Le château de Wodémont est un lieu-dit et un château de la commune belge de Dalhem située en Région wallonne dans la province de Liège.

Ce lieu-dit du Pays de Herve fait partie de l'ancienne commune de Mortroux et était une des deux seigneuries d'en deçà des Bois du duché de LimbourgGuy Poswick : Description du château de Wodémont, dans 'Les Délices du Limbourg' (1951)..

Histoire

Les origines

Dans les plus anciens documents, Wodémont est appelé Waldenborch (château de la forêt) et en latin Waldemonte. Wodémont serait sa forme française, comme Fauquemont est celle de Valkenburg (château des faucons). Il est également possible que Wodémont signifie le château de Wodo, et Valkenburg le château de Falco. Vers l’an 1000, il appartenait à Wolbertus de Waldemonte, proche parent de Saint-Poppon, prince-abbé de Stavelot-Malmedy. En 1063 le château est cité dans une charte. En 1082, son fils, Erwinus de Waldemonte, donne une terre qu’il avait à Barchon à l’abbaye de Stavelot, en souvenir de son père. En 1143, on cite Ebrovinus de Waudomonte, puis Colette de Wodémont, chevalier, en 1270.

Ayant droit de haute, moyenne et basse justice, Wodémont était l’une des deux seigneuries dites « en deçà des bois » du Duché de Limbourg, l’autre étant Lontzen. A cet endroit, la Berwinne formait non seulement la limite de la seigneurie mais aussi la frontière du Duché de Limbourg. Perché sur les coteaux de sa rive gauche, le château dominait la vallée faisant face, au Nord, à la seigneurie de Neufchâteau et, à l’Ouest, au Comté de Dalhem dont Neufchâteau dépendait. Il constituait ainsi un élément important de la défense du Duché.

La place forte jusqu’en 1286

A cette époque, le donjon rectangulaire du , avec ses murailles de d’épaisseur, n’avait au rez-de-chaussée que des archères dont l’une subsiste sur la façade Nord. Un escalier dans l’épaisseur de la muraille donnait accès aux étages où étaient percées des fenêtres de plus ou moins et dont on peut voir les traces sur la façade Est.

Contre le mur Ouest du donjon était creusée une douve sèche dont le mur de soutènement extérieur en gros moellons subsiste dans la cave sous la terrasse. Suivant la tradition, un souterrain donnant accès au puits partait de l’angle du donjon. Dans une cave, un ébrasement de porte en pierre moulurée pourrait en avoir été l’entrée. A quelques mètres du puits se trouvait la chapelle Saint Nicolas, où l’on disait la messe pour les habitants de la seigneurie, qui comprenait aussi le hameau de Mauhin. Intégrée au XVIIème aux bâtiments de ferme, la chapelle montre encore la pente de sa toiture sur le pignon Est et, sur sa façade Nord, des piédroits gothiques en pierre calcaire. Contre le pignon se trouvait le cimetière qui occupait une partie du jardin actuel du château. Devant le donjon s’étendait une vaste cour fermée par deux bâtiments agricoles. Le premier au Sud, là où se trouve aujourd’hui un espace de réunion, anciennement des étables et une grange, et le deuxième à l’Ouest, maintenant disparu. Celui-ci était protégé par un fossé sur toute sa longueur. C’est de ce côté qu’un porche permettait d’entrer dans la cour. Cet ensemble était protégé par un rempart continu au Nord, à l’Ouest et à l’Est, à une distance variant entre 10 et , le tout couvrant une superficie de plus d’un hectare. S’y appuyant à l’Est du donjon, une terrasse surplombe le ravin et offre une vue sur la vallée de la Berwinne. Au Nord, dans les prairies, seules les traces des fondations enfouies marquent le relief du terrain.

C’est ainsi que se présentait la place forte en automne 1286 lorsque Jean , Duc de Brabant, l’attaqua par le côté Sud, plus vulnérable, et en fit le siège. La guerre de succession du Duché de Limbourg s’acheva en à la bataille de Wörringen (Woeringen), sur les rives du Rhin. À partir de là, le Duché de Limbourg et Wodémont firent partie des possessions du Duc de Brabant, Jean Le Victorieux.

Thomas de Diest et les d’Autrive (1324-1362)

On sait qu’en 1324, Thomas de Diest, châtelain de Dalhem pour le Duc de Brabant, est aussi Seigneur de Wodémont. Ensuite Clérembauld III d’Autrive, chevalier, puis son fils Clérembauld IV d’Autrive, Maréchal et Sénéchal du Comté de Namur, Châtelain de Dalhem, époux de Jeanne de Brabant.

