vignette|redresse=1.5|Carte datée des diverses expulsions des Juifs au Moyen Âge ainsi que les routes prises par les exilés.
Les expulsions de Juifs sont un élément récurrent et caractéristique de leur histoire.
Au sens strict, il s'agit d'une mesure prise par un gouvernement pour mettre fin à la présence de Juifs sur son territoire en les obligeant, soit à se convertir, soit à partir ailleurs.
Dans l'Antiquité, de telles expulsions ont des motifs essentiellement politiques (répression du nationalisme juif). À partir de la christianisation de l'Empire romain, et des États qui en découlent, les motivations mélangent les aspects religieux, le christianisme ayant un lien étroit avec le judaïsme, et politiques, avec une dimension économique très forte.
Les expulsions participent à la création de la diaspora juive, qui apparaît dès l'Antiquité en dehors des pays d'origine des Juifs, les royaumes de Juda et d'Israël, issus de la division du royaume de David et de Salomon.
Selon Raul Hilberg, l’expulsion des Juifs est une étape découlant logiquement des politiques d’ostracisation des Juifs, et précédant leur tentative d'extermination lors de la Shoah.
Expulsion d'Angleterre (1290)
En 1290, édit du roi Édouard d'Angleterre, tous les juifs (environ ) sont expulsés.
Expulsions d'Allemagne
Interdiction de 1348
Interdiction de 1437 à 1828 à Heilbronn Contre la volonté de l'empereur, la ville de Heilbronn a obtenu une interdiction des Juifs de la ville à la fin du , de sorte qu'ils ne sont revenus au Wurtemberg qu'après le passage de la loi sur l'égalité juridique subséquente à partir de 1828 à Heilbronn, leur permettant de circuler librement(trad. aut.) Kneuper "Heilbronner Urkundenbuch" n° 581 page 291 (ligne 33 et suivantes) "Dispute entre la ville de Heilbronn et le trésorier du Reich Konrad von Weinsberg à propos de l'expulsion des Juifs - 14 janvier 1438 au 8 octobre 1439"(trad. aut.) Angerbauer / Frank : Communautés juives du district et de la ville de Heilbronn, p. 96.R. Wiener: Zur Geschichte der Juden in Heilbronn. In: Achawa. Vereinsbuch. Herausgegeben vom Vereine zur Unterstützung hilfsbedürftiger israelitischer Lehrer, Lehrer-Wittwen und Waisen in Deutschland. Leipzig 1867, S. 56–77..
Interdiction de 1510
Interdiction de 1551
Expulsion de 1614 à Francfort
vignette|Représentation de l'expulsion des Juifs de Francfort-sur-le-Main en 1614 Le 23 août 1614, après des émeutes dans la « Rue des Juifs », dirigées par Vincent Fettmilch, « 1 380 personnes âgées et jeunes ont été dénombrées à la sortie de la porte » de Francfort et rassemblées sur des bateaux sur le Main. Les Juifs étaient liés dans les affaires aux riches marchands de la ville, tandis que Fettmilch dirigeait les petits artisans et commerçants opposés à la présence juive à Francfort.
Reich
En Allemagne de 1933 à 1939, les mesures antisémites incitent les Juifs au départ.
Ceux qui le peuvent émigrent vers plusieurs pays, dont les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, ainsi que vers la Palestine mandataire.
Expulsions d'Autriche
Interdiction de 1421
Interdiction de 1670 Le 19 juin 1669, un décret impérial de l'empereur Léopold du Saint-Empire bannit les Juifs de Vienne et leur enjoint de quitter la ville avant le 14 avril 1670, délai étendu ensuite au 26 juillet 1670.
Expulsion du Brésil
Un certain nombre de Juifs hollandais avaient émigré à Pernambouc, au Brésil, sous domination hollandaise de 1630 à 1654 . et durent quitter ce pays quand les Portugais en reprirent le contrôle et y rétablirent l'Inquisition. Certains s'établissent alors aux Antilles françaises et il est dit que la capitale de la Guadeloupe, Pointe-à-Pitre, doit son nom à un Juif hollandais, appelé Peter ou Pitre selon la transcription en français. Toutefois, les Juifs quittent les Antilles françaises quand ils en sont expulsés en 1683, expulsion confirmée par le Code Noir en 1685, dont le premier article enjoint à « tous nos officiers de chasser de nos dites îles tous les Juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d'en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes »Suzy Halimi, Commerce(s) en Grande-Bretagne au , Publications de la Sorbonne, Paris, 1990, ..
