Le palais ducal de Mantoue (en italien Palazzo Ducale di Mantova) est un complexe palatial situé dans la ville italienne de Mantoue en Lombardie, construit entre les , principalement par la famille de Gonzague. Il s'agit de l'un des principaux monuments historiques de la ville.
À partir de 1308, il est la résidence officielle des seigneurs de Mantoue, les Bonacolsi, avant de devenir celle des Gonzague, seigneurs, marquis et enfin ducs de la cité virgilienne. De ce fait, il est également connu sous le nom de « palais des Gonzague », même s'il prit le nom de « palais royal » pendant la domination autrichienne, à l'époque du règne de Marie-Thérèse d'Autriche (1717-1780).
Ensemble de bâtiments embelli par les ducs de Mantoue successifs, qui tous voulurent ajouter une aile pour leur prestige personnel et la conservation de leurs œuvres d'art, le palais ducal couvre une superficie totale de plus de 35 000 m². Il compte plus de Comune di Mantova. Palazzo Ducale. et contient sept jardins et huit cours, les bâtiments étant reliés par des couloirs et des galeries.
Parmi les très riches éléments d'architecture et de peinture, les œuvres les plus célèbres du palais sont les fresques de La Chambre des Époux, entièrement de la main d'Andrea Mantegna, situées dans le château Saint-Georges, la partie militaire du complexe architectural.
Histoire
Période des Bonacolsi et des Gonzague vignette|330x330px|Piazza Castello et clocher de Santa Barbara. Des pièces distinctes et séparées ont été construites à différentes époques à partir du , d'abord par la famille Bonacolsi, puis à l'instigation des Gonzague. Les plus anciennes parties du château sont le Palazzo del Capitano, construit au début du par le capitaine du peuple Guido Bonacossi dont la famille a dirigé de Mantoue de 1271 à 1328, et la Domus Magna bâtie en 1355. Les Gonzague, qui s'emparent du pouvoir en 1328, unifient les deux bâtiments en un complexe immobilier qui va devenir le cœur du palais ducal. En s'installant dans les anciens palais communaux, les nouveaux seigneurs en subvertissent le sens politique et, petit à petit, imposent leur présence dans l'espace civique.
À la fin du même siècle, Bartolino de Novare, l'un des plus célèbres architectes militaires de l'époque, construit le château Saint-Georges.
À l'occasion du concile qui se réunit à Mantoue en 1459-1460 et pendant lequel les participants sont logés dans le Palazzo del Capitano et la Domus Magna, Louis II de Mantoue transfère sa cour au château Saint-Georges.
Le duc Guillaume de Mantoue charge le préfet de la Fabrique, Giovan Battista Bertani de relier les différents édifices sous une forme organique de manière à créer, à partir de 1556, un unique ensemble monumental et architectural grandiose, l'un des plus grands d'Europe (environ 34 000 m² ), qui s'étend entre la rive du lac Inferieur et la Piazza Sordello, l'ancienne Piazza di San Pietro. Bertani meurt en 1576, les travaux sont poursuivis par Bernardino Facciotto qui achève l'intégration des jardins, places, arcades, galeries, exèdres et cours, fixant définitivement l'aspect de la résidence ducale. La tour de l'horloge du clocher de l'église Santa Barbara, qui avait le rôle de chapelle du Palais (Basilique Palatine) pour les Gonzague, est aussi conçue par Giovan Battista Bertani.
Le Domus Nova est terminée, un siècle plus tard par Luca Fancelli qui est à l'origine de la partie appelée Corte Nuova ( Nouvelle Cour), qui comprend entre autres les appartements ducaux avec le célèbre cycle de fresques de Giulio Romano. Entre le ,le peintre et architecte Antonio Maria Viani construit dans l'appartement de Vincent Ier de Mantoue la salle dite des Métamorphoses et la Loggia d'Eleonora.
