Ida Minerva Tarbell, née le et morte le , est une enseignante, essayiste, historienne et journaliste américaine.

Grande figure du journalisme d'enquête de l’ère progressiste, elle rédigea de nombreux articles et des biographies pour la presse écrite. L’ouvrage qui la rendit célèbre, L’Histoire de la Standard Oil Company, parut en 1904 et figurait encore au cinquième rang en 1999 dans la liste publiée par le New York Times des cent ouvrages les plus marquants du journalisme du NY Times (1 mars 1999).

Biographie Jeunesse et études Ida Minerva Tarbell est née dans une ferme du comté d'Érié (Pennsylvanie), le . Sa mère était Esther Ann McCullough, une enseignante, et son père Franklin Summer Tarbell, enseignant et menuisier, puis ouvrier du pétrole... Les ancêtres de son père s'étaient installés en Nouvelle-Angleterre au . Selon sa grand-mère, la famille descend de Samuel Seabury, proche de George Washington et premier évêque épiscopalien américain.. Tarbell avait trois frères et sœurs plus jeunes : Walter, Franklin Junior et Sarah. Franklin Junior meurt de la scarlatine à un jeune âge, et Sarah, également atteinte, restera physiquement affaiblie tout au long de sa vie.. Walter devient un ouvrier du pétrole, comme son père, tandis que Sarah était artiste.

Ida Minerva Tarbell a grandi au milieu des champs pétrolifères de Pennsylvanie, et cela aura un impact puisqu'elle enquêtera plus tard sur la Standard Oil Company et sur ce milieu du pétrole. La panique de 1857 frappe de plein fouet la famille Tarbell : à cause de l'effondrement des banques, les Tarbell perdent leurs économies. Franklin Tarbell part dans l'Iowa pour construire une propriété familiale, mais lorsque Ida naît, il abandonne la construction de la maison, et tente de revenir en Pennsylvanie. Démuni, il traverse à pieds l'Illinois, l'Indiana et l'Ohio, et finance son voyage en enseignant dans des écoles rurales sur son chemin. À son retour, en haillons après 18 mois de voyage, la jeune Ida Tarbell lui aurait dit : .

vignette|Un des premiers champs de pétrole exploités en Pennsylvannie, vers 1862.|gauche

La fortune des Tarbell change à nouveau lors de la en 1859. Les nouveaux champs pétrolifères exploités bouleversent complètement l'économie locale. Le pétrole, écrit Ida dans son autobiographie, est .. Le père de Tarbell utilisa d'abord ses talents de menuisier pour construire des réservoirs en bois... La famille vivait dans une cabane avec un atelier pour Franklin, près d'un champ pétrolier comprenant vingt-cinq puits. Le pétrole était partout : dans le sable, les fosses et les flaques. Tarbell écrit à propos de cette expérience : .

En 1860, les Tarbell déménagent à Rouseville, où les accidents survenus dans cette ville affectent profondément Ida Tarbell. Ainsi leur voisin et fondateur de la ville, Henry Rouse, fore du pétrole lorsqu'une flamme embrase du gaz naturellement émis par une pompe toute proche. Rouse survit quelques heures, le temps de rédiger son testament et de laisser un million de dollars aux autres colons pour construire des routes. Au total, 18 hommes furent tués, et la mère d'Ida, Esther, s'occupe d'une des victimes brûlées dans leur maison. Tarbell n'est pas autorisée à voir les corps, mais elle réussit à se faufiler dans la pièce où ils attendent d'être enterrées : elle souffrira de cauchemars pour le reste de sa vie.

En 1869, la famille s'installe à Titusville, toujours en Pennsylvanie. Le père de Tarbell construit une maison familiale au 324, Main Street, en utilisant le bois et les menuiseries d'un hôtel abandonné de Pithole..

