L'oued Merguellil () est un oued qui coule dans le centre de la Tunisie, plus précisément à l'ouest de la ville de Kairouan.
Ayant un débit irrégulier, avec une moyenne de par an, il draine les précipitations touchant la dorsale tunisienne aux côtés des oueds Zeroud et Nebhana ; il figure ainsi parmi les principaux cours d'eau qui débouchent dans la plaine de Kairouan. Durant les mois humides, il irrigue cette importante région agricole où la nappe phréatique joue un grand rôle.
Longtemps source de crues dévastatrices, il a été maîtrisé au cours du par la construction de divers aménagements de protection, dont le barrage d'El Haouareb, ce qui n'est pas toutefois sans impact sur l'équilibre de l'environnement régional sur le plan de la gestion de l'eau et de l'érosion.
Géographie Cours Le lit de l'oued Merguellil naît dans les massifs montagneux du haut plateau de Makthar puis se dirige en direction du sud-est, en prenant les noms successifs d'oued Bahloul, Chrira et Kerd, jusqu'au synclinal du Jebil où il bifurque d'ouest en est Faouzi Mahfoudh, Samir Baccouch et Béchir Yazidi, L'histoire de l'eau et des installations hydrauliques dans le bassin de Kairouan, éd. International Water Management Institute, Tunis, 2004, p. 71.. Il s'oriente ensuite à nouveau vers le sud-est, en prenant le nom de Merguellil, et longe le flanc ouest du Djebel Ousselat, charriant une série d'oueds secondaires drainant la région.
Après avoir traversé par la faille d'El Haouareb, au niveau de laquelle un barrage a été édifié Jean-Paul Luc, Comparative study on river basins. Merguellil River. Water accounting, blue and green water, éd. International Water Management Institute, Battaramulla, 2005, p. 17., il se transforme en un lit large mais instable à travers la plaine de Kairouan ; il récolte au passage les eaux des oueds du Djebel Cherichira (notamment l'oued Cherichira) et du Djebel Baten, avant de s'orienter vers le nord-est.
Ses eaux ne rejoignent pas la mer Méditerranée mais finissent parfois en partie dans la sebkha Kelbia alors qu'une autre partie rejoint l'oued Zeroud qui coule en parallèle, quinze kilomètres plus au sud.
Hydrographie Le bassin versant de l'oued Merguellil est limité par la retombée sud des djebels Bellouta et Serdj au nord, par le plateau d'El Alâa au sud, par le Djebel Barbrou et le haut plateau de Kesra à l'ouest et par la plaine de Kairouan à l'est ; cette dernière constitue par ailleurs son exutoire naturel Mohamed Salah Bachta, Lokman Zaibet et Lassaad Albouchi, Impact assessment of water resources development in the Merguellil basin. Kairouan, Tunisia, 2005, p. 9.. Il se divise entre une partie amont relativement montagneuse, couvrant hectares, et une partie aval constituée d'une vaste plaine agricole couvrant Hacib El Amami et al., Allocation des ressources en eaux sous des contraintes économiques, sociales et environnementales. Cas du bassin de Merguellil en Tunisie centrale, actes du séminaire « Les instruments économiques et la modernisation des périmètres irrigués », Sousse, 21-22 novembre 2005, p. 3.. Le bassin aval dispose d'un important réservoir aquifère mais la nappe alluviale, seule ressource en eau douce disponible, y est exploitée sans contrôle réel, ce qui a conduit à une baisse de son niveau, puisqu'elle n'est plus alimentée par les crues de l'oued maîtrisées par les barrages en amont ; la forte baisse du niveau piézométrique dépasse dans certaines zones un mètre par anSafouan Ben Ammar et al., , p. 2.Christian Leduc et al., , p. 6..
