Le lyciet commun ou lyciet de Barbarie (Lycium barbarum) est un arbuste de la famille des Solanaceae, largement répandu de l'Europe à l'Asie..
En France, on peut observer dans la nature trois espèces de Lycium : le Lycium europaeum, le Lycium barbarum et le Lycium chinense. Les deux premiersD'après BaseFlor(Téla botanica) et Plants for a Future. sont indigènes d'Europe et le troisième L. chinense a été introduit d'Asie orientale et s'est naturalisé en de nombreux endroits.
Les lyciets qui étaient connus dans la pharmacopée antique du monde gréco-latin furent oubliés et ce n'est qu'à la suite du développement de la Chine depuis la fin des années 1990 qu'ils nous sont revenus sous le nom commercial de « baies de goji ».
Le lyciet commun est une des deux espèces de Lycium donnant des fruits rouges en vente dans les magasins de diététique sous le nom de baies de goji (l'autre étant Lycium chinense). C'est la plus riche des deux en vitamines, minéraux et antioxydants. Les fruits très réputés en Asie pour leurs propriétés antioxydantes sont inscrits à la pharmacopée chinoise..
Deux variétés sont connues : Lycium barbarum var. auranticarpum K. F. Ching Lycium barbarum var. barbarum
Terminologie Le terme français lyciet vient du latin lycium et du grec lukion (λυκιον) « arbrisseau épineux de Lycie ».
Le terme de goji a été fabriqué par un ethnobotaniste nord-américain, du nom de Bradley Dobos, passionné de médecine tibétaine. En 1973, lors d'une collecte de plantes médicinales dans les montagnes tibétaines, il décida, avec son informateur tibétain, de mettre fin à l'imbroglio des noms locaux de qoiki, quak qou, kew ji en forgeant le terme de goji. Le terme commença à se répandre après les années 1980 grâce aux ventes de ses baies dans une pharmacie et une clinique Tenzing Momo qu'il avait ouverte à Seattle. Mais le succès mondial arriva seulement quand les gros producteurs de lyciet du Ningxia (Chine) décidèrent de partir à la conquête des marchés mondiaux en faisant une promotion parfois extravagante des bienfaits des baies de goji.
Le nom chinois du lyciet commun est ningxia gouqi 宁夏枸杞, morphologiquement "lyciet du Ningxia" (province du nord-ouest de la Chine).
Synonymes scientifiques : Lycium halimifolium P. Mill. Lycium vulgare Dunal
Description Le lyciet commun est un arbuste de 80 cm à 3 m de haut, très rameux, à rameaux flexueux, pendants, un peu épineux.
Les feuilles solitaires ou fasciculées sont lancéolées ou longuement elliptiques, de 2-3 cm de long sur 3-6 mm de large.
La fleur portée par un pédicelle comporte un calice campanulé de 4-5 mm, généralement à 2 lobes et une corolle pourpre avec un tube de 8-10 mm et des lobes étalés, plus courts aux marges glabrescents. Les étamines et le style sont légèrement exserts. La floraison a lieu de juin à octobre.
Le fruit est une baie rouge plus ou moins orangé, oblongue, développant des saveurs suaves un peu âpres. Elles mûrissent d'août à octobre.
Écologie
Le lyciet commun est largement répandu dans l'Europe, l'Asie du sud-ouest et l'Asie centrale. En Chine, on trouve sept espèces différentes de Lycium : le Lycium chinense est le plus largement répandu (toute la Chine sauf le Tibet) alors que le Lycium barbarum var barbarum ne pousse qu'au Ningxia, Gansu, nord Hebei, Mongolie Intérieure, Qinghai, nord Shanxi, Sichuan et Xinjiang. Dans ces régions du nord-ouest, on trouve aussi le Lycium ruthenicum, et le L. truncatum. Dans la région autonome du Tibet, on ne trouve que le L. ruthenicum.
