Le Comité français de libération nationale (en abrégé CFLN) est le nom donné au régime politique et au gouvernement en exil qui, succédant officiellement le à la France libre, a fusionné les deux autorités françaises participant à la guerre avec les Alliés : le Comité national français de Londres, dirigé par le général de Gaulle, chef de la France libre, et le Commandement en chef français civil et militaire d'Alger, dirigé par le général Giraud, afin d'unifier l'effort de guerre français et de préparer la Libération.

Le CFLN considéra « illégitime, nul et non avenu » le régime de Vichy qui s'acheva, le , par l’exil du maréchal Pétain pour l'Allemagne. Le Comité a dirigé pendant un an une partie du territoire de l'Empire français jusqu'au , date de son nouveau nom de Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) pour affirmer la souveraineté sur le territoire métropolitain qui sera progressivement libéré après le débarquement de Normandie.

Jusqu'à la fin de 1944, la France est gouvernée par un gouvernement provisoire, créé par le Comité français de Libération nationale et dirigé par Charles de Gaulle, qui aura peu à peu écarté le général Giraud de la coprésidence du CFLN. L'ordonnance du fonde et organise ce régime politique républicain.

L'œuvre de ce gouvernement est vaste : il conduit la France vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, est à l'origine de nombreuses et importantes réformes politiques et élargit, entre autres, le droit de vote aux femmes.

La constitution laborieuse du premier Comité français de la libération nationale La prise de contact avec Alger L’isolement initial de de Gaulle Lorsque le , de Gaulle arrive à Alger, dans le secret le plus absolu, il n’est accompagné que d’une délégation réduite du Comité national de Londres. Il dispose cependant sur place d’un service de protection composé de quelques Français libres, anciens volontaires du putsch du 8 novembre 1942. Il est dirigé par le capitaine Roger Carcassonne, ancien chef de la résistance à Oran, et le sous-lieutenant Bernard Karsenty, ancien adjoint de José Aboulker lors du putsch.

Ainsi de Gaulle paraît-il bien seul, face au général Giraud qui dispose de l'appareil militaire, administratif et policier de la France en Afrique du Nord ainsi que du soutien des États-UnisPhilippe Lamarque, Le débarquement en Provence jour après jour, Le Cherche Midi, 2011. et de Roosevelt en particulier..

Le premier « bain de foule » Après avoir été reçu par Giraud, de Gaulle brise le secret de sa venue, en allant s’incliner au monument aux morts, en plein centre d’Alger. Il est accueilli au Forum par une manifestation gaulliste chaleureuse. C'est sa première vraie manifestation de masse. Un observateur, le vice-consul des États-Unis, , le compare à Hitler. Cette comparaison surprenante confirme du moins l'ampleur de la manifestation et l'opinion des Américains. Enfin, à son retour à la villa des Glycines, demeure que Giraud lui a attribuée, de Gaulle y trouve les messages de quelques personnalités locales qui lui font allégeance.

La première réunion de travail Le matin du se tient la première réunion de travail. Y participent Giraud, accompagné du général Georges et de Jean Monnet, et de Gaulle escorté d'André Philip et de l'ambassadeur René Massigli (rallié tardivement à la France libre, mais pressé, à en croire le général Bouscat, de devenir ministre des Affaires étrangères). Le septième participant est le général Catroux, qui représentait de Gaulle à Alger.

Les conditions posées par de Gaulle Les conditions posées par de Gaulle ne sont pas nouvelles : il propose à Giraud la constitution d'un véritable gouvernement français capable de défendre les intérêts de la France dans le camp allié, et pour cela, il propose : que Giraud renonce à cumuler le commandement en chef militaire et la présidence du pouvoir civil ; que soient immédiatement congédiés les proconsuls vichystes.

Le rejet par Giraud des conditions posées par de Gaulle Giraud refuse de déférer à la première proposition, car selon lui, il faut disposer d’un chef unique, civil et militaire responsable. Il se refuse également à sacrifier Noguès, Peyrouton et Boisson. En outre, il semblerait qu'il se soit vanté d’avoir personnellement décidé de l’exécution de Bonnier de La Chapelle. De Gaulle se lève alors et quitte la salle sans un mot.

Une nouvelle entrevue, entre les deux hommes seuls, a lieu, l’après-midi du même jour. De Gaulle y accepte le cumul provisoire par Giraud du commandement militaire et de la présidence, mais à condition que les chefs de territoires compromis soient immédiatement démis. Giraud refuse, bien que les évènements évoluent en sa défaveur. En effet, ses soldats continuent à rallier les Forces françaises libres ; certains des combattants les plus motivés de son armée n’ont plus envie de se faire commander par des officiers qui ont tiré sur les alliés et qui les exhortent à combattre « pour délivrer le Maréchal ». Giraud, au lieu de voir la réalité en face, va se plaindre aux Américains qui vont éloigner les FFL de Tunisie.

Le court-circuitage de Giraud Le recours à la presse Quoi qu'il en soit, de Gaulle se comporte en maître, et donne dès le , une conférence de presse à la villa des Glycines. Il y reçoit, outre les journalistes étrangers, leurs collègues français, qui ont fait silence sur sa venue. Après avoir ironisé sur leur comportement peu professionnel, le général de Gaulle leur expose qu'il est venu à Alger pour constituer avec Giraud un pouvoir central français avec attributions gouvernementales, jusqu’à ce que l’ensemble des Français aient pu être consultés. Il poursuit en déclarant que les sacrifices nécessaires ne peuvent être exigés des Français que par des hommes dignes de les commander, que la base de l'unification est la souveraineté française intégrale sur toutes les parties de l'Empire (Nos amis ont d'ailleurs plus intérêt à traiter avec des Français droits qu'avec des personnes courbées) et, enfin, que les actes du nouveau pouvoir central devront concorder étroitement avec l'opinion de la France occupée.

