vignette|Démonstration de la praticité du nombre 12. En arithmétique, un entier strictement positif est dit pratique ou panarithmique si tout entier compris entre 1 et est somme de certains diviseurs (distincts) de .

Par exemple, 8 est pratique. En effet, il a pour diviseurs 1, 2, 4 et 8, or 3 = 2 + 1, 5 = 4 + 1, 6 = 4 + 2 et 7 = 4 + 2 + 1.

Les douze premiers nombres pratiques sont 1, 2, 4, 6, 8, 12, 16, 18, 20, 24, 28 et 30 ().

Les nombres pratiques ont été utilisés par Fibonacci pour représenter des nombres rationnels par des fractions égyptiennes. Fibonacci ne définit pas formellement les nombres pratiques mais donne une table de développements en fractions égyptiennes pour des fractions dont le dénominateur est pratique.

Les nombres pratiques ont été baptisés ainsi en 1948 par Srinivasan. ; il commença à les classifier, ce qui fut achevé par Stewart et Sierpiński. Cette caractérisation permet de déterminer si un nombre est pratique à partir de sa décomposition en facteurs premiers et de montrer que d'autres ensembles remarquables d'entiers ne contiennent que des nombres pratiques.

Les nombres pratiques sont analogues aux nombres premiers par beaucoup de leurs propriétés.

Caractérisation Stewart. et Sierpiński. ont démontré qu'un entier est pratique si et seulement si sa décomposition en facteurs premiers s'écrit

avec , premiers, et

où désigne la somme des diviseurs de (l'inégalité pour équivaut à donc à part 1, tout nombre pratique est pair).

Par exemple, 3 ≤ 4 = 1 + σ(2), 29 ≤ 40 = 1 + σ(2 × 3) et 823 ≤ 1 171 = 1 + σ(2 × 3 × 29), donc 2 × 3 × 29 × 823 = 429 606 est pratique.

Cette condition est évidemment nécessaire pour que soit pratique, puisque chaque doit être une somme de diviseurs de . On démontre qu'elle est aussi suffisante et même, que si elle est vérifiée alors, tout entier naturel s'écrit comme une somme de diviseurs de .

Raisonnons par récurrence sur la somme des α. Si elle vaut 1, n est égal à 2 et la propriété est triviale. Pour montrer l'hérédité, posons (en notant ⌈ ⌉ la fonction partie entière par excès)

Ainsi, q ≥ 0 et r ≤ s. En outre, r ≥ 0 car si q ≠ 0 alors m – s > p(q – 1) c'est-à-dire r > s – p or par hypothèse, p ≤ 1 + s ; q ≤ σ(n/p) car On a donc m = pq + r avec, par hypothèse de récurrence, r somme de diviseurs de n/p et q somme de diviseurs de n/p. Les diviseurs représentant r, joints aux produits par p de ceux représentant q, forment une représentation de m comme somme de diviseurs de n.

Sous-ensembles remarquables Certains ensembles remarquables d'entiers vérifient le critère ci-dessus donc ne contiennent que des nombres pratiques : les nombres parfaits pairs puisqu'un tel nombre est de la forme 2p avec p premier égal à 2 – 1 = σ(2), par récurrence, les nombres de la forme n = pp…p où (p) est la suite croissante de tous les nombres premiers et où les exposants α, … , α sont non nuls, puisqu'alors, 1 + n est divisible par p pour un certain i > k donc p ≤ p ≤ 1 + n ≤ 1 + σ(n) ; en particulier les produits de primorielles, dont font partie les puissances de 2, les factorielles, les nombres hautement composés. Toutes ces inclusions sont strictes : par exemple, le nombre pratique 20 n'appartient à aucun de ces sous-ensembles.

Plus généralement, tout produit de nombres pratiques est aussi un nombre pratique.

Fractions égyptiennes Tout rationnel où est un nombre pratique et peut être représenté comme une somme où les sont des diviseurs de distincts. Chaque terme se réduit en une fraction unitaire , si bien qu'une telle somme fournit une représentation de par un développement en fractions égyptiennes distinctes. Par exemple, 20 étant un nombre pratique :

Fibonacci, dans son livre Liber abaci (1202) (chap. VII, partie 6)., passe en revue plusieurs méthodes pour représenter un rationnel sous forme de somme de fractions égyptiennes. La première est de tester si le nombre est déjà lui-même une fraction unitaire ; la deuxième est de chercher une représentation du numérateur comme somme de diviseurs du dénominateur, comme décrit ci-dessus. Cette méthode ne réussit à coup sûr que pour les dénominateurs qui sont des nombres pratiques. Fibonacci fournit des tables de ces représentations pour des fractions dont les dénominateurs sont les nombres pratiques 6, 8, 12, 20, 24, 60 et 100.

Vose. a démontré que tout rationnel possède un développement en fractions égyptiennes dont le nombre de termes est en O(). La preuve nécessite d'avoir d'abord construit une suite de nombres pratiques telle que tout entier inférieur à soit somme de O() diviseurs de distincts. On choisit ensuite tel que , et l'on divise par , ce qui donne un quotient et un reste . On a donc . En développant les deux numérateurs et en sommes de diviseurs de , on obtient la représentation en fraction égyptienne souhaitée. Tenenbaum et Yokota. utilisent une technique similaire, à l'aide d'une autre suite de nombres pratiques, pour montrer que tout rationnel possède un développement en fractions égyptiennes dont le plus grand dénominateur est en .

Analogies avec les nombres premiers Une autre raison de l'intérêt pour les nombres pratiques est que beaucoup de leurs propriétés sont similaires à des propriétés des nombres premiers. Par exemple, si est le nombre de nombres pratiques inférieurs à , il existe. deux constantes c et c telles que

ce qui ressemble au théorème des nombres premiers, et démontre un résultat annoncé par Erdős — . : la densité asymptotique des nombres pratiques est nulle.

Ce résultat résout en partie une conjecture de Margenstern. selon laquelle serait équivalent à pour une certaine constante . Voir la .

Il existe aussi des théorèmes sur les nombres pratiques, analogues à la conjecture de Goldbach, à celles des nombres premiers jumeaux et de Legendre et à la question sur les nombres de Fibonacci premiers : tout entier pair strictement positif est somme de deux nombres pratiques. ; il existe une infinité de triplets de nombres pratiques de la forme (x – 2, x, x + 2) ; pour tout réel positif x, l'intervalle [x, (x + 1)] contient au moins un nombre pratique. ; il existe une infinité de nombres de Fibonacci pratiques ()..

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Liens externes

.

Pratique