thumb|Une plantation d'hévéa en Malaisie.Une plantation est une exploitation agricole où l'on cultive des plantes à forte valeur économique destinées principalement à la vente sur les marchés internationaux. Ces cultures sont, par exemple, les agrumes, l'avocatier, le coton, la canne à sucre, le café, la banane, l'ananas, lAloe vera, le teck, le cacao, la coca, le chanvre, le pavot, l'hévéa, le sisal, l'indigotier, le giroflier, le cocotier, le palmier à huile, le poivre, le thé, le tabac, les fleurs ou la vanille. Historiquement on employait le terme plantation pour désigner Dictionnaire encyclopédique Quillet, 1946, article « Plantation ». Les champs de plantation étaient souvent désignés en français sous le terme de « jardin ». De même en néerlandais par « tuin »..vignette|Affiche de propagande coloniale belge faisant allusion aux plantations, années 1920.

L'agriculture de plantation privilégie la monoculture de plantes tropicales pluriannuelles destinées aux grands marchés et fait appel à une main-d'œuvre à bas-salaire (à l'esclavage autrefois) mais ce n'est pas une règle. Elle implique un contrôle accentué sur les terres mises en culture et si besoin sur leur approvisionnement en eaux douces. Elle s'oppose ainsi à l'agriculture vivrière tournée vers l'autoconsommation ou la vente sur les marchés locaux ; néanmoins, l'agriculture vivrière emploie tout autant des techniques de plantation (bouturage et repiquage) pour l'implantation des cultures comme le riz, le manioc, la patate douce, l'igname ; c'est donc l'aspect économique et social qui est privilégié ici.

Les premières grandes plantations ont été les latifundia de l'Antiquité, qui ont produit d'importantes quantités de vin, olives et d'huile d'olive pour l'exportation. Les plantations ont vu leur nombre augmenter rapidement avec l'augmentation du commerce international et le développement d'une économie mondiale concomitant de l'expansion des empires coloniaux. Les plantations coloniales ont employé d'abord des populations locales puis africaines et asiatiques déportées et mises en esclavage. Au , des serviteurs engagés ont été employés dans toutes les régions tropicales, indépendantes ou non, comme main-d'œuvre bon marché.

Les grandes plantations et l'économie de plantation ont ainsi été et restent souvent associées à la production de masse, à la captation des ressources en terres arables et en eau, à de grandes disparités de richesse et de revenu, à la propriété étrangère, à l'influence politique et à l'acculturation mais aussi à la diffusion et à la démocratisation de l'usage de denrées appréciées, jadis réputées rares ou exotiques.

Terminologie « Plantation » réfère à () : un type d'exploitation agricole colonial, latifundiaire ou industriel souvent conduit en monoculture, l'action de planter en agriculture, ce qui représente l'opération de base dans une plantation, une parcelle de culture issue de plantation plutôt que de semis, par exemple une plantation d'ail au sens d'une plate-bande d'ail.

Le terme « plantation » peut aussi être employé pour parler de la sylviculture (même pour des essences issues de semis).

Chaque type de plantation peut en général être nommé selon l'espèce cultivée : bambouseraie ou plantation de bambous.

En France métropolitaine, les exploitations arboricoles comportant des plantations fruitières ne sont pas nécessairement appelées « plantations » mais plutôt vergers : verger de fruits à noyaux, verger de cerisiers ou cerisaie (vieilli). En trufficulture, on parle de plantation truffière ou truffière mais aussi de verger truffier.

gauche|vignette|Les plantations de Providence vers 1650. Aujourd'hui capitale de l'état de Rhode Island.

En Irlande et en Amérique du Nord, les Anglais donnaient le nom de « plantation » à toutes les nouvelles exploitations, parfois associées à des maisons de maître, qu'ils contribuaient à créer (Plantations en Irlande) ; le terme a aussi été utilisé dans ce sens en français. À Terre-neuve « plantation » désignait aussi une pêcherie côtière avec atelier de transformation.

On appelle planteur, l'exploitant d'une plantation. En France métropolitaine, les cultivateurs de betteraves, pommes de terre, riz, tabac, etc. sont souvent qualifiés de planteurs bien que ces exploitations soient rarement considérées comme des plantations car elles sont loin d'être conduites en monoculture et que ces cultures soient souvent issues de semis.

Liste des noms français de plantations selon l'espèce cultivée vignette|Subéraie (montado en portugais): plantation de chêne-liège, Portugal, 1994 Voir : Noms des plantations

Objectifs et méthodes de l'agriculture de plantation L'expression désigne un type d'agriculture spécialisé dans la production de cultures de rapport, au contraire de l'agriculture vivrière destinée à nourrir des populations paysannes en autoconsommation. Cependant une culture donnée peut être à la fois utilisée en agriculture de plantation et en agriculture vivrière et les grandes plantations d'autrefois avaient toujours des plantations annexes destinées à nourrir leurs ouvriers et esclaves. Ainsi la banane qui représente la première production fruitière mondiale est consommée à 90 % en production vivrière.

