Le bonifacien (endonyme : bunifazzinu) est un dialecte ligurien spécifique à la commune de Bonifacio Moyen de communication linguistique défini par un cadre géographique étroit et dont le statut social n'est pas précisé.Sylvain Auroux, La catégorie du parler et la linguistique, Romantisme Année 1979 25-26 sur le portail Persée.. Il s'agit comme le monégasque d'un parler gallo-italique différent du corse.

Origine

Historiquement, Bonifacio est une ville géographiquement isolée. peuplée par des familles génoises qui ne s'allient pas aux familles corses.. En 1196, un préside génois est fondé à Bonifacio ; dès lors des colons provenant de la république de Gênes vont se succéder. Pendant sept siècles, jusqu'en 1769, la ville va se développer comme zone franche enclavée dans l'Île de Corse.

Époque contemporaine Depuis 1993 l'association Dì Ghi di Scé s'efforce de maintenir le parler bonifacien qui ne compte en 2020 plus que environ..

Tim Dup chante le refrain de Pertusato en bonifacienChanson Pertusato de Tim Dup sur YouTube.Clip Pertusato. Tim Dup sublime la Corse du Sud.. Il raconte : « [Pertusato] C’est du bonifacien, un dialecte corse de Bonifacio, que mon grand-père parlait. Les copains de mon cousin ont traduit ce texte que j’avais écrit en français « Je me rappelle des souvenirs en famille, je les garde et je les protège pour ne jamais les oublier ». Pertusato, c’est le phare le plus au sud de la Corse. C’est une chanson qui parle de ma grand-mère. Et pour moi ce phare symbolise beaucoup de souvenirs d’enfance, de cousinades, de bains de minuit, de virées en bateau… »..

Phonologie L'accent tonique est généralement paroxyton : il tombe sur l'avant-dernière syllabe. L'insularité du bonifacien l'a éloigné des autres dialectes liguriens. Les ĕ et ŏ latins ne sont pas devenu [e] et [ø] en position atone comme dans le reste de la Ligurie mais [i] et [jɔ]. En réalité ce « i » est la fixation normative d'un son incertain que les locuteurs réalisent assez librement à l'oral ([ə], [u], [i]) sur les voyelles post-toniques des mots paroxytons par souci, semble-t-il, de synharmonismeSTOMACHU pourra ainsi être dit : [ˈstjomigu], [ˈstjoməgu], [ˈstjomugu]. . L'étude de la scripta médiévale génoise indique qu'il existait un son de substitution pour ŏ bien distinct de [ɔ] et qu'il pourrait s'agir de [œ] qui se serait ensuite diphtongué au fil des années en [wœ]. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, ce diphtongue se serait mué en [ɥœ] dans les milieux populaires. Fiorenzo Toso émet l'hypothèse d'un processus de simplification [jœ] > [jɔ] dans le sud de la Corse. Si le rhotacisme (passage de [l] à [ɾ]) s'opère de façon régulière dans le corps des mots en ligurien, il ne se pratique pas à l'initiale (sauf pour les articles) dans les dialectes continentaux ; le dialecte insulaire, lui, le fait dans toutes les positions. Cette tendance historique aurait pu influencer le sassarais en Sardaigne et le parler corse d'Ajaccio. Le bonifacien se distingue par : son maintien de [d͡z] et [t͡s] qui ne sont plus réalisés sur le continent, une tendance plus prononcée qu'en Ligurie à l'enclise et à la nasalisation des voyelles toniques en position finale (surtout « i » [i]) en particulier dans les mots monosyllabiques et les pronoms. Cette réduction de son vocalisme atone proviendrait, selon Jean-Philippe Dalbera, d'un mouvement de convergence avec le voisin corse ; Toso et Marie-José Dalbera-Stefanaggi y voient à l'inverse une influence génoise dans la recherche d'harmonie vocalique des parlers du sud de la Corse.

