Sémonide ou Simonide d'Amorgós (en grec ancien / ) est avec Hipponax et Archiloque de Paros l'un des trois grands poètes iambiques grecsProclos, Chrestomathie, 7 = , 239, 319b28-31.Lucien de Samosate, Pseudologiste , 2.. Ses dates d'activité ne sont pas connues avec certitude ; on le place généralement au
Son nom se transcrit normalement en « Simonide », du grec / . La seule source qui écrit son nom / est le grammairien byzantin Georges Choeroboscos, qui le sépare ainsi de son homonyme le poète mélique Simonide de CéosPréservé dans l’Etymologicum magnum, 713, 17.Hubbard, 176, note 3.. La convention moderne retient cette orthographe comme moyen de distinction commode.
Biographie
Sa vie est connue uniquement par deux articles de la Souda, une encyclopédie byzantine du , articles et .. Fils d'un dénommé Crinos, il est natif de Samos. Il organise la colonisation de l'île d'Amorgós, dans les Cyclades, où il fonde trois cités, Minoa, Égialée et Arcésiné, lui-même s'établissant à Minoa. L'histoire n'est pas nécessairement véridique, car elle rappelle étrangement la biographie d'Archiloque, censé avoir pris part à la fondation de Thasos, colonie de Paros Thomas K. Hubbard, « Elemental Psychology and the Date of Semonides of Amorgós », AJA 115/2 (été 1994), 180 [175-197].. En outre, seule Minoa est de fondation samienne, Égialée et Arcésiné ayant été fondées par Naxos. L'histoire pourrait avoir été inventée pour réconcilier deux traditions, l'une faisant de Samos la patrie de Sémonide, l'autre citant Amorgós.
La date de son floruit (apogée) n'est pas connue avec certitude. Les chronographes citent plusieurs dates : la olympiade (700-697 av. J.-C.) selon Clément d'Alexandrie, I, 21, 131., la première année de la (664 av. J.-C.) selon Jérôme de Stridon dans sa Chronique, la (688-685 av. J.-C.) selon Cyrille d'AlexandrieCyrille, Contre Julien, 1, 14.. La Souda le place 490 ans après la guerre de Troie, soit au Les commentateurs modernes retiennent généralement qu'il est à peu près contemporain d'Archiloque, 75.. On a toutefois soutenu que les images retenues par Sémonide dans son poème sur les femmes trahissaient sa connaissance de la théorie ionienne sur les quatre grands éléments ; pour cette raison notamment, Sémonide donc plutôt être placé au Hubbard, 194-195.
Œuvre
La Souda lui attribue une élégie en deux livres, des iambes, une histoire de Samos et d'autres écrits. Aucune de ces œuvres n'a été préservée en intégralité, mais on conserve de lui plusieurs fragments, dont le plus long compte 118 vers. Préservé par une citation de StobéeStobée, Florilège, IV, 22, 193., c'est un poème Sur les femmes qui constitue la première œuvre misogyne de la littérature occidentale. Sémonide y définit la femme selon dix races, créées par dieu, dont huit se rapportent à des animaux (le chien, l'âne, le porc, le renard, la belette, le singe, la jument, l'abeille) et deux à des éléments (la mer et la terre). La femme-abeille est le seul type de femme que le poète approuve. L'abeille s'apparente déjà chez Hésiode à l'homme, opposée au bourdon caractérisant la femme. Toutes les autres races de femmes présentent de nombreuses défaillances ; la femme-terre incarne la bêtise, la femme-porc la saleté, la femme-singe la disgrâce la plus extrême, etc, formant à elles toutes une peinture de la femme. La femme-terre est décrite ainsi :
Sémonide s'attaque aussi bien aux femmes qu'aux hommes : la Souda lui attribue plusieurs ennemis et précise qu'il est le premier à utiliser l'iambe pour l'invective. Lucien de Samosate cite par ailleurs l'une de ses victimes, un certain Orodoikides, inconnu par ailleurs. Il ne s'agit sans doute pas d'un personnage réel : chacun des poètes iambiques se voit attribuer une personne cible de toutes les moqueries et les méchancetés par la tradition - par ex : Lycambès pour Archiloque de Paros, d'après Horace, Épîtres, I, 19, 30 ; Ovide, Ibis, 54 ; ou l'épitaphe de Gétulicus pour Archiloque = Anthologie palatine, VII, 71. ou encore Boupalos pour Hipponax, XXXVI, 11 et Horace, Épodes , VI, 11-14..
Sémonide est également un observateur amer de l'existence humaine :
Un proverbe qu'il rapporte est également présent chez Démosthène : Abandonner comme une proie de Mysie, proverbe signifiant être la proie du premier venu, en référence à la Mysie qui fut, en l'absence du roi Télèphe, pillée par les peuples voisins.
Liens externes Traduction inédite du poème Sur les femmes de Sémonide d'Amorgós sur le blog de la bibliothèque des Sciences de l'Antiquité de l'université Lille III (archive)
Notes et références
Catégorie:Poète de la Grèce antique Catégorie:Littérature grecque archaïque Catégorie:Amorgós Catégorie:Poète grec du VIIe siècle av. J.-C.