Ainsi, au cours des quatre siècles de domination des Gonzague, le palais s'agrandit progressivement, à la fois par l'ajout de nouveaux bâtiments et par la modification de ceux existants Plusieurs noyaux se sont formés qui ont pris le nom de :
Corte Vecchia, qui comprend les bâtiments les plus anciens vers la Piazza Sordello Domus Nova, construite par Luca Fancelli Corte Nuova, face au lac, construite par Giulio Romano et agrandie par la suite par Bertani et Viani Basilique palatine de Sainte-Barbara, construite par Bertani.
Le complexe comprenait également des bâtiments et des cours aujourd'hui démolis, notamment la Palazzina della Paleologa (démolie en 1899) et le Théâtre de la Cour.
L'intérieur du palais est presque nu car, à la suite de contraintes financières, les Gonzague, à commencer par le duc Ferdinand de Mantoue, aliènent la Collection Gonzague, notamment à Charles Ier (roi d'Angleterre), ainsi que le mobilier. D'autres pillages sont causés lors du sac de Mantoue en 1630 et par les enlèvements du dernier duc Charles III Ferdinand de Mantoue, qui se réfugie à Venise en 1707.
Avec le gouverneur impérial Philippe de Hesse-Darmstadt, en 1716, le palais est partiellement re-meublé avec des peintures, des sculptures et des meubles des anciennes résidences ducales des Pico della Mirandola. Le dernier duc Francesco Maria Pico della Mirandola est déclaré caduc pour « fellonie » en 1706 par l'empereur Joseph Ier (empereur du Saint-Empire).
Ayant perdu sa fonction de cour multifonctionnelle au service de la famille régnante, le palais est dépouillé de ses fonctions et de sa signification pendant toute la période de la domination habsbourgeoise et française, puis de nouveau jusqu'à la Troisième guerre d'indépendance italienne qui marque la fin de la domination autrichienne en 1866. Il assume de plus en plus des fonctions militaires comme pierre angulaire de la place forte qu'est devenue la ville de Mantoue. Le château de San Giorgio est presque entièrement intégré aux salles destinées à un usage militaire.
Musée
Par la suite, les différents édifices vivent une période d'abandon ayant eu comme conséquence leur forte détérioration. Avec l'annexion de Mantoue au royaume d'Italie, le palais devient une partie du patrimoine national. En 1887, la « partie monumentale » de l'ensemble architectural est reprise par le ministère de l'Éducation, une décision qui permet les premières visites publiques du bâtiment la même année. Le début de la fonction muséale peut être daté du 10 octobre 1887 lorsqu'un registre journalier régulier des visiteurs, même non payants, est établi. En 1915, une Convention est finalement stipulée entre l'État et les institutions locales pour l'établissement du Musée dans le palais ducal de Mantoue.
Événements sismiques de 2012 Les Séismes de mai 2012 en Émilie-Romagne ont abord causé des dommages à certaines salles du palais (Sala di Manto, Galleria dei Mesi, Corridor del Bertani). Le bâtiment, fermé à partir du 20 mai 2012, n'a ensuite été rouvert aux visites touristiques que partiellement, car il a fallu effectuer d'importants travaux de restauration dans la Corte Nuova, l'aile du bâtiment la plus endommagée par les tremblements de terre. Les dégâts causés le 29 mai ont été beaucoup plus graves : en plus d'aggraver les dégâts du tremblement de terre du 20, ils ont touché le clocher de le basilique palatine de Sainte-Barbara et le château Saint-Georges, dans lesquels, même marginalement, la fameuse La Chambre des Époux d'Andrea Mantegna a été abîmée, nécessitant des restaurations.
Après les travaux de consolidation du Château Saint-Georges, La Chambre des Époux a été rouverte aux visites à partir du en même temps que l'exposition de la collection de Romano Freddi, un industriel de Mantoue, cédée en prêt gratuit et comprenant une centaine d'œuvres de l'époque Gonzague dont un tableau de Giulio Romano et de ses élèves, et le fragment du retable de la Trinité adoré par la famille Gonzague de Pierre Paul Rubens qui représente François IV de Mantoue.
Description alt=Intérieurs ornés du palais|vignette|Intérieurs ornés du palais. L'ensemble architectural du Palazzo Ducale impressionne par sa dimension et par la complexité de ses couloirs en enfilade.
