thumb|400px|Représentation symbolique de la mafia par la pieuvre: même décapitée, la pieuvre conserve un bon nombre de ses tentacules en activité. Le terme mafia (ou maffia) désigne une organisation criminelle caractérisée par une direction collégiale occulte, qui orchestre ses activités à travers une stratégie d'infiltration tant dans la société civile que dans les institutions, qu'elles soient privées ou publiques. Un individu affilié à ce type d'organisation est communément désigné sous le terme de « mafieux », ou parfois de « mafioso », en référence à l'importance historique de la mafia italienne.

Étymologie

Le mot « mafia » possède une origine étymologique incertaine. Il serait originaire de Toscane, et est apparu au milieu du en Sicile. À partir des années 1860, ce terme est attesté dans des documents officiels ainsi que dans les échanges entre fonctionnaires de l'époque. L'origine de l'expression « mafia » dans son sens criminel propre semble remonter à 1863, en particulier chapitre I., avec la représentation de la pièce de théâtre à succès de et Gaspare Mosca.

Le terme est alors ambivalent et désigne à la fois un comportement machiste lié à l'honneur et une association criminelle proprement dite. De plus certains auteurs de l'époque auraient délibérément mis en avant le premier sens du terme afin de dissimuler l'existence d'une association criminelle aux yeux de leurs contemporains.

Naissance et origine de la mafia Le terme « mafia » revêt une polysémie complexe. Dans son acception la plus générale, il englobe toute forme de crime organisé, qu'elle sévisse n'importe où dans le monde. Ainsi, on évoque les mafias sicilienne, napolitaine, calabraise, des Pouilles, marseillaise, algéro-marseillaise, américaine, russe, irlandaise, bulgare, polonaise, bosniaque, serbe, turque, albanaise, corse, chinoise, japonaise, marocaine, mexicaine, et autres. Cependant, son sens premier renvoie à l'organisation criminelle d'origine sicilienne, laquelle trouve ses racines en Sicile, où elle a pris naissance.

Une origine sicilienne

Origine Il est possible que les racines de ces organisations mafieuses en Sicile remontent à la période de la conquête musulmane (), lorsque les princes chrétiens sont contraints de se retirer dans les régions boisées pour continuer à gouverner leurs terres en secret. Ces anciens princes chrétiens pourraient donc être à l'origine de ces sociétés dogmatiques. Cependant, peu de sources fiables sont en mesure d'étayer cette hypothèse.

La mafia trouve ses origines en Sicile, au . Durant la première moitié de ce siècle, l'aristocratie cède graduellement la gestion des terres à la bourgeoisie. Cette transition s'est accompagnée d'une augmentation des taxes et de la confiscation des terres, autrefois destinées aux pauvres, qui ont été privatisées. L'adhésion de la Sicile à l'Italie en 1861 a exacerbé cette situation avec l'introduction de nouvelles taxes du Nord, rendant la situation insupportable pour de nombreux habitants. C'est dans ce climat de mécontentement social que la mafia a émergé.

Les membres initiaux de la mafia étaient souvent des déshérités, contraints à la mendicité ou au brigandage après avoir été chassés de leurs terres. Cependant, il y avait aussi une composante de riches propriétaires terriens qui expulsaient les paysans et rétribuaient les hommes de main pour percevoir des taxes et extorquer des fonds sans passer par les voies légales. Dans un contexte où la pauvreté touchait à la fois les classes inférieures et supérieures, les liens sociaux se resserraient. L'honneur et la parole donnée devenaient des valeurs cruciales, donnant naissance à l'idée de l', () qui valorisait le silence et l'action. L', le code de silence, était ainsi consacré, exigeant de tout « homme d'honneur » de se taire plutôt que de trahir ses pairs.

