Gustave Henri Émile Blanchot, dit « Gus Bofa », né le Son acte de naissance. à Brive-la-Gaillarde et mort le à Aubagne, est un affichiste, graveur, et l'un des plus grands illustrateurs français du XXe siècle.

 Biographie 

Formation Fils du colonel Paul Léopold Jean Baptiste Blanchot (1836-1914), dont il est le onzième et avant-dernier enfant, il passe son enfance à Bordeaux puis emménage à Paris (son père est nommé commandant militaire du Sénat). Il est inscrit au lycée Henri-IV, établissement où il rencontre André Dunoyer de Segonzac et Maurice Constantin-Weyer qui resteront ses amis les plus proches.

Enfant sportif, dessinateur impénitent et rêveur à l'excès, c’est à l’âge précoce de cinq ans qu’il invente son nom d’artiste, Gus BofaUne enquête auprès des écrivains et des artistes. Pourquoi avez-vous choisi un pseudonyme et comment l'avez-vous choisi ? Réponse de M. Gus Bofa. La Liberté, 27 janvier 1935, , ..

Carrière

Premières armes Suivant une tradition familiale qui remonte à plusieurs générations, il se destine à la carrière militaire mais y renonce au moment de présenter le concours de Saint-Cyr « car arrivé à la porte de cet établissement je me suis aperçu que j'étais antimilitariste ». À quinze ans, alors qu'il est encore au lycée, il vend, « pour deux louis », ses premiers dessins à Maurice Méry, directeur du journal Le Sourire. Il collabore ensuite avec Le Rire et La Risette. Une fois bachelier, il suit quelque temps les cours des Beaux-Arts où il est l'élève de Luc-Olivier Merson et de Fernand Cormon.

Après son service militaire, il occupe quelques emplois de bureau sans intérêt (ingénieur dans une fonderie d’aluminium et secrétaire d’une mine de cuivre), tout en dessinant des affiches. Vers 1906, il crée les Affiches Gus-Bofa.

Fort de son succès d’affichiste, il écrit des contes pour la presse, des revues pour le music-hall et tient la chronique théâtrale du Rire journal qu’il dirige à partir de 1909 et où il fait débuter Pierre Mac Orlan, d'abord comme dessinateur, puis comme écrivain. En 1912, il quitte Le Rire, que son propriétaire estime dériver, sous sa direction, vers des horizons trop intellectuels, et rejoint Le Sourire, où il crée La Petite Semaine en compagnie de son ami Roland Dorgelès.

Il dessine aussi des costumes et décors pour le théâtre et pratique parallèlement la boxe, la natation, l'escrime et l'équitation.

Première guerre mondiale En 1914, il est mobilisé dans l'infanterie et répond à l'appel, avouant une « curiosité un peu malsaine pour un jeu inconnu, vers quoi s’était tournée toute mon enfance, et une autre curiosité, plus intime, de savoir comment mon bonhomme intérieur allait réagir aux émotions et aux accidents de ce jeu dangereux. »

Très grièvement blessé aux jambes en lors des combats du Bois-le-Prêtre, il refuse d’être amputé et, de son lit d’hôpital, envoie des dessins à La Baïonnette et collabore bientôt au Journal, à Excelsior et au Petit Parisien. On retrouvera plus tard sa signature dans Le Perchoir, Le Pays de France (1918), Nos Loisirs (1919-1920), Cyrano (1924), Gringoire (1930) et Scaramouche (1936).

En 1916, il épouse Alice Lœwenstein, marraine de guerre et riche bourgeoise de vingt ans son aînée, qui lui épargne dès lors le souci de gagner sa vie. Ils s'installent rue Lafayette et il prend un atelier rue Edouard Détaille, loin de la bohème artistique.

Au lendemain du conflit qui l’a réduit « à l’état de mutilé translucide et décoloré », il commence, poussé par Mac Orlan, une carrière d’illustrateur de livres de luxe. Il met ainsi en image Mac Orlan, Courteline, Swift, Voltaire, De Quincey, Cervantès ou Octave Mirbeau’. Parallèlement, il se remet sur pied, reprend même la boxe, et publie trois livres personnels qui soldent son expérience de la guerre : Chez les Toubibs (1917), Rollmops, ou le Dieu assis (1919), et Le Livre de la Guerre de Cent Ans (1921).

