La céramique de Saint-Uze est l'appellation actuelle d'un type de céramique qui fut produite dans plusieurs villages de la Drôme à partir du début du et au cours du , notamment dans le village de Saint-Uze (Drôme).. Il s'agit d'un type de grès-cérame, un grès finSur les grès au :, opaque, émaillé, dénommé « porcelaine à feu ». Il ne s'agit pas d'une faïence ou d'une « terre de fer ».
La terre de fer est une faïence fine dure. Un grès fin est composé de kaolin et de feldspath servant de fondant pour la formation d'une phase vitreuse..
Cette céramique est surtout connue pour la très grande variété de ses modèles. Elle fait l'objet de l'engouement des collectionneurs..
Historique L'histoire industrielle de cette céramique drômoise est caractéristique de la période d'industrialisation de la France rurale. Elle se développe après une période d'intenses recherches de carrières de kaolin, ingrédient essentiel d'une faïence fine découverte en Allemagne (Meissen), puis en Limousin.
La manufacture Revol En 1789, deux frères de la famille Revol, Joseph-Marie et François, découvrent dans la commune de Saint-Barthélemy-de-Vals, au lieu-dit Douévas, une carrière de sable kaolino-feldspathique qui leur permet de créer deux fabriques de grès fins, à Ponsas vers 1800 puis à Saint-Uze. Les frères Revol s'associent au chimiste Jean-Michel Raymond pour fabriquer des ustensiles de cuisine et de chimie, dont des creusets, qu'on achetait alors en Allemagne. Cette terre d'acier est rendue complètement imperméable par un début de vitrification. On en fait des ustensiles hygiéniques (appellation "porcelaine hygiénique" ou "hygiocérame"L'hygiocérame est inventé par le chimiste Jacques Fourmy vers 1800 (voir ). Il s'agit d'une poterie rendue imperméable par une couverte terreuse brune non plombifère. Média:BrongniartFourmy.jpg. Les hygiocérames de Fourmy sont présentées à l'Exposition de Paris de 1801 (voir ).).
Cette première céramique Revol créée par Raymond et produite à partir de 1800 est d'un blanc grisâtre opaque, sans couverte, seulement traitée au sel en fin de cuisson. Cette production de la manufacture de Ponsas est constituée de creusets pour la chimie, de cruches à bière, de bouteilles à encre et d'ustensiles de pharmacie. Ce grès est réfractaire, il résiste aux chocs thermiques et aux attaques chimiques.
La manufacture est transférée à Saint-Uze en 1800. La production se diversifie avec des ustensiles culinaires blancs ou d'un beau brun (hygiocérame). Elle est appelée porcelaine brune ou porcelaine de ménage. Les poteries hygiocérames réunissent trois avantages : elles peuvent aller au feu, elles ne sont pas enduites de vernis dangereux (pas d'enduit à base de plomb), et elles ne donnent pas mauvais goût aux aliments.. L'exposition de Paris de 1806 prime ces produits pour la qualité de leur émail et leur solidité..
. Les porcelaines brunes ou hygiocérames — et l'étendue de leurs établissements, qui occupent et 6 fours — leur obtiennent une mention honorable à l'exposition des produits de l'industrie française de 1844..
Toutefois, cette production de grès fin est marquée en France à cette époque par des difficultés, en comparaison de la situation en Angleterre, comme le coût des salaires, des combustibles, du transport des matériaux jusqu'aux lieux de production. Différents professionnels sont interrogées et donnent leurs réponses. Voir une sélection de ces réponses concernant les difficultés dans la production de grès fins en France dans les années 1830 (le commentaire du document donne les numéros de pages pour chaque extrait).. À la suite du succès progressif de cette production dans le nord de la Drôme, d'autres fabriques de grès fin voient le jour, jusqu'à une douzaine dans les villages de Saint-Uze, Saint-Vallier, Ponsas, Andancette, Érôme, Epinouze. Les productions se diversifient : isolateurs électriques, carrelages, encriers, éviers, articles funéraires, objets publicitaires dont les pots à eau ou pichets jaunes Ricard.
Cette industrie déploie une intense activité entre les années 1880 et les années 1930. La famille Revol a été le précurseur de cette céramique et en est encore actuellement le dernier représentant. La lutte entre les différents fabricants a été rude. On distingue alors les fabricants de longue date (Revol) et de petits fabricants, anciens ouvriers, moins entreprenants économiquement, qui disparaissent progressivement pendant le .
La révolution industrielle à Saint-Uze et Saint-Vallier
Les succès de l'industrie céramique de la région de Saint-Uze font de la famille Revol une grande famille industrielle dont les dirigeants investissent la vie politique. Hector Revol, maire de Saint-Uze, siège à la Chambre de Commerce de Valence et soutient la création d'une compagnie des chemins de fer de la Drôme. À son initiative, une voie de chemin de fer relie Saint-Vallier - Saint-Uze - le Grand-Serre. Dès lors les matériaux ne sont plus uniquement produits localement et sont acheminés par voie ferrée. ..