Par ailleurs, en raison des activités agricoles, la pression sur le milieu a provoqué la dégradation des versants et de l'érosion dans tout le bassinHacib El Amami et al., , p. 2., le bassin amont figurant parmi les régions les plus érodées de la Tunisie centrale. Ce phénomène a eu pour conséquence la pollution des eaux par les sédiments et le colmatage des infrastructures hydrauliques (barrages et canaux d'irrigation) situées en aval ; le barrage d'El Haouareb s'envase ainsi en moyenne de 2,1 millions de tonnes de sédiments par an.
vignette|Oueds Zeroud, Merguellil et Nebhana convergeant dans la plaine de Kairouan.
La plupart des affluents de l'oued Merguellil se trouve sur sa rive droite : les oueds Morra, Zebbes, El Hammam et Ben Zitoune.
Hydrologie L'oued Merguellil, en raison de son profil caractéristique d'oued, est alimenté selon un régime pluvial irrégulier engendré par des influences climatiques conflictuelles : un climat frais, humide et subhumide au nord et un climat aride et désertique au sudMohamed Salah Bachta, Lokman Zaibet et Lassaad Albouchi, , p. 10.. Cette situation conduit à des fluctuations marquées par d'importantes irrégularités pluviométriques (en moyenne de l'ordre de par an) et de grandes amplitudes thermiques Safouan Ben Ammar et al., Approche géochimique de la vulnérabilité des eaux souterraines de la nappe phréatique de la plaine de Kairouan (Tunisie), mondial de l'eau, Montpellier, 1-4 septembre 2008, p. 1. ; les pluies sont par ailleurs plus fortes en amont qu'en aval Christian Leduc et al., Évolution de la ressource en eau dans la vallée du Merguellil (Tunisie centrale), actes du séminaire « Modernisation de l'agriculture irriguée », Rabat, 19-23 avril 2004, p. 3.. La pluviométrie réduite conduit à une quasi-absence d'eau en été mais engendre parfois des crues importantes en automne, lorsque la pluie tombe en un court laps de temps. La région a connu plusieurs épisodes documentés de crues au cours du .
Ainsi, entre les et , d'importantes précipitations de l'ordre de 100 à touchent le bassin amont, occasionnant des inondations, la sebkha Kelbia débordant et coupant la route à la hauteur de Sidi Bou Ali Jean Pias et Günther Stuckmann, Les inondations de septembre-octobre 1969 en Tunisie, éd. Unesco, Paris, 1970, p. 4.. Toutefois, celles-ci sont sans commune mesure avec celles touchant presque toute la Tunisie à l'automne 1969 et qui ont eu des conséquences économiques et humaines dramatiques (plusieurs centaines de morts et des dizaines de milliers de sans abris)Jean Pias et Günther Stuckmann, , p. 4-5..
L'épisode commence avec des précipitations relativement faibles durant les vingt premiers jours de septembre et qui causent de faibles crues de l'oued. La dernière partie du mois est en revanche beaucoup plus pluvieuse et dépasse à elle seule la moyenne mensuelle des précipitations ; la région de Makthar connaît un excédent de et celle de Kairouan de Jean Pias et Günther Stuckmann, , p. 5.. Les pluies du mois d'octobre, notamment dans la période du au , sont à nouveau exceptionnelles par rapport à la moyenne mensuelle (excédent de à Makthar et de à Kairouan)Jean Pias et Günther Stuckmann, , p. 6.. Celles-ci conduisent à des inondations brutales : l'oued charrie sur les deux mois un total de 155 millions de mètres cubes avec un débit maximal mesuré à Haffouz de Jean Pias et Günther Stuckmann, , p. 7.. Même si les débordements se limitent à certaines zones (El Haouareb, Raqqada et Kairouan entourée par les eaux mais protégée par des digues à peine achevées), ils ont conduit à des modifications du lit de l'oued et à d'importants phénomènes d'érosion et de sédimentation occasionnant des dégâts importantsJean Pias et Günther Stuckmann, , p. 11.. La sebkha Kelbia, à sec et disposant d'une capacité de 200 millions de mètres cubes, a finalement débordé via l'oued Essed vers la sebkha Halk El Menzel, dont les eaux ont fini par se déverser dans la mer MéditerranéeJean Pias et Günther Stuckmann, , p. 13.. Cet épisode a été le dernier du genre avant l'aménagement du barrage d'El Haouareb.