Le lyciet commun est assez largement répandu à l'état sauvage en Francevoir les photos de , où on le trouve dans les haies, sur le bord des chemins, dans les bois et broussailles anthropiques sur sols nitratés. Il abonde surtout dans les zones littorales sableuses, sur toutes les façades maritimes de France, de la Méditerranée à la mer du Nord. Plus largement en Europe l'espèce est surtout présente dans les zones littorales de la mer du Nord, de la mer Baltique et de la mer Noire, mais on le trouve aussi un peu partout dans les régions continentales, sur les sols érodés et sur les grèves de certains cours d'eau, dans les carrières, sur les terrils et autres friches. Il est aussi présent dans les habitats méditerranéens et il abonde dans les steppes boisées d'Europe de l'Est. C'est une espèce pionnière qui colonise de préférence les sols nus et meubles.
Le lyciet commun est cultivé pour ses baies comestibles sur de grandes surfaces en Chine (principalement dans le Ningxia) pour le marché chinois mais aussi de plus en plus pour l'exportation vers l'Amérique du Nord et l'Europe.
L'habitat d'origine est obscur : longtemps, on a considéré que ce lyciet cultivé venait de Chine mais des travaux récents montrent qu'il pourrait venir du bassin méditerranéen. D'ailleurs, le nom d'espèce barbarum désigne l'Afrique du Nord, appelée du temps de Linné, Barbarie.
Introduit au Royaume-Uni en 1730 par le duc d'Argyll, il y est toujours employé pour faire des haies. Il est aussi utilisé à cet usage en Amérique du Nord et en Australie.
Histoire Épopée de Gilgamesh (Mésopotamie antique)
Dans l'Épopée de Gilgamesh, épopée composée autour du , le dieu Uta-Napishtim, poussé par sa femme, révèle à Gilgamesh l'existence d'une plante de la vie qui lui donnera l'immortalité : le lyciumThomas Römer, Cours au Collège de France du 7 février 2013.
Antiquité européenne Au avant notre ère, le botaniste grec, Théophraste puis au , Dioscoride et Pline l'Ancien ont décrit des arbustes épineux que l'on pense être des Lycium. Pline par exemple, décrit trois espèces de rhamnos : Une autre espèce sauvage est plus foncée et légèrement rougeâtre, et porte des sortes de bourses. Avec sa racine bouillie dans de l'eau, on fait un médicament appelé lycium.(H.N. XXIV, 124) Mais comme le fait remarquer Jacques André, le traducteur de Pline, ce rhamnos n'est certainement pas le nerprun « dont le fruit est un purgatif si drastique, provoquant de si violente colique que Pline et Dioscoride n'auraient pas manqué de le signaler. Il semble que ce soit le lyciet ou olivet ».
En 1813, Lamarck signale deux espèces de lyciets cultivés dans les jardins : les Lycium chinense & barbarum. Cette dernière espèce « décore également de haies vives les enclos & jardins, telles qu'on en voit, depuis nombre d'années, sur le boulevard du Mont-Parnasse, près de l'Observatoire. Ses rameaux courbés vers la terre lui donnent l'aspect du saule-pleureur. » (Encyclopédie méthodique vol 97 p427). Il rapporte aussi que les Anciens connaissaient les lycium et en faisaient une drogue : « On trouve dans Dioscoride les détails de sa préparation. Il serait inutile d'en rapporter ici les prétendues propriétés ».
Durant les siècles passés, le Lycium barbarum fut cultivé comme plante ornementale (sous le nom de jasminoïde) mais ses propriétés médicinales avaient été oubliées.
Chine, de l'antiquité à l'époque actuelle
Le Classique de la matière médicale, le Shennong bencao jing, compilé au début de notre ère indique dans une courte notice que le gouqi 枸杞 est « Amer, froid... fortifie les tendons et les os et freine le vieillissement ». En chinois, gouqi désigne d'une manière indistincte les Lycium, dont le plus courant est le Lycium chinense Miller et le plus utilisé dans la pharmacopée le Ningxia gouqi, le Lycium barbarum L.
À l'époque, les lyciets faisait partie des nombreuses drogues préconisées par les médecins taoïstes pour atteindre l'immortalité (terrestre). On rapporte qu'au cours des siècles, de nombreux taoïstes, médecins et poètes célèbres ont pris des décoctions de lyciet dans l'espoir de prolonger leur vie. Parmi les plus connus, on cite les médecins de la dynastie Jin, Ge Hong et Tao Hongjing, et le médecin des Tang, Sun Simiao.