Le père de Tarbell devient producteur et raffineur de pétrole dans le comté de Venango. L'entreprise de Franklin Tarbell, ainsi que celles de nombreux autres petits entrepreneurs, est affectée vers 1872 par le projet de la South Improvement Company d'alliance entre les chemins de fer et des groupes pétroliers plus importants. En moins de quatre mois, au cours de ce qui a été connu plus tard sous le nom de ou , la Standard Oil absorbe 22 de ses 26 concurrents de Cleveland.. Plus tard, Tarbell se rappellera vivement de cet événement dans ses écrits, dans lesquels elle accuse les dirigeants de la Standard Oil Company d'utiliser des tactiques déloyales pour mettre son père et de nombreuses petites compagnies pétrolières hors d'état de nuire... La South Improvement Company travaillait secrètement avec les chemins de fer pour augmenter les tarifs d'expédition du pétrole pour les pétroliers indépendants. Les membres de la South Improvement Company avaient droit à un rabais. Franklin Tarbell participe à la lutte contre la South Improvement Company en organisant des marches et en renversant des camions-citernes de la Standard Oil. Le gouvernement de Pennsylvanie dissout ensuite la South Improvement Company.

Les Tarbell étaient actifs socialement, n'hésitant pas à recevoir des soutiens à la cause de la prohibition et des suffragettes. La famille d'Ida était abonnée à Harper's Weekly, Harper's Monthly et au New York Tribune ; c'est grâce à ces publications qu'Ida Tarbell suit les événements de la guerre civile. Elle se faufilait également dans le dortoir des ouvriers de la famille pour lire des exemplaires de la Police Gazette, un tabloïd macabre. Sa famille était méthodiste et allait à l'église deux fois par semaine. Esther Tarbell soutenait les droits des femmes et invite des féministes comme Mary Livermore et Frances Willard.

Ida Tarbell est intelligente, mais indisciplinée en classe. Selon ses propres dires, elle était peu attentive et faisait souvent l'école buissonnière jusqu'à ce qu'une enseignante la remette sur le droit chemin : . Tarbell s'intéresse particulièrement aux sciences, et elle commence à comparer le paysage qui l'entourait en Pennsylvanie avec ce qu'elle apprend à l'école : .

Tarbell, première de la classe, finit le lycée à Titusville et poursuit des études de biologie au Allegheny College à Meadville (Pennsylvanie) en 1876, où elle était la seule femme de sa classe de 41 élèves.. Tarbell s'intéresse à la biologie évolutive - dans sa maison d'enfance, elle passait de nombreuses heures avec un microscope - et dit de son intérêt pour la science : . L'un des professeurs de Tarbell, Jeremiah Tingley, lui permet d'utiliser le microscope du collège pour ses études et Tarbell l'utilise pour étudier le Necture tacheté, un amphibien de 30 cm de long qui utilise à la fois des branchies et un poumon et que l'on pensait être un chaînon manquant.

Tarbell se distingue à Allegheny : elle est l'un des membres fondateurs de la sororité locale qui devient le chapitre Mu de la sororité Kappa Alpha Theta en 1876. Elle était membre de la société littéraire féminine du campus, la Ossoli Society, nommée d'après l'écrivain Margaret Fuller Ossoli, et écrivait pour la publication de la société, Mosaic.

Tarbell obtient son Bachelor of Arts (baccalauréat ès arts en français) en 1880 et un Master of Arts (maîtrise en arts en français) en 1883. Tarbell soutiendra ensuite l'université en siégeant au conseil d'administration, auquel elle est élue pour la première fois en 1912.. Elle fut la deuxième femme à occuper le poste de membre du conseil d'administration et le conserve pendant plus de trois décennies..

Début de sa carrière vignette|gauche|redresse|Ida Minerva Tarbell en 1890.

Tarbell quitte le système universitaire en voulant contribuer à la société, mais ne sachant pas comment s'y prendre, elle devient par défaut enseignante. Elle commence sa carrière comme directrice d'un séminaire à Poland, près de Youngstown (Ohio), en . Tarbell y enseigne la géologie, la botanique, la géométrie et trigonométrie ainsi que des langues : grec, latin, français et allemand.. Au bout de deux ans, elle se rend compte que l'enseignement ne lui convient pas, et rentre chez elle : elle est épuisée par la charge de travail et exaspérée par les bas salaires qui l'obligent à emprunter de l'argent à ses parents.

