L'alezan est une couleur de robe des équidés domestiques, présente chez le cheval et l'âne, caractérisée par des poils et des crins de couleur rousse à brune plus ou moins foncés sur tout le corps. Dans le domaine de l'hippologie, elle est considérée comme l'une des trois robes de base du cheval, avec le bai et le noir. Très fréquente, elle se distingue généralement de la robe baie par l'absence de poils noirs. Une abondante terminologie permet de distinguer les nuances de robes alezanes, de l'alezan clair qui est proche de la couleur noisette, jusqu'à l'alezan brûlé, proche de la couleur du café torréfié.
Apparu après la domestication du cheval et de l'âne, l'alezan est réparti chez la grande majorité des races de chevaux modernes grâce à une sélection positive remarquable au début du Moyen Âge, mais il reste rare et très peu étudié chez les ânes. Il est caractéristique de certaines races de chevaux comme le Suffolk Punch, le Haflinger, le Gidran et le trait de la Forêt-Noire. Il est très fréquent chez le Breton, le Karabakh et le Barbe de Tunisie, mais rare chez le cheval ibérique. Génétiquement, la robe alezane est toujours récessive. Elle résulte d'une mutation faux sens provoquant la synthèse exclusive de pigments roux-brun, la phéomélanine ; sa formule génétique caractérisée par l'absence d'allèle Extension () est obligatoirement . Cela rend l'alezan particulièrement simple à sélectionner pour des éleveurs, deux parents alezans donnant une descendance 100 % alezane.
Valorisé dans l'hippologie arabe, l'alezan est aussi associé à tort à un tempérament colérique qui lui donne mauvaise réputation dans le monde occidental, une idée reçue peut-être née sous l'influence du thème biblique des quatre cavaliers de l'apocalypse, que ne confirment pas les recherches en génétique. Cette couleur de chevaux est présente dans différentes œuvres d'art et culturelles de la littérature d'enfance et de jeunesse et du jeu vidéo. De nombreux chevaux célèbres sont ou étaient alezans.
Étymologie et terminologie Entre autres d'après le Littré, il est fréquent de croire que le mot français serait directement issu de l'arabe., du mot al-hisân (« le cheval » en français) ou encore al-hasan (« le beau » en français). Toutefois, il provient plus vraisemblablement de l'espagnol (connu depuis 1280), lui-même provenant de l'arabe.. En français, lorsque les crins et le bas des membres sont plus clairs que la robe, le cheval est dit .
Il existe des terminologies spécifiques à cette couleur des chevaux dans de nombreuses langues. En anglais, la nomenclature de l'alezan comporte deux termes, et ; le premier est utilisé pour décrire des chevaux dont la couleur est uniforme, et le second pour décrire ceux qui ont des variations de couleur avec des zones pâles. En espagnol et en portugais, le terme est utilisé pour désigner les chevaux dont la crinière, la queue et le poil sont de la même teinte ; ceux dont la crinière et la queue sont plus claires sont nommés ou (poil de vache).
Lorsqu'au contraire, les crins sont plus foncés que le corps, le cheval est dit . Ces termes peuvent être précisés en fonctions des nuances perçues, par exemple en , , ou encore . En allemand, l'alezan se traduit par .
+ Terminologie de l'alezan selon la langue Français Anglais Espagnol Allemand Alezan Alezan clairAlezan pangaréAlezan crins lavés Alezan foncéAlezan brûlé
En moyen gallois, un grand nombre d'adjectifs spécialisés permettent de décrire toutes les variations de robes « marron », dont l'alezan et le bai.. En kalmouk, l'alezan est désigné par le mot zeerd.. Des termes spécifiques existent aussi en iakoute et en mongol (qürӓŋ, qongor, etc), certains termes étant utilisés dans les deux langues, mais pas toujours pour désigner la même nuance de robe (kürӓŋ)..
Les ânes alezans (chestnut en anglais) sont aussi désignés comme des ânes en anglais (red), et en français. Ils peuvent être nommés « chocolat » quand ils sont très foncés.
