Le château de Moha est un château fort situé en Wallonie dans la commune belge de Wanze en province de Liège. Il occupe un éperon rocheux au confluent de la Mehaigne et de la Fosseroule, à une centaine de mètres au nord du village de Moha. Par sa situation géographique, Moha est une zone tampon entre trois grandes puissances du Moyen-Âge: le comté de Namur, le comté de Huy intégré dans la principauté de Liège et le duché de Brabant.
Toponymie Les premiers écrits qui mentionnent Moha, rédigés entre 1026 et 1059, font apparaitre le toponyme sous sa forme primitive : Musal. Il est ensuite orthographié de façon suivante : Musac en 1146, Muisal en 1197, ou encore Musau et Muisau en 1225. Le nom dérive probablement d’une contraction du vocable germanique « Musegau ». En effet, on trouve bon nombre de mots latins ayant abandonné, dans leurs dérivés romans et français, le « g » médial précédé d’une voyelle simple. Sa signification n’est pas certaine, mais les gaus, en tant qu’entités territoriales, tiraient généralement leur nom de la nature de leur sol, des essences forestières qui les couvraient ou de la principale rivière qui les arrosait. Dans ce cas, le radical pourrait dériver du germain « musa- » que l’on peut traduire par « mousse ». Le nom signifierait ainsi le gau de la mousse, référence probable à un lieu humide et qui s’expliquerait aisément par la présence de la rivière Mehaigne et de son affluent, le ruisseau de Fosseroule. Naturellement, on peut également songer à Mosa « la Meuse » car, bien que situé sur la Mehaigne, Moha n’en était distant que de 4 km. Quoi qu’il en soit, à la fin du XIIIe siècle, le « s » primitif est remplacé par un « h ». Les termes Mouhaut, Muhin, Monhaut, Mohal, Mouhal sont alors régulièrement utilisés. De cette graphie dérive le nom wallon Mouha, puis celui du village actuel.
Historique
Les origines du site vignette|Fragment d'un nucleus à lamelles (mésolithique ancien ou moyen) mis au jour au château de Moha Les fouilles réalisées ces dernières années (2020-2024) ont démontré une occupation soutenue de l’éperon durant la préhistoire et la protohistoire. Le matériel préhistorique mis au jour se compose essentiellement de lames et d’éclats de silex. Le matériel protohistorique, quant à lui, comprend de la céramique du Premier Âge du Fer (Hallstatt C-D) et du Second Âge du Fer. Les témoignages sont plus rares pour le Haut-Empire romain avant de réapparaitre progressivement vers la fin de l’Antiquité tardive et durant le Haut Moyen Âge.
La formation du comté de Moha (692-1023) Les données relatives à la période de formation du comté de Moha ont été extraites par le Dr. Ferdinand Tihon des écrits de Jean d’Outremeuse (1338-1400). Selon ce dernier, la terre d’Abion aurait été cédée en 692 à Mohelin d’Albore, un compagnon d’armes de Charles Martel, qui y aurait fait construire un château nommé MohalBorgnet, A., Bormans, S. (eds), 1864-1887, Jean d’Outremeuse, Ly mireur des histors, vol. III, Bruxelles, p. 395.. Le chroniqueur mentionne également l’intervention de plusieurs «comtes» de Moha au cours d’événements qui se déroulent durant les . Malheureusement, on ne sait quel crédit accorder à ces récits car les «comtes» en question n’apparaissent pas dans les actes officiels. Il semble plus vraisemblable que l’alleu de Moha fut créé dans la seconde moitié du , lors de la désintégration des grandes unités territoriales de l’empire carolingien et plus précisément du pagus hasbaniensis. La terre de Moha aurait pu être donnée en bénéfice par un Carolingien car les Pippinides avaient pris cette habitude depuis Charles Martel, à la suite de l’extension donnée à la vassalité et à l’accroissement de la cavalerie. . Cette hypothèse ne pouvant être confirmée par les sources médiévales, trouve néanmoins un écho dans les fouilles réalisées ces dernières années. En effet, entre le milieu du Xe siècle et le début du XIe siècle, la surface de l’éperon est régularisée et agrandie par l’apport de couches de remblai. Les premières structures défensives en pierre remontent également à cette période.
Le premier comte de Moha (1026-1067) Le premier seigneur du lieu reconnu par les sources officielles se nomme Albert de MusalGysseling, M., 1960, Toponimisch Woordenboeck van Belgïe, Nederland, Luxembourg, Noord Frankrijk en West Duitsland (voor 1226), vol. II, p. 702.. La tradition veut qu'il apparaisse pour la première fois dans un acte de 1031 produit par Renaud, évêque de LiègeVerkooren, A., 1961, Inventaire des chartes et cartulaires des duchés de Brabant et de Limbourg et des pays d’Outremeuse, Bruxelles, 8/2, p. 7., mais une étude de J. L. Kupper a démontré que cet acte était un faux, probablement fabriqué à partir d’un document de 1026-1028Kupper, J.L.., 1981, Liège et l’Église impériale aux , Liège, p. 516.. Pour autant, rien n'autorise à douter de l'existence d'Albert de Musal puisqu'il est cité en 1044 comme témoin dans un acte de donation d’une cour et de ses dépendances par Kadelon et son épouse à l’église de TrèvesBeyer, H., 1860, Urkundenbuch zur geschichte der, jetz die preussischen regierungsbezirke coblenz und trier bildenden mittelrheinischen territorien, Coblenz-Hoelschen, t. I, p. 277.. Peu après 1055, il vend à Abélard, abbé de St-Trond (1053-1082), des biens situés à Herck et Zerchingende Borman, C. (ed.), 1872-1877, Chronique de l’abbaye de St-Trond, Liège, p. 20.. Enfin, il intervient également comme témoin pour une donation faite par Frédéric, duc de Lorraine, à l’Abbaye de Saint-TrondPiot, C., 1870, Cartulaire de l’abbaye de St-Trond, t. I., Bruxelles, p. 810.. Il faut toutefois noter qu'il ne semble pas porter de titre de noblesse dans un premier temps. Seuls les deux derniers actes le désignent explicitement comme «comte de Moha». Il est possible qu’au départ d’un alleu sur la Mehaigne, il finit par se retrouver à la tête d’un territoire que l’on gratifia par la suite du nom de comté. Albert de Musal meurt dans les années 1060 car son successeur, Albert de Dasbourg, fait une première apparition en tant que «comte de Moha» dès 1067. .
