thumb|Tigresse et ses petits.

Le cycle de vie du tigre (Panthera tigris) décrit le processus permettant à cette espèce de se perpétuer. Il inclut la reproduction puis l’éducation des jeunes, jusqu’à la mort.

Le tigre utilise une stratégie de reproduction réactive, qui permet une dynamique des populations très souple vis-à-vis de l’environnement : de nombreux jeunes naissent, mais très peu survivent jusqu’à l'âge adulte. À la naissance, le tigre, aveugle et par conséquent très vulnérable, dépend entièrement de sa mère. L’apprentissage de la chasse dure un an et demi : le jeune tigre découvre son futur quotidien de chasseur à travers l’observation de la tigresse.

Le tigre sexuellement mûr, cherche à s’accoupler à une femelle, en suivant le schéma typique des félins : lorsque la tigresse accepte le mâle, celui-ci la monte et la maintient par la peau de la nuque. La femelle tente de frapper le mâle lorsque le coït est terminé. L'accouplement, rapide, se répète plusieurs fois par jour, pendant au plus une dizaine de jours. La gestation dure en moyenne.

La longévité du tigre est d'une quinzaine d'années dans la nature et de vingt-six ans en captivité. En moyenne, seuls deux descendants sont incorporés à la population reproductrice sauvage. Dans les parcs zoologiques, le cycle se trouve modifié par l'assistance de l'homme : césarienne, insémination artificielle ou encore hybridations avec d'autres espèces peuvent le modifier.

Naissance et éducation Premiers jours Les jeunes tigres restent aveugles jusqu'à six à quatorze jours car une membrane recouvre leurs yeux. Lorsque les yeux sont « ouverts », ils sont bleus ; ils changeront de couleur durant la croissance pour devenir doré sombre. Les jeunes tigres sont également nus et incapables de marcher. Ils pèsent à la naissance de 750 à g selon les sous-espèces : le tigre nouveau-né est plus léger que le tigre adulte.

Trois à trente minutes après la naissance, lorsque le premier cri est poussé, la tigresse libère les petits du cordon ombilical et les nettoie. Attirés par la chaleur du corps de leur mère, les nouveau-nés aveugles cherchent alors les mamelles en tâtonnant. L’allaitement commence durant les quatre premières heures, et les trois premiers jours y seront consacrés. Dans un premier temps, l'allaitement dure 70 % des heures du jour, puis le temps consacré à cette activité diminue : il passe à 60 % au bout de dix jours, 30 % après quarante jours et seulement 10 % à , lorsque les jeunes tigres ont presque terminé leur sevrage .. La tigresse se désintéresse rapidement des jeunes immobiles, considérés comme mort-nés ; de même, elle ne forcera pas ses petits à se nourrir. Le lait de la tigresse est très riche en lipides et en protéines, ce qui leur assure une croissance rapide : le tigre multiplie son poids par cent durant les vingt premiers mois, sa croissance continuant plus doucement jusqu’à ses deux ans.

thumb|upright=3|center|Croissance d'un tigre du Bengale mâle.

La tigresse n'hésite pas à déplacer fréquemment ses petits d'une tanière à l'autre pour les protéger d'éventuels prédateurs. Les jeunes tigres commencent à jouer dès l'âge d'un mois. Chaque portée compte en général un jeune dominant, qui le plus souvent est un mâle, même si ce n'est pas toujours le cas. Afin de protéger ses petits, la femelle apporte les proies jusqu'à la tanière pour pouvoir manger tout en gardant un œil sur sa progéniture. Toutefois, la tanière reste propre : la viande n'entre pas dans la garderie, et défécation et miction sont faites en dehors de la tanière. Les jeunes sont constamment léchés pour rester propres ; cela améliore également la circulation sanguine et le fonctionnement des intestins des petits.

Éducation thumb|Le tigre ne goûte à la viande qu'à partir de ses quarante jours.