Consonnes BilabialeLabio-dentaleAlvéolairePost-alvéolairePalataleVélaireLabio-vélaireNasalemnOcclusivep  bt  dk  ɡAffriquéet͡s  d͡zt͡ʃ  d͡ʒFricativef  vs  z  RouléerBattueɾSpiranteljw

Voyelles AntérieureCentralePostérieureFerméeMoyenneəMi-ouverteOuverte

Graphie contemporaine Parmi les nombreux systèmes permettant d'écrire le ligure, il en existe un spécifique pour le dialecte bonifacien qui s'inspire des codes orthographiques du corse, de l'italien et du français. L'alphabet comporte six voyelles (a, e, i, o, u, ü) et seize consonnes (b, c, d, f, g, h, l, m, n, p, q, r, s, t, v, z). Il n'existe qu'un seul diphtongue « ün » dont le son se rapproche du « un » français avec toutefois une prédominance du [y]. GraphèmesSonsA[a]B[b]C[k] devant « a », « o » et « ü »[t͡s] devant « e » et « è »[t͡ʃ] devant « i »CC[t͡ʃ] devant « e » et « i »CH[k] devant « e » et « i »D[d]E[ɛ]É[e]F[f]G[g] devant « a », « o » et « ü »[ʒ] devant « e » et « i »[d͡ʒ] en position initiale et devant « e » et « i »GG[d͡ʒ] devant « e » et « i »GH[g] devant « e » et « i »Hmuet ; n'existe que dans les combinaisons « ch » et « gh »I[i]L[l]M[m]N[n]O[ɔ]P[p]Q[k]R[r]S[s]SC[ʃ] devant « e » et « i »T[t]U[u]Ü[y]V[v]Y[j]Z[d͡z][t͡s] si « z » est précédé d'une consonneZZ[t͡s]

Première tentative de graphie Au , le bonifacien possède encore le son (et peut-être même Nulla ci dice la grafia in merito al reale valore dei vari gruppi an, in, oun, ossia se la -n- sia chiamata semplicemente a rappresentare la nasalizzazione della vocale precedente, come in bonifacino attuale, o se abbia ancora valore di [n], [ŋ], accompagnato magari da un principio di nasalizza- zione della vocale. (Traduction en français) L'orthographe ne nous dit rien sur la valeur réelle des différents groupes « an »,  « in », « oun », le -n- est-il simplement noté pour représenter la nasalisation de la voyelle précédente, comme dans le bonifacien actuel, ou a-t-il encore la valeur de [n], [ŋ], peut-être accompagnée d'un principe de nasalisation de la voyelle.). Entre 1835 et 1850, un système orthographique basé sur l'italien, le français et le génois fut développé afin d'écrire un dialecte jusqu'alors oral et dépourvu de tradition écrite. Il s'inspirait du consonantisme italien pour noter les sons , , et (c/ci, c/ch, g/gi et g/gh), du vocalisme français pour , , et (o, œ, ou et u) et d'éléments traditionnels génois comme pour (le graphème français ne fut pas retenuL’alternativa del simbolo « francese » j doveva risultare poco opportuna a una per- sona che, almeno a livello empirico, aveva senz’altro presente la diversa origine storica del fonema in francese e in bonifacino (Traduction en français) L'alternative du symbole « français » j devait sembler inappropriée pour une personne qui, au moins au niveau empirique, était certainement consciente de l'origine historique différente du phonème en français et en bonifacien.) et pour La grafia « omo » che sta evidentemente per [ˈɔmu] tradisce a sua volta un interesse per le soluzioni grafiche tradizionali del genovese, in cui la resa di [u] mediante o è un tratto storico generalizzato (accanto alla resa di [y] con u): ma esse dovettero rivelarsi impraticabili, soprattutto ai fini di una relativa aderenza alla realtà fonetica del dialetto, e non furono pertanto adottate. (Traduction en français) La graphie « omo » qui signifie évidemment [ˈɔmu] trahit à son tour un intérêt pour les solutions graphiques traditionnelles du génois, dans lesquelles le rendu de [u] par o est un trait historique (à côté du rendu de [y] par u) : mais ils ont dû se révéler irréalisables, surtout aux fins d'une relative adhésion à la réalité phonétique du dialecte, et n'ont donc pas été adoptés.. Le son [ʃ] était quant à lui retranscrit par « sc » ; [ts] et [dz] n'étaient pas distingués à l'écrit tout comme [s] et [z]. L'utilisation fréquente mais non systématique de consonnes géminées dans des positions prétoniques et postoniques semblait se faire par mimétisme de l'orthographe italienne plus que par adhésion à l'orthographe génoise où la consonne double indique la brièveté de la voyelle (contrairement aux autres parlers liguriens, le bonifacien n'a pas de voyelles longues). Cette orthographe utilisait un symbole propre « ĭ » (la lettre i surmontée d'une brève) pour lequel Fiorenzo Toso suppose qu'il devait servir à représenter la prononciation à peine perceptible d'une semi-voyelle. Cette graphie fut peu employée et peu diffusée (le texte ci-dessous est l'un des rares qui l'utilise) ; elle sombra dans l'oubli avant sa redécouverte en 1918.