Clément Magloire-Saint-Aude, né le à Port-au-Prince où il est mort le , est un poète d'inspiration symboliste et surréaliste haïtien, « d'ascendance mi-noire mi-caraïbeAdam Biro et René Passeron, Dictionnaire général du surréalisme et de ses environs, Office du livre & Presses universitaires de France, 1982, notice de Gérard Legrand, p. 253.. » Il est père d’une petite fille né le sous le nom d’Hélène Magloire.
Biographie Avec la création de la revue Les Griots, en 1937, Clément Magloire-Saint-Aude joue un rôle certain dans le développement de la culture haïtienne, aux côtés du poète Carl Brouard et du jeune François Duvalier. De son vrai nom Clément Magloire, il adopte le pseudonyme de Magloire-Saint-Aude (contraction du nom de son père, Clément Magloire, directeur du journal Le Matin, et de sa mère) fin 1941François Leperlier, « La solution poétique », préface à Dialogue de mes lampes et autres textes. Œuvres complètes, Jean-Michel Place, 1998, p. 11.. Très marqué par la poésie de Stéphane Mallarmé, il découvre ensuite le surréalisme« C'est Mallarmé qui m'a conduit au surréalisme », confiera-t-il à Serge St-Jean, Le Nouvelliste, juin 1972., et surtout les œuvres d'André Breton en 1941, quand paraissent ses premiers poèmes. En , il rencontre Aimé Césaire, venu de la Martinique pour une conférence à Port-au-Prince. Il rencontre ensuite André Breton, lors de son séjour à Haïti en 1945, en compagnie de Pierre Mabille (conseiller culturel à l'Ambassade de France) et Wilfredo Lam. Breton est fortement ébloui par sa poésie, et en 1947 présente un choix de ses poèmes dans Le Figaro littéraire, court texte de présentation qui sera ensuite repris dans La Clé des champs. Breton y évoque « la pierre philosophale ou presque, la note inouïe qui dompte le tumulte, la dent unique où la roue d'angoisse engrène sur l'extase » ; et conclut : « Le superbe dédain du poète, au berceau de qui la fée caraïbe a rencontré “la fée africaine” surprise par Rimbaud, et dont je n'oublierai jamais les accents d'un soir - porteurs de l'île prodigieuse - l'abrite heureusement de nos rumeurs, impassible et hors d'atteinte à côté d'une bouteille de rhumAndré Breton, « Magloire-Saint-Aude », La Clé des champs, Œuvres complètes, vol. III, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1999, p. 764.. »
Marginal et solitaire, Magloire-Saint-Aude s'est toujours tenu à l'écart de tout engagement politique ou militantisme, s'agissant par exemple de la cause des noirs. C'est ainsi que Léopold Sédar Senghor l'a intentionnellement ignoré, estimant que ce poète noir n'avait pas suffisamment affirmé sa négritude ; pas d'expression politique d'une solidarité de couleur ou de condition chez ce « témoin d'un monde mal fait, pour reprendre les termes de Philippe Thoby-Marcelin, [qui] promène un dos gauche et fatigué, mais avec la fierté farouche d'un peau-rouge inadaptéPhilippe Thoby-Marcelin, Le Nouvelliste, 29-30 mai 1971. ». Il était plutôt un « révolté anti-révolutionnaire », un révolté du désengagement, souvent ivre et seul, d'aucun parti, d'aucun mouvement, « un être marginal, politiquement irrécupérableGeorges Castera, « Clément Magloire-Saint-Aude, homme déchiré au-delà des phrases », Chemins critiques, n° 2, août 1989. », selon cet autre poète haïtien, Georges Castera. Dans une lettre à Jacques Veuillet, qui est le premier à éditer en France les trois recueils poétiques de Magloire-Saint-Aude, le poète donne lui-même ces « éléments biographiques » en esquisse de curriculum vitae : « Pas de titre universitaire. Pas de voyages. Anticonformiste. A tourné le dos à la “société”, et vit, retiré, dans la banlieue sud de Port-au-PrinceLettre à Jacques Veuillet, 21 octobre 1970, in Dialogue de mes lampes et autres textes. Œuvres complètes, op. cit., p. 242.. »
Œuvre Son œuvre publiée représente un volume plutôt mince, délibérément laconique, représentée avant tout par ses trois brefs, mais fulgurants, recueils poétiques, Dialogue de mes lampes (1941), Tabou (1941) et Déchu (1956), d'une écriture singulière, décantée, « à la croisée de la suggestion symboliste et de l'automatisme surréalisteFrançois Leperlier, « La solution poétique », p. 15. », selon François Leperlier.
Parallèlement à son œuvre poétique, il se consacre au journalisme, écrivant quasiment jusqu'à sa mort un grand nombre d'articles et chroniques dans plusieurs journaux et quotidiens. Il publie également quelques textes en prose, versions retravaillées de ses chroniques et articles dans les journaux, œuvres courtes, incisives, qu'il nomme, avec désinvolture, ses travaux « d'écrivain professionnel ». Ces récits procèdent davantage du conte que de la chronique, mais s'inspirent de la vie quotidienne de Port-au-Prince, et en particulier de la vie errante et des bistrots.
Son dernier recueil de poèmes, Déchu (1956) met délibérément fin à son aventure poétique et à son « silence parlé » (Thoby-Marcelin). Véritable « chant du cygne » qui s'ouvre ainsi : « Pour mes lampes trépassées... / Bonne route, pèlerin », et se conclut par ce dernier poème : « Dernier lied, / Pâles amours solennelles... / Derniers feux. / Derniers jeux. / Pour mon Guignol / À mon trépas écarquillé / Sur les quais du silenceDéchu, in Dialogue de mes lampes et autres textes. Œuvres complètes, Jean-Michel Place éditeur, 1998, pp. 59 et 65.. » Tous les textes ultérieurs sont des inédits ou publications posthumes.
Œuvres Poésie Dialogue de mes lampes, Port-au-Prince, Presses de l'État, 1941, 11 p. ; réédition avec une préface de Philippe Thoby-Marcelin, Port-au-Prince, Œdipe, 1957. Tabou, Port-au-Prince, Imprimerie du Collège Vertières, 1941, 15 p. Déchu, Port-au-Prince, Imprimerie Œdipe, 1956, 16 p. Dialogue de mes lampes, suivi de Tabou et de Déchu, illustrations de Wilfredo Lam, Hervé Télémaque, Jorge Camacho, Paris, Jacques Veuillet, 1970 Dimanche, Paris, Éditions Maintenant, 1973 Dialogue de mes lampes et autres textes. Œuvres complètes, édition établie et présentée par François Leperlier, Paris, Jean-Michel Place éditeur, 1998
Récits Parias. Documentaire, Port-au-Prince, Imprimerie de l'État, 1949, 100 p. Ombres et Reflets, Port-au-Prince, Imprimerie Pierre-Noël, 1952, 31 p. Veillée, Port-au-Prince, Imprimerie Renelle, 1956 ; réédition Montréal, Mémoire d'encrier, coll. « Feuilles volantes », 2003
Notes et références
Annexes Bibliographie André Breton, « Magloire-Saint-Aude », Le Figaro littéraire, ; repris in Haïti-journal, et in La Clé des champs, Paris, Éditions du Sagittaire, 1953. Gérard Legrand, « Magloire-Saint-Aude », in Adam Biro et René Passeron (dir.), Dictionnaire général du surréalisme et de ses environs, Frbibourg / Paris, Office du livre & Presses universitaires de France, 1982, p. 253. Christophe Philippe Charles, Magloire Saint-Aude : Griot et surréaliste. Essai critique, Port-au-Prince, Éditions Choucoune, 1982 Jean-Claude Michel, Les écrivains noirs et le surréalisme, Sherbrooke (Canada), Naaman, 1982
Corinne Blanchaud, « Clément Magloire-Saint-Aude », dans Christiane Chaulet Achour, avec la collaboration de Corinne Blanchaud [sous la dir. de], Dictionnaire des écrivains francophones classiques : Afrique subsaharienne, Caraïbe, Maghreb, Machrek, Océan Indien, Paris, Éditions Honoré Champion, 2010,
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