Le Dmitri Donskoï (en ) est l'un des premiers croiseurs cuirassés conçu pour la haute mer, il est construit pour la Marine impériale de Russie.
Ce bâtiment de guerre a pour sister-ship le (). Son lancement a lieu le , sa mise en service en automne 1885. Ce navire de guerre doit son nom au grand prince de Moscou et de Vladimir, Dmitri Donskoï (1350-1389). Le Dmitri Donskoï prend part à la guerre russo-japonaise de 1904-1905, il est sabordé à la bataille de Tsushima le .
Histoire Le vice-amiral Andreï Aleksandovitch Popov (1821-1898) est le premier à promouvoir la construction de croiseurs blindés conçus pour la haute mer. Auparavant, le vice-amiral avait déjà commandé une escadre de corvettes et de clippers. L'expérience acquise lors de la construction du premier croiseur à coque métallique de la , l'échec du croiseur blindé () apportèrent une certaine expérience concernant les modifications à apporter sur les croiseurs cuirassés. Le vice-amiral mit en œuvre deux versions au projet d'un nouveau croiseur, dans le même temps, il demanda à l'amiral Avraam Bogdanovitch Aslanbegov (1822-1901), le chef de brigade des croiseurs, d'évaluer les qualités du Minine. En réponse l'amiral présenta quelques suggestions et commentaires recueillis auprès de neuf spécialistes de croiseur : le capitaine de Nazimov, un officier supérieur, le capitaine-lieutenant Iouriev, un ingénieur mécanicien le capitaine Pestikogo, un officier supérieur de l'artillerie, le poruchik (lieutenant) Pavlovsky, un officier supérieur de la navigation le lieutenant Kochelev, le mécanicien de navire Alexandrov. L'essentiel des propositions se résumèrent comme suit : les croiseurs frégates, les corvettes possèderont des batteries fermées ; l'armement doit être plus puissant mais en plus petit nombre ; une augmentation de la taille du navire ; en longueur ; en largeur ; La vitesse devra être portée de ; la puissance des machines devrait atteindre une puissance de 900 ch à ; le charbon devrait être de ; une réduction des tubes lance-torpilles (quatre tubes).
Néanmoins les notes de l'amiral Avraam Bogdanovitch Aslanbegov ne furent pas prises en compte. Grâce à sa haute position, Andreï Alexandrovitch Popov, membre de la Direction de la technique naval, sans passer par le MTC donne son approbation pour la construction de lAmiral général et, le , ce projet est présenté au MTC (Morskoï Tekhnichestiy Komet, Comité technique de la Marine).
Ces projets comprennent l'installation des moteurs à vapeur verticaux possédant une double capacité d'expansion de fonctionnant avec un arbre en ligne, avec la moitié du nombre de chaudières, le croiseur économisait du carburant. En compensation, le navire posséda une vitesse suffisante pour atteindre une vitesse de 15 à 16 nœuds. Les calculs démontrèrent qu'une réserve de charbon de pourrait alimenter le croiseur pendant une durée de sept à huit jours à pleine vitesse, 30 jours à une vitesse de 9 nœuds. Pour augmenter l'autonomie du croiseur les gréements, les voiles et les hélices sont conservées.
Construction et changement de projet Le , le chantier de la Nouvelle Amirauté nomme le lieutenant-colonel N. Samoïlov, constructeur du croiseur et son adjoint, le capitaine Potapov. Le de la même année débutent les travaux préparatoires, la commande du matériel est effectuée.
Le , après réception du premier lot d'acier produit par l'usine Nevski, il est procédé à l'assemblage de la coque du navire. En septembre, le travail cesse, les usines ne peuvent respecter le calendrier de livraison d'acier et de fer, il est ordonné d'importer l'acier d'Angleterre.
En , le MTC propose la construction du croiseur sur le modèle des croiseurs britanniques Phaeton, Leander et Arethusa.
Le , le nouveau constructeur du croiseur est le capitaine de corps du génie naval Nikolaï Kouteïnikov (1845-1906).
