thumb|250px|Le Kenya vignette|Carte du Kenya vignette|droite|Mombasa v. 1550

Lhistoire du Kenya, en Afrique de l'Est, remonte aux premiers hominidés.

Les premiers habitants sont des chasseurs-cueilleurs, supplantés à partir du par des éleveurs de langues couchitiques venus du nord. Vers arrivent des populations parlant des langues nilotiques. À la fin du , des peuples bantous migrent d'Afrique centrale dans la région. À partir de arrivent d'autres peuples nilotiques venus du Soudan.

Le Kenya est brièvement un protectorat allemand avant de devenir un protectorat britannique puis une colonie anglaise en 1890. Le pays est indépendant depuis le .

Préhistoire

D'après des fossiles trouvés en Afrique de l'Est, les premiers hominidés habitèrent dans la région voilà plus de vingt millions d'années. D'autres découvertes indiquent que des hominidés comme Homo habilis et Homo erectus vécurent au Kenya il y a 2,5 millions d'années.

Néolithique

Les premiers habitants de ce qui est de nos jours le Kenya sont des chasseurs-cueilleurs, apparentés aux actuels locuteurs des langues khoïsan. Pour leur plus grande partie, ces communautés sont assimilées par les sociétés « productrices de nourriture » qui commencent à s'installer au Kenya à partir du

vignette|Mégalithes du site de Namoratunga.

Les données linguistiques indiquent un mouvement de populations, composées de locuteurs de langues couchitiques méridionales, qui entrent au Kenya vers le Il s'agit d'éleveurs d'ovins et de caprins qui utilisent des ânes domestiqués. Parmi les sites mégalithiques remarquables de cette période, on trouve le site, peut-être archéoastronomique, de Namoratunga sur la rive ouest du lac Turkana. Aux alentours de , et même probablement avant, le pastoralisme se diffuse au Kenya central et dans le nord de ce qui est de nos jours la Tanzanie.

De nos jours, les descendants des locuteurs des langues couchitiques se situent au nord du Kenya central, près du lac Eyasi. Leur distribution géographique passée, qui peut être approchée par la présence d'emprunts lexicaux de la part des autres langues, englobe celle des populations du néolithique pastoral des hautes-terres.

Migrations à l'époque historique (500c-1800c) Vers , des communautés parlant des langues nilotiques méridionales, provenant de la région frontalière entre le Soudan, l'Ouganda, le Kenya et l'Éthiopie se déplacent vers le sud, vers les hautes terres de l'ouest et la vallée du Grand Rift, au Kenya. La distribution géographique de ces derniers, approchée à partir des toponymes, des emprunts lexicaux et des récits des traditions orales, correspond à celle des populations de l'Elmenteitien. L'arrivée des locuteurs du nilotique se produit peu avant l'introduction du fer en Afrique de l'Est.

thumb|Vestiges de la grande mosquée de Gede () Les premiers marchands arabes commencent à fréquenter les côtes du Kenya vers le . Du fait de la proximité de la péninsule arabe, des colonies arabes et perses apparaissent le long des côtes avant le .

À la fin du , des peuples bantous migrent dans la région : expansion bantoue.

À partir de arrivent les Luo nilotiques, surtout en région Nyanza (lac Victoria).

Ces peuples, locuteurs des langues bantoues et nilotiques, forment maintenant les trois quarts de la population du Kenya.

À partir de ce substrat multiethnique se développe la culture swahilie, métissage entre la culture arabe et africaine.

Présences européennes, omanaises, ottomanes (1500c-1900c) L'arrivée des Portugais au remet en cause la prédominance arabe sur la côte, elle-même éclipsée par celle d'Oman en 1698. Le Royaume-Uni quant à lui établit une influence durant le .