La mafia est également associée à la figure du « parrain », le chef suprême de l'organisation, détenteur de richesses et prenant toutes les décisions. Le respect envers le parrain était une règle sacrée, tout manquement étant passible de mort. À ses débuts, la mafia était relativement structurée, avec un chef et des subordonnés, mais sa croissance s'est accélérée à mesure que la pauvreté s'est aggravée en Sicile à la fin du dix-neuvième siècle. Ce contexte de misère a favorisé la multiplication des « mafias », qui se sont organisées et ont rivalisé pour le contrôle des territoires et des revenus.

Le premier Parrain : « Don Vito » (1862-1943) Vito Cascio Ferro est souvent considéré comme le premier véritable chef, ou « parrain », de la mafia sicilienne. Il a joué un rôle crucial dans la modernisation de l'organisation criminelle, notamment en introduisant le concept du « pizzo », un impôt sous forme de racket imposé à tous les commerçants locaux. Il était connu pour sa gestion centralisée, chapeautant tous les capi () qui, à leur tour, supervisaient les hommes de main. Chaque capo était assisté d'un consigliere (conseiller) agissant comme bras droit. Surnommé « Don Vito », il était réputé pour sa direction intransigeante de l'organisation, même si cela impliquait des actions violentes et a causé de nombreuses pertes humaines au fil de sa vie. Il est également célèbre pour avoir inspiré le personnage de Don Vito Corleone dans le livre Le Parrain, partageant son surnom et son prénom. Le nom de famille « Corleone » est quant à lui une référence à un village sicilien réputé pour être un bastion de la mafia. Vito Cascio Ferro a également joué un rôle majeur dans l'exportation de la mafia aux États-Unis à la fin du .

La mafia sicilienne aux États-Unis Les Siciliens démunis, fuyant la détresse de leur terre natale, découvrent aux États-Unis un sort similaire. Dans ce contexte, le terreau fertile pour les activités de la mafia se trouve propice. Ainsi, dès l'arrivée des premiers migrants siciliens, se met en place l'organisation connue sous le nom de Mano Nera (main noire). Cette entité criminelle déploie une tactique insidieuse consistant à envoyer des missives anonymes à d'autres Siciliens, exigeant une rançon sous peine de représailles mortelles, symbolisées par l'image d'une main gantée de noir. Étant confiné à cette communauté et celle-ci étant principalement défavorisée, les autorités américaines négligent ces affaires. Ce n'est qu'après la découverte d'un cadavre que l'attention des autorités est éveillée, bien que cela ne débouche généralement pas sur des actions concrètes. Ainsi, l'empire criminel de Don Vito se déploie de la Sicile jusqu'aux États-Unis, prospérant dans ces nouvelles contrées. Les signes de l'influence mafieuse se manifestent précocement partout où la population sicilienne est présente, à New York, mais également à Chicago, Los Angeles, voire à Kansas City.

Les mafias italiennes

L'émergence de la mafia en Sicile a marqué le début de son expansion rapide dans le Sud de l'Italie, une région qui a été souvent négligée et dominée par le Nord dès après l'unification de 1861.

Les organisations criminelles italiennes, communément appelées mafias, adoptent des appellations variées en fonction de leur territoire de domination : Cosa nostra (ou mafia sicilienne) en Sicile. Celle-ci était jadis désignée sous le nom de « mafia », dont le sens fut ensuite élargi, et ce jusqu'à ce qu'un pentito (repenti) révèle qu'entre eux les mafieux siciliens utilisaient le terme de Cosa nostra (notre chose) ; la 'Ndrangheta (ou mafia calabraise) en Calabre ; la Camorra (ou mafia napolitaine) en Campanie ; la Sacra corona unita dans la région des Pouilles, parfois divisée en plusieurs sous-groupes comme la ; la Stidda (autre mafia sicilienne) dans le sud de la Sicile ; D'autres groupes criminels au fonctionnement de type mafieux se sont développés à certaines époques sur certains territoires, comme les en Basilicate ou la banda della Magliana à Rome.

