vignette|Reproduction (datant de 1641) d'une carte du globe à double hémisphère publiée originellement en 1630 par le cartographe néerlandais Henricus Hondius (1597-1651). Elle était la première carte datée et publiée dans un atlas, ainsi que la première carte qui montrait une partie de l’Australie.|320x320px L’histoire globale est un courant de l’historiographie qui essaye d’aborder des phénomènes historiques par une approche globale. Elle se caractérise par un changement de perspective, une remise en question des chronologies et des orientations affirméesStanziani, Alessandro, Les entrelacements du monde. Histoire globale, pensée globale : , Paris: CNRS Editions, 2018, p. 12. : .
Ainsi, par un abandon d'une périodisation européocentrique et des jeux d'échelles, elle est capable de donner de nouvelles explications sur des phénomènes historiques déjà bien étudiés. L’interconnexion du monde est toujours le point de départ : l’accent est mis sur les processus transfrontaliers, les relations d’échange, mais aussi sur les comparaisons dans le cadre d’un contexte mondialConrad, Sebastian, Globalgeschichte. Eine Einführung, München: C.H. Beck, 2013, p. 9..
L’histoire globale s’est développée à partir des à la suite de l'émergence du : elle se diffuse dans un premiers temps dans l'espace américain avant de se répandre dans le reste du monde au tournant du .
Débuts de l'historiographie mondiale L’écriture de l'histoire mondiale n'est nullement un phénomène contemporain est aussi ancienne que l’écriture de l’histoire elle-même. À travers les cultures et les âges, il existe de nombreuses tentatives d’historiographes d’écrire le monde connu à eux, en mettant l’accent sur des entrelacements et des connexions entre les événements. En effet, déjà le pater historiae Hérodote (484-424 av. J.-C.) poursuivait l’intention d’écrire de manière globale dans son ouvrage HistoiresSachsenmaier, Dominic, Global Perspectives on Global History. Theories and Approaches in a connected World, Cambridge University Press: Cambridge, 2011, p. 12.. Par ailleurs, Polybe (ca. 200-120 av. J.-C.), Sima Qian (ca. 145-90 av. J.-C.) ou Ibn Khaldoun (1332-1406 ap. J.-C.) ont également essayé de décrire l’histoire de leur œkoumène. Avec la vieille histoire mondiale œcuménique de l’Antiquité et du Moyen Âge, leurs travaux communs consistent en la représentation de vastes espaces d’expérience, ainsi que celle de partager l’idée de base en rassemblant une multitude d’histoires individuelles, de toutes les parties de la terre habitée et parcourueOsterhammel, Jürgen, “Weltgeschichte”. Ein Propädeutikum », in: Geschichte in Wissenschaft und Unterricht 9 (2005), p. 455..
Théorie de l'histoire globale
Définitions et objets Les historiens qui effectuent leurs études par une approche globale s’intéressent notamment à la recherche des interconnexions et des enchevêtrements. Ensuite, leur intérêt porte sur le fait de voir les développements européens et non européens, non pas comme indépendants les uns des autres, mais comme indissolublement liés. Ceux-ci s’influencent mutuellement et rayonnent dans toute la sociétéBudde, Gunilla, Warum Globalgeschichte? Chancen und Grenzen einer ‚Modewelle‘ in der Geschichtswissenschaft, in: Kirchliche Zeitgeschichte 22/1 (2009), p. 181..
Ce courant historiographique vise ainsi à étudier l’Histoire dans une perspective plus globalisante :
en faisant usage de disciplines issues des sciences historiques et humaines (géographie, économie, anthropologie, etc.) ainsi que des sciences dites « dures » (climatologie, etc.) en tentant de dépasser les cadres imposés par les historiographies nationales ou les découpages chronologiques classiques. En effet, l'histoire globale souhaite à révoquer un certain « nationalisme méthodologique », une approche qui naturalise l’État-nation et suit la conviction qu’une nation particulière fournirait l’unité d’observation constante à travers toutes les transformations historiquesTamm, Marek (éd.) et Burke, Peter (éd.), Debating New Approaches to History, Bloomsbury: London, 2019, p. 3.. L'un des effets les plus perceptibles de cette approche reste la remise en cause des découpages historiques classiques (les notions de Moyen-Âge et d'Époque moderne ont-elles une grande signification pour l'Inde, la Chine ou l'Océanie ?) ainsi que des grandes aires culturelles. en dépassant un eurocentrisme, qui est profondément ancré dans les historiographies européennes. Dans la vision du monde eurocentrique, l'Europe est le seul acteur de l’histoire du monde, et elle est donc considérée comme une « source universelle ». L’Europe agit pendant que le reste du monde obéit. Ensuite, seuls les Européens sont capables d’amorcer un changement ou une modernisation; le reste du monde ne l’est pasConrad, Sebastian, Globalgeschichte. Eine Einführung, München: C.H. Beck, 2013, p. 137.. La plupart des nouvelles approches de l'histoire globale sont basées sur la promesse de rompre avec un tel récit européocentrique. Selon l'historien Alessandro Stanziani « L’histoire globale ne nie pas la suprématie de l’Occident, mais elle ne l’explique plus comme une nécessité historique et comme un exploit fondé sur ses seules connaissances et institutions. »Stanziani, Alessandro, Les entrelacements du monde. Histoire globale, pensée globale: , Paris: CNRS Editions, 2018, p .12-13.. Un terme omniprésent qui domine la littérature portant sur des approches de l'historiographie de traiter des phénomènes historiques de manière globale, est celui de la globalisation voire la mondialisation (EN: Globalization; DE: Globalisierung). Ainsi, la globalisation des dernières années est selon Alessandro Stanziani l’origine de l’émergence de l’histoire globale, et qu’inversement, « [...] cette dernière prend souvent pour objet d’étude la globalisation. »Stanziani, Alessandro, Les entrelacements du monde. Histoire globale, pensée globale: , Paris, CNRS Editions, 2018, p. 16.. En général on peut donc avancer que l’histoire globale est une réponse à la globalisation, qui s’est accélérée à la fin du XXe siècle, surtout à partir de la chute du mur de Berlin en 1990, ascension de l’internet et l’émergence des pays asiatiques, notamment de la Chine. D’ailleurs, le terme de la globalisation a été mis en parallèle avec le déclin de l’importance de l’Occident sur le globe - ce que Dipesh Chakrabarty a appelé de façon mémorable: Provincializing EuropeTamm, Marek (éd.) et Burke, Peter (éd.), Debating New Approaches to History, Bloomsbury: London, 2019, p. 2.