Seule la femelle s'occupe de l'éducation des petits ; le mâle n'intervient pratiquement jamais, bien qu'il partage parfois une proie avec la tigresse et sa progéniture. La tigresse ne laisse pas sa portée toucher à de la viande avant l'âge de quarante jours ; elle les pousse ensuite à la lécher et la mordiller et ceux-ci sont complètement sevrés à partir de l'âge de huit mois. À trois mois, elle commence à les laisser seuls pendant plusieurs jours dans la tanière pendant qu'elle chasse, puis les amène jusqu'à la carcasse de l'animal qu'elle a tué. Contrairement aux jeunes lions, les jeunes tigres mangent avant leur mère, et ce n'est que lorsqu'ils sont rassasiés que la tigresse entame son repas : des expériences menées sur des tigres sauvages et captifs ont montré que même affamée, la tigresse laisse d'abord manger sa portée. La tigresse se montre également très protectrice et éliminera ou évitera tout danger (tigres mâles, y compris le père, hommes, etc.).

Les jeunes restent avec leur mère pour apprendre à chasser jusqu'à l'âge de dix-huit à vingt-huit mois , . Les jeunes tigres apprennent à chasser en observant leur mère. Ils s’amusent à pister et à tuer des proies, dangereuses, comme le buffle. Entre six et huit mois, les jeunes explorent le terrain et traquent de petits animaux : il s'agit généralement d'oiseaux, mais il leur arrive de s'attaquer à de petits cervidés en se regroupant. À cet âge-là, ils ne s'éloignent jamais à plus de cent mètres de la mère. Certains félins, notamment la femelle du guépard, capturent une proie vivante très jeune pour l'offrir à sa progéniture en guise d'entraînement « grandeur nature » à la chasse. Ce type de comportement est beaucoup moins observé chez le tigre. Vers un an, les jeunes sont capables de chasser seuls.

La dentition permanente des tigres, qui apparaît entre 12 et , leur permet de devenir des chasseurs très efficaces , . Les conflits autour des proies se multiplient vers dix-huit à vingt-et-un mois et les mâles sont les premiers à quitter le cercle familial. Cette unité est détruite lorsque la tigresse entre à nouveau en œstrus et quitte le reste de sa portée.

Reproduction Stratégie de reproduction

La stratégie de reproduction du tigre est définie comme de type r, c'est-à-dire réactive. Cette stratégie est basée sur la naissance de nombreux jeunes, souvent immatures. L’investissement parental est faible, la croissance des petits rapide, et les individus parviennent rapidement à la maturité sexuelle. La population est appelée à varier fortement selon divers facteurs comme l'environnement, la quantité de nourriture... Ce type de stratégie est typiquement celle des rongeurs et des petits mammifères.

Le tigre n'est pas une espèce de type r à 100 % : gros animal, sa croissance jusqu'à sa taille adulte prend deux ans. L’apprentissage de la chasse demande également un important soutien de la mère pour que sa progéniture soit apte à survivre seule.

Cette stratégie permet au tigre de recouvrer rapidement ses populations, même après de grosses pertes. L'un des indices de cette capacité date des périodes où la chasse au tigre était autorisée, dont il reste des archives. Par exemple, en 1933, quarante-sept tigres ont été abattus dans la province du Chitawan, pourtant, en 1936, cinquante-neuf autres ont été tués dans la même zone : la population a « absorbé » rapidement les pertes subies. Une seule étude à long terme sur la croissance des populations de tigre existe. Menée en Russie depuis 1963 dans une région alors vide de tigres, elle montre que le premier tigre est arrivé en 1966, et que la population s'est enrichie de plus d'une vingtaine d'individus en l'espace de vingt-huit ans, avec une croissance moyenne annuelle de 6 %, « Reproductive capabilities », .

Accouplement

Dans la nature, les tigres atteignent leur maturité sexuelle à l’âge de trois ou six ans pour les mâles et aux alentours de trois ans pour la femelle. La première reproduction se produit vers 3 à pour les femelles et 4 à pour les mâles en moyenne.

