Selon le gouvernement tibétain en exil, la prostitution en tant qu'industrie était pratiquement inexistante avant l'occupation chinoise du Tibet. Selon l'Association des femmes tibétaines en exil, « Dans le passé, au Tibet, il n'y avait pas de bordels » « Historically in Tibet there were no brothels, no drugs and little alcohol abuse ». Source : , .. Le juriste tibétain Lobsang Sangay reconnaît l'existence de la prostitution avant l'arrivée des Chinois, mais il affirme que le phénomène était minime par rapport à son extension actuelle Lobsang Sangay, China in Tibet. Forty Years of Liberation or Occupation?, in Harvard Asia Quarterly, Vol. III, No 3 Summer 1999 : . Selon l'écrivain britannique Christopher Hale, du fait de la pratique de la polyandrie, beaucoup de femmes ne trouvaient pas de mari et gagnaient villages et villes, où elles tombaient dans la prostitution. Leur clientèle : les caravaniers qui traversaient le plateau du Tibet, mais aussi les monastères.
Selon le sociologue et historien des religions Frédéric Lenoir, les quartiers commerçants traditionnels de Lhassa, le chef-lieu de la région autonome du Tibet, laissent place aux bars, karaokés, salles de jeux et maisons closes. Ainsi Lhassa aurait compté plus de 300 maisons closes en 2008Frédéric Lenoir, Tibet Le moment de vérité, Édition Plon, 2008, page 105.. Ces établissements sont situés dans l'île de Jamalinka ou dans le quartier du Shol, à proximité du palais du Potala.
Historique Sous la dynastie Quing (1720-1911) Le quartier la prostitution à Lhassa était l'ancien village de Shöl dont l'enceinte s'étire au sud du Potala Bradley Mayhew, Robert Kelly, John Vincent Belleza, Tibet, Lonely Planet's publications 2008, p. 109 :
Le tibétologue Robert Barnett signale que les bordels étaient courants dans les environs du Potala au moins depuis le siècle et que la seule différence, c'est que les prostituées et les proxénètes sont en majorité chinois Robert Barnett (Contemporary Tibetan Studies, University of Columbia), “Violated Specialness”: Western Political Representations of Tibet, in Thierry Dodin and Heinz Raether (eds.), Imagining Tibet – Perceptions, Projections, and Fantasies, Boston, Wisdom Publications, 2001, pp. 269-316 : .
Selon l'écrivain et journaliste Claude Arpi, directeur du pavillon tibétain d'Auroville, Zhao Erfeng, le seigneur de guerre chinois qui créa la province (aujourd'hui disparue) du Xikang comprenant la plus grande partie de la région tibétaine du Kham, incitait les soldats chinois, par l'octroi de terres et de capitaux, à se marier avec des Tibétaines, celles-ci, selon Laurent Deshayes, « se retrouvaient souvent dans les maisons closes à soldats » bien que l'abandon d'une épouse tibétaine fût sévèrement puni par Zhao.
Indépendance de facto (1912-1951)
1951-1965
En 1962, le Panchen Lama dans la Pétition en 70 000 caractères expliquait que quiconque manifestait sa foi religieuse au Tibet était persécuté et accusé de superstition. Les communistes obligeaient les moines et les nonnes à avoir des relations sexuelles. La direction des monastères était confiée à des personnages au comportement dissolu qui « fréquentaient des prostituées, buvaient excessivement », discréditant ainsi les monastères aux yeux des Tibétains.
Selon Tibet Justice Center, une organisation liée au Gouvernement tibétain en exil, des responsables chinois ont commis des violences contre les femmes tibétaines en les forçant à la prostitution. Des adolescentes tibétaines, croyant rejoindre l'Armée de Libération du Peuple ont rapporté avoir subi de multiples viols, entraînant des grossesses pour lesquelles elles subirent des avortements forcés. Ce type de traitement serait, selon le Tibet Justice Center, la norme pour les filles tibétaines au sein de l'armée chinoise.
