Jean Donnay, né le à Cheratte dans la province de Liège, où il meurt le (ou le selon certaines sources), est un graveur, peintre, aquarelliste et dessinateur belge. Il est aussi professeur à l'Académie royale des beaux-arts de Liège de 1931 à 1962, et brièvement directeur intérimaire de cette même institution de 1961 à 1962.

Biographie Jeunesse et formation (1897-1918) Jean Donnay est né à Sabaré, un hameau de Cheratte, près de Liège, le .... Son père est armurier à domicile, et plus concrètement il est basculeur, son travail consistant à tailler le mécanisme du fusil à la lime et au burin hors d'un bloc de métal. Bien que fin artisan, il n'est pas un artiste et n'a aucune disposition pour le dessin. Jean Donnay, par contre, montre une passion pour le dessin dès son plus jeune âge, et effectue des dessins reproduisant des images d'Épinal qu'il échange contre des billes à l'école. Lors de l'avènement au trône du Roi Albert Ier en 1909, l'instituteur de l'école primaire où il se rend, Max Colleye, l'encourage à dessiner la famille royale, et envoie deux dessins « au crayon noir » (un portrait du nouveau roi et un portrait de la famille royale) au Palais royal avec les vœux de l'école. La cour remercie l'école et envoie une gratification de 25 francs au jeune dessinateur, ce qui fait grand bruit dans le petit village. Ce même instituteur envoie ensuite des dessins de Jean Donnay à un avocat de sa connaissance, M. Lohest, qui à son tour les envoie à Méry chez son ami Auguste Donnay pour connaître l'opinion de l'artiste. Il en résulte que, dès , Auguste Donnay le prend sous sa tutelle au cours d'art décoratif de l'Académie des beaux-arts de Liège comme une faveur spéciale car il faut « avoir fait trois ans de dessin pour y entrer ». Jean Donnay est alors à peine âgé de 13 ans.

Il commence donc en 1910 ses études à l'Académie des beaux-arts de Liège, où il est l'élève, outre d'Auguste Donnay, d'Adrien de Witte, François Maréchal, Émile Berchmans et Évariste Carpentier.. Il poursuit ses études jusqu'en 1914, année où il obtient la médaille du cours d'Art Décoratif. Les cours à l'Académie des beaux-arts de Liège sont interrompus cette même année quand éclate la Première Guerre mondiale. Jean Donnay n'a plus de moyen de locomotion, et plus aucun armurier ne travaille à Cheratte, ce qui compromet la situation économique de sa famille.

Après six mois, il apprend que les cours ont repris et se rend à pied, farde à la main, jusqu'à l'Académie avec l'intention de montrer ses croquis à Auguste Donnay. Il y arrive après trois heures de marche et y rencontre le directeur de l'institution, François Maréchal, qui lui demande de laisser sa farde et de venir la reprendre la semaine suivante. Vu la carence de moyen de locomotion, Jean Donnay pense retourner chercher sa farde après quelques semaines. À sa surprise, il voit arriver chez ses parents à Cheratte, à peine quinze jours plus tard, François Maréchal qui vient accompagné de son épouse Victorine Deguée et de l'ancien échevin des Beaux-Arts de la ville de Liège Alfred Micha. François Maréchal vient demander à ses parents de le laisser reprendre les cours à l'Académie. Il a entretemps présenté et vendu des croquis et aquarelles du jeune artiste à des amateurs d'art de sa connaissance. Alfred Micha, quant à lui, vient lui commander plusieurs portraits.

Jean Donnay reprend les cours à l'Académie et s'installe chez d'autres parents qui résident rue Grétry. Les commandes de portraits qu'il reçoit durant cette période lui permettent de subvenir à ses besoins. Il poursuit ses cours de 1915 à 1918, et y étudie la peinture chez Évariste Carpentier et le dessin chez Adrien de Witte. Il côtoie durant ses études de futurs artistes comme Auguste Mambour, Luc Lafnet, Edgar Scauflaire, Ernest Forgeur et Jef Lambert. Il commence à réaliser ses premières gravures dès 1916. Il suit de 1916 à 1918, en plus de ses cours à l'Académie et sur recommandation de François Maréchal, les cours de culture générale à l'École Normale de Jonfosse.

