Alexis Zorba (en grec : , « Vie et mœurs d’Aléxis Zorbás ») est un roman de l'écrivain grec Níkos Kazantzákis, publié pour la première fois en 1946, aux éditions Dimitrakos d'Athènes..

Le roman décrit la relation d'amitié spéciale qui se crée entre un jeune intellectuel qui entreprend d'échapper à sa vie monotone et ennuyeuse de « souris papivore », et Alexis Zorba, un vieux mineur exubérant. L'action s'inspire des propres expériences de l'auteur, qui a exploité, aux côtés du vieux mineur , une mine de lignite au Péloponnèse.. Après leur séparation, ils ont échangé des lettres jusqu'à la mort de Zorba, en 1941.. L'écrivain personnage narrateur et le personnage Zorba représentent deux styles de vie différents : l'un intellectuel, basé sur la raison et des introspections psychologiques, l'autre matériel, basé sur l'instinct et l'expérience..

La parution du roman est passée presque inaperçue en Grèce , mais sa version française, parue en 1947. l'a rendu très populaire, déterminant de nombreuses demandes de traduction de la part d'éditeurs de plusieurs pays..

Le roman a été adapté au cinéma en 1964, sous le titre Zorba le Grec ( Zorba the Greek), par Michael Cacoyannis., avec Anthony Quinn et Alan Bates dans les rôles principaux, et en comédie musicale, en 1968. Le film, avec La Danse de Zorba, composée par Míkis Theodorákis, a fait du roman de Kazantzákis l'une des œuvres littéraires les plus populaires du , et du personnage Zorba un symbole de la Grèce et de l'esprit grec..

Résumé

thumb|right|230 px|Paysage de la Crète. Se trouvant dans un café du port de Pirée juste avant l'aube, le narrateur, un jeune intellectuel grec, se remémore un événement ayant eu lieu un an auparavant, au même café. Son ami StavridákisYánnis Stavridákis (1891-1919), personnage réel, un jeune aristocrate crétois d'une vaste culture, et un bon ami de Kazantzákis. partait pour le Caucase pour aider la minorité grecque qui y était persécutée. Il s'est adressé au narrateur qui l'accompagnait au port en l'appelant ironiquement « souris papivore ». C'est pourquoi, le narrateur prend la résolution de mettre de côté ses livres pour quelques mois, de vaincre sa propre faiblesse et de connaître la vie. Il s'en va en Crète pour y rouvrir une mine de lignite désaffectée et s'immerger dans la réalité du monde paysan, de ceux qui travaillent pour vivre.

Juste avant son départ, il est abordé par Alexis Zorba, un homme énigmatique, âgé de 65 ans environ, qui le persuade de l'emmener avec lui comme contremaître. L'inconnu prétend connaître plusieurs métiers, dont celui de mineur, et impressionne le narrateur par son caractère résolu et par sa joie de vivre. Sur le navire qui les mène en Crète, Zorba raconte son histoire, en faisant des observations émerveillées sur la nature, et d'autres, moins positives, sur l'homme.

À leur arrivée, ils délaissent l'hospitalité d'Anagnosti, l'ancien du village, et de Kondomanolio, le patron du café. Zorba suggère alors qu'ils se rendent à l'auberge de Dame Hortense, qui n'est composée que d'anciennes cabines de bain accolées les unes aux autres. Le narrateur passe tout son dimanche à se promener et à découvrir le paysage qui l'entoure. Lors du repas du soir, Zorba, au lieu de ne mettre que deux couverts pour son patron et lui, en rajoute un troisième, pour Dame Hortense. Celle-ci, ravie d'avoir été invitée à partager un repas, se met à parler de son passé de courtisane, quand elle était encore jeune, belle et qu'elle faisait sauter sur ses genoux les « Quatre Puissances », les amiraux des flottes française, anglaise, italienne et russe en Méditerranée, lors de la période de la Crète autonome. Zorba entreprend de la séduire avec l'aide de son santouri et la surnomme affectueusement « Bouboulina »D'après le nom de Laskarína Bouboulína, héroïne de la guerre d’indépendance grecque (cf. )..

