Pierre-Jean-Paul Berny de Nogent, dit le chevalier de Berny, né le à Chartres et mort à Strasbourg le , est un militaire et un maître écrivain français actif à Paris puis dans diverses villes d’Europe dans le troisième quart du .
Ne pas confondre avec Etienne-François de Berny, dit le chevalier de Berny, commissaire provincial d'artillerie et chevalier de Saint Louis.
Biographie Chartres et Paris
Il est baptisé à Chartres le , fils aîné de Pierre Berny, procureur au siège et bailliage de Chartres, et de Madeleine-Marguerite Bréa, mariés le . Il commence des études de droit puis s’oriente vers une carrière militaire. Il est nommé capitaine de chasseurs dans un régiment non identifié. Ces années d’armée, probablement commencées au début des années 1740, lui valent de participer à quinze campagnes et d’y être plusieurs fois blessé.
Il semble être fixé à Paris de 1735 environ à 1755 : sa préface des Exemplaires d’écriture de 1760 nous apprend qu’il a étudié la calligraphie avec le fameux Louis Rossignol, qui exerce à Paris et y meurt en . C'est de cette époque que datent ses premières œuvres connues et datées : des portraits en trait de plume en 1751 et L’Exercice du chrétien en 1753.
En 1755 il était déjà marié puisque le on inhumait à Ermont (Val d'Oise) sa petite fille Marie-Josèphe-Éléonore, morte chez sa nourrice à l'âge de trois mois. Le père y est dit « Chevalier romain, demeurant à ParisArchives municipales d’Ermont, E 110, cité d'après . ».
Bruxelles, Bonn, Paris, Metz, Aix-la-Chapelle, Strasbourg... Commence alors une seconde époque de sa vie, plus mobile, dont les déplacements pourraient être liés à un enrôlement dans une armée impliquée dans la guerre de Sept Ans (1756-1763). Berny de Nogent est repéré à Bruxelles vers 1756 et semble y être jusqu'en 1763, peut-être occupé à des tâches d'administration de l'armée française à l'étranger. Il rayonne dans les pays circonvoisins : on connaît de lui une lettre signée de Bonn en 1760, lorsqu’il offre un livre de portraits en traits de plume à l’Électeur de Cologne, sans doute pour solliciter une aide. En 1765 il se nomme dans une signature « ancien Commis du Trésor royal, et premier des Bureaux des Armées du Roy en Allemagne », ce qui pourrait expliquer un passage à Bonn. C'est à Bruxelles qu'il publie en 1763 ses Emblèmes et devises allégoriques et qu'il reçoit 100 ducats de la main du comptable des Dépenses secrètes du gouvernement autrichien pour des pièces d’écritures (peut-être les Emblèmes ?). C'est sans doute à Bruxelles que Berny de Nogent est entré en contact avec des œuvres du maître écrivain bruxellois Balderic van Horicke, qu'il a fidèlement copié au point qu'on ait pu lui attribuer certaines œuvres de son prédécesseur.
En 1763 et 1764 il loge à Paris « rue de Bretagne, au Marais, proche le Calvaire » : c'est l'adresse donnée dans la critique de son Atlas de portraits et figures.
En 1765, il habite à Metz. Il se dit « Comte apostolique », et Maître de l’Académie des Sciences et Arts de Bruxelles, Strasbourg, et Metz, mentions floues, mal vérifiables et qui font peut-être référence à des académies d’écriture. C’est à partir de cette époque et jusqu’à sa mort qu’il rédige un certain nombre de travaux touchant à la politique, notamment les traités sur l’art de gouverner et sur les rapports du prince avec ses sujets, qu’il fera parvenir à des gouvernants à l'appui d’une demande d’emploi ou de subsides.
En 1773, il semble être fixé à Aix-la-Chapelle, où il publie ses Soirées amusantes et fonde la loge maçonnique de l'Union et de l'Amitié, sous l'obédience du Grand Orient de FranceVoir les archives maçonniques d'Aix-la-Chapelle Voir le site web..
En 1774, il est à Paris lors de l’avènement de Louis XVI.
En 1777 il est à Bruxelles chez le Consul de France ; il se dit alors capitaine retiré, Chevalier du Mérite, et Chevalier de l’ordre de Saint-Michel de Cologne. C'est aussi de Bruxelles qu'il envoie, fin 1779 ou début 1778, son manuscrit intitulé L'œil du maître ou essai sur le ministère à Benjamin Franklin, à l'appui de sa demande de protection et en se recommandant du comte de Vergennes. Malgré plusieurs rappels envoyés de Strasbourg entre février et , il semble que Franklin n'en ait jamais accusé réceptionCes lettres sont transcrites sur le site consacré aux papiers de Benjamin Franklin..