Le mot français est à la fois un substantif et un adjectif (« un alezan », « un cheval alezan »).
Identification visuelle
La robe alezane existe à la fois chez le cheval et chez l'âne domestique. Visuellement (phénotype), le corps est entièrement recouvert d'un pelage et de crins dont la couleur va de celle de la noisette claire jusqu'à celle du chocolat noir, en passant par toutes les nuances du roux et du brun, soit une vaste palette de teintes possibles. La couleur la plus typique se rapproche de celle du cuivre.
Certains auteurs estiment que la robe alezane est caractérisée par l'absence totale de poil noir, mais d'autres signalent des possibilités de poils phénotypiquement noirs chez un animal génétiquement alezan.
La peau est foncée (généralement gris foncé), sauf sous les marques blanches du cheval (balzanes et marques en tête), où elle est rose. Les iris sont foncés, sauf si des marques blanches atteignent les yeux, auquel cas un ou deux yeux bleus sont également possibles. L'alezan a des yeux légèrement plus foncés que le palomino..
Il existe beaucoup de variations possibles dans la couleur du poil, de la crinière et de la queue. La variation de couleur des crins couvre un très large spectre allant du blanc-crème jusqu'au roux très foncé, avec possiblement des mélanges entre crins clairs et foncés. Certains alezans peuvent aussi présenter une différence de couleur entre leur crinière et leur queue. D'après Frédérique Grosbois, V. Morin et Anne-Claire Grison de l'institut français du cheval et de l'équitation (IFCE), les crins du cheval alezan ne sont jamais noirs ; cependant Virginie Népoux et Amélie Tsaag Valren signalent les chevaux dits phénotypiquement alezans et dotés de crins noirs, une nuance de robe qui n'est pas documentée chez les chevaux d'Europe, mais qui a été remarquée sur des photographies de chevaux sud-américains et asiatiques hébergées dans la médiathèque en ligne Wikimedia Commons.
Un cheval alezan peut présenter des pommelures ou des pommelures inversées, en particulier en cas de gène sooty présumé. Un cheval alezan très foncé, présumé sooty, peut être très difficile à différencier d'un cheval noir ; il existe en effet des confusions phénotypiques entre le bai-brun, le noir, et l'alezan brûlé, rendant nécessaire la réalisation d'analyses génétiques pour classer correctement les chevaux concernés. Les marques blanches en tête et au bas des membres sont statistiquement plus fréquentes chez les chevaux alezans que chez ceux d'autres robes. Cité dans ., ce qui fait de l'alezan un cheval rarement zain. Chez l'âne, l'animal conserve des poils blancs-crème autour du museau, des yeux, sous le ventre et sur la face intérieure des membres.
Évolution de la robe du poulain D'après Alexandre Vallon (1819-1864), premier vétérinaire professeur d'hippologie à Saumur, le poulain alezan peut naître d'une nuance plus claire ou plus foncée que celle qu'il aura à l'âge adulte. Selon Margot Sabbagh (ingénieure et éleveuse) et Caroline Sauvegrain, le poulain alezan naît généralement d'une teinte claire, avec une peau possiblement rose qui prendra sa teinte grise définitive durant le mois suivant la naissance, un ventre et un intérieur des membres blanchâtres. La première mue donne une robe plus foncée, puis les suivantes lui laissent une robe plus claire.
Les poulains qui naissent d'une couleur alezane sombre et très soutenue peuvent être porteurs d'un allèle du gène Gris, qui les fera blanchir plus ou moins rapidement au fil du temps.
Nuances de robes alezanes vignette|Nuance alezan classique, avec du poil couleur cannelle.|alt=Photographie de poils d'un cheval roux-doré vus en gros plan. Les différents types d'alezans distingués par leur phénotype appartiennent tous, à priori, au même groupe génétique ; l'usage d'adjectifs tels que ou ne dépend que de la subjectivité des observateurs. Il existe différentes tentatives de classement des nuances de l'alezan avec des terminologies propres à chaque langue, qui peuvent fortement varier en fonction des pays et de l'action d'associations d'éleveurs. De plus, la couleur peut varier en fonction du climat, de l'alimentation du cheval, et du niveau de luminosité extérieur.
