Aspasie (Nom féminin signifiant « bienvenue, agréable, joyeuse », dérivé, comme son équivalent masculin / , du verbe / : « accueillir avec bienveillance, saluer ».) née vers à Milet, ancienne cité grecque d'Ionie en Anatolie et morte après 428, probablement vers 400, est une intellectuelle grecque métèque résidant dans l'Athènes classique. Après son installation à Athènes, elle engage une relation sentimentale avec l'homme d'état Périclès. Selon le récit historique traditionnel, elle exerce comme courtisane, bien que les chercheurs modernes aient remis en question le fondement factuel de cette affirmation, issue de la comédie antique. Bien qu'Aspasie soit l'une des femmes les mieux documentées du monde gréco-romain, et la figure féminine la plus importante de l'histoire d'Athènes au , presque rien n'est certain concernant sa vie.
La relation entre Aspasie et Périclès débute entre 452 et 441. Les érudits, anciens comme modernes, l'ont décrite tantôt comme la concubine de Périclès, tantôt comme son épouse ou . Ensemble, ils ont un fils, Périclès le Jeune. Périclès l'a peut-être également défendue contre une accusation dʼ mentionnée dans les récits traditionnels consacrés à la vie d'Aspasie. Comme pour son statut de courtisane, ce récit pourrait également provenir de la comédie athénienne, et plusieurs chercheurs modernes en contestent l'historicité. Après la mort de Périclès en 429, on pense qu'elle épouse l'homme politique Lysiclès. On ne sait rien de la vie d'Aspasie après la mort de ce dernier en 428.
Les auteurs athéniens de comédies antiques dépeignent Aspasie comme une prostituée et une tenancière de maison close, exerçant un contrôle jugé inapproprié et excessif sur Périclès. Cette approche est également reprise par le biographe romain Plutarque. Les auteurs philosophiques antiques la décrivent comme une rhétoricienne et une philosophe de talent. Elle pourrait avoir servi de modèle au personnage de Diotime dans Le Banquet de Platon. Les premières représentations d'Aspasie à l'époque moderne suivent généralement cette dernière approche, bien que la caractérisation qu'en donne Plutarque soit devenue plus prégnante dans les représentations du . Depuis le , elle est dépeinte à la fois comme une femme sexualisée et sexuellement libérée, et comme une figure féministe luttant pour les droits des femmes dans l'Athènes antique.
Biographie Jeunesse et éducation Aspasie naît dans la riche cité de Milet, en Asie mineure, dans l'actuelle province d'Aydın, en Turquie, probablement au plus tôt vers 470.. Elle est la fille d'un homme nommé Axiochos.. Une scholie à Aelius Aristide affirme à tort qu'Aspasie était une prisonnière de guerre carienne et une esclave.. Cette erreur est probablement due à une confusion avec la concubine de Cyrus le Jeune, également nommée Aspasie. Les circonstances de l'installation d'Aspasie à Athènes demeurent inconnues. Selon une théorie proposée initialement par Peter Bicknell, sur la base d'une inscription funéraire du , suggère qu'Alcibiade de Scambonide, grand-père du célèbre Alcibiade, épousa la sœur d'Aspasie pendant son exil à Milet à la suite de son ostracisme, et Aspasie l'aurait accompagné lorsqu'il retourna à Athènes. Peter Bicknell suppose que ce déménagement fut motivé par la mort du père d'Aspasie, Axiochus, lors des troubles survenus à Milet après sa sécession de la ligue de Délos en 455-454..