Les autres mafias dans le monde Les organisations criminelles considérées comme des mafias stricto sensu par les criminologues sont, outre les mafias italiennes :

À mentionner, les huit mafias dites « traditionnelles » incluent la Cosa Nostra, la 'Ndrangheta, la Camorra, la Sacra Corona Unita, la Mafia américaine, les Triades chinoises, les Yakuza japonais et la Mafia turque. Les autres groupes criminels ne sont pas classés comme des mafias, principalement car ils ne possèdent pas de structure hiérarchique centrale, comme la « coupole » de la Cosa Nostra. Ils opèrent plutôt dans un système de « milieu», avec des clans indépendants qui peuvent coopérer ou s'affronter entre eux. Un exemple en est la mafia corse, également connue sous le nom de milieu corse.

Il est également à noter que seules ces huit mafias traditionnelles ont des rituels d'initiation pour l'intégration à l'organisation.

En dehors de ces structures, il existe d'autres groupes criminels qui ne sont même pas reconnus comme des mafias. Cela inclut les cartels mexicains et colombiens, le milieu anglais et écossais, les clans nigérians et la pègre du sud de la France.

Caractéristiques d'une mafia Six caractéristiques définissent une mafia : Structuration de l'organisation qui suppose un engagement réciproque de ses membres et un certain nombre de règles internes. La violence qui est à la fois utilisée pour accéder à des richesses et pour protéger l'organisation par l'intimidation. La mafia a aussi un rôle social. Les mafieux cherchent à avoir des rôles importants dans des activités de médiation sur le plan politique, social ou économique, en particulier pour la jonction entre la sphère légale et illégale. Un ancrage territorial. Ainsi, tout en ayant des activités internationales, les mafias cherchent à garder des liens sur leurs territoires d'origine. La coexistence entre les activités légales et illégales dans l'ensemble des ressources de l'organisation. Seule l'Italie, confrontée de longue date aux phénomènes mafieux, a défini le crime d'association mafieuse. Le lien avec les classes politiques et les institutions, soit à l'échelle régionale, soit à l'échelle nationale. Grâce à cette interpénétration, elle arrive à accéder à certaines ressources, dont des marchés publics. Cette analysée par le sociologue Rocco Sciarrone, différencie dès l’origine les mafias des autres formes de crime organisé comme les gangs ou les bandes.

Fonctionnement

La mafia fonctionne sur un modèle d’économie parallèle ou souterraine. Elle cherche à contrôler les marchés et les activités où l’argent est abondant, circule en numéraire (argent liquide) et est facile à dissimuler au fisc.

La plupart des activités commerciales usuelles sont utilisées, que ce soit comme paravent à des activités illégales ou comme moyen de blanchiment de l’argent récolté. Ces activités recouvrent aujourd’hui les domaines les plus variés :

Généralement, la mafia préfère employer des tactiques telles que l'intimidation, la corruption ou le chantage plutôt que la violence directe pour contraindre ceux qui s'opposent à elle. Cette approche vise à moins attirer l'attention du grand public. Cependant, il est fréquent que les organisations mafieuses recourent à des méthodes extrêmement violentes pour éliminer leurs concurrents, les témoins gênants ou les traîtres. Ces méthodes incluent les conflits entre gangs pour le contrôle d'un territoire ou d'un marché, ainsi que l'assassinat de témoins, de complices ou même de juges avant un procès.

Le fonctionnement de ces organisations est souvent régulé par une commission dirigée par les chefs et les parrains d'un vaste territoire. Chaque membre de cette commission est responsable d'un secteur spécifique. Ce système peut être basé sur une structure démocratique avec une constitution et des lois internes, ou sur un système despotique.

L'une des commissions les plus célèbres fut celle d'Atlantic City, dont les membres les plus éminents furent parmi les plus grands mafieux du , tels qu'Al Capone et Lucky Luciano.