Techniquement l'agriculture de plantation s'appuie donc sur des plantes susceptibles de fournir des récoltes à forte valeur ajoutée, comme historiquement les épices, et de préférence en situation de rendements élevés. Ces conditions se trouvent le plus souvent remplies dans des régions tropicales ou méditerranéennes, soit en climat humide, soit avec des possibilités d'irrigation, de façon à assurer les rendements. Elles doivent aussi être facilement cultivables de façon à maximiser les profits, même si ces plantations emploient une main d'œuvre gratuite ou peu payée. Les produits doivent pouvoir être transportés avant leur commercialisation finale et parfois supporter un long voyage, ce qui peut nécessiter préparation et transformation dans la plantation. Cela favorise de grandes exploitations avec des moyens financiers importants.vignette|Travail dans une plantation d'arbres à laque, Chine, 2021.On travaille donc fréquemment des cultures pérennes (palmier, vigne…), avec des plantes bouturables dont la reprise est assurée (manioc, canne à sucre…) ou des plantes présentant les deux caractéristiques (bananier, thé, figuier…). Les rendements des cultures de plantations sont souvent impressionnants : le palmier à huile produit 6-7 tonnes d'huile par an et par hectare sans être resemé pendant environ 30 ans à comparer à 1,4 tonne d'huile d'une culture annuelle de colza. On pourrait comparer de la même façon la banane plantain ou le manioc avec la pomme de terre (celle-ci peut cependant être aussi considérée comme une culture de plantation), historiquement l'indigo par rapport au pastel des teinturiers, et le coton avec le lin même si les différences sont moins importantes. La canne à sucre a constitué une révolution en termes de quantités produites par rapport au miel qui était bien souvent la seule source de sucre ajouté dans beaucoup de régions.

On est donc souvent en présence de monocultures avec des plantes pérennes qui sont des clones ou présentent de faibles variations génétiques. Ceci entraîne une sensibilité importante aux aléas climatiques ou aux attaques parasitaires et potentiellement la destruction des cultures sur des régions entières. On peut citer, parmi des exemples célèbres, les crises du mildiou sur la pomme de terre, la crise du phylloxéra sur la vigne, la rouille qui dévasta toutes les plantations de café à Ceylan en 1869, la crise passée de la banane sucrée Gros Michel et celle actuelle de la Cavendish qui l'avait remplacée, la cloque sur le thé. Le problème peut être aggravé si les variété de substitution ont des caractéristiques différentes entraînant des modifications du processus de production ou de commercialisation nécessitant la refamiliarisation des consommateurs habitués à un autre produit depuis des décennies, ce qui fut le cas après la crise du phylloxera. Pour tenter d'éviter ces problèmes on peut se tourner vers les méthodes de l'agriculture durable : diversité variétale, arrêt de la monoculture, limitation de l'irrigation, haies brise-vents, agroforesterie…

Les légumineuses plantes de production et plantes annexes aux plantations Dans certains domaines comme la production de légumes secs et de graines protéagineuses, ce sont des cultures annuelles qui dominent (haricots, soja, arachide, pois chiches), parfois produits selon les méthodes de l'agriculture de plantation, notamment les oléoprotéagineux comme le soja et l'arachide. vignette|Mélange à base de trèfle incarnat entre des rangs de vigne. Rhénanie-Palatinat, 2020. Cependant une légumineuse pérenne comme le pois d'Angole tient une place très importante dans le monde indien comme culture vivrière d'autant plus qu'elle est souhaitable dans des régimes végétariens et en Asie du Sud-Est pour les mêmes raisons et comme hôte des cochenilles à laque. Sa culture est envisagée dans d'autres régions tropicales pour des raisons de simplicité de culture, de résistance à la sécheresse ou pour réaliser des plantations mixtes (arachide ou autres) en agroforesterie. De la même façon, d'autres légumineuses pérennes comme le pois doux utilisé en agroforesterie comme culture d'ombrage dans les plantations de café, de cacao, de vanille en Amérique latine et en Afrique de l'Est, la luzerne arborescente et le caroubier tolérants au sel mais envahissants parfois réessayés sur les côtes à climat méditerranéen, retrouvent leur utilité. Les légumineuses fourragères sont utilisées pures ou en mélange pour l'enherbement des vignes et vergers. Dans ces cas la stabilisation des sols (voir Compaction du sol), la fourniture gratuite d'azote et la nourriture d'éventuels pollinisateurs font partie des objectifs recherchés bénéfiques à la plantation principale.

Évolution de l'organisation des plantations et de leur environnement économique D'hypothétiques empires hydrauliques Les plantations semblent s'être développées au départ près des sources ou des rivières () dans les régions méditerranéennes et tropicales d'abord avec la maîtrise de l'eau (irrigation puis énergie) par des communautés rurales puis des états capables de les « protéger », d'obtenir des économies d'échelle et des surplus commercialisables, l'esclavage ne serait devenu important qu'ensuite. Ces thèses ont été esquissées par Karl Marx en marge de considérations sur le mode de production asiatique ; elles ont été développées plus récemment par Karl August Wittfogel.

L'archéologie n'exclut pas que des civilisations agricoles avec des systèmes de plantations sophistiqués aient pu exister dans un contexte relativement égalitaire, ainsi en Crète, en AmazonieStephen Rostain, « Au pied des volcans », Dossiers d'Archéologie (Éditions Faton), janvier-février 2016, et dans la civilisation de la vallée de l'Indus.

Ensuite les « empires hydrauliques » apparaissent au début des civilisations précolombiennes, de l'Égypte antique, du royaume couchitique de Méroé, de la Mésopotamie, du Yémen antique, d'Iran et d'Asie centrale (civilisation de l'Oxus), de l'Inde (Empire maurya), de la Chine (), du royaume d'Angkor, de la Corne de l'Afrique (sultanat Ajuran). Les paysans qui restent en principe libres sont cependant astreints à des quotas de productions et à des corvées comme la mita dans l'Empire inca.

Wiittfogel attribue la naissance de la bureaucratie chinoise à la nécessité de contrôler l'irrigation (Das erwachende China, 1926). Dans les cultures de Qujialing et Shijiahe (Bas-Yangtze), l'archéologie note le passage de la culture du riz en parcelles drainées à la culture en rizières irriguées à la fin du millénaire av. J.-C. ; simultanément de petites villes fortifiées sont créées.