vignette|Famille juive à Meknès.
Lhistoire des Juifs au Maroc est très ancienne et fut nourrie par diverses vagues de réfugiés à la suite des et persécutions dont ont été victimes les Juifs au cours de l’histoire.
La présence juive au Maroc est attestée dès le , notamment à Volubilis à l'époque romaine, et y reste présente jusqu'au , renforcée par l'arrivée de migrants juifs d'Espagne ayant fui les persécutions wisigothes du . Avec l'arrivée de l'islam, la population juive passe sous la domination musulmane et se voit imposer le statut de dhimmis. La population juive dite tochavim du Maroc connaît des variations démographiques et politiques jusqu'à être renforcée à nouveau par l'arrivée de migrants juifs de la péninsule Ibérique, forcés de quitter les royaumes d'Espagne et du Portugal durant la Reconquista ; ce sont les megorachim.
Si la communauté juive s’est trouvée forte de plusieurs centaines de milliers d’individus jusqu’au , où elle est principalement regroupée dans les mellahs, elle s’y est réduite pour en compter actuellement environ 20 000.
Cependant, la communauté juive marocaine entretient de bonnes relations avec les autorités du royaume du Maroc, de nombreux rabbins et chefs de communautés juives à travers le monde étant invités chaque année à la célébration du trône qui a lieu le ..
Antiquité vignette|Inscription funéraire au nom en grec de Caecilianos, mort à l'âge de quarante-cinq ans, huit mois, trois jours. Le défunt est qualifié de protopolite (προτοπολίτης) de la communauté juive de Volubilis et père de sa synagogue.. Calcaire ().
Diverses suppositions d'une installation précoce ont été faites, sans apport de preuves : émigration sur les bateaux des Phéniciens (entre -1500 et -600), suites du siège de Jérusalem (587/586 av. J.-C.) (destruction du Premier Temple de Jérusalem, exil à Babylone, première diaspora), Siège de Jérusalem (70) (destruction du Second Temple de Jérusalem, deuxième diaspora).
Le plus ancien témoignage épigraphique remonte au , s’agissant essentiellement d’inscriptions funéraires en hébreu et en grec trouvées dans les ruines de la Volubilis romaine. Des villes, comme Azemmour, Meknès, Salé (Sala Colonia, Chellah) près de l'actuelle Rabat et Larache (ancienne Lixus), deviennent des centres importants de négoce pour les juifs du Maroc, dits tochavim, pratiquant le commerce de l’or et du sel.
Au début de l’ère chrétienne, les Romains envahissent la région et donnent au nord du Maroc (et à une partie de l’Algérie occidentale actuelle) le nom de Maurétanie tingitane (de Tingis, ancien nom de Tanger qui en était la capitale). Des traces archéologiques indiquent une présence juive dans cette contrée, probablement liée au commerce méditerranéen.
Période préislamique À partir de l’an 429, les Vandales du roi Genséric commencent à envahir la Maurétanie, et vers 430, chassent les Romains de l’Africa romana. Les Vandales trouvent dans les Juifs des alliés solides et ceux-ci connaissent une liberté de culte pendant un siècle.
En 533, le général Bélisaire, envoyé en Afrique par l’empereur byzantin Justinien pour chasser les Vandales, envahit la région et y impose les lois de l’Empire byzantin. Les Juifs vont alors connaître une période très sombre, entre brimades et conversions forcées, culte restreint et persécutions. Néanmoins, cela n’empêchera pas la migration vers cette région des Juifs de la péninsule Ibérique fuyant la répression exercée par les rois wisigoths d’Espagne (devenus catholiques) dès le début du (avec le roi Sisebut).
Selon l’historien Ibn Khaldoun, à la veille de la conquête musulmane du Maghreb, plusieurs tribus berbères pratiquaient le karaïsmeIbn Khaldoun, Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique septentrionale, traduction de William McGuckin de Slane, éd. Paul Geuthner, Paris, 1978, , 208-209.. Il rapporte : .
Mais d’après Gabriel Camps, les deux tribus berbères, Djerawa et Nefzaouas, étaient de confession chrétienne avant l’arrivée de l’islam..