Aux dires de l'écrivain dissident chinois Wang Lixiong, qui réside à Pékin, ces propos sont très exagérés et il ne s'agit que de cas individuels. Dans son livre Funérailles célestes - le destin du Tibet, paru en 1998, il écrit : « En Occident, les persécutions subies par les Tibétains de la part des communistes chinois sont très exagérées, à savoir que les soldats de l'APL forçaient les lamas et les nonnes à avoir publiquement des rapports sexuels, que les gardes rouges violaient les femmes partout, tout cela, évidemment, est très loin de la vérité. Comme les gens qui ont vécu cette époque le savent bien, à l'époque (maoïste) les rapports sexuels étaient vus comme des mœurs très répréhensibles, les soldats de l'APL et les gardes rouges, qui étaient plus forts idéologiquement, n'avaient pas la possibilité de faire ce genre de choses. S'agissant de quelques cas individuels, on ne peut qu'accuser la personne même (aucune population n'en est exempte). »
1965- années 2000 Selon le Tibet Times, journal bimensuel ayant son siège à Dharamsala et lié aux Tibétains en exil, il y avait environ prostituées à Lhassa, soit 9 % de la population féminine en 1998 Tibet Times, Dharamsala, Inde, 13 Nov. 1998.. Cet article rapporte qu'il y a closes à Lhassa, principalement déguisées en salons de coiffure, et en moyenne, 7 prostituées par maison close. Le Tibet Times déclare avoir obtenu ces chiffres par ses propres investigations directes China in Tibet: Forty Years of Liberation or Occupation?, 27 janvier 2006, Harvard Asia Quarterly.. La même année, Ngawang Choephel, correspondant de la Voix de l'Amérique, fait état de l'existence de plus de « bordels chinois » à Lhassa Source : Newsbriefs, compiled by Tashi Choedon Bidhartsang, Chinese brothels in the holy city of Tibet ..
Le journaliste anglais Patrick French de retour d'un voyage au Tibet en 1999, indique avoir constaté à Lhassa l'importance du phénomène : « Ce sont aujourd'hui des centaines de bordels » qui s'alignent le long du Lingkhor, « la voie extérieure de Lhassa vouée aux pèlerins »Tibet, Tibet Une histoire personnelle d'un pays perdu traduit de l'anglais par William Oliver Desmond, Albin Michel, 2005, pages 253 et 254.. Selon lui, la prostitution à Lhassa « fait l'objet d'une ségrégation ethnique » il y a très peu de prostituées tibétaines, la majorité étant chinoises, originaire du Sichuan ou du Qinghai. Le commerce du sexe étant « contrôlé par des gangs chinois bénéficiant de protections politiques »Patrick French, Tibet, Tibet, une histoire personnelle d'un pays perdu, pp. 253-254, traduit de l'anglais par William Oliver Desmond, Albin Michel, 2005.. Toujours pour 1999, Katia Buffetrille avance un nombre de "Les toponymes tibétains sont associés à des traditions que la sinisation supprime" Le Point, 13 mai 2016.
Pour 2005, le média libanais L'Orient-Le Jour évoque un millier de bordels uniquement à LhassaSociété - Il existe un millier de bordels uniquement à Lhassa, la capitale Loin de la propagande chinoise, la prostitution s’étend au TibetL'Orient-Le Jour, 7 septembre 2019.
Selon Frédéric Lenoir Lhassa comptait en 2008 plus de 300 maisons closesFrédéric Lenoir, Tibet Le moment de vérité, Éditions Plon, 2008, page 105., soit un des taux les plus élevés des villes chinoises au regard de la population.
Le terme « bordel » recouvrirait des activités de prostitution ayant pour paravent certains salons de coiffure, instituts de beauté, salons de massage, bars à hôtesses, salles de karaoké Tariq El Kashef, Dating Girls and Guys in Lhasa, Tibet, 14 janvier 2007 : Pankaj Mishra, [people.colgate.edu/vmansfield/Train2Tibet.pdf The Train to Tibet: What will the greatest rail journey on earth do to its destination?], The New Yorker, April 16, 2007 : Steel Butterflies: Prostitution in Lhasa, Phayul.com, 26 juin 2006 : . Lin Caifeng, The distorted image of Tibet (Part III), Tibet Sun, 25 septembre 2008 : Vincanne Adams, Karaoke as Modern Lhasa, Tibet : Western Encounters with Cultural Politics, American Anthropological Association : . Indira A.R. Lakshmanan, Deemed a Road to Ruin, Tibetans Say Beijing Railway Poses Latest Threat to Minority Culture, Boston Globe, 26 août 2002 : .. Ce sont les lumières colorées des clubs, des petits hôtels, des bars et des salons de massage, et les filles qui y logent, qui attirent l’attentionYou’re running out of time to pay for sex in Tibet Public Radio International, 1 juillet 2015.
