thumb|Catalogue grand format des dissidents en 1647. Les Dissidents anglais (en anglais : ) sont des protestants anglais qui firent sécession de l'Église d'Angleterre du The Oxford Dictionary of the Christian Church, par F. L. Cross (éditeur), E. A. Livingstone (éditeur) Oxford University Press, USA; 490 (13 mars 1997)..
Ils le firent pour des raisons théologiques mais aussi pour des raisons politiques puisque la couronne britannique était fidèle à un système césaropapiste, où l'État imposait sa religion à tous ses sujets. Les idées des dissidents triomphèrent lors de la Révolution anglaise et lors du gouvernement d'Oliver Cromwell, mais après la Restauration de la monarchie, en 1660, l'épiscopat fut rétabli et les droits civiques des dissidents limités, dès les années 1660, par une série de lois dont l’Act of Uniformity, le Corporation Act et le Test Act. Ce n'est qu'en 1828 que ces lois discriminatoires seront abrogées. Les dissidents furent néanmoins autorisés à s'installer dans un certain nombre des colonies britanniques nord-américaines, ce qui devait provoquer un déséquilibre démographique en faveur des Anglais en Amérique du Nord, et déterminer l'évolution de cette régionLes protestants français ont été quant à eux chassés du Royaume de France y compris ses colonies, et n'ont pu rééquilibrer le rapport de force franco-anglais en Amérique.. Autre conséquence : les mouvements chrétiens des dissidents anglais qui étaient confrontés à des persécutions, tels que les églises presbytériennes, les églises congrégationalistes, les églises quakers, les églises anabaptistes et les églises baptistes, ont prospéré en Amérique du Nord et ont profondément influencé la société et la politique.
Parmi les dissidents connus, on peut citer l'éditeur Joseph Johnson (1738–1809), la mystique Jane Leade (1623–1704), le philosophe Richard Price (1723–1791), ou encore le chimiste et théologien Joseph Priestley (1733–1804), ainsi que le fondateur d'une académie dissidente à Kendal (Cumbria), le révérend Caleb RotherhamSketch of the Life of Dr. Caleb Rotherham, qui instruisit l'un des pères de la révolution industrielle, le fondeur et beau-frère de Joseph Priestley, John Wilkinson, mais aussi John Bunyan (1628-1688), auteur du best-seller religieux Le Voyage du pèlerin, Oliver Cromwell (1599-1658), dirigeant anglais qui prit la tête de la Révolution anglaise de 1642 à 1649, puis du pays de 1649 à 1658, et John Milton (1608-1674), considéré comme l'un des plus grands poètes anglais.
Origine et utilisation du terme Étymologie L'étymologie du mot anglais est latine : dis-sentire, ne pas être d'accord. Son usage en anglais a traditionnellement été réservé aux dissidences religieuses par rapport à l’Église établie, qui est, depuis 1534, l’Église d'Angleterre. Au sens strict, cela inclut donc les catholiques romains anglais, qui, dans le projet de la loi de 1791 qui leur rend la plupart de leurs droits civils, le Roman Catholic Relief Act, étaient appelés "Protesting Catholic Dissenters". L'usage a cependant limité l'acception de ce terme aux protestants dissidents mentionnés dans l'Édit de tolérance de 1688 : baptistes, congrégationalistes ou presbytériens. Le terme ne s'applique pas aux organismes qui font dissidence de l'Église établie d'Écosse, et, pour désigner des membres des groupes religieux en rupture avec les Églises établies dans d'autres pays, la langue anglaise utilise le terme de (du latin dissidere, faire dissidence).
Différences avec les non-conformistes Les termes dissenter et dissent ayant graduellement acquis une connotation méprisante ou condescendante, on a eu tendance depuis le milieu du à plutôt parler de "non-conformistes", un terme qui pourtant ne désignait initialement qu'une divergence de vue mineure (par exemple sur les vêtements religieux) n'impliquant pas une séparation de l'Église établie, et qui, à son tour, a vieilliPhilippe Chassaigne, Lexique d'histoire et de civilisation britanniques, Ellipses, 1997, p. 73. L'usage du terme non-conformistes fait le plus souvent référence à la période élisabéthaine : en effet, c'est l'Acte d'uniformité de 1662 qui exige de tous les ecclésiastiques anglais qu'ils se conforment au Book of Common Prayer et qu'ils soient ordonnés par des évêques de l'Église d'Angleterre, une exigence profondément inacceptable pour les puritains. L'affaire provoque la « grande expulsion » qui voit près de chassés de l’Église anglicane.
Premiers dissidents Dissidents avant la lettre : les Lollards Une première dissidence religieuse, celle des Lollards, s'est développée en Angleterre à la fin du autour des thèses du théologien John Wyclif.. Les lollards sont considérés comme des précurseurs de la Réforme protestante.