De la conquête musulmane à la chute de Grenade De la conquête à la période almoravide Au , les Arabes avaient tenté au Maghreb extrême plusieurs expéditions sans lendemain. Mais c’est au début du que le gouverneur d’Ifrikya (correspondant à la Tunisie et à l’est algérien actuels), Moussa Ibn Noçaïr occupa définitivement Tanger, poussa jusqu’à Sijilmasa (l’actuelle Rissani) et imposa l’Islam aux tribus berbères.. Mais le mouvement kharidjite, va se répandre dans ces tribus et nourrir de nombreuses insurrections contre les armées arabes de Kairouan, représentantes du califat. Dans cette période agitée, des Juifs habitent dans les capitales des royaumes kharidjites, notamment Tlemcen et Sijilmasa..
Présents déjà en l’an 789 sur le premier emplacement de la cité fondée par , près des sources chaudes de Sidi Hrazem, des Juifs se retrouvent près de 20 ans plus tard dans le nouveau site définitif, promu au rang de capitale du royaume par en 808. Ils provenaient d’Andalousie ou d’Al- Qayrawan (Kairouan), comme une grande partie de la population musulmane, en dehors d’éléments autochtones venus d’autres coins du pays.. vignette|Juive marocaine (1901-06)
À la fin du , un autre opposant au califat, Idris Ibn Abdallah, descendant de l’Imam Ali, est accueilli par la tribu des Awarba et fonde la ville de Fès, qui devient, par la suite, la capitale du royaume de ses successeurs, les Idrissides, .. À l’arrivée de Moulay Idriss., plusieurs familles juives se trouvaient déjà, dit-on, installées à Zouagha, à l’emplacement où devait naître la ville de Fès. Dès le début du , des Juifs venus d’Andalousie s’installent à Fès où ils cohabitent avec des Juifs autochtones, et paient l’impôt de capitation, la jizyah.
Après l'avènement des Fatimides à Kairouan et leur domination de la Syrie jusqu’à Fès et Sijilmasa, au Maroc central, le Maghreb connait une période de prospérité favorable au commerce, qui rejaillit sur les communautés juives urbaines et favorisent leur développement. Mais, à ces périodes favorables succèdent des périodes de crises, de révoltes, de luttes entre tribus berbères et pouvoir central, ou de simples rivalités politiques qui émaillent l’histoire du Maghreb du . Les Juifs s’efforçaient de rester à l’écart de ces événements mais étaient souvent pris pour cible ou entrainés dans ces crises, notamment pour la communauté de Fès : déportation en 979, massacre de six mille Juifs. par un cheikh berbère qui saccagea la ville en 1032-1033..
Au milieu du , des berbères nomades sahariens, les Almoravides, lancent une croisade religieuse et militaire pour imposer une orthodoxie malékite rigoureuse. Sous la direction de leur chef Youssef Ibn Tachfin, ils conquièrent Sijilmasa, fondent la ville de Marrakech (vers 1060), prennent Fès, Tlemcen, Oran, Alger. En 1086, appelés à l’aide par les musulmans d’Espagne, ils écrasent l’armée d’ de Castille. Puis ils consolident leur empire qui s’étend de Valence au Sahara et de l’Atlantique à Alger, .. Les Juifs sont tolérés dans leur statut de dhimmi et paient l’impôt de capitation, la Jizia. Mais la rigueur religieuse des Almoravides n’a pas, semble-t-il, entraîné de persécutions religieuses et la diffusion de la civilisation arabo-andalouse dans le Maghreb occidental a contribué à la tolérance et à la symbiose entre les religions. Des courants d’échanges vers l’Espagne et notamment Cordoue se développent et contribuent à l’essor intellectuel des communautés.. C’est l’époque de Rabbi Isaac ben Jacob Alfassi, qui quitte Fès pour Cordoue en 1088, des correspondances avec Rachi de Troyes. C’est bien un Âge d’Or qui s’épanouit.
En 1140, la prise de Sijilmasa par les Almohades et les conquêtes qui suivirent, s’inscrivent comme une rupture tragique.