En 1778, il est à Strasbourg et y décède le , avec le grade de capitaine retiré du régiment du prince Philippe-Ferdinand de Limbourg. Il apparaît être dans un état de grande nécessité, avec encore des enfants à charge. Il était veuf de Marie-Anne Motheur et avait eu seize enfants.
Outre les sept lettres qu'il a envoyées à Franklin, on en connaît trois autres1 - Uppsala, Bibliothèque universitaire, correspondance de Gustav III : lettre de dédicace à Gustave III de Suède de son Précis du militaire avec une sollicitation de service ; elle précise qu’il était franc-maçon, maître de loges, et qu'il prétendait avoir établi quatre loges en divers cours. 2 - Bruxelles, Archives d’État, à propos des 100 ducats cités plus haut. 3 - Stockholm, Archives du Royaume, lettre à Gustave III de Suède datée du 10 novembre 1778, soit un peu plus de deux mois avant sa mort. Elle donne la liste des œuvres qu’il a écrites, cite le Précis de la guerre, La Guerre dans tout..., et L’Œil du maître..
En somme, si la carrière proprement dite de Berny fut apparemment modeste, on observe que ses relations maçonniques, ses idées politiques et son art de calligraphe lui valurent de côtoyer les cours de l'époque à de nombreuses occasions. On peut supposer qu'outre une carrière militaire active, il a occupé des emplois de comptable ou de secrétaire dans l'administration des armées, tâches naturellement dévolues aux maîtres écrivains.
Œuvres graphiques gravées Atlas de portraits et figures de traits et entrelas à la plume. Ouvrage unique en son genre dédié aux amateurs par Le Chev. Berny de Nogent. 1761. Gravé par J. C. Back à Frankfurt. – 4° obl., titre et 12 planches en traits de plume. - Bruxelles BR : II 27935 RP f°, Cambridge (MA) Harvard UL : Houghton *55-199F. Chicago NL : Wing fZW 739.B45. Leipzig, Kunstgewerbe Museum. Paris Ars. : Estampe 437. Paris INHA. Strasbourg BNU : FSO 1715 (numérisé sur Gallica). Le contenu varie suivant les exemplaires. Les portraits sont ceux de Charles-Alexandre de Lorraine [repr. dans Jadot, cf. Jadot ], Marie Thérèse d'Autriche, Elisabeth Petrovna tsarine de Moscovie, Paul Rubens et sa première femme ; suivent des scènes de genre. Une scène animalière est reproduite dans Peignot 1983 . Un exemplaire séparé du portrait équestre de Charles-Alexandre de Lorraine se trouve à Paris BNF (Est.) : Portraits Lorraine I. On trouve dans L'Avant coureur (Paris : Ch. Panckoucke, feuille du , ) une critique de l'ouvrage (sur Gallica). Portrait d'Élisabeth Ire (impératrice de Russie), in-folio gravé d'après un trait de plume, en buste, de 3/4 gauche, dans un médaillon ovale, sous lequel on lit: Elisabeth Petrowma Czarinne (sic) de Moscovie. Au bas du médaillon on voit l'aigle de Russie, et plus bas, des vers commençant par Qui voit Sa Majesté voit la beauté... Basile Wassiltschikoff, Liste alphabétique de portraits russes, tome I, Saint-Petersbourg, 1875, p. 337.
Exemples d'écritures Exemplaires d’écritures les plus en usage. – Manuscrit sur papier daté 1760, 19 f., reliure demi-basane. Les planches illustrent l'écriture coulée ; trois sont signées. – Paris Bibl. Mazarine : ms. 4691 (acquis en 2014). Prov. Schriftmuseum F. Soennecken à Bonn. Voir ici. Leçon d'écritures françaises, comme elles écrivent à Paris dans les bureaux généraux. Manuscrit in-folio. Catalog einer schönen Sammlung von Kupferschnitten, Radierungen, Holzschnitten..." Munich, 18 mai 1869.