Caractères stylistiques
Les "bleus" de Saint-Uze
La fabrication des pièces utilise du kaolin et du feldspath. Le kaolin a besoin d'être lavé pour ôter une partie de sa silice afin d'abaisser sa température de cuisson. Il est ensuite mis à sécher. Le feldspath pierreux doit être broyé. On mélange alors ces deux ingrédients qui sont pétris pour obtenir un mélange kaolin – feldspath. Le « lait » obtenu est raffermi en passant dans des filtres, qui enlèvent l'excès d'eau, et désaéré pour obtenir une pâte lisse et ferme. Cette pâte peut être tournée à la main, ou bien moulée sur le tour, avec un garnissage ultérieur (pour adjoindre des anses). À partir de 1903, la pâte est coulée dans des moules et les pièces présentent parfois des « coutures » caractéristiques de la séparation des coquilles du moule.
Les pièces sont cuites une première fois à , décorées ou non, puis émaillées par trempage et recuites à . La décoration est uniquement brune jusqu'en 1880. Les célèbres décors imprimés à base de cobalt (bleu)Catalogue des motifs : . apposés par des tampons de caoutchouc sous émail transparent apparaissent à la fin du . Appelées bleus de Saint-Uze, ces pièces marquent alors le passage d'une production uniquement utilitaire à une production plus décorative répondant à la demande croissante. Ce sont les pièces les plus fréquemment collectionnées.
Le contrôle rigoureux de la composition de la pâte permet d'obtenir un grès-cérame fin très solide pouvant être émaillé (voir la description qu'en fait Louis Figuier dans les années 1870: Média:figuier3.jpg). La cuisson est réalisée dans de grands fours Média:figuierfour.jpg
Les tampons de caoutchouc (photo ci-dessouse) ont été utilisés à Saint-Uze à partir de 1875-1880Source : R.Laplaud.. C'est un exemple d'utilisation industrielle de ce nouveau matériau à cette époque. Ces tampons servent à l'application des décors imprimés en utilisant du cobalt sous une couverte transparente. Ce sont les "Bleus de Saint-Uze", vendus comme "porcelaine à feu imprimée".
Les poteries de terre rouge
La région de Saint-Uze a également produit des poteries en terre rouge (argile marneuse) additionnée d'argile de Bollène et de sable d'Hostum, ainsi que des tuiles. Cette production a commencé avant la découverte de kaolin par les frères Revol et s'est poursuivie ensuite de manière irrégulière. Ces poteries sont d'aspect rouge brut, vernissée à l'intérieur par une glaçure incolore au sulfure de plomb (alquifoux). Pour maintenir ce type de production, ces poteries ont été parfois entièrement émaillées (faïences émaillées à feu - terre anglaise) par des glaçures blanches ou colorées. Les pièces émaillées en blanc ont pu recevoir des décors au cobalt et une glaçure incolore supplémentaire.
Objets publicitaires célèbres Toute une gamme d'objets publicitaires ont été créés par Revol, comme les pichets et cendriers Ricard. Ces objets sont encore en vente, dont des répliques de modèles anciens.
Documents historiques & Archives Notice sur les objets envoyés à l'exposition des produits de l'industrie française, Paris, Imprimerie impériale, An 1806. Département de la Drôme. Média:uze1806.jpg L. Costaz. Exposition de 1819. Rapport du jury central sur les produits de l'industrie française, Paris, imprimerie royale, 1819, : « M. REVOL de Lyon. Pour ses creusets qui ont paru bien résister aux grands changemens de température et pour ses poteries-grès perfectionnées. » Exposition publique des produits de l'industrie française (1827), Rapport du jury central, Paris, Imprimerie Royale, 1828. Média:Revol1827.JPG Nicolas Delacroix, Statistique du département de la Drome, Paris, Borel et Valence, Didot, 1835, .Description de la production Revol en 1835 Média:NicolasDelacroix.jpg Les difficultés dans la production de grès fins en France dans les années 1830. Enquête relative à diverses prohibitions des produits étrangers, Paris, Imprimerie royale, 1835. Média:enquetegresfins.jpg Description des grès et porcelaines de la Drôme. Scipion Gras, Statistique minéralogique du département de la Drôme. Grenoble, Prudhomme, 1838, .Média:scipiongras.JPG
Bibliographie . Brongniart, Traité des arts céramiques, ou des poteries, considérées dans leur histoire . Voir notamment son tableau "Classifications des céramiques" dans le tome 1, (également visible sur une seule page dans commons.wikimedia). . L'hygiocérame de Fourmy, poterie rendue imperméable par une couverte terreuse brune non plombifère. . . . . . .
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Articles connexes Revol porcelaine
Liens externes Association des Collectionneurs Amateurs de poteries de Saint-Uze et de sa région. Secrétariat : BP41, 63150 La Bourboule, [email protected] . .
Saint-Uze