thumb|right|Statue équestre de Roland le paladin sur Veillantif à Haldensleben, en Saxe-Anhalt, Allemagne, devant l'hôtel de ville.
, ’’’Vaillantif’’’, ou (en italien , ou ) est le cheval de guerre rapide, fidèle et intelligent, appartenant à Roland le paladin selon plusieurs chansons de geste.
Il est mentionné pour la première fois dans la Chanson de Roland au , puis réapparaît dans plusieurs œuvres italiennes : la , , , les , l', le Roland amoureux et le Roland furieux. Les différents textes mentionnant ce cheval veulent qu'il soit à l'origine en possession du Sarrasin Aumont. Conquis par Roland, Veillantif, symbole de la virilité et de l'initiation chevaleresque de son maître, devient son fidèle compagnon de bataille et meurt avec lui durant la bataille de Roncevaux, tué par les Sarrasins. D'abord peu mis en avant, il acquiert davantage d'importance au fil des textes.
Un folklore important est associé au « cheval de Roland » (ou à la jument de Roland) sans préciser son nom, particulièrement dans les Pyrénées où se trouvent, selon la légende, de multiples empreintes de ses sabots. Ces marques qu'il aurait laissées un peu partout sur son passage, et qui parfois étaient vénérées, sont principalement mentionnées par les folkloristes du .
Étymologie et terminologie Le nom de « Veillantif » ou « Veillantin » est tiré de l'ancien français , lui-même issu de , qui signifie « éveillé » et « vigilant »., et fait donc référence à la première qualité de l'animal. Une ancienne version de la Chanson de Roland en rimes, probablement datée des alentours de 1150., nomme cet animal Vieulantin, Vieulletin ou Vieullentin..
Le nom italien « », traduction du précédent, était initialement utilisé dans les romans de cette langue (, , ), celui de dans la , mais Matteo Maria Boiardo a rebaptisé le cheval Bride d’Or () dans son Roland amoureux.. Le même nom est utilisé dans le Roland furieux de Ludovico Ariosto, dit l'Arioste.. Un fragment de la chanson en allemand mentionne le cheval sous le nom de Velentih..
Littérature Veillantif étant la monture de Roland le paladin selon les chansons de geste, il n'a probablement que peu de rapport avec la monture du personnage historique qui a inspiré la Chanson de Roland. La bataille de Roncevaux, où Roland et son cheval trouvent la mort, a effectivement eu lieu, mais l'armée dont Roland fait partie avait ravagé au préalable la ville alliée de Pampelune, déçue d'avoir trouvé les portes de Saragosse closes.. Ce sont donc les Vascons, et non les Sarrasins, qui décimèrent l'arrière-garde de l'armée de Charlemagne le pour venger l'attaque de Pampelune, alors que l'armée gravissait péniblement une vallée encaisséePassage extrait de la Vita Karoli Magni qui parle de Roland, préfet des Marches de Bretagne : ., ce qui signifie que le cheval Veillantif relève de la légende plutôt que de l'Histoire.
Dans la plupart des épopées médiévales, le cheval s'échange entre Sarrasins et chrétiens, et le vainqueur a le droit de récupérer la monture du vaincu, thème abondamment retrouvé à propos du cheval de Roland.. De même, l'amour du chevalier pour ses armes, son cheval et les autres chevaliers (la femme étant très effacée) est un thème fréquent dans les plus anciens textes médiévaux, en particulier la Chanson de Roland, qui précède l'époque de la littérature courtoise..
Chanson de Roland
thumb|upright=0.9|Roland, monté sur Veillantif, souffle dans son olifant face aux sarrasins lors de la bataille de Roncevaux, sur cette illustration allemande de 1885. thumb|upright=0.9|right|Veillantif est mort sous Roland, tué par les Sarrasins. Illustration de Alphonse-Marie-Adolphe de Neuville, , publié en 1883.
Veillantif est originellement issu de la Chanson de Roland, datée de la fin du et dont il existe plusieurs versions manuscrites. Le cheval, bien que nommé, y est relativement effacé et beaucoup moins mis en avant que ne l'est l'épée Durandal., aussi bien dans la narration que par la construction des phrases : Veillantif est presque toujours complément d'objet mais jamais sujet grammatical d'une phrase.. De plus, il n'apparaît que cinq fois dans la chanson, quand l'épée Durandal est mentionnée dix-sept fois.. Il est traité comme un outil dispensable plutôt que comme le fidèle ami du chevalier (Roland peut combattre à pied), sa couleur n'est pas même indiquée.. Le médiéviste Dominique Barthélemy qualifie le texte de en raison de la domination symbolique de cette arme et de la lance sur le cheval..
Les premiers textes médiévaux valorisent généralement peu le cheval.. Il faut attendre les alentours du pour que les montures jouent un rôle plus important. Veillantif est ici un ., il est qualifié de (courant). lorsqu'il est mentionné pour la première foisLa Chanson de Roland, version de Raoul Mortier, stance ., et porte une selle aux étriers d'or fin, comme le précise le passage où Roland trouve en chevauchant le cadavre de son cher ami Olivier gisant à Roncevaux. Il lui adresse alors quelques mots touchants, et s'évanouit en succombant à la douleur. :
Chanson de Rolandst. 151, ancien français.Traduction en français moderneQuand tu es mort, c'est douleur que je vive. À ce mot se pâme le marquis, sur son cheval qu'il appelle Veillantif. Il tient ferme sur ses étriers d'or fin ; De quelque côté qu'il penche, il ne peut pas tomber.