La période de reproduction peut avoir lieu à n’importe quel moment de l’année, mais il y a un pic qui varie selon la zone géographique : il se situe en fin novembre et début avril en Inde, décembre et février en Mandchourie et février et avril au Népal. Une étude menée sur des tigres captifs a montré que la production et la qualité de la semence ne varie pas selon les saisons . L’œstrus dure neuf jours en moyenne. Le cycle reprend tous les 15 à dans la nature contre une quarantaine de jours en captivité. Lorsqu’une portée est perdue, l'œstrus suivant survient plus précocement, après deux semaines en moyenne pour les individus captifs. Bien que de possibles faux œstrus aient été signalés dans le parc national de RanthamborePar exemple, une femelle élevant une portée — donc n'étant pas en œstrus — a été observée en train de s’accoupler avec un mâle étranger. Une hypothèse avancée est que ce comportement ait servi à protéger sa progéniture d’un risque d’attaque., ce comportement n’a pas été validé chez le tigre.

Lorsque la femelle est en œstrus (on dit aussi qu'elle est en chaleur, ou qu'elle a ses chaleurs, comme pour le chat domestique), elle signale sa présence par des gémissements et des rugissements répétés accompagnés d’un marquage olfactif plus fréquent qu'à l'accoutumée. Les vocalisations de la tigresse peuvent être très fréquentes, jusqu’à 69 rugissements toutes les quinze minutes ..

Lorsque la femelle rencontre un mâle inconnu, elle se montre tout d'abord distante, grondant à son encontre et prête à attaquer, puis le couple se rapproche peu à peu, jusqu’à se toucher les moustaches. Lors de la cour, les contacts sont fréquents : les tigres se mordillent la gueule en guise de « baisers » et se frottent l’un contre l'autre. Lorsque la femelle est prête, elle adopte la position typique des félins en se couchant (position appelée lordose, les pattes avant allongées devant elle et les pattes arrière à demi-pliées. Le tigre la monte avec une position à demi-accroupie qui n’écrase pas sa partenaire. Le mâle pénètre la femelle, pousse un cri à consonance métallique puis la saisit par les replis de la peau de la nuque lors de l’éjaculation. Il se pourrait que cette prise par la « peau du cou » permette aux partenaires d’avoir une position correcte lors de l’éjaculation ; toutefois, cette position est dangereuse et conduit parfois la femelle à la mort lorsque le couple est inexpérimenté .. Enfin, la tigresse se dégage, se retourne fréquemment contre le mâle et tente de le frapper, avant d’entamer une période de repos.

Comme pour tous les félins, le pénis est recouvert de barbillons (sortes d'épines) qui déclenchent l’ovulation lors de la pénétration. Ces picots pourraient être douloureux pour la femelle, ce qui expliquerait son comportement violent à la fin du rapport sexuel.

Le couple copule plusieurs fois, nuit et jour ; l’accouplement est bref (de quinze à trente secondes) mais peut se répéter jusqu’à cinquante fois par jour. L’intervalle entre les accouplements varie de cinq à vingt minutes. Le rythme des copulations s’espace à partir du cinquième jouraprès avoir atteint un pic lors du troisième jour.

À la nuit tombée, le couple chasse ensemble. Lorsqu’un autre mâle apparaît, il y a affrontement (il peut s'agir a minima de postures ou de mimiques d’intimidation) et le tigre considéré comme plus faible se retire. Aucun cas d’homosexualité n’a été observé. Le mâle s’accouplera avec toute tigresse réceptive, même s’il a des liens de parenté avec elle. Durant la période d’accouplement, le tigre reste fidèle à la femelle, même si d’autres tigresses sont en chaleur en même temps. Une fois l’œstrus terminé, le mâle cherchera à s’accoupler avec une autre femelle.

Grossesse et mise bas La durée de gestation varie entre 93 et , la moyenne se situant à . La grossesse reste invisible jusqu'à deux mois et demi, et ce n'est qu'au avant la naissance que le ventre est vraiment gonflé. La tigresse est alors plus vulnérable aux risques d’attaques et à la famine.