De 1880 à 1963 : période coloniale, Afrique orientale britannique (1895-1920), Colonie et protectorat du Kenya (1920-1963) Afrique orientale britannique (1895-1920) Colonie et protectorat du Kenya (1920-1963) L'histoire coloniale du Kenya débute avec la création d'un protectorat allemand sur des possessions du sultan de Zanzibar, puis l'arrivée de la Compagnie britannique impériale d'Afrique de l'Est (Imperial British East Africa Company, IBEAC) en 1888. Les rivalités entre ces deux pays cessent lorsque l'Allemagne renonce à ses possessions côtières en faveur du Royaume-Uni en 1890.

Sur le modèle de l'Afrique du Sud, l’administration coloniale britannique impose en 1915 l'obligation pour tous les noirs de plus de quinze ans de porter en permanence autour du cou un certificat prouvant leur identité et leur emploi. En 1920, le gouverneur fait augmenter l’impôt par tête pour contraindre les Kikuyus à s'engager comme salariés agricoles auprès des colons et ainsi pouvoir payer. Toutefois, quand en 1921 les colons réduisent les salaires des ouvriers indigènes d'un tiers, des manifestations et des grèves se déclenchent. Le , 57 manifestants sont abattus et les dirigeants des associations nationalistes sont arrêtés puis déportés.

Le gouvernement britannique établit en 1895 l'Afrique orientale britannique, et permet en 1902 aux colons blancs d'accéder aux hautes plaines fertiles. Ces colons ont une influence dans le gouvernement avant même que ne soit officiellement déclarée la colonie de la Couronne en 1920, mais les Africains sont exclus de participation politique directe jusqu'en 1944.

D'octobre 1952 à décembre 1959, la révolte des Mau Mau combat la loi coloniale britannique. Les décideurs britanniques font alors participer de plus en plus d'Africains aux processus gouvernementaux, afin de couper les rebelles de leur soutien. Les premières élections directes pour Africains au Conseil législatif ont lieu en 1957. La guerre s’achève avec 100 000 morts côté africain et 320 000 détenus dans des camps, dont plus d'un millier sont exécutés et des milliers d'autres torturés.

Drapeaux coloniaux

Kenya indépendant (1963) Royaume du Commonwealth (1963-1964) vignette|Jomo Kenyatta, Premier ministre sous la période monarchique, devient le du Kenya en 1964 (photo de 1966) Le dirigeant indépendantiste Jomo Kenyatta (1894-1978) est libéré de prison en 1961, alors que l'indépendance du Kenya se profilait, car les autorités britanniques espéraient s’appuyer sur des personnalités modérées afin de préserver leur influence sur leurs anciennes colonies. Peter Anyang' Nyong'o explique que « quand, en 1954, le gouvernement colonial et le colonat européen reconnurent qu'il fallait mettre fin à l'apartheid au Kenya pour parvenir à un règlement politique de la crise, il était clair que, parmi les Africains, il y avait suffisamment de partisans d'une alliance de classe avec les colons, prêts à partager le pouvoir politique contre les Mau Mau et les autres "nationalistes extrémistes" ».

Le , le Kenya obtient son indépendance et, pendant un an, devient un royaume du Commonwealth avec pour chef d'État la reine Élisabeth II. Elle est représentée sur place par un gouverneur général, en la personne de Malcolm MacDonald, avec Jomo Kenyatta pour Premier ministre. Dès , le Royaume-Uni fait signer au Kenya des accords militaires leur reconnaissant le droit d'utiliser le Kenya comme base militaire pour d'éventuelles opérations dans la région. Le jeune État compte alors deux partis politiques : le Kenya African National Union (KANU) créé en 1960 par l'union de trois autres partis, à savoir le Kenya African Union (KAU) — fondé par Jomo Kenyatta —, le People's Congress Party (PCP) et le Kenya Independent Movement (KIM) ; le (KADU), aussi créé en 1960 par Ronald Ngala, afin d'offrir une alternative au KANU.