Collaboration avec François Maréchal et début de carrière artistique (1918-1931) Il obtient en 1920 le prix Léopold DonnayLe Prix Donnay a été fondé par un commerçant liégeois établi à Paris et nommé Léopold Donnay, qui a légué en 1887 un capital à la ville de Liège pour la création d'un prix annuel de peinture à décerner par concours et ce, afin de permettre à de jeunes artistes de voyager. de peinture doté d'une valeur de mil francs. Grâce à la bourse, il effectue un séjour à Paris puis se rend à Marseille où il rejoint François Maréchal. Il doit interrompre ce voyage quand il est mobilisé pour son service militaire et caserné à Anvers pendant un an. En 1921, Alfred Micha, président et fondateur du Cercle des Beaux-Arts de Liège, organise la première exposition personnelle de Jean Donnay. Malheureusement il ne peut y assister car il est rappelé à Malines, mobilisé à cause de la grève des chemins de fer. Cette même année, il est inscrit au cours de gravure ouvert à l'Académie des Beaux-Arts de Liège par François Maréchal. Il réside chez ce dernier pendant un an et l'assiste comme élève libre. Il collabore avec le journal l'Express, fournissant un dessin politique chaque semaine. Il travaille également à son compte dans une loge à l'Académie, sorte de petit atelier auquel il avait droit en tant qu'ancien élève. Il acquiert enfin sa propre presse en 1925, ce qui lui permet d'imprimer ses eaux-fortes sans devoir passer par l'Académie. Il l'a achetée à Paris et doit organiser le transport jusqu'à Liège par chemin de fer. La presse, une fois montée, pèse plus de deux tonnes.

Il reçoit le prix Triennal de peinture en 1923, qui est doté d'une bourse de mil francs. Avec ces fonds il effectue un voyage d'études à Rouen, où il réalise et expose plusieurs eaux-fortes. Il expose à la Galerie Dietrich de Bruxelles en 1925, reçoit le prix Marie de gravure en 1926 puis le prix du Trianon, décerné par la Section liégeoise des Amis de l’art wallon, en 1928. En 1929, il est invité du groupe Les Taches d'encre à Marseille et obtient un diplôme d’honneur de première classe à l'Exposition internationale de Barcelone. En 1930, il est nommé chevalier de l’ordre de la Couronne.

Durant cette période, il voyage de façon régulière à Paris, où il expose des gravures à la Galerie Fabre-Bénézit en 1926, 1928 et 1931. Les critiques parisiens reçoivent positivement les expositions de Jean Donnay. Arsène Alexandre écrit dans Le Figaro du au sujet de sa suite de 14 gravures du Chemin de Croix : Pourtant les ventes ne suivent pas et Jean Donnay écrit dans une lettre à monsieur Hariga le :

En 1931, il visite, en qualité de boursier du gouvernement et invité par le marchand d'art J.H. De Bois, toute la Hollande. Il s'y intéresse particulièrement aux gravures de Rembrandt et commente à propos de ce dernier : .

Carrière à l'Académie royale des beaux-arts de Liège (1931-1962)

En 1931, Jean Donnay est nommé professeur de gravure à l'Académie royale des beaux-arts de Liège, remplaçant François Maréchal. Initialement l'idée d'appartenir au corps enseignant ne l'a pas enthousiasmé, de sorte qu'il a refusé de présenter sa candidature durant deux années, mais le père de l'artiste l'apprend et le convainc d'accepter. Jean Donnay ne le regrette pas, même s'il interprète son rôle de professeur comme une collaboration avec ses élèves : il leur laisse une ample marge d'initiative et tente de leur ouvrir l'esprit en dialoguant sur leur vision de l'art et en leur conseillant certaines lectures. Il tente de former des artistes, pas seulement des techniciens.