Dissidents du Une dissidence fondamentale : les puritains
Une autre dissidence ancienne et importante par ses conséquences est celle des puritains. Il s'agit de protestants qui adhéraient à la théologie calviniste, dont l'influence est devenue particulièrement forte au sein de l’Église d'Angleterre après le retour des exilés mariaux peu après l'accession au pouvoir de la reine Elizabeth Ire en 1558, car nombre d'entre eux étaient réfugiés à Genève où ils avaient fréquenté Calvin et d'où ils avaient ramené la Geneva Bible, traduction de la Bible en anglais qui devait avoir une énorme diffusion. A noter que le terme puritanisme est souvent utilisé à tort, comme antonyme de hédonisme et comme synonyme de rigorisme moral alors qu'il s'agit d'un mouvement militant au sein de l'Église d'Angleterre.. Ce mouvement est parallèle au presbytérianisme écossais dont il partage les origines (le réformateur écossais John Knox faisait lui aussi partie du groupe réfugié à Genève), à la seule différence que cette église est devenue par la suite l'église officielle en Écosse.
Le puritanisme arrive au pouvoir lors de la Première guerre civile anglaise (1642-1646). La restauration de la monarchie en 1660 aboutit au retour de l'anglicanisme traditionnel de William Laud. Le puritanisme anglais entre alors dans la période appelée la "Grande Persécution". Baptisés non-conformistes, les pasteurs et les fidèles attachés au puritanisme furent expulsés de l’Église d'Angleterre et interdits de tout emploi public. Certains se maintiennent en Angleterre où ils continuent à pratiquer leur foi dans des dénominations non-conformistes, en particulier dans les églises congrégationalistes et presbytériennes, mais nombre d'entre eux émigrent en Hollande et vers les colonies britanniques d'Amérique. L'église congrégationaliste devient l'Église dominante dans les colonies du Massachusetts, où elle fonde les collèges qui deviendront grandes universités de la côte est. L'abondance de l'émigration des puritains en Amérique est aussi à l'origine de la suprématie de la population anglophone sur le continent nord-américain face à une population francophone beaucoup plus réduite.
Séparatistes et congrégationalistes Brownistes : en 1580, Robert Browne devient le chef de file du mouvement en faveur d'une forme d'organisation congrégationaliste pour l'Église d'Angleterre et il tente de créer une Église congrégationaliste séparée à Norwich. Arrêté puis relâché grâce à la protection de William Cecil à qui il est apparenté, Robert Browne et ses proches s'exilent à Middelbourg, aux Pays-Bas, en 1581. Revenu en Angleterre en 1585, il rejoint l'Église d'Angleterre et termine sa vie comme maître d'école et pasteur de paroisse. Barrowistes : groupe fondé par Henry Barrowe, sans doute influencé par Robert Browne, qui souhaitait que l’Église se réforme sans attendre l'autorisation du pouvoir civil et qui prônait l'indépendance des congrégations. Il considérait l'ensemble de l'ordre ecclésiastique établi comme pollué par le reliquat du catholicisme romain, et insistait sur la séparation comme essentielle à un culte et une discipline purs. Trop contestataire du pouvoir césaropapiste du roi et de l’Église d'Angleterre, il sera arrêté et exécuté avec un autre séparatiste, John Greenwood, en 1593.
Les anabaptistes L'anabaptisme n'est pas un phénomène majeur en Angleterre. Les persécutions dont ils sont l'objet dans leurs régions d'origine en Suisse, en Allemagne ou dans les Provinces-Unies, tant de la part les protestants que de la part des catholiques, les conduisent à chercher refuge à l'étranger, et, pour certains, en Angleterre, notamment en provenance de Hollande et de Flandre. Cependant, ils seront persécutés en Angleterre également, dès 1534, par Henri VIII, et par la suite par tous les rois et reines qui lui succèdent. Les nouvelles de la Révolte de Münster leur avaient valu une fâcheuse réputation, associée à la violence et aux troubles (alors qu'ils étaient presque tous adhérents de la non-violence par conviction religieuse), et ils sont considérés comme une menace pour l'État. Des groupes d'anabaptistes étrangers sont condamnés au bûcher entre 1535 et 1546. Ils sont touchés par les persécutions mariales sous le règne de Marie (1554-1558) comme les autres protestants anglais, mais l'arrivée au pouvoir de la protestante Elizabeth Ire n'arrange rien, sa principale préoccupation étant la préservation de l'ordre et la restauration du protestantisme en tant que religion d'État. En 1590, ils sont proscrits en Angleterre (sauf à rejoindre l'Église anglicane), la plupart d'entre eux quittent le pays.
Les mystiques La Familia Caritatis (" Famille d'amour ") est un groupe religieux né en Europe continentale au autour d'un mystique néerlandais nommé Henry Nicholis (Hendrik Niclaes, vers 1501-1580). Pour les familistes, Niclaes est la seule personne sachant vraiment comment atteindre un état de perfection. Ils développent de nombreuses autres doctrines, par exemple qu'il a existé un temps avant Adam et Eve, que le Ciel et l'Enfer sont tous deux présents sur Terre, et que toutes les choses sont régies par la nature et non dirigées par Dieu. Bien que clairement désigné comme hérétique, le mouvement attire des adeptes en Allemagne, en France et en Angleterre. Extrêmement discrets, voire secrets, les membres ne discutent pas de leurs idées et de leurs opinions avec des personnes extérieures et sont en général membres d'une église établie afin de ne pas attirer l'attention. Ce groupe a continué à exister jusqu'au milieu du , puis a été absorbé par le mouvement quaker.
Dissidents du Les baptistes