Les Bloch MB.170/MB.178 sont des avions militaires français de la Seconde Guerre mondiale, dont le plus connu est le Bloch MB.174. Mis en service en trop petite quantité durant la bataille de France en mai et en , il fut utilisé par l'Armée de l'air jusqu'en 1944. Une version de torpillage, le MB.175T fut produite une fois la guerre terminée pour l'aéronautique navale, les derniers exemplaires étant réformés en 1960.

Le contexte du développement L’entrée des troupes allemandes en Rhénanie le obligea l’état-major français à reconsidérer ses plans d’armement. Le plan quinquennal (Plan I) de modernisation de l’Armée de l’air, voté le 25 août 1936, laissa la place à un nouveau programme (Plan des ou Plan II) visant à la fourniture de nouveaux avant la fin de l'année 1939Les ailes françaises 1939-1945 vol 1. C’est dans cette optique que le STAé lança fin 1936 un nouveau programme d'avions multiplaces de combat pour lequel le bureau d’études d’Henri Deplante proposa un nouveau bimoteur désigné comme MB.170. Neuf Bloch 170 AB-2 furent commandés fin 1937 dans le cadre du Plan II. Ce programme prit du retard en raison de la nationalisation de l’industrie aéronautique française en . Réduite à un simple bureau d’études travaillant pour la Société nationale des constructions aéronautiques du sud-ouest (SNCASO), la Société des avions Marcel Bloch poursuivit pourtant le développement de l’appareil. Deux prototypes furent mis en chantier, le premier prenant l’air le 15 février 1938.

D'une version à l'autre MB.170.01 Le premier prototype se présentait comme un monoplan à aile basse cantilever et à train d’atterrissage classique escamotable (rentrant). La voilure était affectée d’un dièdre marqué, tout comme l’empennage bidérive. Les moteurs étaient des Gnome & Rhône 14N-6/7 de . Cet appareil disposait, élément inhabituel pour une machine de cette taille, d’une tourelle ventrale devant loger soit un équipement de prise de vue, soit un poste de tirDassault Aviation. Considéré comme un appareil triplace de bombardement et de reconnaissance (A-3), ce prototype fut gravement endommagé durant les essais.

MB.170.02 Approuvé le 7 mars 1938 le Plan V remplaça les précédents. Il confirmait le choix des Potez 637 et 63.11 comme avions de reconnaissance et mettait l’accent sur la création d’une aviation de bombardement puissante, disposant de 36 groupes en et de 60 en . La commande des neuf Bloch 170 AB2 fut transformée en huit Bloch 174 A3/B3 (puisqu’un premier prototype avait volé). Devenu bombardier léger, le second prototype se distinguait sensiblement du premier : la tourelle ventrale était supprimée, le vitrage avant à la base du fuselage était plus important et l’empennage était agrandi.

Cet avion était inadapté aux besoins de l’Armée de l’air : le bureau d’études dut se remettre au travail. Il proposa donc au Ministère de l’air différentes variantes portant les désignations MB.171, MB.172, MB.173 et MB.174. C’est ce dernier modèle qui fut finalement retenu.

MB.174 vignette|Un Bloch MB.174. Évolution du MB.170, ce nouveau modèle abandonnait définitivement la tourelle ventrale, la disposition de l’équipage était revue, le vitrage du poste de pilotage et de la pointe avant à nouveau modifiés ; l’empennage du MB.170-02 conservé. Destiné spécifiquement à la reconnaissance avec une mission secondaire de bombardement, le prototype prit l’air le 5 janvier 1939 à Villacoublay piloté par René Le Bail avec des moteurs Gnome & Rhône 14M-20/21 de . Six appareils de présérie furent commandés pour activer le développement du bimoteur. Cet avion se révéla dès les premiers essais rapide et facile à piloter, maniable même à très haute altitude. Une commande de cinquante exemplaires de série fut notifiée le . Destinés à remplacer les Potez 63.11 des groupes de reconnaissance, ces appareils devaient recevoir des moteurs Gnome & Rhône 14M-48/49 de . Or, les premiers essais effectués avec les avions de présérie révélèrent des problèmes de refroidissement. Il fut donc nécessaire de réduire le diamètre des casseroles d’hélices pour accroitre le flux d’air sur les têtes de cylindres. Juste avant sa mise en service, il fut décidé d’accroitre l’armement, finalement fixé à deux mitrailleuses MAC 1934 de dans les ailes et à trois montées dans des carénages ventraux amovibles tirant vers l’avant, une mitrailleuse dorsale et une arme ventrale du même type tirant vers l’arrière. La soute ventrale permettait d’emporter de bombes ; dans sa version initiale sa capacité était limitée à huit bombes de ce qui était nettement insuffisant en opérations. La production avait été lancée en à l’usine SNCASO de Bordeaux-Mérignac. En raison des modifications apportées aux avions durant leur développement, les vingt premiers MB.174 furent acceptés tardivement par l’Armée de l’air, en . Ils furent mis en service en au groupe de reconnaissance stratégique GR II/33. Cinquante-six exemplaires furent livrés jusqu’au . En opérations ce bimoteur se révéla capable de distancer les meilleurs chasseurs allemands alors en service et quatre MB.174 seulement furent perdus à l’ennemi durant la bataille de France.