Gouvernorats et principales délégations traversés La partie nord-ouest du bassin se trouve dans le gouvernorat de Siliana ; près de 80 % de sa superficie est cependant située dans le gouvernorat de Kairouan :
upright=1.5|vignette|Carte des délégations traversées.
Gouvernorat de Siliana ; Délégation de Makthar ; Délégation de Kesra ; Gouvernorat de Kairouan ; Délégation d'El Alâa ; Délégation de Haffouz ; Délégation de Chebika ; Délégation d'Oueslatia ; Délégation de Hajeb El Ayoun.
Histoire Histoire du bassin
Des traces d'une présence humaine remontant au Paléolithique inférieur ont été retrouvées dans le bassin de l'oued Merguellil et témoignent de l'ancienneté du peuplement de la région par des populations nomades Claire Géroudet, Démographie et histoire agraire du bassin versant du Merguellil. Tunisie centrale, partie I (Histoire du peuplement et histoire agraire), éd. International Water Management Institute, Battaramulla, 2004, p. 3..
À leur arrivée, les Romains, premiers occupants sédentaires, s'installent surtout dans les zones riches en eau du bassin amont, plus favorables au développement de l'habitat et de l'agriculture et où ont été retrouvés divers vestigesClaire Géroudet, , partie I, p. 7.Claire Géroudet, , partie I, p. 40.. Ils y apportent des techniques d'utilisation de l'eau de ruissellement Claire Géroudet, Démographie et histoire agraire du bassin versant du Merguellil. Tunisie centrale, partie II (Politiques agricoles et structures foncières), éd. International Water Management Institute, Battaramulla, 2004, p. 1., notamment par la construction d'ouvrages de collecte de l'eau, et développent l'oléiculture — activité illustrée par les nombreuses presses à olives retrouvées — mais aussi l'élevage et la céréaliculture.
vignette|Bassins des Aghlabides à Kairouan, partiellement alimentés par un système de drainage des eaux du Merguellil.
À partir du , les diverses invasions détruisent les aménagements existants ; la tribu arabe des Zlass s'installe finalement dans la plaine, cantonnant les Berbères dans les montagnes comme le Djebel Ousselat. Les Arabes n'apportent pas de nouvelles techniques agricoles et se concentrent sur le développement urbain : Kairouan est ainsi dotée d'un grand aménagement hydraulique, les bassins des Aghlabides, qui collecte les eaux du bassin versant pour alimenter la cité en eau potable.
Aux XVIII et s, la plupart des populations sont toujours nomades mais la région ne connaît pas de véritable émigration — malgré la pauvreté qui touche les zones de steppe — qui se limite à des migrations saisonnières destinées à compléter les revenus issus de l'agriculture ; cette situation marque une différence avec la plupart des régions du pays à cette époque. Lorsque les colons français s'installent dans la plaine à la fin du et y réalisent de grandes plantations, ils contraignent les nomades à partir vers les montagnesClaire Géroudet, , partie I, p. 23.. En effet, leur installation reste plus limitée dans le bassin amont en raison de son caractère peu propice aux cultures céréalièresClaire Géroudet, , partie I, p. 22.. Deux grands domaines français seulement y sont aménagés pour exporter céréales, produits de l'élevage et de l'arboriculture vers la France : l'une à l'emplacement du barrage d'El Haouareb ( hectares) et l'autre sur une partie des délégations actuelles de Haffouz et Oueslatia (). L'agriculture modernisée fait émerger des centres ruraux, comme Pichon (actuelle Haffouz), à proximité d'exploitations et modifie profondément le paysage agricole, notamment par la destruction des aménagements traditionnels de collecte des eaux. Allié au labour profond, ces transformations provoquent rapidement une érosion et une diminution importante de la fertilité des sols.