Le Salon de l'Araignée A la fin de l’année 1919, Georges Weil, qui dirige à Paris la galerie Devambez, propose à Gus Bofa d’exposer ses œuvres. Au lieu de cela, ce dernier lui propose de créer un nouveau salon artistique. Il entend en effet « pousser les dessinateurs rescapés de la guerre », « protester contre le mouvement tristement humoriste qui avait illustré les années précédentes » et rompre en douceur avec la génération des « humoristes » cocardiers, grivois et dénués de fonds qui organisent leur propre salon et dont les « gauloiseries » tiennent toujours le haut du pavé. Contrairement à ces derniers, le Salon de l'Araignée, ainsi que le baptisent ses fondateurs« Au fait... ce titre... cette enseigne... l’Araignée ? Quelqu’un mit la rubrique aux voix... Elle fut adoptée à mains levées, d’enthousiasme ou par nonchalance. Qui sait si le Scorpion rose ou le Zébu n’eussent pas autant touché les âmes fantaisistes ? » — André Salmon, préface du catalogue du premier Salon de l’Araignée (1920)., ne s'institutionnalisera jamais. Il déjoue le rythme annuel en organisant, dès 1920, deux salons, le premier en février, le second en novembre. Contrairement au salon des Humoristes, l'Araignée — tout en réservant une large place aux illustrateurs — accueille des sculpteurs, des graveurs, des orfèvres, des écrivains, des journalistes.

Bofa réunit d'abord autour de lui des amis proches : Pierre Falké, Daragnès, André Foy, Jean Oberlé et Chas Laborde, Lucien Boucher, Jules Depaquit, Henri Béraud, Francis Carco, Roland Dorgelès, Max Jacob, Lucien Guitry, Jean Galtier-Boissière. Les invitations sont faites sur la base du talent, y compris parmi les « humoristes » (Abel Faivre, Jean-Louis Forain, Hermann Paul, Georges Pavis, Auguste Roubille, Sem, Henri Avelot, Marcel Capy, Joseph Hémard, Jean Veber, Adolphe Willette). Jusqu’en 1924, la présence de ses derniers demeure forte, puis il disparaissent à mesure que le succès du salon de l'Araignée, où pèsent les artistes de Montparnasse, et le déclin du salon des Humoristes, où dominent les Montmartrois, obligent les artistes à choisir leur camp.

À partir de 1925, les anciens sont remplacés par des individualités au trait et à l'inspirations plus typés : Henri-Paul Deyvaux-Gassier, George Grosz, Frans Masereel, Maurice Van Moppès, Jean Bruller. Avec un flair très sûr, l'Araignée accueille aussi de nombreux peintres : Alexeieff, Chagall. Foujita, Marie Laurencin. Dunoyer de Segonzac ou Marcel Vertès, Hermine David et son époux Jules Pascin, Daragnès, Dignimont, Jean Oberlé, Touchagues, Van Dongen.

Ce salon exigeant, sélectifLa candidature de Poulbot y sera par exemple blackboulée. et reconnu, qui sera sabordé au bout d'une dizaine d'années par crainte de son institutionnalisation« J'ai vu le moment ou Monsieur Je-ne-sais-plus-qui, qui était ministre de l'Instruction publique, allait venir nous inaugurer l'année suivante »., occupe une place importante dans l'histoire de l'illustrationEn 1930 Carlo Rim entrepris de réactiver, après trois années d'absence, le salon de l'Araignée. En 2023, la Galerie Michel Lagarde, qui a racheté le fonds Gus Bofa, a tenu un Salon de l'Araignée à l'occasion du 140ème anniversaire de la naissance de l'artiste..

Maturité En 1929, il rencontre Cécile Grosos. Son épouse, alors âgée et malade, ne s'oppose pas à cette liaison qui aboutira à un mariage en 1940, six ans après sa mort.

Gus Bofa s’occupe aussi de la chronique littéraire du Crapouillot, magazine littéraire et artistique, qu’il tiendra jusqu’en 1939.

Avec les années 1930, son œuvre prend un tour de plus en plus personnel et hanté. Malaises décrit l’angoisse existentielle et La Symphonie de la peur propose la peur comme moteur de l’histoire humaine. Zoo présente l’homme comme un animal dénaturé.

En 1940, avec l'entrée de l'armée allemande à Paris, Bofa, qui loge alors à Cormeilles-en-Vexin, se replie en Seine-et-Marne, à Mauperthuis, « à l’abri des radios, des journaux, des insupportables discussions entre sourds et aveugles, sur la guerre inconnaissable ». Il quittera le village en 1947, assez déçu par le comportement des habitants à son égard.

Les années 1950 marquent la fin de l’édition de luxe et, pour Gus Bofa, le début de l’oubli. Indifférent à la gloire, il approfondit, à travers des livres autobiographiques, dont il signe textes et images, comme La Voie libre, Déblais ou La Croisière incertaine, une réflexion désabusée et pessimiste sur la condition humaine.