Présidence Jomo Kenyatta (1964-1978) Un an plus tard, le pays devient une république et Jomo Kenyatta (1894-1978) son premier président. (1907-1981), nommé ministre d'ÉtatAu Kenya, un ministre d’État dirige un ministère important comme les Affaires étrangères ou la Sécurité intérieure et fait partie du bureau du président de la République. est l'éminence grise du pouvoirDaily Nation, « Mbiyu Koinange, the powerful force behind the Kenyatta presidency » (sources : documents déclassifiés en 2011), article du 29 octobre 2011 et le reste jusqu'à sa mort. Le KADU, qui perd les élections générales de 1963, s'autodissout et rejoint le KANU. Le Kenya devient de facto un État à régime monopartite.

Le régime met aussitôt fin aux espoirs des indépendantistes radicaux de redistribution des terres : les terres sont rachetées aux colons qui veulent partir et revendus aux Kényans qui en ont les moyens, les capitaux britanniques sont épargnés et les investissements étrangers encouragés. Le choix d'une économie de marché renforce une classe de capitalistes locaux au détriment des anciens rebelles, au sujet desquels Kenyatta déclare : « nous ne laisserons pas des gangsters diriger le Kenya, les Mau Mau étaient une maladie qui a été éradiquée et qu'il nous faut oublier à jamais ». Témoin de cette orientation, le journal conservateur britannique The Economist lui consacre en 1965 un article élogieux intitulé « Notre homme au Kenya ».La majorité des Britanniques quittent le Kenya et sont indemnisés par leur propre gouvernement et le gouvernement kényan. des quittent aussi le pays et, grâce à leur ancien passeport britannique, émigrent, pour la plupart, vers le Royaume-UniWilliam R. Ochieng' et Robert M Maxon, An economic history of Kenya (1992)Keith Kyle, The Politics of the Independence of Kenya (1999). Les désaccords politiques interviennent de plus en plus fréquemment entre le président Kenyatta et le vice-président Oginga Odinga (1911-1994). Ce dernier reproche au premier de mener une politique de clientélisme et, à la suite d'un amendement à la Constitution qui dissout le Sénat — absorbé par l'Assemblée nationale — et les Assemblées provinciales, de centralisation de tous les pouvoirs. Il démissionne en pour former le parti politique (KPU).

Le , Odinga est arrêté après que Kenyatta et lui-même se sont insultés mutuellement, verbalement et publiquement. Trois jours plus tard, le KPU est interdit et le pays redevient de facto un État de monopartismeDaly Nation, « The incident that transformed Kenya into a de facto one-party state », article du 23 octobre 2009 . Sur le plan politique, Kenyatta instaure un régime à parti unique fondé sur la doctrine Haraambee (« Agir ensemble » en swahili). Le président pratique une politique autoritaire et clientéliste pour assurer l'unité nationale. Pourtant, selon l'historien britannique John Lonsdale, Kenyatta perpétue l'héritage colonial qui « institue un État et non une nation ». Son pouvoir repose sur « un féodalisme ethnique [...] avec son contrat inégal de vassalité garanti par un discours normatif de l'ethnicité morale ».

En 1975, l’Ouganda s’engage dans une vaste politique de développement militaire qui inquiète le gouvernement kényan. Au début du mois de juin, ce dernier confisque le chargement d’un gros convoi d’armes de fabrication soviétique en route pour l’Ouganda depuis le port Kilindini Mombasa. La tension atteint son maximum en quand le président ougandais, Idi Amin Dada, annonce soudainement qu’il va enquêter sur le fait qu’une grande partie de l'actuel Soudan du Sud et de l’ouest et du centre du Kenya, jusqu’à de Nairobi, sont historiquement partie intégrante de l’Ouganda colonial. La réponse kényane, très lapidaire, arrive deux jours plus tard indiquant que . Amin Dada fait finalement marche arrière en voyant les Kényans déployer des troupes et des transports blindés en position défensive sur la frontière avec l’Ouganda.

Présidences Daniel arap Moi (1978-2002) vignette|Daniel arap Moi (1924-2020), du Kenya (photo de 2001)