Corte Vecchia
L'entrée du palais se fait par la piazza SordelloPiazza Sordello depuis laquelle on peut voir les plus anciens édifices, le palazzo del Capitano (palais du Capitaine) et la Domus Magna, qui en constituent la façade. Ces deux bâtiments ont un large portique avec des arcs en ogive, des baies simples au premier étage et doubles au second. L'utilisation de la pierre claire qui alterne avec la brique, du marbre de différentes couleurs pour les colonnes et les pilastres, crée un fort chromatisme. Depuis les balcons, les seigneurs et les dames pouvaient facilement regarder toutes les manifestations qui se déroulaient sur la place tels les tournois, les cérémonies de toutes sortes, les représentations théâtrales, ou bien encore les exécutions..
Le palazzo del Capitano qui surplombe la Piazza Sordello, est le plus ancien édifice du palais ducal, commandé par Guido Bonacolsi à la fin du . Initialement construit sur deux étages et séparé de la Domus Magna par une ruelle, dans les premières années du , il a été surélevé d'un étage et relié à la Domus Magna elle-même par le portique monumental qui est demeuré pour l'essentiel jusqu'à aujourd'hui. Le deuxième étage est rajouté, constitué d'un seul immense salon (m 67x15) dit armurerie, également appelé salon de la Diète, car il abrita la Diète de Mantoue de 1459. Cet environnement distingué est aujourd'hui abandonné et a besoin d'être restauré.
La Domus Magna (qui appartenait également à Guido Bonacolsi) et le palazzo del Capitano constituent le noyau originel qui a donné forme au Corte Vecchia .
Salles Pisanello
Antonio Pisano, dit Pisanello, a peint en 1433 et 1437 dans la salle qui porte aujourd'hui son nom, un majestueux cycle de fresques de la légende arthurienne, ayant pour sujet la bataille de Louverzep, à la demande du marquis Jean-François de Mantoue qui, ce n'est pas un hasard, s'est représenté dans la peinture. Ces fresques content l'épopée du Roi Arthur dont les histoires étaient fort prisées à l'époque car elles constituaient le paradigme du comportement chevaleresque et un divertissement pour la cour. Les Gonzague étaient alors des condottieri dont la richesse et le prestige reposaient sur leur art de la guerre qu'ils mettaient au service des grandes puissances de la péninsule. Cette œuvre est typique du style prisé à Mantoue qualifié de « gothique international » et présente une composition typique des tapisseries bourguignonnes contemporaines. Ce programme décoratif n'a jamais été terminé pour des raisons qui demeurent inconnues. La découverte sensationnelle et la restauration conséquente de la grande œuvre de Pisanello, qui a eu lieu dans les années 1960-1970, est due au surintendant Giovanni Paccagnini. Les salles Pisanello contiennent des fragments de fresques et les synopies préparatoires associées.
Appartement d'Isabelle d'Este dans le Corte Vecchia
Le Corte Vecchia a retrouvé un nouveau prestige lorsqu'en 1519, Isabelle d'Este a quitté sa résidence dans le château et a déménagé au rez-de-chaussée de cette ancienne partie du palais des Gonzague, dans l'appartement dit « du veuvage ». L'appartement d'Isabelle se composait de deux ailes maintenant divisées par l'entrée de la cour d'honneur. Dans l'aile de la Grotte, plus privée, le mobilier en bois et les collections d'art des deux célèbres pièces du studiolo, la grotte et le bureau, déménagent avec la princesse. Ce dernier contenait des peintures, conservées au musée du Louvre, provenant du Studiolo di Castello, commandées entre 1496 et 1506 à Mantegna (Parnasse et Minerve chassant les Vices du jardin de la Vertu ), à Lorenzo Costa (Isabelle d'Este dans le royaume de l'Harmonie et le Règne de Côme) et au Pérugin (Le Combat de l'Amour et de la Chasteté), auxquels se sont ajoutées des œuvres du Corrège (Allégorie du vice et Allégorie de la vertu).