Les persécutions des Almohades et l'assimilation forcée d'une partie de la communauté vignette|Juives de Meknès (1920) Au début du apparaît dans des tribus berbères, montagnardes et sédentaires installées dans l’Anti-Atlas marocain, un personnage charismatique qui va imposer une morale rigoureuse et puritaine ainsi qu’une théologie farouchement monothéiste privilégiant le retour aux sources primordiales de l’Islam. Utilisant la langue berbère pour diffuser ses idées et s’appuyant sur un cercle restreint de fidèles, celui qui devient le « Mahdi » Ibn Toumert va révolutionner durablement le rapport à la religion des Berbères. Après sa mort vers 1128, son plus proche fidèle, Abd al-Mumin prend le titre de Calife en référence au premier compagnon du Prophète Abou Bakr, cinq siècles auparavant.
Sous la direction d’Abd al-Mumin, les tribus Almohades vont, en une vingtaine d’années, renverser l’Empire Almoravide, étendre leur puissance sur le Maghreb entier et sur l’Espagne méridionale et imposer un Islam rigoureux, intolérant et extrémiste qui perdurera longtemps après leur chute au début du , ..
La doctrine du Mahdi ne pouvait que renforcer l’intolérance à l’égard des autres religions du Livre. Comme le note André Chouraqui, les Almohades soulignaient le fait que cinq cents ans après l’apparition de Mahomet, de toute évidence, le Messie d’Israël n’était pas encore venu et que, d’une manière non moins certaine, le Christ n’était pas revenu. Juifs et chrétiens ne pouvaient plus longtemps persévérer dans leur erreur et n’avaient plus que le choix entre l’Islam et la mort. L’application de cette politique au fur et à mesure des conquêtes marocaines installa une terreur profonde et provoqua de nombreuses conversions forcées mais aussi des exécutions : un document mentionne l’exécution de à Sijilmasa., le chef de la communauté juive de Fès, rabbi Juda Hacohen ibn Shoushan est exécuté en 1165. Certaines familles juives parviennent pourtant à s’enfuir, notamment celle de Maïmonide.
Dans d’autres régions du Maghreb, les Juifs sont autorisés à s’exiler.. Après les grandes vagues de conquête, l’attitude des Almohades devient moins intransigeante. Des synagogues sont rouvertes, des familles converties reviennent à la pratique du judaïsme après deux ou trois générations. Au , un document de la Gueniza du Caire indique la présence de dix-sept communautés juives au Maroc. En 1232, on constate l’existence d’une communauté juive à Marrakech. Mais cette tolérance reste fragile : ainsi, la dynastie des Almohades impose aux Juifs le port d'un manteau bleu et large dès le ; le port d’un vêtement distinctif est encore imposé aux Juifs par le calife El Mansour au , et lorsque des émeutes éclatent, les émeutiers s’en prennent souvent aux Juifs, comme à Fès en 1276, où quatorze Juifs sont massacrés.
1391 et 1492 : les grandes vagues d'immigration des Juifs d'Espagne vignette|Mellah de Casablanca (début ). Entre 1391 et 1492, les communautés juives de la péninsule ibérique subissent des persécutions en Espagne, après la Reconquista. Elles commencent dès 1391, notamment en Catalogne, Aragon et à Majorque entraînant l'exil de Juifs vers l'Afrique du Nord. Avec la prise de Séville en 1391, ils s'établissent à Meknès, Debdou et Fès.
En 1438, les Juifs de Fès sont confinés dans un quartier réservé, le premier mellah..
C'est en 1492, après le décret de l'Alhambra, que se déroule la plus importante migration de Juifs séfarades vers le royaume du Maroc. Les Juifs séfarades et leurs traditions vont exercer une importante influence au Maroc. Les vagues d'immigration au Maroc touchent Tanger, Tetouan, Fès et Meknes au nord du pays puis Rabat, Salé, Mogador sur la côte atlantique. Après l'expulsion des Juifs du Portugal en 1496, des marranes portugais se joignent à ce mouvement d'émigration.