Les Orcades, en anglais : , en gaélique écossais : , sont un archipel subarctique de la mer du Nord situé au nord de l'Écosse à de la côte de Caithness. Les côtes occidentales sont baignées par l'océan Atlantique. Cet archipel compte soixante-sept îles légèrement vallonnées, dont seize seulement sont habitées. Les quelque vivent pour la plupart sur l'île principale, Mainland, d'une superficie de , dans les villes de Kirkwall et Stromness.

Les Orcades, habitées en permanence depuis le Mésolithique soit , ont conservé certains des sites néolithiques les plus anciens et les mieux préservés d'Europe, notamment le site du cœur néolithique des Orcades, inscrit au patrimoine mondial. L'archipel devient une terre picte avant d'être annexée par des Vikings norvégiens en 875. Sa souveraineté passe au royaume d'Écosse en 1472, à la suite du mariage de Jacques III d'Écosse avec Marguerite, la fille du roi Christian de Danemark.

Les Orcades sont l'une des trente-deux d'Écosse, l'une des circonscriptions électorales du parlement écossais, ainsi qu'une des régions de lieutenance d'Écosse, un ancien comté et une ancienne région d'Écosse (du au ), avec le statut particulier de .

L'agriculture et la pêche sont les principaux secteurs économiques de l'île, ainsi que le secteur des énergies renouvelables, en plein développement.

Étymologie

Pythéas a visité « l'île de Bretagne » certainement entre 322 et , il y décrit notamment une région appelée Orcas, à l'extrême nord de l'île. Au , Pomponius Mela recense plus de 30 îles dans un archipel qu'il appelle Orcades. De même, Tacite, en l'an 98, affirme que son beau-père Agricola avait découvert les Orcades que Pline l'Ancien avait également mentionnées dans son Histoire naturelle, livre IV, § XXX.

La racine orc-, proche du latin porc-us, est généralement interprété comme venant de la langue picte et signifiant « cochon » ou « bête rousse » (sanglier juvénile) (sens I-1, consulté le 21 décembre 2015)... L'ancien terme irlandais pour désigner l'archipel était Insi Orc, que l'on peut traduire par « îles aux cochons ». En gaélique écossais, l'archipel se nomme Arcaibh. À la fin du , avec l'arrivée des colons norvégiens, le préfixe Orc- est réinterprété en vieux norrois comme venant de « ork’n », qui signifie « phoque ». Il lui est rajouté le suffixe -ey, qui signifie « île », formant le terme d’Orkney adopté en anglais.

Histoire Mésolithique

Un site récemment fouillé sur l'île de Stronsay, daté d'environ , a livré un millier de morceaux de silex, ce qui est peut-être la trace d'un campement temporaire. D'autres fouilles sur le site de Tankerness sur l'île de Mainland, ont présenté des traces d'occupation humaine datée de à , au mésolithique. De plus, les sites de Lithic Scatter sur Seatter, ou ceux de South Ettit, Wideford Hill, Valdigar et Loch of Stenness ont livré de petits outils en pierre polie.

Des éléments géologiques montrent que vers , un important tsunami causé par les glissements de terrain de Storegga, a frappé les Shetland et le reste de la côte orientale d'ÉcosseSmith, David "Tsunami hazards". Fettes.com. Retrieved 7 March 2011.. Cependant, il n'existe pas de preuve d'établissement permanent à cette époque, aucun lieu de sépulture de cette époque n'ayant été découvert.

Liste des sites mégalithiques des Orcades, Yetnasteen, Cairn dolménique de Midhowe ,

Néolithique

Les Orcades sont un centre culturel majeur au néolithique, de 3800 à L'agriculture prospère, des colonies de pierre permanentes et des tombes à chambre sont construites et des contacts à longue distance sont maintenus. À partir de ∼, le nombre et la densité des établissements augmentent, de nouveaux monuments cérémoniels et des styles de céramique, peut-être originaires des Orcades, se répandent à travers la Grande-Bretagne et l'Irlande Katharina Dulias et al., Ancient DNA at the edge of the world: Continental immigration and the persistence of Neolithic male lineages in Bronze Age Orkney, PNAS, 119 (8), 22 février 2022 , doi.org/10.1073/pnas.2108001119..

