Les Roms [ròm]Le « s » ne se prononce pas en français.(en Romani : Roma, en Roumain : Rromi), aussi dénommés Tsiganes sont un groupe ethnique initialement originaire de l'Inde, présent en Roumanie comme dans d'autres pays d'Europe. Selon le recensement officiel roumain de 2011, on comptait , soit 3,25 % de la population du pays.. Ces chiffres sont cependant considérés par les démographes et les sociologues comme sous-évalués pour deux raisons : la difficulté des enquêteurs du recensement à recueillir des informations fiables de la part des communautés tsiganes, et le souhait de nombre de ces derniers de ne pas se déclarer eux-mêmes « Rom » officiellementArticle « Mais combien sont les Roms ? » publié dans le journal Jurnalul Național, traduit en français sur le site Presseurop.eu, le 20/10/2011 - Mais combien sont les Roms ?Les caractéristiques démographiques des minorités nationales dans certains États européens, Volume 1, Werner Haug, Youssef Courbage, Paul Compton Conseil de l'Europe, Collection Minorités, - Livre in extenso disponible sur Google Books. Selon le Conseil de l’Europe, ils seraient environ , soit 12% de la population du pays. Ils font partie, tout comme la communauté Magyare, des minorités ethniques de Roumanie reconnues comme telles par la Constitution. Les Roms ont migré au Moyen Âge de l'Inde vers l'Europe et leurs langues, proches du sindhi et du pendjabi, proviennent du sanskrit, tandis que les Roumains sont des aborigènes des Carpates et leur langue romane, le roumain, est un héritage de la romanisation des Thraces/Daces. Les Roms sont présents depuis environ un millénaire dans toute l'Europe et la proche-Asie, ainsi que dans certains pays arabes et, depuis une centaine d'années, en Amérique (États-Unis, Mexique et Brésil).
thumb|Taraf (orchestre) rom de Bucarest (Ochii albi) en 1860.
En Roumanie, le terme « Roms », adopté par l'Union romani internationale (IRU)., s'écrit « Rromi », avec deux r, pour éviter les confusions avec les nombreux mots dérivant de Rome. Les Roms y sont cependant plus communément appelés Țigani (Tsiganes) mais d'autres noms existent, tels Băieși, Căldărari, Cârpari, Lăutari, Rudari et autres, souvent dérivés de leurs métiers. Le terme de Rromi, mis en avant depuis 1995 . gagne du terrain notamment dans les médias et domine dans la littérature spécialisée, mais pas dans le langage courant où « Tsigane » reste le plus employé, y compris par les intéressés (certains précisant même « nous, nous sommes Tziganes, pas Roms, pas Gitans, pas Manouches »). Le terme Roms, phonétiquement proche du mot roumain român (roumain), n'a aucun lien étymologique ou sémantique avec ce dernier : Rom est un endonyme signifiant en romani « homme accompli et marié au sein de la communauté »..
Avec la scolarisation obligatoire, la très grande majorité des Roms de Roumanie sont bilingues Romani/Roumain.
Les Roms de Roumanie ont des conditions de vie très précaires. En 2022, 70 % d'entre eux sont sans-abri, soit la proportion la plus élevée de l'Union européenne.
Histoire Les Roms sont arrivés en Roumanie au , à travers l'Asie centrale et l'Anatolie où ils s'étaient mis, comme charrons, éleveurs de chevaux, servants et éclaireurs, au service des Mongols et des Tatars, qui les protégèrent et leur laissèrent, en échange, une part du butinStéphane Zweguintzow, « Les Roma de l'ex-URSS », in Échos de Russie et de l'Est, Éd. B. de Saisset, 1994. Avec la Horde d'or et Tamerlan, les Roms parvinrent ainsi en Moldavie, d'où ils passèrent en Transylvanie et en ValachieVoir par exemple le film Latcho Drom de Tony Gatlif pour voir l'évolution géographique des peuples romané au cours du temps..
Dobroudja les roms musulmans (Xoraxanes) turcophones vivent en Dobroudja depuis l'époque ottomane. Ils ne sont pas liés à la Roms chrétienne de Roumanie. Les Xoraxanes ont des ancêtres turcs. Là, ils vivent avec des turcs et des tatars. Beaucoup ont émigré en Turquiehttps://scholarlypublications.universiteitleiden.nl/access/item%3A2721940/view.