En 1999, le Tibet Information Network (TIN), basé à Londres, a réalisé une étude révélant « au moins 658 bordels » à LhassaSource : En bref, les droits de l'homme au Tibet, Bureau du Tibet de l'ONU, mars 2002.. En 2000 et 2002, le chiffre de de prostitution est avancé dans un exposé présenté à l'ONU et un article du Boston Globe citant le même organisme « il y aurait approximativement en tout de passe dans la municipalité de Lhassa. En outre, les bars, y compris les bars de karaoké, les restaurants et les clubs sont souvent remplis de filles qui proposent ouvertement leurs services sur place, la plupart de ces endroits disposant d'arrière-salles où les prostituées peuvent emmener les clients » ; « Les salons de coiffure et les bars dissimulent au moins bordels ». Source : Deemed a Road to Ruin, TEW, 26 août 2002.. Entre 1998 et 2005, selon l'Association des femmes tibétaines en exil, le nombre de bordels a augmenté pour atteindre Source : TWA's President, Dr. B. Tsering Yeshi, tours North American Colleges Speaking on Violation of Reproductive Rights of Tibetan Women in Tibet, Association des femmes tibétaines en exil, 26 mars - 6 avril 2007].. Dans un rapport présenté en 2009 au Conseil des droits de l'homme des Nations unies, l'Association des femmes tibétaines en exil affirme que la dernière décennie a vu la prostitution augmenter dans certaines des grandes villes du Tibet. Les causes en sont la discrimination pour l'éducation et l'emploi des femmes tibétaines, en concurrence avec les Chinois, ainsi que l'augmentation du tourisme, mais le facteur le plus important est l'afflux de soldats dans cette région stratégiquement importante Association des femmes tibétaines en exil, NGO Alternative Report on the Status of Tibetan Women in Tibet, page 8 : .
Répression de la prostitution Comme dans le reste de la Chine, la prostitution est officiellement interdite.
Selon l'Agence France-Presse, en l'an 2000, Sun Jiazheng, Ministre de la Culture de la République populaire de Chine entre 1998 et 2008, a mis en garde contre le risque que l'industrie du spectacle ne se développe en commerce du sexe du fait de la concurrence, et a lancé une campagne nationale contre ce risque et a accusé des services du gouvernement de prendre part à ce commerce China-prostitution: Crack down on growing sex trade, top Chinese lawmaker urges..
À l'approche du de l'arrivée au pouvoir des communistes en Chine, la police chinoise a lancé, le , une campagne nationale, annoncée par le vice-ministre de la Justice tendant à fermer des bars de nuit et salons de massageMarc Lebeaupin, Prostitution : Pékin veut « frapper fort », RFI..
La prostitution en chiffres
Prostitution féminine
Prostitution masculine
Pédocriminalité (prostitution de mineurs)
Une menace pour la « culture tibétaine » ?
Point de vue du gouvernement tibétain en exil et d'associations proches de ce dernier Différentes personnalités et association considèrent que la présence de la prostitution au Tibet est essentiellement due à la sinisation de la société tibétaine depuis l'invasion de 1951. Ainsi, selon l'Association des femmes tibétaines en exil, « dans le passé, au Tibet, il n'y avait pas de bordels, de drogue, et l'usage immodéré d'alcool était faible ». Pour sa part, le gouvernement tibétain en exil affirme que la prostitution en tant qu'industrie était pratiquement inexistante avant l'occupation chinoise du Tibet. Selon eux, la prostitution au Tibet a pris un essor considérable depuis les années 1990 et ceci constituerait une menace pour la culture tibétaine.