Les Fraipont (1362-1403)

Celui-ci vend la seigneurie le à Jacques de Fraipont, qui les tient en 1367 avec ses deux sœurs, l’une, N. de Fraipont, épouse de Renier de Neufchâteau, l’autre, Jeanne de Fraipont, épouse de Wéry de Hamale-Brialmont. Jacques de Fraipont étant mort sans hoir en 1375, Wodémont passe à son frère Guillaume de Fraipont, chanoine à Fouron, mort également sans enfant en 1380.

Son neveu, Gilles de Brialmont, fils de Wéry et Jeanne de Fraipont, relève Wodémont et meurt également sans enfant en 1403.

Les Neufchâteau (1403-1527)

Wodémont est alors recueilli par son cousin, Renaud de Neufchâteau, petit-fils de Renier de Neufchâteau et de N. de Fraipont, dont il est question ci-dessus. Renaud, étant déjà Seigneur de Neufchâteau à la mort de son père, réunit une première fois les deux seigneuries dans les mêmes mains.

Les deux seigneuries passent ensuite à son frère, Jean de Neufchâteau qui meurt avant 1476 et laisse Wodémont d’abord à son fils Jean, mort sans hoir en 1513, ensuite à sa fille Marguerite, épouse de Balthazar Moer van Walde.

Les Gulpen (1527-l720)

Marguerite étant décédée en 1527, Wodémont passe à Frambach de Gulpen, fils de sa sœur, Catherine de Neufchâteau et d’Alard de Gulpen. Frambach, qui est déjà Seigneur de Neufchâteau, Asse et Rosmel, réunit les deux seigneuries pour la seconde fois, jusqu’à sa mort en 1537. Sa sœur, Catherine de Gulpen, épouse de Frambach de Hörrich, recueille Wodémont, et après elle, en 1540, sa nièce Catherine, fille de Frambach de Gulpen et épouse d’Herman d’Eys Beusdael.

En 1557, c’est le frère de celle-ci, Guillaume de Gulpen, qui relève Wodémont. C’était un grand persécuteur de protestants. Il fut Haut-Drossart et Lieutenant-Gouverneur du Duché de Limbourg. Il mourut en 1577.

Son fils Frédéric en hérite. Haut-Drossart et Lieutenant-Gouverneur du Duché de Limbourg, il est aussi seigneur de Stockem, à Eupen et de Hautregard à Battice. En 1627, c’est Jean-Guillaume de Gulpen, fils du précédent, qui relève Wodémont. En 1671, Wodémont est relevé par son fils, Walrave, Doyen d’Aix, ensuite par son autre fils, Frédéric, déjà Seigneur de Neufchâteau et enfin par son troisième fils, Jean-Guillaume, en 1674. Celui-ci épousa Marie-Antoinette de Draeck avec qui il eut un fils, Walrave-François, qui releva Wodémont en 1698 et le vendit en 1720.

Les travaux de 1674 à 1686

Dès 1660, le père de Jean-Guillaume avait obtenu la désaffectation du cimetière qui jouxtait la chapelle et le mur Sud du donjon, invoquant le danger d’y inhumer les pestiférés. Les habitants de Mauhin seraient donc désormais enterrés à Mortroux. Sur l’espace ainsi libéré, Jean-Guillaume accola une nouvelle aile qui donnait sur un « petit jardin » exposé au Sud. Observons au passage que la fenêtre Est de la nouvelle aile est centrée par rapport aux dimensions intérieures de la pièce du rez-de-chaussée, mais pas par rapport aux pierres d’angle du donjon, encore visibles à l’extérieur. En effet, il est possible que le mur Sud du donjon ait été entamé lors de l’attaque des Brabançons en 1286, puis laissé tel quel ou mal réparé.

C’est probablement lui aussi qui couvrit l’ensemble de toitures. Pour le donjon, la charpente d’époque, avec ses poutraisons en chêne de de section, montre la base du clocheton originel ainsi que les cinq travées d’arbalétriers, cintrés chacun dans le même angle. Enfin, c’est probablement lui qui fit remplacer les petites fenêtres du donjon par les grandes baies qui l’éclairent actuellement, tant au rez-de-chaussée qu’aux étages. Au-dessus de la porte donnant sur « le petit jardin », il fit placer une pierre commémorative ornée de ses armes et de celles de son épouse, Marie-Antoinette de Draeck, fille du Seigneur de Teuven. La pierre porte la date 1686 et l’inscription « Post Nubila Phoebus », « Après les nuages le soleil ». Elle rappelle d’une part les transformations qui firent de la vieille forteresse une résidence bien éclairée et d’autre part la fin provisoire des guerres qui avaient dévasté la région. En même temps, et de façon très hypothétique, l’entente retrouvée des deux époux.