En proie à l'oubli et dans le besoin, il meurt en 1968, à quatre-vingt-cinq ans, à Aubagne, où les Bofa se sont retirés en 1966. Son atelier est dispersé à Drouot le et le .

Postérité Son ami Pierre Mac Orlan dit de lui : « Gus Bofa est avant tout un écrivain qui a choisi le dessin pour atteindre ses buts. Un texte de Bofa, un dessin de Bofa sont construits dans la même matière et l’un et l’autre sont animés de ce même rayon de poésie humoristique qui comprend tout ce qui tient une place entre la vie et la mort.»

Gus Bofa a une influence indéniable sur les auteurs de bande dessinée. Varlot Soldat de Jacques Tardi, par exemple, est inspiré par ses illustrations de guerre publiées dans La Baïonnette.

David Prudhomme dit que : il avec . Blutch estime que et ajoute : . Pour Jean-Yves Ferri, Bofa .

Expositions thumb|Les salauds, ils tirent dessus. Dessin de Gus Bofa. Archives Départementales de Seine-et-Marne (sur le site Europeana.eu).

Gus Bofa et les illustrateurs de l'entre-deux-guerres, Musée-galerie de la Seita, -

Exposition Gus Bofa, l'Adieu aux armes, au Festival d'Angoulème en 2014, couplée aux dessins de Tardi à l'occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, - . Exposition Gus Bofa, l'Adieu aux armes, Paimpol, - . Exposition Gus Bofa, l'Adieu aux armes, Mairie du XVVème, Paris, - . Rencontres du 9ème art d'Aix-en-Provence, - . Festival Gribouillis - Exposition l'espace Saint-Rémi de Bordeaux, 2- . Exposition Gus Bofa - Archives départementales de la Dordogne - Gus Bofa - Le nouveau Salon de l'Araignée, Galerie Michel Lagarde, - . Gus Bofa, Librairie-galerie L’Imaginaire, Bruxelles, - . On verra bien…, Gus Bofa et la guerre de 14, Médiathèque Jean-Falala, Reims, - . On verra bien… Les enfants terribles de Gus Bofa, Mémo, Montauban, - . Gus Bofa, ambiances maritimes, Les Ateliers de Sainte Adresse, Le Havre, 9 - . Gus Bofa et Mac Orlan, Musée de l'Abbaye Sainte-Croix des Sables d'Olonne, - .

Œuvres

Gus Bofa auteur Chez les toubibs, La Renaissance du livre, Paris, 1917 Roll-Mops, le Dieu assis, Société littéraire de France, Paris, 1919 Synthèses littéraires et extra-littéraires, préface de Roland Dorgelès, Mornay éditeur, Paris, 1923 Le Cirque (préface de Pierre Mac Orlan), La Renaissance du Livre, Paris, ca 1923 Malaises, Jean Terquem éditeur, Paris, 1930 Zoo, Editions Mornay, Paris, 1935 La Symphonie de la Peur, L'Artisan du Livre, Paris, 1937 Slogans, Librairie des Champs-Élysées, Paris, 1940 Solution Zéro, Librairie Gründ, Paris, 1943 La Voie Libre, notes de tourisme syncopé, Au Moulin de Pen Mur, Paris, 1947 La Peau de Vieux, Marcel Sautier, Paris, 1947 La Croisière incertaine, librairie des Champs-Élysées, 1950 Déblais, Éditions Textes Prétextes, Paris, 1951 Le Chemin de l'ascétisme, éd. Marval, Paris, 1983

Gus Bofa illustrateur

Pour Pierre Mac Orlan

Pierre Mac Orlan, La bête conquérante, suivi de Le rire jaune, Crès, Paris, 1920 Pierre Mac Orlan, U713 ou les Gentilshommes d'infortune, Société Littéraire de France, Paris, 1917 Pierre Mac Orlan, Le Livre de la Guerre de cent ans, La Renaissance du Livre, Paris, 1921 Pierre Mac Orlan, Le Chant de l'équipage, L'Édition française Illustrée, 1918 Pierre Mac Orlan, Filles et Ports d'Europe, Éditions Arc-En-Ciel, Paris, 1946 Pierre Mac Orlan, Les Poissons Morts, Payot, Paris, 1917 Pierre Mac Orlan, Pere Barbançon, Éditions Arc-en-ciel, Paris 1948 Pierre Mac Orlan, À l’hôpital Marie Madeleine, Les amis de Nandette éditeur,1928 Pierre Mac Orlan, Bofa, Les éditions de la Belle Page, Paris, 1930

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