La Robie Les Roms, une fois parvenus dans ces trois voévodats, se mirent sous la protection des boyards et des monastères, continuant à exercer leurs métiers traditionnels au service de leurs nouveaux maîtres à travers une servitude de type féodal nommée Robie, ce qui ressemble à la fois à leur nom de Roma et au mot slave « Robota » : travail. Dans les documents phanariotes en grec, cette servitude personnelle était appelée εναπογραφεία, εργατεία ou υποτέλεια (énapographie, ergatie, hypotélie), différente de la δουλεία (esclavage proprement dit)Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, 2002, éd. , p. 108Phédon Koukoulis, Vie et société byzantine tome III, : les byzantins non-libres (en grec : « Βυζαντινών Βίος και πολιτισμός - Οι Βυζαντινοί Αιχμάλωτοι ») éd. Papazikis, décembre 1949, Stéphane Zweguintzow, « Les Roms dans la C.E.I. », Échos de Russie, no 24, jan.-février 1995, p. 16, .. Au , la plupart des groupes de Roms se trouvaient dans le statut de Robie. thumb|upright|Fierar (« ferronnier ») Rom du , par Théodore Valerio, Costumes de la Hongrie et des Pays danubiens, Paris 1891, initialement présentés à l'Exposition universelle de 1855. La présence des Roms sur l'actuel territoire de la Roumanie a été mentionnée pour la première fois dans un document datant du , par lequel Dan , prince de Valachie, faisait donation de de robs roms au monastère de Tismana. La Robie est un statut traduit en français et en roumain moderne par « esclavage », mais qui s'apparente davantage à un contrat féodal de servitude personnelle. Le rob appartenait certes à son maître qui pouvait le vendre, mais ce maître ne pouvait être qu'un voïvode, un boyard ou un monastère, et le rob lui-même pouvait racheter sa liberté, et la revendre ailleurs : c'est pour cela que traditionnellement les Roms portent leur or sur eux, bien visible, sous forme de colliers, bijoux ou dents, afin de montrer leur solvabilité et leur capacité à se racheter. Il est la marque de leur dignité. Le mot rob dérive du slave robota, le travail. En 1428, le voïvode moldave Alexandre le Bon fait don de tsiganes au monastère Bistrița en Moldavie. Ces principautés roumaines, vassales des Ottomans, jouissent de leur autonomie contre paiement d’un tribut à Istanbul. left|thumb|upright|Affiche apocrypheCette affiche, extraite de l'ouvrage de Ian F. Hancock : Pariah Syndrome : An Account of Gypsy Slavery and Persecution, Karoma Publishers, Ann Arbor, Michigan, 1987, , est omniprésente sur Wikipédia mais son authenticité est contestée ici Talk:Slavery in Romania car à cette époque on n'utilisait pas encore l'écriture latine, les expressions Sclavi țigăneşti et în condiție fină sont des calques linguistiques de l'anglais , (en roumain correct de l'époque on aurait dit , ) et il est impossible de trouver cette image ailleurs que dans l'œuvre de Hancock, qui présente d'autres affiches semblables, telle Discuție:Robia în țările române#/media/File:200 de familie de țigani de vânzare.jpg (dans Ian F. Hancock, We Are the Romani People, Univ of Hertfordshire Press, 2002, ., censée être de 1845 alors que l'écriture latine n'a été adoptée qu'en 1860, annonçant la vente d'un « lot » de robs Roms en 1852. L'entrée de la plupart des Roms en « Robie » va contribuer au paiement de ce tribut, tandis que les monastères envoient d'immenses richesses au Mont Athos. Les Roms appartiennent dès lors soit au voïvode, soit aux monastères, soit aux propriétaires terriens : les boyards. Les robs du voïvode sont libres d’aller et venir, mais payent tous les ans une redevance pour ce droit. Ils pratiquent toutes sortes de métiers : commerçants ambulants, forains, ferronniers, forgerons, rétameurs, bûcherons, maquignons, fossoyeurs, chiffonniers, saltimbanques, musiciens. Quant aux monastères et aux boyards, ils utilisent leurs « robs » comme domestiques ou comme contremaîtres pour faire travailler les paysans serfs. Ils offrent à quelques-uns une formation et des postes de majordomes ou de comptables. Les « robs » peuvent être donnés, légués ou vendus aux enchères.
L'abolition Au , des fils de boyards étudiants à Paris, initiés à l'esprit des Lumières, lancent un mouvement abolitionniste. Le processus se fait en plusieurs étapes. En 1825, en Moldavie, le Hospodar Ioniță Sandu Sturza délie les Roms de leurs liens envers les monastères et les boyards. Cet acte officiel part d'une bonne intention : mettre fin à la « robie ». Mais en pratique, cela laisse les Roms sans protection face aux agriculteurs sédentaires qui réclament des réformes agraires. De nombreux Roms reprennent alors le nomadisme, alors qu'ils s'étaient sédentarisés en majorité autour des domaines seigneuriaux (konaks) et abbatiaux. De toute façon, Sturdza est renversé en 1828 et la « robie » est aussitôt rétablie.
Dans les années 1830, certains socialistes, notamment Teodor Diamant, reprennent l'idée du phalanstère de Charles Fourier afin d’améliorer la vie des Tziganes.
En 1856, sous l'influence des idées propagées par la révolution de 1848 et par Victor Schœlcher, le prince humaniste Alexandru Ioan Cuza sécularise les immenses domaines ecclésiastiques et abolit la « robie » en Moldavie et ValachieFlorin Constantiniu : Une histoire sincère du peuple roumain, Univers, Bucarest 2002 et Catherine Durandin : Histoire des Roumains, Fayard, Paris, 1995. .. Toutefois il faut attendre 1923 pour que des lois leur donnent des droits égaux aux sédentaires et les protègent contre les discriminationsConstitution roumaine de 1923. Mais ces lois sont remises en question entre 1940 et 1944Roumanie pendant la Seconde Guerre mondiale.
En 1930 il y avait tsiganes représentant 0,3 % de la population bucovinienneMihai Iacobescu : Din Istoria Bucovinei, 1999..
La Porajmos
PorajmosEn romani, Porajmos signifie « ils nous ont mangés ». désigne l'extermination des Roms par le régime nazi.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, le roi Carol mène d'abord une politique favorable aux Alliés (la Roumanie sauve l'armée, le gouvernement et le trésor polonais, et les transporte par sa flotte en territoire britannique). Mais l'effondrement de la France le contraint à faire des concessions aux Allemands et aux nationalistes, pour finalement abdiquer en octobre 1940 en faveur de son fils Michel. Un gouvernement de coalition constitué d’officiers d’extrême-droite, sous la direction du général Ion Antonescu et de représentants de la Garde de fer arrive au pouvoir. Le , la Roumanie rejoint officiellement les puissances de l’Axe. Le ministère de l’intérieur interdit aux Roms « nomades » de « rôder pendant l’hiver ».