Les premiers ralliements Si le chef de la France combattante exige le châtiment des proconsuls, il a le pardon plus facile envers Alphonse Juin, qui a résolument changé de camp, après avoir initialement fait tirer sur les alliés, et dont la conduite, au cours de la campagne de Tunisie, a été appréciée. De Gaulle adresse donc à Juin, son ancien camarade de promotion, une lettre amicale et flatteuse. Elle atteint son objectif qui est de désolidariser Juin de Giraud.

Il reçoit en outre, le soir même, la démission de Peyrouton, gouverneur général de l’Algérie, et ancien ministre de Pétain, . Peyrouton déclare vouloir ainsi faciliter l'union des Français et demande à de Gaulle, en tant que « président du Comité exécutif », à servir en qualité de capitaine d'infanterie coloniale.

De Gaulle accepte immédiatement cette démission, en invitant Peyrouton à se mettre à la disposition du commandant en chef des FFL au Levant (Catroux), et se hâte de communiquer à la presse le texte des deux lettres. Peyrouton, averti, vers minuit, de la publicité donnée à sa missive, fait porter une lettre identique à Giraud, auquel elle parvient à 1 heure du matin. Giraud, s'estimant alors menacé par de Gaulle, ordonne à Peyrouton de rester à son poste.

La menace de putsch de Muselier La menace Giraud, juste avant l’arrivée à Alger du chef de la France combattante, avait nommé aux postes clés de la police et de l’information, deux des ennemis personnels de De Gaulle : André Labarthe, ancien directeur d’un journal patriotique à Londres, et l’amiral Muselier, résistant incontestable, qui avait fondé les Forces navales françaises libres, et libéré, au nom de la France libre, la colonie de Saint-Pierre-et-Miquelon.

André Labarthe, Secrétaire à l’Information qui succède au général Chambe, fit retenir les comptes-rendus de presse relatifs aux deux premières lettres de Peyrouton. Quant à Muselier, nouveau chef de la police, il se présenta le , à la première heure, chez Catroux, muni d’une décision le chargeant du maintien de l'ordre, en qualité de chef des forces militaires et de police. Il déclara que le palais d'Été était visé par une conjuration des gaullistes d'Alger.

Catroux répondit que, si putsch il y avait, il ne viendrait pas des gaullistes. Et de fait, la plupart des volontaires du 8 novembre étant aux armées, seuls séjournaient à Alger quelques Français libres en permission et désarmés, ainsi que le service de protection du Général. Face à ces faibles forces, Muselier n'en fit pas moins venir à Alger un régiment de Sénégalais et un régiment de chasseurs d'Afrique. Il fit occuper toutes les issues de la ville, ainsi que les aéroports voisins, par des unités de spahis, d'aviation et de gendarmerie.

Simultanément, Giraud adressa un ultimatum à de Gaulle : oui ou non désirait-il un accord ? De Gaulle était accusé de vouloir chasser des hommes dignes de confiance, pour établir la dictature des cagoulards de son entourage, et de vouloir porter atteinte aux alliances françaises. Tout semblait donc bien indiquer que c'était en réalité contre les gaullistes qu'un putsch se préparait. De leur côté, certains officiers de l'entourage de Giraud hostiles à l'union des deux généraux, auraient envisagé, soit d'arrêter de Gaulle, soit de l'obliger à se réfugier en AEF (sous prétexte que sa présence à Alger risquait de créer des troubles susceptibles de mettre en danger les lignes de communications alliées).

La parade C'est alors qu'intervinrent Carcassonne et Billotte. Avertis par un officier de l'état-major de Giraud, scandalisé, ils gagnèrent les colonels intéressés, Sémideï, dit Servais et Van Hecke. Dans la soirée du , la situation se retourna et c'est donc de Gaulle, qui se trouva en position de force à Alger et adressa à son tour un ultimatum invitant Giraud à rompre ou aboutir. Mais Giraud, condamné à aboutir par les Américains, dont, selon Pendar, il aurait reçu des « instructions », ne pouvait rompre, comme l’auraient voulu les membres de son entourage.

Le soir même, c’est Noguès qui suit l'exemple de Peyrouton, et démissionne à son tour.

La formation du premier CFLN L'accord sur les principes vignette|upright=1.0|Une de La Dépêche algérienne annonçant la constitution du Comité français de libération nationale, . vignette|upright=1.0|Affiche annonçant la constitution du CFLN, 1943. Le à 10 h, les sept se trouvent face à face et de Gaulle propose les textes d'une ordonnance et d'une déclaration créant le nouvel organe de gouvernement. L'un et l'autre sont adoptés.

En conséquence, un pouvoir central français unique exercera : La souveraineté française (les deux pouvoirs, législatif et exécutif) ; La gestion et la défense de tous les intérêts français dans le monde ; L'autorité sur tous les territoires et forces relevant des deux entités fusionnées ; Les prérogatives diplomatiques (exercées simultanément par les deux coprésidents) ; Ce pouvoir central durera jusqu'au jour où, après la Libération, il sera possible, conformément aux lois de la République, de remettre le pouvoir à un gouvernement provisoire.

L’accord sur les personnes La composition du premier CFLN Sont membres du premier CFLN : Les présidents Giraud et de Gaulle, Les commissaires gaullistes, André Philip, à l’Intérieur, et René Massigli aux Affaires étrangères, Les commissaires giraudistes, Jean Monnet à l’armement, et le général Alphonse Georges, commissaire d’État, Le commissaire « indépendant », général Georges Catroux, commissaire d’État.

Le changement des chefs de territoire