MB.175 vignette| MB.175. Version de bombardement léger du MB.174, dont le fuselage était allongé et la soute ventrale modifiée pour recevoir quatre bombes de ou deux bombes de . Produit par Bordeaux-Aéronautique, le prototype prit l’air le piloté par Daniel Rastel. Les pertes en opérations dans les groupes de reconnaissance utilisant le MB.174 ayant chuté de façon spectaculaire, la production de ce modèle devint prioritaire ; il arrivait bien trop tard. Le premier MB.175B-3 fut livré en et vingt-cinq MB.175 seulement avaient été réceptionnés le 22 juin 1940 (plus de deux cents étaient en cours de montage sur les chaînes ), permettant le rééquipement d’un seul groupe, le GR II/52. En , Focke-Wulf commande deux cents Bloch 175Klemm, op cit, p 54.

MB.175T vignette|400px|Un MB.175 de la Marine Nationale. En 1945 la Marine nationale commanda cent MB.175 (commande ramenée ensuite à quatre-vingts exemplaires) adaptés aux missions de torpillage. La production fut lancée à Châteauroux-Déols et les appareils livrés en priorité à la Flottille 6F à Agadir à partir de . Ces bimoteurs ne firent pas franchement le bonheur de l’aéronautique navale, qui fut heureuse de les remplacer en par des Grumman Avenger. Entre-temps la flottille 6F avait quitté le Maroc pour la base de Lartigue, près d’Oran, en Algérie. L’Escadrille 10S de Saint-Raphaël utilisa également quelques MB.175T pour des essais divers. Les derniers Bloch ont fini leur carrière en 1960 à la section marine de la base école de Rochefort.

MB.176 Afin d’accélérer la mise en service de l’appareil, l'une des difficultés étant l’approvisionnement en moteurs, le constructeur tenta de remplacer les deux Gnome & Rhône 14N-20/21 de par des moteurs américains. Le Pratt & Whitney R-1830 Twin Wasp fut retenu. En dépit des performances décevantes, 403 moteurs R-1830-SC3-G et R-1830-S3C4-G furent commandés, à livrer avant , pour équiper MB.176. Si une bonne partie des SC3-G furent livrés avant l’armistice, cinq MB.176B-3 seulement furent livrés et versés en Afrique du Nord au GR I/55 avec des MB.175.

MB.177 Prototype équipé de moteurs en ligne Hispano-Suiza 12Y-31.

MB.178 Ce prototype était en cours de développement à l’usine de Courbevoie au moment où les troupes allemandes occupèrent Paris. Saisi, il fut transporté au centre d'essais de Rechlin, où sa trace s'est perdue.

En opérations La Drôle de guerre 56 MB.174, 25 MN.175 et 5 MB.176 furent livrés à l’Armée de l’air jusqu’au . Les premiers MB.174 arrivèrent en et furent versés en mars au groupe de reconnaissance GR II/33. Le capitaine Antoine de Saint-Exupéry effectua la première mission de guerre dans cet appareil le . Durant les semaines qui suivirent, les GR I/33 puis le GR I/52 et le GR II/36 reçurent à leur tour quelques appareils.

Le , le du GR II/33 fut intercepté par deux Bf 109E du I/JG 3 à alors qu’il effectuait une reconnaissance photo au-dessus du Rhin. Moteur droit touché et moteur gauche en panne, le pilote tenta de se poser à Neufchâteau (Belgique) lorsque l’avion prit feu (deux tués)Les ailes françaises 1939-1945 vol 2. Le , le du GR I/52, rentrant d’une mission à Stuttgart, fut abattu par le Hauptmann Tietzen du II/JG51.