Dans son compendium de matières médicales Bencao gangmu, l'herboriste et médecin Li Shizhen, reprend, seize siècles après les premiers traités, cette idée taoïste que le lyciet permettrait d'accroître la longévité. Il « tonifie les reins, humidifie les poumons, stimule le jing 精 et revigore le Qi 气 »《本草纲目》记载:“(枸杞)能补肾、润肺、生精、益气,此乃平补之药。”. Il préconise de ramasser les pousses au printemps, les fleurs en été, les fruits à l'automne et les racines en hiver. L'écorce des racines (digupi 地骨皮) était réputée bonne contre les excès de chaleur dans les poumons et la fièvre due à une déficience en yin.
L'adhésion à ces croyances anciennes est toujours très forte en Chine, puisqu'elle stimule aussi bien la médecine populaire qu'une médecine savante financée par l'État.
Constituants Les baies séchées de lyciet commun contiennent de manière notable des vitamines B1, B2, B6, et E et des minéraux intéressants (zinc, fer, cuivre, calcium, germanium, sélénium et phosphore) : {| class="wikitable centre"
! colspan="3" align="center" |Fruits de lyciet de Barbarie secs (valeur nutritive pour la fourchette basse des valeurs vient de Wen et als., la fourchette haute de Young et als. )
! colspan="3" align="center" | oligo-éléments
| potassium : | phosphore : | calcium :
| zinc : | fer : | sélénium :
! colspan="3" align="center" | vitamines
|vitamine C : | vitamine B2 : | β-carotène :
L'analyse par chromatographie sur colonne du fruit a permis d'isoler : des polysaccharides, des caroténoïdes (zéaxanthine, β-cryptoxanthine, β-carotène et leur isomères et néoxanthine), des flavonoïdes (diglycoside de quercétol, rutine, kaempférol-3-O-rutinoside), des acides phénoliques (acide chlorogénique, acide caféique, acide caféylquinique et p-coumarique).
Les polysaccharides représentent le groupe le plus important des substances du fruit. Les résultats quantitatifs varient beaucoup suivant les auteurs mais si on retient la méthode d'optimisation des conditions d'extraction de Yin et Dang, on obtient 23 % de polysaccharides dans les fruits. Ils se présentent sous la forme de conjugués de glycane (polymère d'oses) et de peptides ou de protéines. Leurs structures ont été élucidées par Peng et als (2001) et ont été nommées LbGp1-LbGp5. Une revue récente de Potterat (2010) en recense une vingtaine. Ce sont des fibres alimentaires classées parmi les protéines à arabinogalactanesLa structure du LbGp2 élucidée par Peng et coll. (2001) est formée par un polymère construit autour de résidus β-galactosyls, liès en 1→6, dont 50 % sont substitués en C par des groupes galactosyls ou arabinosyls. (AGP).
(Majewska-Sawka et als, 2000). Ces macromolécules très complexes, fixées sur la membrane plasmique ou la paroi cellulaire, servent à marquer l'identité des cellules et jouent ainsi un rôle important dans la croissance de certains organes. Les protéines à arabino-3,6-galactanes (dites de type II) abondants dans le fruit du goji, se trouvent aussi dans le raisin et le vinles arabinogalactanes et les protéines à arabinogalactanes de type II représentent entre 100 et 200 mg/l dans les vins rouges, d'après T. Doco, P. Williams, M. Moutounet et P. Pellerin, « Les polysaccharides du vin », Bulletin de l'O.I.V. 2000, le colza (Brassica napus), le soja (Glycine max), le café (Coffea arabica), l'asperge (Asparagus officinalis), le riz (Oryza sativa) , la tomate (Lycopersicon esculentum).
Les caroténoïdes augmentent durant la maturation du fruit et lui donnent sa couleur rouge orangé. Le constituant principal est le dipalmate de zéaxanthine (appelé physaline) représentant 56 % des caroténoïdes du fruit, puis viennent la bêta-cryptoxanthine, monopalmitate de zéaxanthine, suivi de petites quantités de zéaxanthine et de bêta-carotène libres.
La teneur en vitamine C tourne autour de , valeur comparable à celle de la pulpe fraîche de citron ou d'orangeAFSSA ().
Les acides gras et l'huile essentielle du fruit sont formés d'acide palmitique (saturé, ou acide hexadecanoïque), d'acide linoléique (ω6), d'acide myristique (saturé) et de β-élémol.