Sa vie à Athènes Controverses Selon la version communément admise de la vie d'Aspasie, elle aurait d'abord exercé comme courtisane avant de tenir une maison close. Certains chercheurs contestent cette interprétation. Peter Bicknell souligne que les sont peu fiables. Dans sa biographie d'Aspasie, Madeleine Henry affirme que , et que la représentation d'Aspasie comme impliquée dans le commerce sexuel doit Cheryl Glenn avance qu'Aspasie aurait en réalité fondé une académie pour femmes, qui serait devenue , tels que Socrate, Platon et Périclès.. et Rebecca Futo Kennedy suggère, quant à elle, que les accusations formulées dans la comédie, selon lesquelles Aspasie aurait tenu une maison close, découleraient de cette situation. Malgré ces remises en question du récit traditionnel, de nombreux chercheurs continuent de penser qu'Aspasie exerce comme courtisane ou tenancière de maison close. Konstantinos Kapparis soutient que les attaques comiques visant Aspasie n'auraient pas été acceptables à l'égard d'une femme respectable ; il est donc probable qu'Aspasie ait eu un passé de travailleuse du sexe avant de commencer sa relation avec Périclès.. Qu'Aspasie ait exercé ou non comme courtisane, sa vie ultérieure, au cours de laquelle elle semble avoir acquis une certaine influence, une réputation et une forme d'indépendance, présente des similitudes avec celle d'autres hétaïres célèbres, telles que Phryné, écrit Konstantinos Kapparis..
Relation avec Périclès À Athènes, Aspasie rencontre l'homme d'état Périclès et entame une relation avec lui. On ignore les circonstances de leur rencontre. Si la thèse de Bicknell est correcte, elle l'a peut-être rencontré grâce à ses liens avec la famille d'Alcibiade. Selon Rebecca Futo Kennedy, lorsque Clinias, le fils d'Alcibiade l'Ancien, meurt à la bataille de Coronée, Périclès devient peut-être le tuteur d'Aspasie. La relation entre Aspsasie et Périclès débute entre 452 et 441. La nature exacte de leur relation demeure sujette à controverse. Les auteurs antiques la dépeignent tour à tour comme une prostituée, une concubine ou l'épouse de Périclès.. Les chercheurs modernes sont également divisés : Rebecca Futo Kennedy soutient qu'ils sont mariés, Debra Nails décrit Aspasie comme , Madeleine Henry estime que la loi sur la citoyenneté promulguée par Périclès en 451-450 rend illégal le mariage entre un Athénien et une métèque, et suggère l'existence d'une forme de concubinage (), quasi-marital, encadré par contrat ; enfin, Sue Blundell décrit Aspasie comme une hétaïre et la maîtresse de Périclès..
Aspasie et Périclès ont un fils, Périclès le Jeune, né au plus tard en 440-439. À la naissance de celui-ci, Périclès a déjà deux fils légitimes, Paralos et Xanthippe. En 430-429, après la mort de ses deux fils aînés, Périclès propose un amendement à sa loi sur la citoyenneté de 451-450, qui pourrait permettre à Périclès le Jeune d'obtenir la citoyenneté et d'hériter. Bien que de nombreux chercheurs pensent que cette mesure concerne spécifiquement Périclès le Jeune, certains suggèrent qu'une exception plus générale aurait été introduite en réponse aux conséquences de la peste d'Athènes et de la guerre du Péloponnèse sur les familles citoyennes.
Dernières années Selon Plutarque, Aspasie aurait été poursuivie pour par le poète comique Hermippe. Elle aurait été défendue par Périclès et acquittée.. De nombreux chercheurs se demandent si ce procès a réellement eu lieu, suggérant que cette tradition pourrait provenir d'une mise en scène judiciaire fictive dans une pièce d'Hermippe. Vincent Azoulay compare le procès d'Aspasie à ceux de Phidias et d'Anaxagore, tous deux également liés à Périclès, et conclut qu'..
En 429, Périclès meurt. Selon les sources antiques, Aspasie épouse alors un autre homme politique, Lysiclès, et donne naissance à un autre fils, Poristes. Comme « Poristes » n'est pas autrement connu que par son nom, qui signifie « fournisseur » ou « pourvoyeur », et qui est un euphémisme pour « voleur », certains chercheurs avancent que ce nom provient d'une mauvaise compréhension d'une plaisanterie issue d'une comédie. Madeleine Henry doute qu'Aspasie ait eu un enfant avec Lysiclès, et Kennedy se demande même si elle l'a épousé. Promeroy suggère cependant que le nom inhabituel de Porites aurait pu être choisi par Lysiclès pour des raisons politiques, afin de souligner son dévouement envers le peuple athénien.. Lysiclès meurt un an après Périclès, en 428, et l'on ne sait rien de la vie d'Aspasie après cette date, on ignore où et quand elle est décédée.