Le château de Moha et les comtes de Dasbourg (1067-1225)
Une possession en marge du territoire lotharingien La famille de Dasbourg (ou Dabo), originaire d’Eguisheim, a acquis le comté de Moha par le mariage d’Henri Ier de Dasbourg avec la fille d’Albert de MusalParisse, M., 1982, Noblesse et chevalerie en Lorraine médiévale, Nancy, p. 82 ; Tihon, F., 1910, Histoire du château et du Comté de Moha, dissertation sur les comtes de Dasbourg, de Metz & de Moha, La Légende de Moha, Huy, p. 425 . . Dans un premier temps, le comté constitue surtout une réserve de terres destinées à des donations pieuses. Ces dernières sont réalisées essentiellement par Albert de Dasbourg (1060-1098) et poursuivies dans une moindre mesure par ses successeurs qui n'hésitent pas à amoindrir le territoire de Moha au profit du patrimoine lotharingien. Il est très peu probable que les comtes de Dasbourg aient régulièrement résidé à Moha durant cette période, confiant plutôt la gestion du comté à des hommes de confiance et à une garnison réduite.
La forteresse au cœur des guerres de Hesbaye La politique des comtes de Dasbourg change avec Hugues II (1130-1180). Certes, il commet encore quelques prodigalités religieuses, mais à l’inverse de ses prédécesseurs, il tente de conserver une certaine autorité sur ces terres qui furent l’objet de donations en instaurant le principe de l’avouerie. Parallèlement à cela, Hugues II joue un rôle important dans les affrontements des grands féodaux de la région. En 1141, il prend part à la lutte qui oppose l’évêque de Liège Alberon au comte de Bar et à ses fils au sujet du château de Bouillon. . Cette intervention marque le début d’une période durant laquelle le comte de Dasbourg réside plus souvent à Moha que dans ses possessions lorraines. En 1147, il est d'ailleurs au centre des guerres qui éclatent en Hesbaye et qui opposent ses partisans à ceux du comte de Namur et de Looz. On ignore les causes et les exactions de ces conflits, mais on sait que l’intervention de personnages de haut rang, comme Wibald de Stavelot, fut nécessaire pour y mettre fin.
Son fils, Albert II de Dasbourg (ou de Dabo-Moha), passe quant à lui une grande partie de sa vie dans le comté de Moha. . En effet, il choisit de lier ses intérêts à ceux de son neveu, Henri Ier de Brabant, dont il allait suivre la politique jusqu’à la fin du . Nul doute qu’à ce moment, Albert dispose déjà d’une solide place forte à Moha, puisqu’il participe activement à plusieurs conflits qui ravagent la principauté et ses environs. En 1172, Albert et son frère, réclament à Gérard II, comte de Looz, les forts de Bilsen et de Colmont qu’ils détenaient héréditairement. Ils prennent les armes, s’emparent de Berloz et dévasent les terres avoisinantes dont certaines appartiennent à l’abbaye de Saint-TrondHugues II avait déjà revendiqué ces possessions par les armes, cfr. Gesta abbatum Trudonensium continuatio secunda, M.G.H., ss, X, Hannovre, 1852, p. 358.. En 1184, Albert participe également au conflit opposant le comte de Hainaut et le comte de Flandre et qui prend fin en , à la suite de l’intervention de Frédéric BarberousseGislebert de Mons, Chronicon Hanonienses, éd. Vanderkindere, Bruxelles, 1904, (C.R.H), V, n°113, p. 168-178.. En 1194, il prend parti pour Henri l’Aveugle qui, sûr de la puissance brabançonne, décide de combattre le comte de Hainaut Baudoin V pour rentrer en possession du Namurois. Une entreprise qui échoue et qui se retourne finalement contre Albert qui voit son comté dévasté par le feu« Inde dominus comes terram comitis de Danborch ad honorem musam pertinentem igne concremavit » Gislebert, Chronicon Hanonienses, p. 587. Il s’agit d’une des rares mentions de ravages exécutés dans les limites du comté.. Bien que vaincu, le comte de Moha reste toutefois, aux dires de Gislebert, un personnage menaçant pour ses proches voisins, notamment les HutoisGislebert, Chronicon Hanonienses, p. 590..
La guerre de succession entre le Duché de Brabant et la Principauté de Liège