Roch Wamytan est un homme politique français et chef coutumier kanak indépendantiste de Nouvelle-Calédonie, né à Nouméa le . Il est le chef et président du conseil de la tribu de Saint-Louis Portrait de la tribu de Saint-Louis, ISEE et le grand-chef du district du Pont-des-Français Mont-Dore Portrait du district coutumier du Pont-des-Français, ISEE, ainsi que le président du Congrès de la Nouvelle-Calédonie du au , du au , du au et du au (le premier indépendantiste élu à ce poste).
Situation personnelle Origines
Roch Wamytan naît le à Nouméa E. SLEEMAN, Taylor & Francis Group, Europa Publications, Europa Publications Limited, The International Who's Who 2004, éd. Routledge, 2003, p. 1 769. Fils de Benjamin Wamytan (1919-1976), chauffeur dans l'ancienne mine de Saint-Louis décédé à 57 ans d'une maladie pulmonaire., et de Philomène Salaoue née Pidjot (1931-2018), il est ainsi le petit-fils de Léon Sorocoin Wamytan (1888-1956), chef de la tribu de Saint-Louis et grand-chef du district du Pont-des-Français au Mont-Dore, auquel il succède en 1988, et de Rock Pidjot, lui-même chef de la tribu voisine de La Conception, président fondateur de l'Union calédonienne et député de la Nouvelle-Calédonie de 1964 à 1986. Il est également le petit-neveu de Philémon Pidjot, membre du conseil de gouvernement de 1972 à son décès en 1975, et le cousin d'Octave Togna (premier directeur de la radio indépendantiste Radio Djiido de 1985 à 1998 puis directeur de l'ADCK de 1989 à 2005, sénateur coutumier de 2010 à 2015 et conseiller économique, social et environnemental de 2015 à 2021), de Raphaël Pidjot (P-DG de la SMSP jusqu'à son décès en 2000), de Charles Pidjot (le président de l'UC de 2007 à son décès en 2012), d'Anthony Lecren (membre UC du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie de 2011 à 2017), d'Omayra Naisseline (membre Dynamique autochtone du Congrès depuis 2019 et candidate aux législatives de 2024) et de Mickaël Forrest (membre UC du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie depuis 2021)S. MOHAMED-GAILLARD, M. ROMO-NAVARETTE, Des français outre-mer: une approche prosopographique au service de l'histoire contemporaine, éd. Presses Paris Sorbonne, 2005, p. 161-162. Son frère, Léon Wamytan, est le premier docteur en droit public d'origine kanak en 2013 ainsi que le secrétaire général du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie depuis 2020Dominique Turpin, « La consultation relative à l’autodétermination et les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie ou le droit constitutionnel revisité », Revue du droit public, 2019/4 juillet, note 4.. Roch Wamytan descend ainsi de trois dynasties coutumières importantes du Sud de la Grande Terre : les Wamytan, les Pidjot et les Togna.
Les Wamytan se revendiquent comme la branche aînée (dite Wé Tcho) des Kambwa, un clan de guerrier venu du Nord, potentiellement de la vallée de la Tchamba dans le pays Paicî, et qui aurait établi son autorité à l'époque pré-coloniale sur une grande partie du Sud, de Boulouparis jusqu'à l'île des Pins en passant par la presqu'île de Nouméa (ce qui correspond plus ou moins à l'aire coutumière Djubéa-Kaponé). Plus précisément, les Wamytan descendraient d'une partie des Kambwa de Païta qui, après une dispute avec leurs aînés, aurait marché vers le sud-est jusqu'à ce qui va être appelé plus tard Saint-Louis - avant que n'y soit fondé une réduction catholique en 1856 puis 1859 -, où la chefferie leur aurait été donnée par le clan local, les Morari, ceux-ci manquant alors d'un descendant direct apte à remplir cette fonction. Toutefois, l'autorité des Wamytan à Saint-Louis et sur le Sud est contestée par les Morari, conflit qui revêt également à partir des années 1980 une dimension politique (les Wamytan étant indépendantistes, les Morari loyalistes). De plus, une autre chefferie Kambwa, celle des Païta du village éponyme, nie l'appartenance des Wamytan à cette branche aînée et les associe à sa branche utérine, celle des , coutumièrement inférieure aux Wé TchoDorothée Dussy, « La mémoire kanak de Nouméa », dans Alban Bensa et Isabelle Leblic (dir.), En pays kanak, Éditions de la Maison des Sciences de l'Homme, 2000, p. 147-168, consulté le 21 décembre 2025.. Par sa grand-mère paternelle Alexandrine Wamytan (1899-1938), née Casey Benjamin, Roch Wamytan a également des origines irlandaises par son quadrisaïeul John Casey (1815-1889), venu de Kilrush dans le comté de Clare., arrivé en Nouvelle-Calédonie entre 1856 et 1859 et dont le fils Patrick (1841-1888), selon la tradition orale, aurait épousé une fille de Kandjo ou Candjo, chef des Morari. Et par son arrière-grand-mère paternelle Marie Wamytan (1864-1937), née Ondaboué Joubert, il est le descendant de l'homme d'affaires d'origine bordelaise installé en Australie et fondateur d'une éphémère industrie sucrière à Dumbéa en 1859, Didier-Numa Joubert (1816-1881)..