Au , des Juifs reviennent en Martinique, où ils ne sont que tolérés jusqu'à la Révolution. Ils sont souvent les correspondants commerciaux des entrepreneurs bordelais comme la famille Gradis..
Expulsion de Bretagne (1240)
En 1240, les Juifs sont expulsés de Bretagne par Jean I par l'ordonnance de Ploërmel du 10 avril« Le bannissement des Juifs de Bretagne par le duc Jean le Roux (10 avril 1240) » sur des-mondes-singuliers.coop..
Le , , duc de Bretagne, comte de Richemond prend à Ploërmel une assise ou ordonnance qui expulse tous les Juifs du duché de Bretagne, annule toutes leurs créances, et demande au roi de France une confirmation de ces assises par des lettres patentes" À tous ceux qui les présentes lettres verront, Jean, duc de Bretagne, comte de Richemont, salut.
Sachez que nous, sur la demande des évêques, des abbés, des barons et des vassaux de Bretagne, ayant examiné avec soin l’intérêt du pays, nous chassons de Bretagne tous les Juifs. Ni nous, ni nos héritiers n’en tiendrons jamais un seul sur nos terres en Bretagne et nous ne souffrirons pas qu’aucun de nos sujets en ait sur les siennes.
Toutes les dettes contractées envers des juifs établis en Bretagne, de quelque manière et pour quelque raison que ce soit, nous les remettons entièrement et nous en donnons quittance. Toutes les terres hypothéquées à des Juifs, tous les gages mobiliers ou immobiliers détenus par eux feront retour aux débiteurs ou à leurs héritiers, sauf les terres et les autres gages qui auraient été vendus à des chrétiens par jugement de notre Cour.
Personne ne sera accusé ou mis en jugement pour avoir tué un juif avant aujourd’hui.
Nous prierons, nous engagerons de bonne foi et de tout notre pouvoir Monseigneur le Roi de France à confirmer par ses lettres la présente assise ou ordonnance, et nous nous portons garant pour notre père et pour nous que les dettes contractées en Bretagne envers les Juifs ne seront jamais payées sur les terres de notre père.
Cette assise, comme elle est ici écrite, nous avons juré de bonne foi de l’observer à jamais ; s’il nous arrivait d’y contrevenir, tous les évêques de Bretagne ensemble ou chacun séparément, peuvent nous excommunier et mettre l’interdit sur nos terres sises dans leurs diocèses, nonobstant tout privilège obtenu ou à obtenir par nous.
De plus, nous voulons et accordons que nos héritiers qui au temps à venir nous succèderont, quand ils auront atteint l’âge légitime, s’engagent par serment à fidèlement observer cette assise comme elle est écrite ici. Les barons, les vassaux et tous autres astreints à jurer fidélité au comte de Bretagne ne la jureront point ni ne rendront leur hommage à nos héritiers, tant que ceux-ci, dûment requis par deux évêques ou deux barons au moins au nom des autres, n’auront pas juré de garder cette assise fidèlement. Mais ce serment fait, les barons et tous ceux qui doivent fidélité au comte de Bretagne jureront fidélité et rendront hommage immédiatement à nos héritiers.
Enfin, les évêques, les barons et tous les vassaux de notre duché ont juré et accordé que jamais ils ne recevront ni ne permettront de recevoir des Juifs dans leurs terres en Bretagne.
Donné à Ploërmel, le mardi avant la Résurrection de notre Seigneur l’an MCCXXXIX.[=10 avril 1240 nouveau style] ».
Expulsions de Crimée Expulsion de 1016
Expulsion de 1350
Expulsions d'Égypte
Décision d'expulsion par Pharaon mentionnée dans la Bible, une autre est peut-être la cause de l'Exode.
Expulsions de France
Expulsion de 533
Expulsion de 633 Le deuxième édit date de 633 par Dagobert qui, faute d’avoir pu convaincre les Juifs de la rue de la Cité à Paris (ancienne rue de la Juiverie) de se convertir, finit par les expulser.