Jean Donnay tombe gravement malade, atteint de tuberculose pulmonaire, en 1950. Il doit séjourner au sanatorium d’Eupen, subit une grave opération et ne travaille presque plus jusqu'à sa guérison en 1953. Il ne réalise que cinq œuvres en 1949, aucune en 1950 et 1951, sept en 1952 et huit en 1953. Georges Comhaire le supplée à l'Académie de 1951 à 1954. En 1961, Donnay est nommé directeur intérimaire de l'Académie royale des beaux-arts de Liège, où Georges Comhaire lui succède comme professeur à l'atelier de gravure. Il abandonne le poste de directeur intérimaire en 1962 et prend sa retraite.

Durant cette période, Jean Donnay est membre, parfois fondateur, ou invité de divers regroupements d'artistes : membre fondateur du groupe français Le Trait en 1935 ; invité des Artistes Rouennaix en 1937 ; invité de la Jeune Gravure Contemporaine à Paris en 1938 ; cofondateur en 1949 du groupe d'art 10 Pointes et Brosses à Liège avec José Delhaye, Robert Liard, Georges Comhaire, Joseph Zabeau, Flory Roland, Jean Debattice, Albert Lemaître, Marceau Gillard, et Edgar Scauflaire ; et invité de la société L'Estampe à Paris en 1951.

Il est lauréat du prix de gravure de la province de Liège en 1946, et le Musée des beaux-arts de Liège lui consacre une grande rétrospective en 1957, exposition qui réunit 205 de ses œuvres (175 gravures et 30 peintures).

Retraite et dernières années (1962-1992) Il reçoit le prix septennal de la Province de Liège en 1972, et l'âge avançant, il ne grave plus beaucoup, mais continue de peindre et de dessiner. En 1973, Jean Donnay est membre de la classe des Beaux-Arts de l'Académie royale de Belgique. En 1984, il nommé grand officier de l’Ordre de Léopold. Il quitte de moins en moins Cheratte où il meurt le (ou le selon certaines sources). Il est inhumé au cimetière de la commune (Cheratte-Haut).

Œuvre

Style et techniques artistiques Jean Donnay est un peintre, aquarelliste, dessinateur mais surtout graveur (principalement aquafortiste) qui tire son inspiration des images de la vie quotidienne, des sites industriels opprimant l'homme, des thèmes religieux et bibliques, et des paysages de son terroir. Jean-François Dechesne le décrit avec justesse:

Gravures Au cours de sa longue carrière de graveur, Jean Donnay a pratiqué toutes les techniques de l’estampe : gravure au burin, vernis mou, pointe sèche, aquatinte, plume et sucre, gravure sur bois et enfin, l’eau-forte, qui restera sa technique de prédilection. Il le confirme dans un entretien avec Jean Otten en : Pierre Colman offre quelques précisions:

Les gravures que Jean Donnay réalise entre 1920 et 1930 sont de grandes planches fortement expressives où il manie habilement le clair-obscur et démontre une technique remarquable. Il y dépeint la beauté tragique des paysages industriels de Liège, la foule qui gronde, les ports, les architectures qui l’ont marqué lors de ses voyages (surtout Rouen et Paris), l’effort des hommes mais aussi des thèmes religieux et mythologiques. Comme le décrit Jules Bosmant : L'artiste n’a jamais caché son admiration pour Rembrandt : L’influence de ce dernier est évidente sur les travaux qu’il réalise durant cette période.

Charles Delchevalerie commente l'œuvre de cette époque dans l'Express du en ces termes :

Aux alentours de 1930, son graphisme se simplifie et commence à tendre au dépouillement. Le trait gravé laisse au blanc du papier un rôle de plus en plus important. Jules Bosmant détecte l’origine de ce changement de style dans l'album qu’il réalise pour Mawet à Liège en 1929, Six aspects du Pays de Liège, et commente:

Après 1945 le changement opéré vers le dépouillement est complet comme le décrit avec justesse Léon Koenig:

Peintures Si l'œuvre gravé de Jean Donnay est clairement influencé par Rembrandt, l'œuvre peint se révèle, de son côté, profondément influencé par Auguste Donnay. Leur commune préférence pour les demi-teintes constitue un point de rapprochement constant. Pierre Colman fournit quelques détails: Enfin, Jacques Parisse finit d'informer sur ses influences: