Jeanne Barret (également écrit Baré, Baret ou BarerSon orthographe varie suivant les textes.), née le à La Comelle et morte le à Saint-Aulaye (Saint-Antoine-de-BreuilhSaint-Antoine-de-Breuilh (Dordogne, France), Naissances Mariages Décès, 1807, 5 E 365/5, page 16/38) est une exploratrice et botaniste française.
Membre de l'expédition de Bougainville sur la Boudeuse et l'Étoile de 1766 à 1769, elle est notamment connue pour être la première femme à avoir fait le tour du mondeAprès un séjour sur l'île Maurice, Jeanne Barret a rejoint la France en 1775, après son départ.. Déguisée en homme, sous le nom de Jean Barret, elle s’est enrôlée comme valet et assistant du naturaliste de l’expédition, Philibert Commerson, peu de temps avant que les navires de l’expédition ne lèvent l’ancre. Aux dires de Bougainville, elle était experte en botanique...
Biographie Enfance et adolescence Jeanne naît à Lome (aujourd'hui le Grand Laume) de La Comelle, lieu dit bourguignon frontalier au Nivernais avec Poil, et situé dans la petite région montagneuse du Sud Morvan.. Elle est fille de Jean Barret et de Jeanne Pochard, agriculteurs non propriétaires soumis au métayage ; son acte de baptême identifie son père comme manouvrier. Il semble avoir été analphabète car il n’a pas signé le registre paroissialDunmore, .Ridley, .. On ne connaît rien de définitif de son enfance et de sa jeunesse. Elle commence à travailler jeune, à Toulon-sur-Arroux, assumant les rôles d’aide de maison ou de gouvernante. Elle a ensuite déclaré à Bougainville qu’orpheline, elle avait perdu sa fortune dans un procès avant de se déguiser en homme. Bien qu’elle ait pu être orpheline, compte tenu de la faible espérance de vie de l’époqueDunmore, ., les historiens conviennent que d’autres détails de l’histoire qu’elle a donnée à Bougainville étaient une fabrication pour protéger Philibert Commerson d’une complicité dans son déguisementDunmore, .Ridley, .. La Bourgogne étant, à cette époque, l’une des provinces de France les plus arriérées en ce qui concerne les classes paysannes, il est probable que la famille de Barret était assez pauvreRidley, ..
On ignore comment elle a obtenu les rudiments d’une éducation, car sa signature sur des documents juridiques ultérieurs témoigne qu’elle n’est pas analphabète. L’une de ses biographes, Glynis Ridley, suggère que sa mère peut avoir été d’origine huguenote, dont la tradition d’alphabétisation est supérieure à celle typique des classes paysannes de l’époqueRidley, .. Un autre biographe, John Dunmore, suggère que le curé l’a éduquée ou qu’un hobereau local a pris soin d’elle. Aucun document historique pour ces deux hypothèses n'a été publié ; tous les actes BMS (Baptême Mariage Sépulture : actes d'état civil de l'Ancien Régime) familiaux sont dans les registres paroissiaux catholiques et il n'existe aucun écrit à part les signatures.
Rencontre avec Philibert Commerson et « vie commune » En 1764, Jeanne Barret rencontre le botaniste et médecin Philibert Commerson, installé à Toulon-sur-Arroux, à environ au sud de La Comelle, depuis son mariage, en 1760, avec la sœur du prêtre de la paroisse. Celle-ci est morte peu de temps après avoir donné naissance, en , à son fils, Anne-François Archambaud, dont il a la charge, Jeanne Barret entre à son service, pour s'occuper de la gestion du ménageDunmore, .Ridley, .. Elle aide Commerson à consigner, ranger et répertorier des documents liés à la botanique, au classement des végétaux et à la réorganisation des jardins de Bourg-en-Bresse, Dijon ou encore Lyon.
Jeanne Barret s’impose peu à peu comme un bras droit ordonné et méthodique aux recherches de Philibert Commerson, et sa curiosité lui confère un sens de l’initiative et de l’action qui vont lui servir toute sa vie. Leurs liens se resserrent, mais rien n’est officialisé. Jeanne, toujours « femme de chambre », tombe enceinte, vraisemblablement de Philibert, et à la fin de 1764 ils s’installent à Paris, dans deux logements différents. La loi exigeant alors des femmes enceintes hors mariage un « certificat de grossesse » dans lequel elles nommaient le père de leur enfant à naître, ce certificat, datant d’, et dont ont été témoins deux hommes habitant à une distance importante, a été déposé dans une ville à . Barret refuse d’y nommer le père de son enfant, mais les historiens ne doutent pas qu’il s’agissait de Commerson et que c’était également lui qui avait pris des dispositions avec l’avocat et les témoins en son nomDunmore, .Ridley, ..
Peu de temps après, Barret et Commerson emménagent ensemble à Paris, où elle continue à jouer son rôle de femme de chambre, ayant apparemment changé son nom en « Jeanne de Bonnefoy »Dunmore, .Ridley, .. On suppose qu'elle accouche en et que son fils, qui porte le nom de Jean-Pierre Barret, est directement confié à l’Assistance publique, qui le place rapidement chez une mère adoptive. Ce n'est pas le cas, cet enfant est un fils de Jean Claude Baret et Maydeleine H...que. Il meurt quelques mois plus tard, pendant l’été 1765Dunmore, .Ridley, .. Dans son contrat de mariage en 1774 à Port Louis, Jeanne déclare son fils « Aimé Prosper Eugène Bonnefoy né à l’Hôtel-Dieu de Paris le quinze may mil sept cent soixante six ». Commerson a quant à lui laissé son fils légitime aux soins de son beau-frère à Toulon-sur-Arroux. Il ne le reverra jamais.
En 1765, Commerson est invité à rejoindre l’expédition de Bougainville. Hésitant à accepter à cause de sa mauvaise santé, il exige l’assistance de Barret comme infirmière ainsi que pour tenir son ménage et gérer ses collections et ses papiersDunmore, .Ridley, .. Sa nomination lui permet d'être accompagné d'un serviteur, payé comme dépense royale, mais les femmes sont à l’époque interdites sur les navires de la marine françaiseRidley, .. C’est de ce moment que date l’idée de déguiser Barret en homme pour accompagner Commerson. Pour échapper à tout contrôle, elle doit se joindre à l’expédition immédiatement avant le départ du navire, en prétendant ne pas le connaître.
Avant de partir de Paris, Commerson note dans son testament qu’il laisse à « Jeanne Baret, connue sous le nom de Bonnefoi, ma gouvernante », une somme forfaitaire de avec des arriérés de salaire et l’ameublement de son appartement parisienDunmore, .Ridley, .. Cela constitue une preuve documentaire claire de la relation entre Commerson et Barret. Il est donc hautement improbable que celui-ci n’ait pas été de mèche avec elle, malgré l’histoire, soigneusement conçue pour protéger Commerson de toute complicité, qu’elle raconte à Bougainville pour expliquer sa présence à bord de l’Étoile.
Tour du monde vignette|La Boudeuse. En 1766, Philibert Commerson dépose sa candidature pour participer au premier tour du monde organisé par la Marine royale, sous le commandement de Louis-Antoine de Bougainville. Recommandé par l’astronome Lalande., sa requête est validée à la fin de et, le , au port de Rochefort, Commerson et Barret embarquent à bord de l’Étoile, l’un des deux navires de l’expédition. Il s’agit du bateau ravitailleur, plus petit et moins rapide que la Boudeuse, le fleuron de la traversée. En raison de la grande quantité de matériel emportée par Commerson, le capitaine du navire, François Chesnard de la Giraudais, abandonne sa propre cabine, à lui et à son « assistant »Ridley, ., ce qui donne à Barret beaucoup plus d’intimité qu’elle n’en aurait eu autrement à bord du navire bondé. En particulier, la cabine du capitaine lui donnait accès aux toilettes privées afin qu’elle n’ait pas à utiliser celles des autres membres de l’équipage. Jeanne est connue pour être la première femme à avoir fait le tour du monde..
À cette époque, il était formellement interdit à une femme de faire partie de l’équipage d’un navire : Pour embarquer à bord de l’Étoile, Jeanne Barret va donc se travestir. Elle se coupe les cheveux, porte des vêtements amples, se bande la poitrine et prend le nom de « Jean Baré ». Commerson la présente comme son valet. vignette| Voyage de la Boudeuse et de l’Étoile.|222x222px
En plus du compte rendu de Bougainville, l’histoire de Barret figure dans trois autres mémoires des survivants de l’expédition : un journal conservé conjointement par Commerson et Nicolas-Pierre Duclos-Guyot ; un journal du prince de Nassau-Siegen, un passager payant sur la Boudeuse ; un mémoire de François Vivès, chirurgien de l’ÉtoileRidley, .. Vivès est celui qui a le plus à dire à propos de Barret, mais ses mémoires sont problématiques parce que lui et Commerson furent en mauvais termes tout au long du voyage, et son compte rendu – largement écrit ou révisé après les faits – est plein d’insinuations et de commentaires méchants dirigés contre Commerson et BarretDunmore, .Ridley, ..
Commerson a souffert gravement du mal de mer et d’un ulcère à la jambe au début du voyage, Barret a probablement passé la majeure partie de son temps à s’occuper de lui. Hormis la cérémonie du passage de l’équateur, que Commerson a décrite avec beaucoup de détails dans ses mémoires, les botanistes eurent peu à faire jusqu’à ce que l’Étoile atteigne MontevideoDunmore, .. Une fois arrivés, ils partirent en expédition vers les plaines et les montagnes environnantes. La jambe de Commerson le troublait toujours, et Barret semble avoir fait une bonne partie du travail réel, transportant des fournitures et des spécimensDunmore, .. À Rio de Janeiro – un lieu beaucoup plus dangereux, où l’aumônier de l’Étoile fut assassiné à terre peu de temps après leur arrivée – Commerson fut officiellement confiné au navire jusqu’à ce que sa jambe soit guérie, mais lui et Barret ont néanmoins recueilli des spécimens d'une liane fleurie qu'ils baptisèrent BougainvilleaDunmore, .. vignette|Bougainville et ses compagnons sur un îlot dans le détroit de Magellan (1780). Après une deuxième visite à Montevideo, leur occasion suivante de botaniser s’offrit en Patagonie tandis que les navires de l’expédition attendaient des vents favorables pour traverser le détroit de Magellan. Ayant accompagné Commerson dans les excursions les plus gênantes sur un terrain accidenté, Barret s’acquit une réputation de courage et de forceDunmore, .. Toujours entravé par sa blessure à la jambe, Commerson a fait référence à Barret, dans ces expéditions, comme sa « bête de somme ». En plus du travail manuel qu’elle a effectué dans la collecte des plantes, des pierres et des coquillages, Barret a également aidé Commerson à organiser et à cataloguer ses spécimens et ses notes dans les semaines qui ont suivi, alors que les navires entraient dans le Pacifique.
Les récits des survivants de l’expédition diffèrent quant à la découverte du sexe de Barret. Selon Bougainville, les rumeurs selon lesquelles elle était une femme circulaient depuis un certain temps, mais la supercherie n’a finalement été confirmée qu’à l’arrivée de l’expédition à Tahiti en . Dès qu’elle et Commerson ont débarqué pour botaniser, Barret a été immédiatement entourée de Tahitiens criant qu’elle était une femmePierre-Jacques Charliat, Le temps des grands voiliers, tome III de Histoire Universelle des Explorations publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, . Il fallut la renvoyer au navire pour la protéger des Tahitiens. Bougainville a noté cet incident dans son journal quelques semaines après son arrivée, lorsqu’il a eu l’occasion de visiter l’Étoile pour interroger personnellement BarretDunmore, ..