Tarbell retourne en Pennsylvanie, où elle rencontre Theodore L. Flood, rédacteur en chef de The Chautauquan, un supplément papier pour des cours à distance, basé à Chautauqua (New York). La famille de Tarbell connaissait ce mouvement qui encourageait l'éducation des adultes et la formation personnelle. Elle accepte rapidement l'offre de Flood d'écrire pour la publication. Au départ, Tarbell travaille deux semaines au siège à Meadville (Pennsylvanie), et deux semaines à la maison, ce qui lui permet de poursuivre chez elle ses propres études en biologie à l'aide de microscopes. Elle devient directrice de la rédaction en 1886.

Tarbell commence à écrire de brefs articles pour le magazine, puis de plus en plus longs à mesure qu'elle trouve son style d'écriture et sa voix. Son premier article est intitulé "The Arts and Industries of Cincinnati" (), et est publié en . Selon le biographe Steve Weinberg, c'est à ce moment-là que Tarbell établit un style qui allait perdurer tout au long de sa carrière : .

Tarbell écrit deux articles qui illustrent ses points de vue contradictoires sur les rôles des femmes, qui la suivront tout au long de sa vie. L'article de Tarbell, "Women as Inventors" (), fut publié dans le numéro de de The Chautauquan. C'est un article écrit par affirmant que le nombre de femmes titulaires de brevets est d'environ 300 et que les femmes ne deviendront jamais des inventeurs à succès qui éveille la curiosité de Tarbell ; et elle commence sa propre enquête. Tarbell se rend au Bureau des brevets à Washington, D.C. et rencontre le chef du département, R. C. McGill. McGill avait dressé une liste de près de . Dans son article, Tarbell écrit : . Tarbell continue en avec une présentation des femmes journalistes. L'article aborde l'histoire du journalisme, une description des pratiques et des conseils ; et contient un avertissement : selon elle, bien que le journalisme soit un domaine ouvert aux femmes, celles-ci doivent s'abstenir de verser dans le sentimentalisme et de paraître faibles.

Tarbell, lassée d'être une simple employée, décide de se mettre à son compte après une dispute avec Théodore Flood. Elle suit en cela la philosophie de son père selon laquelle il veut mieux travailler pour soi-même que d'être un employé. Elle commence à faire des recherches sur les figures féminines historiques, notamment Germaine de Staël et Madame Roland, pour s'en inspirer et en faire des sujets d'écriture. La véritable raison de la brouille avec Flood reste un mystère, mais l'une d'entre elles pourrait être la promotion de son propre fils, avant Tarbell.

Période parisienne Ida Tarbell s'installe à Paris en 1891 à l'âge de 34 ans. Elle partage un appartement rue du Sommerard (près du Panthéon et de la Sorbonne) avec trois amies qu'elle a connues à la rédaction de The Chautauquan. Le Paris de cette époque passionne Tarbell et ses amis, qui apprécient notamment l'art impressionniste, comme les toiles de Degas, Monet, Manet et Van Gogh. Tarbell décrit les couleurs de ces œuvres comme . Tarbell assiste à un spectacle de cancan au Moulin-Rouge et, dans une lettre à sa famille, elle leur conseille de lire la description qu'en fait Mark Twain dans Le Voyage des innocents, car elle n'aime pas écrire sur ce sujet.

Ida Tarbell avait une vie sociale active à Paris. Elle et ses colocataires organisent un salon de langues où les anglophones et les francophones peuvent se rencontrer et pratiquer leur langue maternelle. Sa logeuse, Madame Bonnet, organise des dîners hebdomadaires pour les quatre femmes et ses autres locataires. Parmi ces locataires se trouvaient de jeunes hommes venus d'Égypte, dont le prince Saïd Toussoun, cousin du souverain égyptien. Tarbell rencontre aussi Charles Downer Hazen, futur historien français et professeur au Smith College, avec qui elle a peut-être eu une liaison.