Soutenues par une économie agricole prospère, les premières colonies permanentes ont été construites en bois, suivies par des habitations en pierre à partir de ∼ L'utilisation de la pierre semble avoir été un choix de conception conscient et a abouti à un niveau extraordinaire de préservation archéologique.

Le premier établissement permanent de l'archipel est Knap of Howar, une ferme du Néolithique datant de , sur l'île de Papa Westray. Le site de Barnhouse, occupé entre 3200 et comprend quinze bâtiments.

thumb|Skara Brae, site archéologique majeur, classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco.

Le village de Skara Brae datant de 3100 à et composé de dix maisons groupées, est l'un des établissements humains les mieux préservés de l'époque néolithique en Europe.

Le site du Ness of Brodgar, en cours de fouille, pourrait avoir été occupé depuis jusqu'à la fin de la période néolithique, plus de après Towrie, Sigurd (16 August 2007) "Stone wall hints at Neolithic spiritual barrier" Orkneyjar. Retrieved 17 September 2008.. Les excavations ont permis de mettre au jour"Ness of Brodgar, Stenness, Mainland, Orkney" UHI: Orkney College. Retrieved 30 August 2008. "Orkney Archaeology News" Orkneyjar. Retrieved 30 August 2008. des habitations, un long mur de pierre massif et un grand bâtiment, lieu de culte Ross, John and Hartley, David (14 August 2009) " 'Cathedral' as old as Stonehenge unearthed." Edinburgh. The Scotsman. Retrieved 16 August 2009. ou palais.. De plus, la découverte d'une pierre colorée prouve que les peuples du Néolithique utilisaient la peinture pour décorer leurs murs et peut-être leurs corps..

Les autres vestiges de la période sont essentiellement les pierres levées de Stenness, Maeshowe et le cercle de Brodgar. Sur le site de Links of Noltland, une figurine en forme de losange datée 2500 à , est considérée comme la plus ancienne représentation d'un visage humain jamais trouvée en Écosse. Le site du Tombeau des Aigles, situé sur les falaises de South Ronaldsay, a été occupé pendant plus de 800 ans à partir de Le site a livré humains, d'oiseaux et plus de de tessons de poterie. Le site de Dwarfie Stane sur l'île de Hoy est un tombeau datant d’environ fait à partir d'un énorme bloc de grès rouge de style très différent de tous les autres sites néolithiques des Orcades.

L'île de Rousay a un nombre important de sites préhistoriques, dont une quinzaine de tombes. Le site de Midhowe à l’ouest de l'île est le plus bel exemple : broch de Midhowe (tour de pierres sèches). Il existe d'autres chambres funéraires d'importance substantielle à Blackhammer, Taversoe Tuick, Yarso, Unstan et Bookan.

Vers , s'amorce un déclin en dépit du fait que les traditions néolithiques aient persisté jusqu'au moins . Beaucoup d'établissements ont été abandonnés à cette époque, probablement en raison de changements climatiques.

Âge du bronze

Durant l'âge du bronze, de 2200 à , beaucoup moins de sites de grande envergure et de structures en pierre ont été construits - cela est peut-être dû à la détérioration des conditions climatiques - mais malgré cela, les grandes structures déjà présentes continuent à être utilisées. Les sites de l'âge du bronze découverts sont Knowes of Trotty, Kirbuster Hill, Plumcake Mound proche du cercle de Brodgar, Tofts Ness sur l'île de Sanday, Warness sur l'île d'Eday, ainsi que deux maisons sur Holm of Faray, une ferme brûlée et un burnt mound à Auskerry.