En , un nouveau gestionnaire de l'Amirauté, l'amiral Alexeï Alexeïevitch Peschurov (1834-1891) proposa d'armer le croiseur de canons de . Ce changement dans l'armement se traduirait par une surcharge du bâtiment de guerre provoquant une réduction de l'approvisionnement en charbon, ou une réduction du nombre de canons de . Toutefois le projet d'installation de canons de apportant un profonde perturbation au navire fut rejeté.
Le , le croiseur reçoit le nom de Dmitri Donskoï ().
Le , le lieutenant général Sokolov décida de changer la composition de l'artillerie sur le croiseur, furent installés 2 canons de et 14 de .
Le , le Dmitri Donskoï est lancé. Des querelles bureaucratiques entre les ports de Saint-Pétersbourg et Kronstadt retardent l'aménagement du croiseur de deux ans.
En , à bord du Dmitri Donskoï débutent les essais des équipements techniques, de l'artillerie, des mines et des armes. La visite du tsar Alexandre III de Russie cause un retard concernant les essais en mer du croiseur, en , il ne réalise que trois essais en mer. Le bâtiment de guerre montre une puissance moyenne de , une vitesse moyenne de .
Carrière dans la Marine impériale de Russie En , le Dmitri Donskoi est affecté en Méditerranée, pendant deux années, le croiseur sert dans un détachement spécial en mer Méditerranée.
En 1887, le Dmitri Donskoï est affecté dans une escadre du Pacifique placée sous le commandement de l'amiral Alexandre Alexandrovitch Kornilov (1862-1925).
En , de retour à Kronstadt, les gréements de bois du Dmitri Donskoï sont remplacés par des mâts en acier. Le principal problème du croiseur est l'encrassement de la coque qui affecte non seulement l'acier mais également les feuilles de cuivre. Les coques des navires japonais étaient recouvertes de vernis, à son retour à Kronstadt, la décision est prise d'appliquer cette conception pour la protection de la coque et des blindages.
Le , le Dmitri Donskoï entreprend une expédition en mer au sein d'un détachement comprenant le croiseur Minine, le clipper Zabichka (), la canonnière Yraletsv (). En , ce détachement naval est dissous, le Dmitri Donskoï reçut son affectation pour la mer de Marmara, il fut basé à Constantinople, puis en mer Noire. Par une ordonnance du grand-duc Georges Aleksandrovitch de Russie, le croiseur fait escale dans le port du Pirée et continue sa route vers l'Extrême-Orient.
Depuis , le port d'attache du Dmitri Donskoï est Vladivostok.
En , le Dmitri Donskoi fait escale à Port-Saïd, le premier commandant du croiseur, le capitaine de Hesse cède sa place au capitaine de Nikolaï Alexandrovitch Green (grade correspondant à celui de colonel dans l'infanterie ou l'armée de l'air.
Le Dmitri Donskoï incorporé dans une escadre russe navigue sous le pavillon du vice-amiral Nikolaï Ivanovitch Kaznakov (1834-1906) lors des célébrations du de la découverte de l'Amérique. Parmi les membres d'équipage présents à bord du croiseur : le grand-duc Alexandre Mikhaïlovitch de Russie et le grand-duc de Meklembourg-Poméranie-Schwerin.
Le , des vents faibles empêchant toute utilisation des voiles provoquent le retard du Dmitri Donskoï, le croiseur ne peut prendre part à la rencontre internationale des escadres. Il se dirige directement vers New York. Le croiseur devient l'objet d'un pèlerinage pour les Américains.
En , de retour en Russie, les machines et les chaudières du Dmitri Donskoï subissent une révision majeure, ces travaux sont achevés en 1894. En 1895, un changement concernant l'artillerie est effectué sur le bâtiment de guerre, l'ancienne artillerie est remplacée par un système d'artillerie utilisé sur les navires et, comme batteries, sur terre ( , ).
Le , le Dmitri Donskoï passe des tests d'acceptation, avec le Riourik il met le cap sur la Méditerranée.
Le , le Dmitri Donskoï est envoyé en Extrême-Orient, il accoste dans le port de Nagasaki le . Le , il ancre dans le nouveau port de Vladivostok. À la suite de la Convention russo-chinoise signée le , la Chine loue Port-Arthur et Dalian à la Russie, en , le Dmitri Donskoï jette l'ancre dans ce port. En 1900, le croiseur prend part à la répression de la révolte des Boxers.
