La colère est un état affectif violent et passager, résultant du sentiment d'une agression, d'un désagrément, une frustration, traduisant un vif mécontentement entraînant des manifestations physiques ou psychologiques par une personne. Ces manifestations peuvent être contrôlées.

Selon certains philosophes grecs, notamment Aristote, la colère peut faire souffrir celui qui l'exprime et peut être ainsi considérée comme une passion.

Étymologie et définitions Selon le Littré, le mot français « colère » est issu du latin « cholera » signifiant « bile » ou « colère », lui même issu du grec , « choléra ». « Colère » est entré assez tard dans le vocabulaire de la langue française. Autrefois, le mot habituel pour désigner la colère était « ire ». Le mot « chole » est apparu ensuite (du grec , « bile ») et a été longtemps utilisé dans le sens d'emportement..

Selon le dictionnaire Larousse, le terme « colère » est défini comme un .. Selon le CNRTL, le mot colère est défini plus simplement comme une .. Le dictionnaire Littré présente la colère comme .. Le Nouveau dictionnaire de la langue française, conçu et élaboré par le grammairien français Jean-Charles Laveaux et publié en 1828, présente la colère comme une « émotion de l'âme » et définit le terme comme un causé par une injure entraînant un désir de se vengerGoogle livre "Nouveau dictionnaire de la langue française de Jean-Charles Laveaux", volume premier, consulté le décembre 2018.

Aspects médicaux vignette|redresse|État colérique.

Biologie La colère, à l'instar de toutes les émotions, n’est pas uniquement localisée dans le cerveau humain. Selon une étude publiée par le site EurekAlert!, publié par l'Association américaine pour l'avancement des sciences (AAAS), Google livre "Découvrir le Reiki par le Dr Sandrine Beudon, consulté le 2 décembre 2018.

La colère provoque plusieurs modifications physiologiques et mentales préparant le corps au mouvement et à la réaction. Elle se traduit par une augmentation de l'activité cardio-respiratoire, une accélération du rythme cardiaque et un afflux de sang, notamment dans la partie supérieure du corps, ce qui peut colorer la peau. La respiration devient ample et rapide, ce qui cause notamment la hausse involontaire du volume sonore lors de l'expression de la parole. La colère provoque aussi une contraction involontaire du corps dans son ensemble et en particulier des mains, qui tendent alors à se fermer en poing, ainsi que du visage dont les sourcils se froncent, et les mâchoires se serrent, donnant une expression dure au visage. Les narines se dilatent pour s'adapter à un flux d'air plus important. Le sujet ressent un échauffement de la peau et le besoin d'agir. La colère, cependant, est le plus souvent de courte durée : ses signes s'effacent lorsque l'attention se centre sur un objet neutre et ses effets s'estompent.

Psychologie Description Selon l'enquête de la journaliste Christine Baudry, les études de psychologie ont démontré, et expérimentent chaque jour, les effets nocifs de la censure de la colère dite « colère rentrée », qui enferme l'individu dans des zones de non-dits et parasite la relation à soi-même et aux autres.. Il existe pourtant des expressions positives de la colère, qu'il est possible d'apprendre, de même qu'il est possible et souvent souhaitable d'accueillir la colère des autres"Le pouvoir créateur de la colère" d'Harriet Goldhor Lerner. Éditions du Jour. Pour mémoire, .

Si la colère est une forme d'expression licite d'indignation contre l'injustice, elle est parfois incontrôlable. Face à un mal subi, la personne en colère ne se contente pas alors de répondre par un mal équivalent, rétablissant une sorte d'ordre de droit égalitaire, mais rend facilement au centuple le mal qu'elle a subi. Pour Albert Camus, . La colère, lorsqu'elle est aveugle et dévastatrice, devient de la fureur et engendre de la peur.