Expulsion de 1009 À la suite de la destruction du bâtiment du Saint-Sépulcre à Jérusalem par le calife fatimide et chiite Al-Hakim bi-Amr Allah, le Guy Couturier, « Achèvement et ruines », revue Parabole, mai-juin 1998, vol. XXI, n° 1, de vives réactions se manifestent en Europe, souvent irrationnelles. Par exemple, le moine chroniqueur de l'Abbaye de Cluny, Raoul Glaber, accuse les Juifs d’être la cause de ce malheur (allégation antisémite). Il en résulte que les Juifs sont chassés de Limoges et de nombreuses autres villes françaises, ou passés au fil de l'épée. Finalement, cette destruction sera l'une des causes des croisades à venir, et notamment celle dont se sert le pape Urbain II en 1095 pour appeler les chrétiens à libérer Jérusalem, et entraîne une vague de construction d', sur le modèle de celle de Jérusalem, dans tout l'occident chrétien.
Expulsion de 1182 vignette|Miniature représentant l'expulsion de Juifs de France (portant rouelle à la ceinture) en 1182, Chroniques de France
La troisième expulsion est signée de Philippe Auguste en 1182 : en plein sabbath, arrestation des Juifs de Paris, dépouillés de leur or et de leurs effets personnels ; libération en échange d’une forte rançon et, l’année suivante, saisie de leurs biens immobiliers, concédés par la suite à des commerçants non-Juifs, et expulsion.
Au fil des ans, les Juifs seront rappelés par les rois et expulsés à nouveau, maintenus en état de soumission, avec des interdits, des humiliations et des massacres. Même ceux du comté de Toulouse devront trouver refuge en Provence, époque où les cathares sont réprimés.
Expulsion de 1254 La quatrième expulsion est celle de Louis IX en 1254 après plusieurs injonctions leur interdisant de se livrer à l'usure et de prendre des métiers artisanaux ou agricoles.
Un procès avait été fait au Talmud en 1240 à l'instigation de Nicolas Donin, Juif converti au christianisme, avec comme défenseur le rabbin Yehiel de Paris ; ce procès avait abouti à la condamnation du livre à être brûlé en place de Grève (1242).
vignette|Lettres (reconnaissances de dette) de par lesquelles il reconnaît devoir à son frère Charles de Valois pour les Juifs de tous ses comtés qu'il a vendus, 2 juin 1299.
Engagé dans la septième croisade, le roi est fait prisonnier en 1250 en Égypte. À cette nouvelle, .
Expulsion de 1306
En juin 1306, l'édit d'expulsion général du roi Philippe le Bel donne un mois aux de France pour quitter le royaumeJuliette Sibon, « 1306, l'expulsion des juifs du royaume de France », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, n° 16, 2008.. Entre 1292 et 1306, les biens juifs patrimoniaux, meubles et immeubles sont confisqués et vendus aux enchères, ou offerts. L'expulsion est ponctuée d’arrestations, de taxes spécifiques, de saisies et ventes de biens, avec obligation de rachats pour se voir ensuite signifier une nouvelle expulsion. Philippe le Bel recouvre à son profit les créances juives, il devient de la sorte le créancier de quasiment tous ses sujets. Les livres de comptes des Juifs rédigés en hébreu s'avérant ainsi inexploitables par les agents royaux, Philippe le Bel autorise temporairement (en 1310 et 1311) les prêteurs juifs à revenir pour renseigner l’administration fiscale, avant d’imposer leur départ définitif en 1311.
Grâce à ces expédients lucratifs, en 1311, le roi rétablit la monnaie d'or en créant l'agnel, émis jusqu'au règne de Charles VII (1422–1451).
Bien que rappelés en 1315, pour un séjour limité dès le départ à douze années (fin en 1327), peu reviennentElsa Marmursztejn. « Débats médiévaux sur l’expulsion des juifs des monarchies occidentales ». Isabelle Poutrin et Alain Tallon. Les expulsions de minorités religieuses dans l’Europe des , p. 19-44, 2015.. Ils se réfugient en Espagne, Bourgogne, Savoie, en Italie et en Allemagne, voire en Croatie et en Palestine.
Le chroniqueur Jean de Saint-Victor résume : .
Expulsion de 1322