Le lendemain, la mine est ouverte et le travail débute. Zorba prend son travail très au sérieux. Il travaille assez souvent pendant de longues heures et demande à ne pas être dérangé pendant ce temps. Le narrateur, qui a des idéaux socialistes, essaye de connaître les ouvriers et de fraterniser avec eux, mais Zorba l'avertit de garder ses distances : « L’homme est une brute ! [...] Une grande brute. [...] Tu es mauvais avec lui : il te respecte et te craint. Tu es bon avec lui : il t’arrache les yeux.. »

Les deux protagonistes causent longuement tous les soirs sur des sujets variés : la vie, la religion, leurs passés respectifs et comment ils sont arrivés à être ce qu'ils sont. Le narrateur apprend de la bouche de Zorba beaucoup de choses sur la vie de l'homme, qu'il n'aurait jamais apprises dans les livres, ce qui lui dévoile la différence entre la vie matérielle et le monde intellectuel. Durant les mois qui suivent, Zorba exerce une profonde influence sur le narrateur, cet homme qu'il appelle « patron ». La vie prend une nouvelle saveur pour le narrateur au contact des habitants du village. Toutefois, il ne se détache pas complètement du monde des livres, il ne peut résister à employer son temps libre pour travailler sur un de ses manuscrits inachevés qui traite de la vie et des pensées de Bouddha. Il n'en arrive pas moins à être obsédé par une belle veuve aguicheuse convoitée par tous les hommes du village. Après un laps de temps où il se sent incapable d'agir selon ses propres désirs, encouragé par Zorba, il finit par passer une nuit d'amour avec elle.

Les filons pauvres de lignite et l'écroulement de quelques galeries rendent l'exploitation inefficace. Zorba a alors l'idée de louer une forêt de pins appartenant au monastère du voisinage, d'exploiter le bois et de le descendre par un téléphérique. Il va a Candie pour acheter le matériel nécessaire, mais il tarde à revenir. Pendant ce temps, le narrateur essaye de consoler Bouboulina, en lui disant que son amant veut l'épouser, et qu'il est parti pour commander des habits pour le mariage. Zorba rentre au village durant la Semaine sainte, loue la forêt et commence à travailler à l'installation des poteaux et des câbles pour le téléphérique.

Les jours après Pâques sont marqués par des tragédies. Pavli, le fils de l'ancien du village, amoureux de la veuve et repoussé par elle, se suicide, et la femme est tuée en public à cause de cela. De plus, Dame Hortense meurt au bout de quelques jours de souffrance, à la suite d'une fièvre galopante.

L'essai de Zorba échoue quand l'installation de transport du bois s'écroule. L'épuisement du capital du narrateur oblige celui-ci à quitter l'île, mais malgré l'échec, les expériences qu'il a traversées à côté de Zorba, lui ont rendu le goût de la vie. Avant son départ, il a un pressentiment funeste qui se révèle fondé : alors qu'il est sur le point d'embarquer sur le bateau le ramenant à Athènes, il reçoit un télégramme lui annonçant la mort de Stavridákis.

Durant cinq années, le narrateur et Zorba voyagent chacun de son côté, en parcourant l'Europe et les Balkans. Ils gardent le contact au moyen de lettres. Alors qu'il est à Berlin, le narrateur reçoit un télégramme de Zorba, l'invitant à venir admirer une magnifique pierre verte. Mais les conditions de vie difficiles dissuadent le narrateur d'envisager un voyage aussi futile. Zorba l'accuse de n'être qu'un « gratte-papier » insensible à la beauté et rompt toute communication avec lui. Le narrateur n'arrive pas à cesser de penser à Zorba et, poussé par un pressentiment funeste, il décide d'entreprendre la rédaction de la « légende dorée » de Zorba. À peine la légende achevée, il reçoit une lettre de Serbie annonçant la mort de son ami. Sa veuve l'invite à venir chercher le santouri que lui a légué le défunt.