Du côté maternel, il descend de la famille Pidjot issue de la lignée (ou clan) des Tée Bwahnu, ou Téin Bwahnu ou Teê Bwahnu, de la chefferie des Tijin Maa ou Teê Melebeng d’Uvanu à Pouébo. Les Tée Bwahnu étaient les premiers conseillers du chef, appelé Tijin ou Tée Tijin du clan Pabun Tijin mèn Wanpac, et les messagers pour Balade où ont accosté les premiers Européens (James Cook en 1774) ainsi que les premières missions catholiques (la mission d'Amata fondée en ). Ils font partie des premiers à se convertir au catholicisme, et Hippolyte Bonou (1833-1867, parfois présenté, à tort d'après Jean Guiart, comme le « chef » ou « grand-chef » de Pouébo), est un soutien important de la mission. Leur tertre, appelé Pweyi, était voisin de celui d'un autre clan de la chefferie, les Pwawade (leur tertre est appelé Pêno, ce qui fait que l'endroit est désigné par l'appellation Pweyi ma Pêno). Ils résident avec le clan des Pijepaac (dont ils sont parfois présentés comme un sous-clan) au lieu-dit Wayara, correspondant aujourd'hui aux tribus de Saint-Adolphe et de Balade-Sainte-Marie), d'après Jean GuiartJ. GUIART, « À propos de Dauphiné, Joël, 1992. Pouébo, Histoire d'une tribu canaque sous le Second Empire », Journal de la Société des océanistes, , 1994, p. 108-117. En 1855, des pères maristes issus de la mission d'Amata à Balade ainsi que des Kanak convertis au catholicisme de Pouébo (dont un ou plusieurs Pidjot) fondent la réduction de La Conception près de Port-de-France et de la future Saint-Louis. Lorsque les autorités coloniales vont organiser cette communauté mélanésienne de La Conception en une tribu, ils choisissent un Pidjot pour en être le chef.
Enfin, par sa grand-mère maternelle, Scholastique Pidjot née Togna, Roch Wamytan descend du clan des Te Waka, installé au sud du fleuve Dumbéa, dans la plaine de Koé, avant de devoir se réfugier principalement à Saint-Louis ou La Conception.
Formation, vocation religieuse et carrière professionnelle Après avoir suivi les cours du petit séminaire de CanalaFrank Madœuf, « Quatre acteurs caldoches et kanaks de la vie du « Caillou » », Le Monde, 5 juillet 1998, consulté le 25 décembre 2025. puis du grand séminaire Saint-Paul de Nouméa, il abandonne en 1973 sa vocation de devenir prêtre catholique pour suivre des études d'économie en Métropole, à l'université Lyon 2 puis comme stagiaire de la session annuelle « Turgot » de 1980 du Centre d'études financières, économiques et bancaires (CEFEB) de l'Agence française de développement (AFD) à Marseille.. Il commence sa carrière professionnelle en tant que directeur financier, au début des années 1980, au Fonds d'aide au développement de l'intérieur et des îles (FADIL), premier outil mis en place en 1975 pour le rééquilibrage en faveur des Mélanésiens.