Les Hoen-Gulpen (1721-1731)

C’est Lambert d’Olne, Baron de la Neuville qui l’acheta à Walrave-François de Gulpen en 1720. Le retrait lignager était une sorte de droit de préemption. Les héritiers du sang avaient le droit de rendre caduque la vente d’un fief à un non-héritier en désintéressant celui-ci. Or, Florence de Gulpen était la fille de Frédéric et donc la cousine de Walrave-François. Déjà Dame de Neufchâteau, elle était mariée au Comte Eugène-Albert de Hoen de Cortils et c’est lui qui fit usage de ce droit auprès de Lambert d’Olne en 1721. Ainsi, après Renaud et Jean de Neufchâteau au , Frambach de Gulpen de 1527 à 1537 et Frédéric de Gulpen de 1671 à 1674, Neufchâteau et Wodémont se trouvaient à nouveau réunis.

Les époux Hoen-Gulpen avaient un fils, François, qui devait recueillir les deux seigneuries, mais qui mourut à 16 ans. Ils reposent sous un monument qui les représente tous les trois dans la chapelle que les époux avaient fait construire à côté de l’église d’Aubin-Neufchâteau. Florence de Gulpen légua tous ses biens au cousin de son mari, le Baron Eugène-Théodore de Hoen de Schaloen, à condition qu’il porte, en souvenir de leur fils, le nom de Hoen Neufchâteau qu’aurait dû porter le jeune François.

Les Hoen Neufchâteau (1731-1823)

Eugène-Théodore releva les deux seigneuries en 1731. Le Comte Maximilien de Hoen Neufchâteau, fils du précédent, releva les deux seigneuries en 1775 et en fut le dernier Seigneur. Il épousa Félicité, Comtesse de Hohenzollern Hechtigen et mourut en 1823.

La destruction de la chapelle

En 1787, il avait fait abattre la plus grande partie de la chapelle Saint-Nicolas, qui menaçait ruine. Il s’ensuivit un procès avec l’abbé de Cornelimunster, collateur de la paroisse de Mortroux, dont dépendait la chapelle. Depuis lors, les habitants de Mauhin et de Wodémont durent aller à la messe à Mortroux, et la chapelle fut transformée en écurie.

Le rattachement à la paroisse de Neufchâteau

C’est en 1807, sous le régime français, que le préfet du département de l’Ourthe, d’accord avec l’évêque de Liège, rattacha le territoire de l’ancienne seigneurie de Wodémont à la commune et à la paroisse de Neufchâteau, malgré les protestations du curé de Mortroux et les pétitions des habitants.

Des Hamal à Théodore Fléchet (1823-1859)

La fille de Maximilien, Thérèse de Hoen, qui avait épousé le Comte Ferdinand de Hamal, maire de Neufchâteau en 1819, hérita de Neufchâteau et Wodémont et mourut en 1833, laissant ses biens à ses deux filles, Ferdinande et Marie-Eveline de Hamal, celle-ci mariée au Comte Antoine de Becdelièvre.

En 1840, elles vendirent Neufchâteau et Wodémont au Baron Jean Plunkett de Rathmore. Sa fille, Thérèse Plunkett de Rathmore, épouse de Jean-François Reuter, vendit Wodémont en 1857 à Théodore Fléchet, juge au Tribunal de instance de LiègeThérèse Plunkett et son frère Goswin étaient d'importants actionnaires des Charbonnages du Bois-du-Luc. À leur décès, ils laissèrent d'importants legs pour la construction d'un hospice et d'un hôpital au profit des travailleurs du charbonnage..

Les Borchgrave d’Altena (1859-1971)

Ce dernier le revendit en 1859 aux Comtes Léon et Paul de Borchgrave d’Altena et Léon en devint seul propriétaire dix ans plus tard.

Les travaux de 1870

Le Comte Léon fit démolir le porche d’entrée et les dépendances qui formaient la cour devant le donjon et n’en conserva que les écuries sur le côté Sud. Au Sud de celles-ci fut créée une nouvelle cour fermée par les bâtiments de ferme actuels au Sud et à l’Ouest.