hors d'eau, au feu des canonnières fédérales, avant de se rendre. Sans que les troupes terrestres de Grant n'aient eu à intervenir, le cours du Tennessee était désormais ouvert aux opérations de l'Union vers le sudCunningham, pp. 44–45, 48–50..

Renforcé par la garnison évacuée de Fort Henry, Fort Donelson était dans une situation plus forte pour défendre le cours de la Cumberland. L'attaque navale s'avérant infructueuse, les troupes terrestres de Grant, arrivées sur place, tentèrent, sans plus de succès, d'attaquer le fort par l'arrière. Le , les Confédérés commandés par le brigadier-général John Buchanan Floyd tentèrent une sortie et surprirent l'aile droite de l'Union, commandée par le brigadier-général John Alexander McClernand, qu'ils parvinrent à faire reculer, sans toutefois créer la brèche qui leur aurait permis de s'échapper. Grant reprit alors l'initiative et attaqua l'aile droite affaiblie de son adversaire. Retranché dans le fort et la ville de Dover (Tennessee), le brigadier-général confédéré Simon B. Buckner finit par répondre aux exigences de Grant (demandant purement et simplement une « reddition sans condition »C'est cet épisode, repris par la presse de l'époque, qui lui valut son surnom de « Unconditional Surrender Grant », un jeu de mots sur les initiales de ses deux prénoms U. S. Grant. en capitulant avec hommes, armes et bagages. La prise des forts Henry et Donelson constitua le premier succès significatif de l'Union et ouvrit le Tennessee et la Cumberland aux opérations de l'armée fédéraleCunningham, pp. 57–66..

La première ligne de défense de Johnston's était brisée et Polk dut abandonner Columbus peu après la prise de Fort Donelson. Grant avait également coupé la ligne de chemin de fer du Memphis and Ohio Railroad qui avait auparavant permis aux Confédérés de déplacer leurs différents corps d'armée latéralement et de se porter mutuellement secours.

Le général Pierre Gustave Toutant de Beauregard était arrivé de l'est en février pour se placer sous le commandement de Albert S. Johnston et prendre le contrôle de toutes les forces confédérées entre le Mississippi et le Tennessee, divisant de fait l'unité de commandement de l'armée rebelle. Johnston ne commandait plus directement qu'une force réduite cantonnée à Murfreesboro (Tennessee). Beauregard envisageait de concentrer ses troupes dans les environs de Corinth (Mississippi), et d'y préparer une offensive. Johnston fit mouvement pour rejoindre les forces de Beauregard à la fin du mois de marsCunningham, pp. 83, 94–95..