Il reste toutefois actif au sein des autorités catholiques de Nouvelle-Calédonie, en présidant notamment le conseil pastoral de la paroisse de Saint-Louis. et des assemblées dominicales en absence de prêtre (ADAP). Il a également engagé des études en licence (de 2005 à 2009) puis master (de 2017 à 2019) à la faculté de théologie catholique de l'université Strasbourg II dans le but de faire de la formation religieuseInterview radiodiffusée de Roch Wamytan, par Nathalie Salles, Nouvelle-Calédonie, terre de défis, RFO, 09/10/2008.. Cette foi est très présente dans son engagement politique, Roch Wamytan citant régulièrement la Bible lors de ses meetings électorauxJérôme Cordelier, « Nouvelle-Calédonie : le spirituel, facteur clé, et pourtant négligé », Le Point, 23 mai 2024, consulté le 25 décembre 2025...
Parcours politique Débuts Il commence sa carrière politique en tant qu'assistant parlementaire de son grand-père Rock Pidjot jusqu'en 1986, et adhère ainsi à l'Union calédonienne dès 1979. Au sein de ce parti et des différents organismes créés par le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) à partir de 1985 pour préfigurer des institutions d'un éventuel État kanak indépendant, il s'occupe tout particulièrement des notions de développement économique respectant la coutume traditionnelle. Membre de l'Office culturel, scientifique et technique kanak (OCSTK), il publie notamment en 1985 un rapport de dix-neuf pages intitulé « Culture et développement kanak : Production agricole et commercialisation », dans lequel il déclare : « Aucun développement économique ne sera possible sans la prise en compte des données culturelles, et le peuple kanak est seul à pouvoir définir et mettre en œuvre le développement spécifique de son pays... toute entreprise de « développement » qui ne partirait pas de la réalité kanak est vouée à l’échec et même au sous-développement » I. LEBLIC, « Pêche, clans pêcheurs et développement en Nouvelle-Calédonie », in J.-R.DURAND, J. LEMOALLE, J. WEBER (eds.), La Recherche face à la pêche artisanale, Acte du Symposium International ORSTOM-IFREMER de Montpellier des 3-7 juiIlet 1989, éd. ORSTOM, Paris, 1991, t. II, p. 747. Après la mort en 1985 d'Éloi Machoro, il remplace ce dernier comme commissaire politique du FLNKS.
Ascension Ce n'est qu'après la fin des Évènements et la signature des accords de Matignon en 1988 qu'il commence à arriver sur le premier plan de la scène politique. Il est ainsi envoyé comme représentant du FLNKS à la réunion ministérielle du bureau de coordination des Pays non-alignés à Harare au Zimbabwe le . En seconde position sur la liste emmenée par le nouveau président de l'UC François Burck dans le Sud aux premières élections provinciales, le , il entre à l'Assemblée de Province et au Congrès pour la première fois. La même année, il est aussi élu conseiller municipal d'opposition du Mont-Dore, et le reste jusqu'en 2001.
Lors de la Convention de Nakéty du FLNKS du 24 au , Paul Néaoutyine, du Parti de libération kanak (Palika), est choisi comme président du Front et un poste de vice-président est créé pour l'UC, confié à Roch Wamytan. Il est ensuite le candidat du camp indépendantiste aux élections sénatoriales du , il est battu de peu par le candidat du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR), Simon Loueckhote, au second tour, par 192 voix contre 188, après avoir fait jeu égal avec lui au premier tour avec 172 votes chacun. Il est également investi par le FLNKS dans la (Nouméa, l'île des Pins et les Îles Loyauté) aux élections législatives du , face au sortant, et président fondateur du RPCR anti-indépendantiste, Jacques Lafleur. Ce dernier est réélu dès le premier tour avec 53,27 % des suffrages exprimés, et Roch Wamytan se place en troisième position (derrière Lafleur mais aussi l'ancien sénateur et dissident du RPCR Dick Ukeiwé) avec 14,3 % des voix.