vignette|droite|Ghettos de la Pologne occupée. Vilnius (Wilno) (Lituanie au nord-est Le ghetto de Vilnius Le nom Vilna avec lequel ce ghetto est fréquemment décrit vient de l’hébreu. Le nom de la ville est Vilnius en lituanien, Wilno en polonais, Vilna en hébreu et russe, Vilne en yiddish et Wilna en allemand. est un ghetto juif de la Seconde Guerre mondiale mis en place et contrôlé par le Troisième Reich dans la ville de Vilnius dans le territoire nazi du Reichskommissariat Ostland.
Ses occupants vivent deux ans de tortures, de sous-alimentation, de maladie, ainsi que de déportations dans des camps de concentration et d'extermination, ce qui aboutit à la mort de la quasi-totalité des du ghetto, exécutés pour la plupart à Poneriai après un passage dans la USHMM.org "La prison de Lukiszki constituait un centre de rassemblement pour les Juifs qui étaient ensuite emmenés à Ponary puis fusillés. À la fin de 1941, les Einsatzgruppen avaient tué environ à Ponary".
Seule une centaine de personnes réussissent à survivre à ce ghetto, la plupart du temps en se cachant dans les forêts entourant la ville, en rejoignant des partisans soviétiques ou en s'abritant chez des habitants voisins.
Contexte Avant l'invasion germano-soviétique de la Pologne en , Vilnius/Wilno (Vilna en hébreu) est la capitale de la voïvodie de Wilno dans la deuxième République de Pologne. Les langues prédominantes de la ville sont le polonais et, dans une moindre mesure, le yiddish. La population de langue lituanienne à l'époque représente une petite minorité d'environ 6 % de la population de la ville selon des sources lituaniennes contemporaines. En 1931, la ville compte , ce qui en faisait la cinquième plus grande ville de Pologne comprenant des industries variées, de nouvelles usines, ainsi qu'une université très respectée.
Vilnius est une ville à majorité polonaise et juive depuis que les frontières polono-lituaniennes furent délimitées en 1922 par la Société des Nations au lendemain de la mutinerie de Żeligowski. Après l'invasion soviétique de la Pologne en , Joseph Staline transfère Vilnius à la Lituanie en octobre, conformément au traité d'assistance mutuelle soviéto-lituanien. Deux ans plus tard, à la suite de l'opération Barbarossa, l'armée allemande entre à Vilnius le , suivie de l'Einsatzkommando du Einsatzgruppe B, un escadron de la mort. Les dirigeants lituaniens locaux préconisent le nettoyage ethnique des Juifs et des Polonais. Tout au long de l'été, les troupes allemandes et leurs collaborateurs lituaniens, les Bataillons TDA, tuent plus de vivant à Vilnius, dans le cadre d'un programme d'extermination en masse. Ces exécutions débutèrent le .
À la veille de la Shoah, la population juive de Vilnius est d'au moins , voire, selon certaines estimations, y compris des réfugiés de la Pologne occupée par l'Allemagne à l'ouest, moins un petit nombre qui a réussi à fuir vers l'Union soviétique. L'enlèvement et le meurtre de masse de Juifs commence avant la création du ghetto par les forces allemandes en marche, entraînant l'exécution d'environ avant le . Les kidnappeurs lituaniens sont connus en Yiddish comme des hapunes, ce qui signifie « pirates » ou « voleurs ».
1941 : Mise en place du ghetto
vignette|gauche|carte du ghetto de Vilnius (petit ghetto, en vert-olive, grand ghetto en gris) Le , les autorités allemandes ordonnent l'établissement d'un Judenrat (conseil juif) et la mise en place d'un lieu d'exécution qui est établi à Poneriai, à de Vilnius.
Afin de pacifier le quartier juif, plutôt pauvre, de la vieille ville de Vilnius et de forcer le reste des juifs plus aisés dans le nouveau ghetto imaginé par les Allemands, les nazis organisent, comme prétexte, - le soi-disant incident de la « Grande Provocation » le . Cet incident est dirigé par le SS Einsatzkommando 9 Oberscharführer Horst Schweinberger sous les ordres du Gebietskommissar de la municipalité de Vilnius Hans Christian Hingst et Franz Murer, l'adjoint de Hingst aux affaires juives selon les « directives provisoires » du Reichskommissar Hinrich Lohse.