Différents types de colère Selon Gonzague Masquelier, psychothérapeute didacticien et directeur de l’école parisienne de Gestalt, l'état de colère chez l'être humain peut se développer selon quatre modes différents. : La « colère étouffée » ; non déclarée, elle se manifeste chez une personne se définissant comme incapable de se mettre en colère. La « colère rentrée » ou rétro-réfléchie ; non exprimée, la personne enferme sa colère en elle. La « colère réfléchie » ; liée à une réflexion personnelle, elle est déviée par la personne sur un autre objet que celui qui est lié à sa colère. La « colère hypertrophiée (fureur) » ; exprimée dans l'excès et disproportionnée par rapport à sa raison, elle peut entraîner la personne à commettre des actes violents.

Colère et rage Au niveau de la médecine psychiatrique, la rage est l'état mental le plus extrême du spectre de la colère. Lorsqu'un patient est sujet à la rage, cela se termine lorsque la menace n'est plus oppressante ou que le patient atteint de rage est immobilisé. Des problèmes psychopathologiques tels que la dépression augmentent les chances et l'exposition à la ragePainuly et al., 2005..

Aspects religieux Tradition chrétienne Dans la Tradition catholique, la colère fait partie des sept péchés capitaux, avec l'acédie (ou la paresse spirituelle), la gourmandise, l'orgueil, la luxure, l'avarice et l'envie.

Évagre le Pontique vignette|redresse|Évagre le Pontique (à gauche). Évagre le Pontique est le premier à définir la colère comme un péché capital, c'est-à-dire source d'autres péchés. On lit par exemple, dans une formulation empruntée largement au stoïcisme (voir le commentaire de l'éditeur) : Évagre le Pontique, Traité pratique, ch. 11 (Guillaumont, Sources chrétiennes, 171, . Ce tort causé engendre d'abord une autre passion, la tristesse, d'où procède donc la colère. On lit ainsi : Traité pratique, ch. 23 (Guillaumont, Sources chrétiennes, 171, .

Mais de manière générale, comme on le voit aussi dans la tradition latine à la suite de Cassien, la tristesse est placée après la colère : Evagre, Huit esprits, ch. 11-12 (PG 79, col. 1156-1157).

La clef du succès contre cette passion est de mépriser aussi bien la gloire que l'infamie : Il faut prendre soin des passions, et ainsi nous surmonterons facilement les pensées. Par exemple, contre la fornication (utiliser) épuisement du corps, jeûne, veille, retraite ; contre la colère et la tristesse, mépriser la matière, la gloire et l'infamieChapitres des disciples d'Evagre, 62 (Géhin, Sources chrétiennes 514, ).. Une seule colère est légitime : Chapitres des disciples d'Evagre, 137 (Géhin, Sources chrétiennes 514, ).

Thomas d'Aquin Thomas d'Aquin est un philosophe scolastique, fondateur du thomisme. Dans le traité la Somme théologique, il a consacré trois questions à la colère : Partie 2a, Questions 46, 47 et 48.

Pour Thomas d'Aquin, . Il donne trois critères : un objet juste, une intention droite et une réaction mesurée.

Dans le catholicisme contemporain Pour Pascal Ide, la colère est la réaction face à ce qui est perçu comme un préjudice. Elle n'est pas à priori un péché mais peut le devenir si elle dépasse trois critères. Le premier est que son objet doit être conforme à la justice, le deuxième est l'intention qui doit être droite, le troisième est la réaction qui doit être mesurée, car si elle est violente elle devient déshumanisante..

La colère fait partie des péchés capitaux listés par le catéchisme de l'Église catholique au paragraphe 1866...

Alain Richard distingue la , un sentiment, et la , dirigée vers l'action qui comporte par la violence un non-respect de la dignité d'autrui.

Dans le récit biblique La colère de Dieu est présente cinq fois plus souvent que celle des hommes dans le récit biblique. Elle peut être vue comme un symbole de force et de détermination divine. Elle est également un révélateur du péché du peuple. Elle est pédagogique, c'est-à-dire que le pardon la suit..

La colère est présente dès le livre de la Genèse, par laquelle Caïn tue Abel. Le livre des Proverbes, l'Épître aux Colossiens ou le récit des Béatitudes condamnent la colère. Pourtant des colères justes sont décrites : Moïse face au Veau d'or, Jésus face aux marchands du Temple ou lors de la guérison de l'homme à la main paralysée..