La bataille de France Le l'Armée de l'air comptait seulement onze MB.174 en première ligne : au GR II/33 (Athies-sous-Laon) : deux MB.174 (un seul disponible) et treize Potez 637/63.11 (onze disponibles) opérant au profit de la aérienne (Zone d’opérations aériennes Nord - ZOAN). au GR II/36 (Nancy-Azelot) : trois MB.174 (deux disponibles) et onze Potez 63.11 (six disponibles) opérant au profit de la (Zone d’opérations aériennes Est - ZOAE). au GR I/52 (Saint-Dizier) : trois MB.174 (deux disponibles) et douze Potez 637/63.11 (huit disponibles) opérant pour la aérienne (Zone d’opérations aériennes Est - ZOAE). au GR I/33 (Dole-Tavaux) : trois MB.174 (un disponible) et treize Potez 637/63.11 (trois disponibles) affectés à la aérienne (Zone d’opérations aériennes Sud - ZOAS).

Le le du GR I/52, en mission à Cambrai, fut pris à partie par 27 Messerschmidt, avec le sergent-chef Cugnot aux commandes. Un ME 109 fut touché par le mitrailleur et un autre abattu. ll regagna sa base avec trente-deux impacts dans son fuselageLes ailes françaises 1939-1945 vol 3.

Le Saint-Exupéry décolla d’Orly à bord du pour observer la progression allemande dans le secteur situé entre Amiens et Arras, sous escorte de cinq chasseurs Dewoitine D.520 à partir de Meaux, dont deux furent abattus. Il a relaté cette expérience dans son roman Pilote de guerre.

Le la situation du matériel n’avait guère évolué, cinq groupes disposant toujours de 45 Potez 630 (25 disponibles) pour 23 Bloch (9 disponibles). Replié à Nangis, le GR II/33 alignait cinq MB.174 (les cinq disponibles) et le GR I/33, stationné à Martigny-les-Gerbonvaux, cinq (dont trois disponibles). Ces deux groupes restaient affectés aux reconnaissances stratégiques, respectivement au profit des ZOAN et ZOAE. Opérant au profit de la , le GR I/35, qui avait reçu ses premiers Bloch fin mai, disposait à Mantes-la-Jolie-Gassicourt de trois MB.174 (un seul disponible) et le GR II/36, stationné à Neufchâteau, comptait toujours quatre MB.174 (aucun disponible). Replié à Feurs, le GR I/52, dont l’unique Bloch était indisponible, venait de recevoir l’ordre d’abandonner sur place ses Potez et de faire mouvement à Bordeaux pour rééquipement. Immobilisé à Caen du 8 au , il arriva à Mérignac pour apprendre qu’il devait faire mouvement sur l’AFN.

La première unité à recevoir le M.175 fut le GR II/52, qui prit en compte ses premiers bimoteurs à Bordeaux le . Avec une dotation mixte de MB.174 et de MB.175 il gagna Perpignan le avant de rejoindre l’Algérie deux jours plus tard.

L'aviation d'armistice

Mi-, les groupes opérant en MB.174/175 reçurent l’ordre de se replier sur l’Afrique du Nord.

Le GR I/52 arriva à Alger-Maison Blanche le , suivi deux jours plus tard par les GR II/52 et GR I/35. Le GR II/36 dispersa ses appareils entre Tunis et Sétif le , le GR I/55 rejoignit à son tour Alger-Maison Blanche le et le GR I/33 arriva à Bizerte-Sidi Ahmed le tandis que le GR II/33 se posait à Alger-Maison Blanche.

Les conventions d’armistice limitèrent à trois groupes stationnés en Afrique du Nord le nombre d’unités équipées de Bloch. Le GR I/35 fut donc dissout dès le , suivi le du GR II/36 et le 31, du GR I/33. Arrivé à Alger-Maison Blanche le , le GR I/55, qui venait de commencer sa transformation sur MB.175 à Oran, reçut en août l’ordre de rejoindre la métropole avec ses seuls Potez 63.11 pour y être dissout le 30 du même mois.

Les MB.174 et MB.175 furent donc répartis entre les GR II/33, transféré à Tunis-El Aouina le , GR I/52, affecté au Maroc le , et GR II/52, stationné à Oran-La Sénia à partir du .