Postérité Perception ancienne Durant l'époque classique, deux principales traditions de pensées se développent autour d'Aspasie. L'une, issue de la comédie ancienne, met l'accent sur son influence sur Périclès et son implication dans le commerce sexuel. L'autre, remontant à la philosophie du , insiste sur son intelligence et son talent rhétorique.. Certains chercheurs suggèrent également que la représentation de plusieurs personnages de la tragédie athénienne constituerait des allusions à Aspasie, notamment Médée et Phèdre chez Euripide, ainsi que Jocaste chez Sophocle...
Tradition comique Les seules sources antiques qui nous sont parvenues et qui évoquent Aspasie de son vivant sont des comédies. La tradition comique transmise à son sujet, contrairement à celle concernant ses contemporains masculins, met l'accent sur sa sexualité. Aristophane, le seul dramaturge de l'ancienne comédie dont les œuvres complètes nous soient parvenues, ne fait référence à Aspasie qu'une seule fois dans tout son corpus, dans Les Acharniens. Dans un passage parodiant le début des Histoires d'Hérodote, Aristophane plaisante en disant que le décret mégarien serait des représailles pour l'enlèvement de deux prostituées appartenant à Aspasie. Une accusation similaire, attribuée par Plutarque à Douris de Samos, selon laquelle Aspasie serait responsable de l'implication d'Athènes dans la guerre de Samos, pourrait provenir de ce passage. La mention des prostitutées d'Aspasie dans Les Acharniens constitue également le plus ancien exemple connu de la tradition selon laquelle elle aurait dirigé une maison close..
En dehors d'Aristophane, des mentions d'Aspasie nous sont parvenues grâce aux fragments conservés de Cratinos et d'Eupolis. Dans un fragment des Cheirons de Cratinos, Aspasie est décrite comme .. Eupolis mentionne Aspasie par son nom dans trois fragments conservés. Dans Les Prospaltiennes, elle est comparée à Hélène de Troie, accusée d'avoir déclenché une guerre, comme Aspasie, et dans Les Philoi, à Omphale, qui tient Héraclès en esclavage. Eupolis fait également allusion à Aspasie dans Démès, où Périclès, revenu d'entre les morts, s'enquiert de son fils : on lui apprend qu'il est vivant, mais qu'il a honte d'avoir une mère prostituée. Aspasie est également mentionnée par Callias, mais la scholie du Ménexène de Platon qui rapporte cela est illisible, et l'on ignore ce que Callias a dit à son sujet.. Elle a peut-être aussi joué dans une pièce d'Hermippe, c'est probablement l'origine de l'anecdote rapportée par Plutarque selon laquelle Aspasie fut poursuivie par celui-ci pour et pour avoir fourni des femmes libres à Périclès afin qu'il ait des relations sexuelles.. Des auteurs ultérieurs reprennent la tradition comique en se concentrant sur la sexualité d'Aspasie et son influence jugée inappropriée sur Périclès, par exemple dans Les Érotiques de Cléarque.
Tradition philosophique thumb|alt=Peinture. Tenue d'époque. Un personnage debout casqué devise avec deux personnages assis.|Dans une tradition qui remonte au , Aspasie est une rhétoricienne de talent. Dans ce tableau de Nicolas-André Monsiau, elle parle tandis que Socrate et Alcibiade l'écoutent attentivement. Au , quatre philosophes sont connus pour avoir écrit des dialogues socratiques mettant en scène Aspasie : Antisthène, Platon, Eschine et Xénophon. Armand D'Angour soutient que le personnage de Diotime dans Le Banquet de Platon, à qui Socrate attribue une compréhension de l'amour, serait également inspiré d'elle.. Dans les dialogues de Platon, de Xénophon et d'Eschine, Aspasie est dépeinte comme une rhétoricienne éduquée et talentueuse, et comme une source de conseils en matière de vie conjugale. La représentation d'Aspasie par Antishène est plus critique : il la dépeint comme exerçant une influence sur Périclès grâce à son charme féminin..