Dans le Nâçerî, . daté du , Abû Bakr ibn Badr distingue sept nuances d'alezan : alezan commun, alezan safrané (jaune intense avec raie de mulet), alezan bai brun ou bâghir (poil sombre avec crins plus clairs), alezan sanguin (couleur henné), alezan terreux (couleur terre avec des crins clairs), alezan pénétré (base du poil blanche et extrémité du poil rouge), et alezan roux (couleur rouille du fer). Il signale aussi l'existence d'un autre classement d'hippologues arabes, en huit variétés.
L'alezan est cité parmi d'autres descriptions détaillées de couleur et de personnalités de chevaux dans L’École de cavalerie de François Robichon de La Guérinière : il y est distingué l'alezan classique , l'alezan clair , et l'alezan brûlé ..
L’édition de 1762 du Dictionnaire de l'Académie française signale les nuances , et .. Dans son cours d'hippologie de 1863, Vallon distingue six types d'alezan : Alezan clair, de teinte jaunâtre plus ou moins pâle, dont la tête, l'extrémité des membres et les crins peuvent être un peu plus foncés que le poil du corps ; Alezan ordinaire, couleur de la cannelle, avec les crins et extrémités de même couleur que le poil du corps ; Alezan cerise, de teinte rougeâtre vive, se rapprochant de la couleur d'une cerise mure, qui peut être clair ou foncé ; Alezan foncé ou obscur, proche du brun ; Alezan châtain, proche de la couleur d'une châtaigne ; Alezan brulé, proche de la couleur du café torréfié.
Vallon précise aussi la possibilité de décrire des robes aux reflets rougeâtres brillants comme « alezan cuivré », et celle d'ajouter l'adjectif quand la robe présente un reflet métallique. En 1883, Honoré Pinel ajoute aux nuances précédemment citées l'alezan lavé, l'alezan neigé, l'alezan tigré et l'alezan zébré.
Dans son document descriptif des robes de 2015, l'IFCE distingue quatre teintes : alezan, alezan clair, alezan cuivré et alezan foncé. ; il décrit aussi l'alezan brûlé comme ayant des poils et des crins couleur de café torréfié. En anglais, Sponenberg et Bellone citent les notions d'alezan brûlé () et d'alezan foncé () parmi les teintes sombres, alezan rouge (), alezan cuivré () et alezan sans précision parmi les teintes médianes, et enfin alezan clair (), alezan jaune () et alezan doré () parmi les teintes claires. En France, la notion d', utilisée pour décrire un phénotype, désigne souvent un alezan dont la robe est diluée par le gène Dun. La dénomination a été historiquement appliquée à l'alezan brûlé, et peut être utilisé administrativement pour désigner des chevaux dont la robe est si foncée qu'il est difficile de savoir s'ils sont noirs ou alezan brûlé.
Confusions entre l'alezan et d'autres robes L'alezan reste systématiquement distinguable du bai par la couleur du bas des jambes, qui n'est en principe jamais noire, ainsi que par le contour des oreilles, qui ne doit pas non plus comporter de poils noirs. Un cheval alezan aux crins lavés peut être confondu avec un palomino, qui est un cheval alezan dont toute la robe est diluée par un allèle du gène Crème ; la teinte du pelage de l'alezan crins lavés est toujours plus soutenue que celle du palomino. Une autre confusion possible, et fréquente, existe entre l'alezan non-dilué et l'alezan dilué par le gène Dun, dont le poil a une couleur plus terne que les crins, et qui se distingue par ses marques primitives (raie de mulet, zébrures sur les membres…).
Classifications Différentes tentatives de classifications des robes ont été menées, en s'appuyant sur des critères variés. Selon le Nâçerî, l'alezan est la robe qui vient en second dans la classification arabe des robes des chevaux par ordre de mérite, après le noir et avant le bai.