Les objets de l’histoire globale sont multiples: migrations d’hommes, de biens, d’idées, de savoirs, de symboles, de nouvelles, de systèmes technologiques, et des marchandises, mais elle offre aussi par son approche « globale » une possibilité pour des études à caractère transnationaux. Ainsi depuis quelques années, on trouve de nombreuses études qui explorent l’histoire du climat, de la famine, des pandémies, du colonialisme, ou des océans. Selon l'historien Pierre-Yves Saunier, les notions de circulations, relations, et des rencontres sont les termes qui reviennent souvent pour qualifier les situations d’études favorites de l’histoire globale. Ensuite, l’historien français souligne les notions fréquemment utilisées dans l’histoire globale: « champs », « espaces », « réseaux », « circuits », qui selon lui tirent « l’attention à la façon dont connexions et circulations aboutissent à la cristallisation de relations particulières entre les protagonistes et les entités qu’elles impliquent »Pierre-Yves SAUNIER, « HISTOIRE GLOBALE », Encyclopædia Universalis en ligne, consulté le 22 décembre 2020..
Contrairement aux autres approches comme l'histoire universelle, la Big History, ou encore la World History, qui s’étendent déjà sur une longue période, et l’histoire transnationale, qui se limite seulement aux 200 à 250 dernières années, l’histoire globale n’a pas la vocation de proposer une façon d’étudier l’histoire à long terme. Les temporalités utilisées par les historiens du monde ne découlent pas d’un programme épistémologique donné, mais sont librement choisies en fonction d’objectifs d’investigation particuliers. Comme sa caractéristique principale est l’accent mis sur les connexions, l’histoire globale n’est jamais simplement additive ou mosaïque. Elle ne se contente pas d’une simple collecte d’anecdotes, de données isolées et d’études de cas régionales distinctes. En effet, l’histoire globale a été plus convaincante lorsqu’elle a réussi à découvrir des connexions cachées ou inattendues qui présentaient des phénomènes, ou des sujets déjà bien étudiés auparavantOsterhammel, Jürgen, Chapter 1. Global History, in: Tamm, Marek (éd.) et Burke, Peter (éd.), Debating New Approaches to History, Bloomsbury: London, 2019, p. 29..
Divergences au sein du courant L'histoire globale est en concurrence avec différentes approches qui promettent toutes de surmonter les modèles étroits d’interprétation de l’histoire nationaleConrad, Globalgeschichte. Eine Einführung, p. 13. Ainsi, on distingue entre World history, histoire transnationale, histoire de la globalisation, histoire universelle, Big History, et encore d’autres. Cependant, quelques historiens qui pratiquent de l’histoire globale ont essayé de montrer les différences de celle-ci par rapport aux autres approches. Ils ont ainsi pu distinguer des éléments particuliers à l’histoire globale : le renoncement à une histoire totale du globe, le dépassement de l’eurocentrisme et une plus grande ouverture vers des passés non européensConrad, Sebastian et Eckert, Andreas et Freitag, Ulrike, Globalgeschichte. Theorien, Ansätze, Themen, Francfort: Campus Verlag , 2007, p. 25.. Malgré ces tentatives de définition, l’histoire globale n’est toujours pas clairement délimitée, il y a même des historiens qui très récemment ont évoqué que l’histoire globale inclut « toute approche (Histoire universelle, Histoire comparée), qui n’est pas étroitement centrée sur une aire culturelle ou à un pays »Stanziani, Alessandro, Les entrelacements du monde. Histoire globale, pensée globale : , Paris, CNRS Editions, 2018, p. 11..
Notamment dans le monde anglo-saxon les différences entre et restent assez vagues, les historiens anglais utilisant souvent les deux termes indifféremment.. Par ailleurs, les deux fameux journaux The Journal of World History (apparu en 1990) et The Journal of Global History (apparu en 2006), se composent du même genre d'articles, sans aucune visible tentative de se différencier mutuellementOsterhammel, Jürgen, Chapter 1. Global History, in: Tamm, Marek (éd.) et Burke, Peter (éd.), Debating New Approaches to History, Bloomsbury: London, 2019, p. 26.. Toutefois, d’autres auteurs, comme Bruce Mazlish, souhaitent les distinguer. Selon William H. McNeill, souvent considéré comme une des premières grandes figures de l’histoire mondiale, l’histoire mondiale se définit comme l’histoire des interactions entre des personnes participant à un processus de grande ampleur. ou encore des interactions entre des personnes de différentes cultures ou civilisations..