Le , sous le commandement du capitaine de M.I. Vaeder-Chkroufa le Dmitri Donskoï intègre un détachement de croiseurs blindés commandé par Grigori Pavlovitch Tchoukhnine (1848-1906), le croiseur quitte Port-Arthur pour Kronstadt. Une nouvelle rénovation de l'artillerie est effectuée sur le bâtiment de guerre, six des dix canons de furent remplacés par des canons de . En 1903, en convoi naval, le Dmitri Donskoï et l’ () font route vers l'Extrême-Orient. Certains incidents retardent le croiseur, le bâtiment de guerre intègre une autre escadre placée sous les ordres de l'amiral Andreï Andreïevitch Virenius. En 1903, le Dmitri Donskoï a pour commandant le capitaine de Leonid Fiodorovitch Dobrotvir.
Bataille de Tsushima vignette|gauche|Le Dmitri Donskoï dans le port de Vladivostok le En 1904, le Dmitri Donskoï (sous le commandement du capitaine de Ivan Nikolaïevitch Lebedev (1850-1905)) est membre de la du Pacifique, le croiseur fut placé sous les ordres de l'amiral Zinovi Rojestvenski. Après avoir emprunté le cap de Bonne-Espérance, le , la du Pacifique pénétra dans le détroit de Corée et engagea la bataille de Tsushima, la colonne de croiseurs fut placée sous les ordres de l'amiral Oskar Aldofovitch Enkvist (1849-1912).
Au cours de la bataille, le Dmitri Donskoï et le sont la cible des croiseurs japonais. En réponse, le vieux croiseur russe endommagea plusieurs bâtiments de guerre de la flotte japonaise. Pendant de ce temps, à gauche du lieu du combat, l’Oleg (), le Jemtchoug () et l’ filent à grande vitesse. De son côté, tous feux éteints, le Dmitri Donskoï lent, réussit malgré tout à échapper aux attaques des navires japonais. Au cours de la nuit, à une vitesse de 9 nœuds, le croiseur met le cap sur Vladivostok.
De tous les navires, le Dmitri Donskoï est le plus proche de Vladivostok. Au large de l'île Ulleungdo en mer du Japon, le croiseur rencontre le torpilleur Buiny, qui avait recueilli la veille deux cents naufragés du cuirassé Osliabia et dont le charbon était au plus bas. Tous passent à bord du Dmitri Donskoï et le torpilleur est sabordé. Pendant ce temps, à l'horizon, 6 navires japonais se rapprochait à grande vitesse du navire russe (24 nœuds)www.rustrana.ru, les croiseurs Naniva, Takashiho, Akashi, Tsushima (対马, Lancement , mis en service , coulé comme navire cible en 1944), Brouillard et Niitaka avec quatre autres navires. Le vieux Dmitri Donskoï aux soupapes fatiguées tenta vainement de prendre la fuite, afin d'augmenter la vitesse du croiseur, les chaudières furent alimentées en charbon, de l'huile y fut également jetée, les chaudières furent exposées à une explosion, toutefois le bâtiment de guerre ne put dépasser la vitesse de . Le Dmitri Donskoï se prépara à livrer bataille. Les Japonais proposèrent aux Russes de rendre les armes, aucune réponse n'est apportée à ce message. Refusant de se rendre, le croiseur répond aux attaques japonaises, il endommage le Naniva et le Brouillard, toutefois le bâtiment de guerre est lui-même endommagé par des obus de . Un obus tombe sur le kiosque, les marins présents sont tous tués ou blessés gravement. K.P. Blokhine, affecté à l'artillerie du navire, témoigne sur cet évènement tragique : . Le capitaine de Ivan Nikolaïevitch Lebedev gravement blessé tenant d'une main ferme le gouvernail tenta de garder le croiseur à flot. Toutefois, le Dmitri Donskoï parvient à endommager le Naniva et le Brouillard, ceux-ci se retirent du combat.