Tradition bouddhiste Pour les bouddhistes, la « colère-aversion » fait partie des trois poisons de l'esprit, avec le désir-attachement, ou Trishna, et l'ignorance, ou AvidyāBertrand Dumas, Philippe Cornu, https://books.google.fr/books?id=4MhgDwAAQBAJ&pg=PT90 La mort, un passage ?: Regards croisés bouddhistes et chrétiens], Editions du Cerf, 2018, , p. 90. Le 14e dalaï-lama précise que la colère étant passagère, comme les autres défauts de l'esprit, elle n'est pas inhérenteTenzin Gyatso, L'Enseignement du Dalaï-Lama, p. 31. La colère est classée dans la catégorie des poisons mentaux ou émotions perturbatrices qui ne sont pas liés à des vues déformées ou croyances. Pour l'affaiblir, la méditation sur l'amour-tendresse en constitue un antidote contrecarrant. La colère a pour origine l'ignorance et l'intelligence confuse se fixant sur l’existence indépendante des phénomènes. Ainsi, pour éliminer la colère, la sagesse de la réalisation de l'absence d’ego en est l'antidote dalaï-lama (Avant-propos Sogyal Rinpoché), La Grande Paix de l'esprit, Éditions de La Table Ronde, 2008, , p. 96-97.

vignette|left|Mahakala à Dag Shang Kagyu. Dans la tradition karma-kagyu, un rituel lié à Mahakala, « Éliminer la Colère par le Feu » () a été écrit par le karmapa à la demande du Gyaltsap Rinpoché..

Dans la pratique de la patience, confronté à la colère et l'agressivité dans la vie quotidienne, il est conseillé aux bouddhistes de s'efforcer ne pas répondre par la colère, en surmontant ses émotionsKalou Rinpoché, La Voie du Bouddha, éditions du Seuil, 1993, p. 341, qui engendrent un karma négatif.

La voie du mahamoudra et du dzogchen expose la possibilité de transmuter les émotions comme la colère, sans l'exprimer ni la réprimer, en expérimentant son essence, la clarté dynamique de l'esprit, qui permet de réaliser la Kalou Rinpoché, , p. 327.

Jean-Pierre Dufreigne Bref traité de la colère : c'est l’ire de Dieu, un flot d'ouragan, un souffle torride qui balaye tout sur son passage.

. Dans le milieu familial, à l'école, la situation n'est guère différente.

Aspect philosophique Mythologie Dans la mythologie grecque, Lyssa qui personnifie la colère est engendrée par Ouranos et Gaïa, respectivement l'Air et la Terre-Mère, qui donnent en même temps naissance à la Terreur, l'Habileté et la Dissension. Elle était souvent apparentée aux Maniae, les déesses de la folie. Son équivalent romain était nommé Ira. L'auteur latin Hygin la présente comme une fille de Gaïa et d'Éther Mary Grant, Mary (trans.) (1960). The Myths of Hyginus. pp. 815..

Toujours dans la mythologie grecque, Némésis (en grec ancien ) personnifie la juste colère des dieux et elle est liée au châtiment céleste. Le substantif « némésis » est employé par antonomase pour désigner la colère ou la vengeance divine..

Aristote

Aristote (384 av. J.-C. – 322 av. J.-C.), qui a fondé l'école du Lycée et l'école des péripatéticiens, a consacré dans la Rhétorique un chapitre sur la colère : De ceux qui excitent la colère ; des gens en colère ; des motifs de colère.

Selon Aristote, toutes nos actions se rattachent nécessairement à sept causes diverses : le hasard, la contrainte, la nature, l'habitude, le calcul, la colère et le désir passionné. La colère, au même titre que le désir, est une passion (comme le sont aussi la pitié, la terreur, la haine, l'envie, l'émulation et la dispute). Le philosophe s'intéresse bien plus à l'état psychologique lié à la colère et c'est en dialecticien qu'il la définit ainsi Site persée ouvrage "la colère chez Aristote" par Janine Fillion-Lahille, consulté le 02 décembre 2018.

Sénèque