Dessins datés, par ordre chronologique thumb|200px| Un dessin sur vélin représentant le duc Charles-Alexandre de Lorraine et de Bar à cheval, dessiné à traits de plume par Berny, en 1751. – Mention extraite du catalogue de vente des livres du duc, à Bruxelles en 1781 (p. 426 ). Non localisé, cf. Jadot . Sous le du même catalogue, trois dessins du même, probablement offerts par Berny au duc. Portrait équestre de François Étienne de Lorraine, empereur des Romains etc. Dessin à la plume, daté 1763. 2°. Cat. Hutton avec repr. . Emblèmes et devises allégoriques en l’honneur de sa Majesté l’Impératrice et Reine apostolique, avec son portrait, celui de sa Majesté Impériale, de l’archiduc Joseph et du duc Charles-Alexandre de Lorraine, dédiés à cette grande reine par le Chevalier de Berny-de Nogent, au service du Roi très-chestrien, et ci-devant Maître d’académie d’écritures et de S. A. le prince Ph. Lobkewitz. – Bruxelles. Inventé, écrit, dessiné à la plume et peint par le chev. de Berny. 1763. – 2°, 28 f. numérotés de 1 à 20. – Wien ÖNB : Cod.Vindob. 7804. – Le prince Lobkowitz étant mort en 1760, le service de Berny auprès de lui a dû commencer vers 1757-1758 ? Le portrait du duc de Lorraine est reproduit par Jadot, cf. Jadot . Portraits de plusieurs princes formés de traits de plume, ouvrage unique en son genre. Par Berny de Nogent, Chev. Romain et de Saint Michel de Cologne, ancien Commis du Trésor royal, et premier des Bureaux des Armées du Roy en Allemagne, Maître d’Académie de Sciences et Arts de Bruxelles, Strasbourg et Metz. 1765. - À la suite : Les Empereurs romains, et autres Rois et Princes. - À la suite : Portraits d'hommes illustres formés de traits de plume, ouvrage unique en son genre. Par Berny de Nogent... Metz, 1765. - À la suite : Portraits figurés, oiseaux et fleurs de traits et traits de plume. Ouvrage unique en ce genre. Par le Chevalier de Berny. - Paris, 1764. - Paris BNF (Est.) : KB88a. – 4°, env.50 f. - Recueil de dessins à la plume sur papier, signés pour certains, avec des encres de couleur. Certains dessins sont inachevés. Détail du contenu dans Advielle 1897 . On note « Le perroquet de Madame la duchesse d’Arenberg », qui montre que Berny a pénétré dans cette noble maison. Scène animalière : dix-huit animaux dominés par deux anges. « Composé et fait à la plume par le Cher de Berny capitaine retiré, en 1771 » (vente aux enchères, Drouot, Ferri, , : ). Portrait de S.A.R. et I. l’archiduchesse Élisabeth d’Autriche - en fait Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, fait à la plume par le chevalier de Berny, capitaine de chasseurs, d’après le tableau original peint par Van Dijck. 1772. – Cité par Jadot, non localisé. Portrait équestre du duc Charles-Alexandre de Lorraine, fait d’après Roslin, peintre du roi de France. 1776. – Dessin à l’encre, signé. - Bruxelles, Cabinet des Estampes. [Repr. dans Jadot, cf. Jadot ]. David combattant Goliath. 1776. Cité par J.-G.-J. Breitkopf, Beyträge zu einer Geschichte des Schreibkunst (1801), par Jansen, Essai sur l’origine de la gravure (1808), et dans le dictionnaire biographique de Nagler. - Non localisé. Portrait de Marie Antoinette à 21 ans, présenté à Charles de Lorraine, par... le Chev.er de Berny, 1776. - Passé en vente en 2005. Poisson de mer [une sole]. Dessin signé et daté 1776, passé en vente en février 2025 : voir ici. L’Hermite ne peut reculer son mariage avec Angélique Renard, dédié à Georges III roi d’Angleterre, & d’Écosse & d’Irlande surnommé le bien-aimé, le protecteur des talents et des arts. [en marge inférieure :] Ce mariage est vrai et s’est fait à Bonn sur le Rhin du temps de Clément Auguste Électeur de Cologne, qui l’a ordonné. Composition montrant une femme amenant une jeune femme devant un ermite agenouillé devant un crucifix, signée Composé, & exécuté à la plume par le Chev. De Berny Capit chev des Ordres de S. Michel de Bavière, et du Mérite. Dessinateur de Leurs Majestés L’Impératrice Reine &c. Louis XVI et Catherine II Impératrice de Russie &c. Le . Encadrements d’arabesques, cadre en papier doré. . Bruxelles KBR (Estampes) : F 37612. Prov. L. Jadot. Voir ici
Dessins non datés