Comme dans la Grande-Bretagne de l'âge du bronze, une migration de grande échelle a lieu venant du continent et une grande partie de la population présente une ascendance significative à l'échelle du génome dérivant de la steppe pontique-caspienne. Cependant, de manière unique dans le nord et le centre de l'Europe, la plupart des lignées masculines sont héritées, du moins à Westray, du néolithique local. Cela suggère que certains descendants mâles des Orcades néolithiques sont peut-être restés distincts jusqu'à l'âge du bronze. Une explication à cette spécificité a été avancée dans la continuité, la stabilité et l'autosuffisance des établissements agricoles, tels que Links of Noltland. De plus, bien que la majorité des lignées maternelles soient manifestement arrivées avec l'âge du bronze, il existe également des preuves de continuité dans les lignées féminines de descendance de la Grande-Bretagne mésolithique à l'âge du bronze et même jusqu'à nos jours. Katharina Dulias et al. estiment ainsi que des lignées masculines indigènes ont pu rester en place tandis que la culture, la langue et même les génomes (par le biais des mariages) se transformaient pour ressembler de plus en plus à ceux du continent européen d'où étaient venus les nouveaux arrivants. L'étude des génomes suggère une structure sociale basée sur la patrilocalité et l'exogamie féminine.

Âge du fer

Des fouilles sur Mainland ont révélé une « atlantic roundhouse » construite vers , des découvertes similaires ont été faites à « Bu » sur Mainland et à « Pierowall Quarry » sur Westray. Les brochs et les wheelhouses sont les structures les plus visibles de l'âge du fer de l'archipel, notamment le broch de Burroughston, le broch de Midhowe et le broch de Gurness. Il y aurait 8 wheelhouses dans les Orcades, 4 sur Sanday, un sur Eday, un sur Shapinsay et deux sur Mainland, près du Burrian broch, et broch of Gurness.

thumb|Le broch de Midhowe, sur la côte sud-ouest de Rousay.

D'autres structures de cette période sont des habitations, des pierres tombales comme sur l'île de Brough of Birsay, des structures souterraines (earth-houses) comme le site de Mine Howe, des tumuli et des cairns. Les principaux témoignages de cette époque sont essentiellement les éléments les plus résistants tels les meules en pierre, les peignes en os ou de simples poteries.

Lors de la conquête romaine de la Grande-Bretagne, un « roi des Orcades » a été l'un des onze dirigeants britanniques qui ont fait allégeance à l'empereur Claude en à Colchester. L'élément le plus notable de la présence romaine est l'arrivée dans l'archipel de la flotte d'Agricola, sûrement à Shapinsay. En dehors de ce fait, l'influence directe romaine semble avoir été limitée au commerce. Il y a cependant plusieurs preuves de trafic entre les Orcades et l'Empire romain : des poteries romaines de l'an -60 ont été trouvées sur le site du broch of Gurness et des monnaies des ont été retrouvées au broch of Lingro. À partir de l'an 211, les Orcades ont définitivement cessé tout trafic avec l'Empire romain et les Orcades ne sont citées dans aucun écrit jusqu'au .

Les Orcades ont subi l'influence des Gaëls Dál, qui s'y seraient même établis temporairement vers le début du . Leur influence s'est peut-être propagée sur l'archipel via les missionnaires chrétiens irlandais, notamment les compagnons de saint Colomban. Le Buckquoy spindle-whorl écrit en oghamique pourrait se rapporter à cette époque. La culture chrétienne devient prééminente autour du , l'île de Papa Westray devenant l'évêché des Orcades, cependant l'archipel restera à dominante Picte tout au long de l'âge de fer jusqu'à l'arrivée des Vikings au . Avant l'arrivée des Scandinaves et de leur culture, les Orcades n'ont ainsi connu que le latin et le vieux gaélique.

Époque norvégienne

À la fin du et au début du , les Orcades comme les Shetland subissent une importante colonisation norvégienne principalement due à la croissance démographique qui pousse les Scandinaves à émigrer. Les Norvégiens ayant importé une loi et une langue nouvelles, le vieux norrois, qui survivra jusqu'au , le sort de la population indigène est incertain : assimilation ? exil ? esclavage ? génocideJames Graham-Campbell : Cultural Atlas of the Viking World, 1999. Page 38. . ?

thumb|Harald de Norvège prend le contrôle des Orcades en 875.