Personnages Le narrateur – un jeune intellectuel âgé de 35 ans passionné de lecture. À la suite de ses lectures bouddhistes, avant son séjour en Crète, il a acquis un caractère ascétique et vivait dans la solitude, sans joie ni tristesse, pensant que la vie n'est qu'un long rêve. Il se réfugiait dans le monde des livres chaque fois que la vie essayait de l'impliquer dans ses joies et ses vicissitudes. Alexis Zorba – une version littéraire du mineur Geórgios Zorbas. C'est un individu grand, fort et sec, âgé de quelque 65 ans, ayant pratiqué plusieurs métiers. Il a combattu dans la guerre gréco-turque (1897) pour la libération de la Crète, puis aux côtés de Pávlos Melás, en Macédoine, contre les comitadjis bulgares. Il a beaucoup voyagé sans se fixer nulle part. Dame Hortense, appelée Bouboulina par Zorba – une ancienne chanteuse française de cabaret. Elle est décrite par l'auteur comme « une petite bonne femme, courtaude, grassouillette, les cheveux décolorés, couleur de lin ».. Elle a parcouru les bars de Paris à Beirouth et à Alexandrie, a aimé des pachas et des amiraux. Vieillie, elle s'est établie en Crète, où elle a ouvert une auberge et une échoppe. La veuve Sourmelina – une femme belle et aguicheuse, convoitée par tous les hommes du village. Elle est cruellement assassinée. Pavli – un jeune homme maladif d'une vingtaine d'années, fils de l'ancien du village, amoureux de Sourmelina, qui le repousse. C'est pourquoi il se tue en se jetant à la mer. Mavrandoni – l'ancien du village, propriétaire de la mine de lignite louée par le narrateur. C'est « un vieillard bien droit, au visage sévère et concentré, au nez aquilin, l’air grand seigneur ».. Il tue et décapite en public la veuve Sourmelina, qu'il accuse du suicide de son fils. Oncle Anagnosti – un vieillard qui a mené une vie tranquille et vit entouré de ses enfants et petits-enfants. Il affirme qu'une fois que l'homme ne peut plus faire d'enfants, il n'a pas de raisons de vivre. Kondomanolio – « un vieux costaud bien conservé et leste ». Il est le propriétaire du Café-Boucherie La Pudeur. Mimitho – l'idiot du village. Il vit de petits travaux chez les habitants. Manolakas – le garde champêtre, cousin de Pavli. Il essaye de tuer la veuve Sourmelina, mais Zorba l'en empêche. Lola – une prostituée de Candie, avec qui Zorba fait la fête pendant quelques jours qu'il passe dans la ville. Zaharia – un moine fou du monastère qui détient la forêt de pins. Il met le feu à son monastère, qu'il voit comme un lieu plein de péchés, puis meurt soudain au bord de la mer.

Écriture et publication du roman

Écriture

thumb|L'île d'Égine, où fut écrit Alexis Zorba.

L'île d'Égine se trouve à une heure de demie de bateau du port de Pirée. L'écrivain y a fait un premier séjour en juillet 1925. Le charme et la calme du lieu l'a déterminé à y retourner plus tard.. Il y a passé l'hiver 1930-1931 à rédiger un dictionnaire français-grec en collaboration avec l'écrivain Pandelís Prevelákis. En 1935, il a acheté sur l'île un terrain où il a fait bâtir jusqu'en 1937 une maison austère en pierre, au bord de la mer, qu'il appelait « la Coquille »..

L'écrivain s'est retiré sur l'île après l'invasion de la Grèce par l'armée allemande, le . Il y a travaillé à une nouvelle version grecque de la Divine Comédie de Dante Alighieri, et a commencé l'écriture dAlexis Zorba, son premier roman.. La période de l'occupation allemande a été tragique pour le peuple grec. Peter Bien, biographe et traducteur de l'écrivain, affirmait que son roman représentait un essai de l'auteur de s'adresser à son peuple et de s'identifier à sa condition de l'époque.

La rédaction du roman a progressé avec une relative facilité jusqu'en décembre 1941, quand l'auteur avait écrit 150 pages, mais l'œuvre n'a été finalisée que le 19 mai 1943.. L'écrivain a souvent écrit couché, souhaitant préserver son énergie, surtout dans la période de famine de l'hiver 1941, lorsque plus d'un demi-million de gens sont morts en Grèce..

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