Murer, Hingst et le maire de Vilnius, Karolis Dabulevičius, choisirent le site du futur ghetto et mirent en scène un sniper tirant à distance sur des soldats allemands devant un cinéma, depuis une fenêtre au coin des rues de Stiklių (Glezer, qui signifie Szklana en polonais) et Didžioji (Wielka, Grande rue en polonais, d'où le nom de l'événement). Les snipers étaient deux Lituaniens en civil entrés par effraction dans un appartement appartenant à des Juifs. Ils fuient ensuite l'appartement, puis, reviennent avec des soldats allemands pour capturer deux Juifs et les accusent de tirer sur les soldats allemands. Ils sont frappés puis abattus sur place. Les rues Stiklių et Mėsinių (Jatkowa) sont ensuite saccagées par la milice locale et davantage de Juifs sont battus. En « représailles », tous les Juifs sont chassés de ce quartier choisi comme futur territoire du ghetto au cours de la nuit. Le lendemain, les femmes et les enfants des rues restantes sont raflés pendant que les hommes sont à leur travail. Des hommes sur leurs lieux de travail sont également raflés. Les Juifs sont ensuite emmenés à la prison de Lukiškės, puis à Paneriai, également connue sous le nom de Ponary (ou Ponar), où ils sont assassinés entre le et le . 5 à sont assassinées, dont dix membres du Judenrat. L'objectif était de dégager une zone pour la création d'un ghetto pour emprisonner tous les Juifs de Vilnius et de sa banlieue.
La zone désignée pour le ghetto est l'ancien quartier juif au centre de la ville. Alors que Vilnius n'a jamais eu de ghetto en soi, à l'exception de restrictions très limitées sur le mouvement et l'installation des Juifs au Moyen Âge, la zone choisie par les nazis pour leur ghetto est principalement et historiquement habitée par des Juifs. Les nazis ont divisé le secteur en deux quartiers juifs (grand ghetto et petit ghetto), avec un couloir « non-ghetto » descendant la rue Deutschegasse (Niemiecka ou Vokiečių) qui les séparent.
Le , les autorités allemandes prirent la décision d'ouvrir deux ghettos dans la ville. Les Juifs de Vilnius y sont placés indifféremment dans un premier temps. On compte dans le ghetto 1 et dans le ghetto 2Encyclopedie.bseditions.fr. Rapidement, le ghetto 2 sert à concentrer les Juifs ne pouvant pas travailler ainsi que leur familleUshmm.org "Les Juifs considérés comme incapables de travailler étaient concentrés dans le ghetto ". Durant le transfert de la population dans les ghettos, d'entre eux furent exécutés en raison de leur incapacité de se déplacer. Les juifs convertis, les Mischling et les conjoints de juifs sont également contraints d’être relogés dans le ghetto. vignette|gauche|Policier lituanien avec des prisonniers juifs en juillet 1941 Le , un Judenrat est créé dans chacun des ghettos. Celui du ghetto 1 est mis sous la présidence d'Anatol Fried et celui du ghetto 2 sous celle d'Eisik Lejbowicz. Une police juive est également créée et mise sous la direction de Jacob Gens. Les Juifs du ghetto 1, ceux jugés aptes au travail, sont envoyés dans des usines, dans des chantiers à l'extérieur du ghetto ou dans des camps de travail autour de Vilnius comme Kaitlis ou HKP 652.
La première Aktion est nommée Gelb Schein Aktion (Aktion laissez-passer jaune) car les Allemands donnent aux travailleurs et à leurs familles et laissent entrer dans le ghetto. Entre le 25 et le , qui n'ont pas ce laissez-passer sont tuées à Ponary.