Selon Robert Lafont, la découverte du corps d'Olivier par Roland, qui se pâme alors sur son cheval, participe à un effet de ralentissement de l'action.. Roland, Turpin et Gautier défendent la ligne de crête contre des centaines de Sarrasins, et Roland reste seul sur le champ de bataille après la mort de toute l'arrière-garde. Il fait sonner son olifant pour avertir Charlemagne, puis subit des dizaines d'attaques. Veillantif reçoit une trentaine de blessures et s'écroule sous lui, mort.
Chanson de Rolandst. 160, ancien françaisLa Chanson de Roland, version de Raoul Mortier, stance .Traduction en français moderneMais dans son corps ils ne l'ont point atteint. Mais Veillantif, ils l'ont blessé en trente endroits, Et sous le comte ainsi l'ont laissé mort. Les païens s’enfuient et puis le laissent là. Le comte Roland est resté à pied… Michel Zink remarque que la mort de Veillantif n'arrache pas une larme ni même un commentaire à Roland, le narrateur se contentant de faire remarquer que le chevalier doit désormais poursuivre les Sarrasins à pied : Roland n'a pas une pensée pour son cheval (auquel il accorde une valeur pratique, et aucune valeur affective), ni pour sa femme. Par contre, il prend soin de multiplier les tentatives pour que son épée ne tombe pas entre les mains de l'ennemi. La mort de Veillantif diminue néanmoins Roland, et le laisse seul face à la sienne qui approche.
Selon Éric Baratay, la faible valorisation du cheval dans la littérature jusqu'au est vraisemblablement due à une censure de l'Église catholique romaine, qui faisait passer le cheval pour un animal diabolique afin de lutter contre la survivance des traditions païennes sacralisant l'animal..
La Chanson de Roland, source la plus ancienne, ne parle pas de l'origine de Veillantif. Au , la chanson de geste anonyme (Aspremont) est en revanche entièrement centrée sur la conquête des attributs de Roland que sont l'épée Durandal, l'olifant et le cheval Veillantif...
Dans cette chanson, Roland, qui est encore un adolescent, se fait adouber comme chevalier de Charlemagne, roi des Francs. Il arrive monté sur un mulet, car le cheval est réservé aux chevaliers.. Originellement nommé par les païens, Veillantif est d'abord la possession d'Aumont, l'un des trois plus puissants Sarrasins. Ce dernier menace le roi Charlemagne, mais Roland vole à son secours en tuant Aumont d'un coup de bâton, et récupère par conséquent les armes et la monture du vaincu, que Charlemagne lui attribue publiquement. Le cheval est alors renommé par les chrétiens en .. Maintenant en possession d'un cheval et d'armes, Roland est déçu de ne chevaucher qu'un mulet et demande à être adoubé, faute de quoi, il ne servira plus Charlemagne. Le roi des Francs accède à sa requête, il peut alors monter Veillantif..
Cette tradition est suivie par Boiardo et l'Arioste, dont les textes sont postérieurs à l'.
La , dont il existe plusieurs versions datées du , est basée sur la Chanson de Roland dont elle reprend la trame principale., mais s'attache aux guerres de Charlemagne en Espagne. Dans la en vers (, 19-22), Roland part seul combattre à Lucerne, arrive devant la ville et traverse un fleuve à la nage sur Vegliantin afin d'attaquer les Sarrasins sortis hors des mursAntoine Rivet de la Grange, François Clément, Charles Clémencet, Pierre-Claude-François Daunou et l’Académie des inscriptions & belles-lettres, Histoire littéraire de la France : , Imprimerie nationale, 1962, .. Dans la en prose, Veillantif, ici nommé Valentino, adopte un étrange comportement lorsqu'il sent venir la mort de son maître : il refuse par trois fois d'être monté et pose ses pieds de devant sur les épaules de Roland..
thumb|Joute équestre avec Roland sur son cheval, représentée sur la cathédrale d'Angoulême.
est l'œuvre la plus célèbre de Luigi Pulci. Ce roman héroï-comique publié en 1483 reprend les personnages et la trame de la Chanson de Roland, y compris le cheval Veillantif sous le nom de Vegliantin. , la en prose ou et les présentent plusieurs combats chevaleresques de Roland sur Veillantif qui se déroulent toujours de la même façon : le cheval virevolte, s'éloigne pour prendre de l'élan, virevolte une seconde fois puis fonce vers l'adversaire. Cette manœuvre exécutée par Veillantif impressionne beaucoup les Sarrasins dans .. À la fin du roman, alors que Roland, épuisé à la suite de la bataille de Roncevaux, vient faire boire son cheval Vegliantin à une fontaine, à peine a-t-il mis pied à terre que l'animal expire. Roland s'adresse à lui en ces termes :
de Morgante, en italien médiéval.Traduction en français moderne.O Vegliantin, tu m'hai servito tanto, O Vegliantin, dov' e la tua prodezza, O Vegliantin, nessun si dia più vanto, O Vegliantin, venuta e l'ora sezza, O Vegliantin, tu m'hai cresciuto il pianto, O Vegliantin, tu non vuoi più capezza, O Vegliantin, se ti fece mai torto, Perdonami, ti prego, cosi morto.Ô Vegliantin, tu m'as tant servi ! Ô Vegliantin ! où sont tes exploits ? Ô Vegliantin ! que personne ne puisse être plus fier. Ô Vegliantin ! l'heure ultime est venue, Ô Vegliantin ! tu as accru la cause de mes larmes, Ô Vegliantin ! tu ne veux plus du joug, Ô Vegliantin ! si jamais je t'ai fait du tort, Pardonne-moi, je t'en prie, toi qui va mourir.
Les personnes qui sont venues au son du cor de Roland sont extrêmement touchées. Le cheval ouvre les yeux, faisant signe de sa tête qu'il pardonne à Roland. Le paladin meurt à son tour, aux côtés de son destrier, après s'être confessé à un ange.
Roland amoureux