L’existence de deux ghettos permet aux nazis d’éviter aux détenus de parler de ce qui pourrait leur arriver, facilitant ainsi l'objectif d'extermination totale des nazis (Judenfrei). Le principe de séparer le ghetto en deux est également utilisé à Varsovie. Comme les autres ghettos juifs mis en place pendant la Seconde Guerre mondiale, le ghetto de Vilnius est créé à la fois pour déshumaniser le peuple et pour exploiter ses détenus par le travail forcé. Les conditions de vie du ghetto sont extrêmement difficiles soumettant les habitants à des conditions insalubres, aux maladies, aux décès quotidiens et à la surpopulation.
1942 : la période calme
Santé La communauté juive de Vilnius est réputée pour son expertise médicale que les détenus du ghetto réussissent à maintenir dans une certaine mesure pendant la Shoah. Comme pour la plupart des ghettos établis par les Allemands, un panneau est placé à l'entrée et disant: "Achtung! Seuchengefahr" ("Attention! Danger d'infection"). Les taux de mortalité ont en effet augmenté en comparaison du taux d'avant la guerre. Cependant, en grande partie grâce aux efforts du département de la santé du ghetto, le ghetto de Vilnius ne connait aucune épidémie majeure malgré la malnutrition, le froid et la surpopulation. Selon le Lazar Epstein, chef de la section sanitaire et épidémiologique du département de la santé du ghetto, les détenus du ghetto, livrés à eux-mêmes, auraient pu vivre très longtemps, certainement jusqu'à la fin de la guerre, malgré les nombreuses privations.
Vie culturelle Le Ghetto de Vilnius est appelé le « Jérusalem des ghettos » parce qu'il est connu pour son esprit intellectuel et culturel. Avant la guerre, Vilnius est connue sous le nom de Yerushalayim d'Lita (yiddish: Jérusalem de Lituanie) pour la même raison. Le centre de la vie culturelle dans le ghetto est la bibliothèque Mefitze Haskole (Maison de la Culture). Elle contient une bibliothèque de , une salle de lecture, des archives, un bureau de statistique, une salle pour les travaux scientifiques, un musée, un kiosque à livres, un bureau de poste et un terrain de sport. Des groupes, tels que l'Union littéraire et artistique et la Brit Ivrit Union, organisent des événements commémorant les auteurs yiddish et hébreux et jouent des pièces de théâtre dans ces langues. Le magazine populaire yiddish Folksgezunt continue d’être publié dans le ghetto et ses articles sont présentés dans des conférences publiques. Yitskhok Rudashevski (1927-1943), un jeune adolescent qui écrit son journal intime dans le ghetto de 1941 à 1943, mentionne un certain nombre de ces événements et sa participation à ceux-ci. Il est assassiné lors de la liquidation de 1943, probablement à Paneriai. Son journal est découvert en 1944 par son cousin.
Le ghetto de Vilnius est bien connu pour ses productions théâtrales pendant la Seconde Guerre mondiale. Jacob Gens, chef de la police juive et dirigeant du ghetto de Vilnius, est chargé de la gestion de ce théâtre. Les performances comprennent de la poésie d'auteurs juifs, des dramatisations d'histoires courtes et de nouveaux travaux des jeunes du ghetto.
Le Théâtre du Ghetto est une excellente source de revenus et a un effet calmant sur le public. Un total de 111 représentations sont données au , avec un total de vendus. Le théâtre est rénové pour accueillir un public plus large et être plus beau aux yeux du public. Le théâtre permit à la culture « non aryenne » de montrer son pouvoir à travers des pièces de théâtre et des chansons ; par exemple, une des chansons qui sont chantées s'appelait Endurance.
La dernière production théâtrale, Der Mabl (l'inondation), est produite par le dramaturge suédois Henning Berger et ouvre été 1943, dans la dernière semaine de l'existence du Ghetto. La pièce, qui se déroule dans un salon américain lors d'une inondation, met en scène un groupe de personnes qui se sont regroupées pendant une période de danger et de besoin.
La pièce Ghetto de Joshua Sobol raconte les derniers jours de la compagnie de théâtre du ghetto de Vilnius.
Liquidation vignette|Memorial aux juifs victimes de l'Allemagne nazie à Vilnius (Subačiaus g.): "De génération en génération, on se souviendra toujours de votre héroisme."