Le Café Tortoni de Paris est un café parisien qui a connu un très grand succès au . Ses propriétaires successifs, d'origine italienne et glaciers de profession ont fait de cette maison un .
Là se retrouvent des hommes politiques, des intellectuels, boursiers, dandys, femmes du monde et parfois des cocottes, ou demi-mondaines.
À cette époque, il est souvent fréquenté et cité par les romanciers et les voyageurs étrangers.. La célébrité de ses habitués et, accessoirement, ses desserts glacés, lui ont valu une renommée internationale qui perdure.
Localisation
Situé à l’angle du boulevard des Italiens et de la rue Taitbout (respectivement aux et ), le Café TortoniLocalisation géographique : . était au centre des lieux d'animation de la vie parisienne. Il se situait à quatre rues de l'Opéra et à trois cents mètres à vol d'oiseau de l'ancienne Bourse. À l'époque, sur le boulevard, existaient de nombreux cafés ; de part et d'autre de Tortoni, au , on trouvait le Café Hardy, qui allait devenir le restaurant de la Maison Dorée, et, au , le Café de Paris.
vignette|center|400 px|Autour du 22, boulevard des Italiens, Paris.
Histoire
L'établissement, fondé par Velloni sous le Directoire, deviendra la propriété des Tortoni, probablementLe café sera mis en gérance (vente du fonds) en 1847, 1859, à , puis aux frères Percheron d'après l’Annuaire du commerce Didot-Boutin de 1847, le journal Le Monde illustré du 28 novembre 1863 et La Justice du 30 juin 1893 ; d'après les archives de succession Tortoni, il est toujours la propriété de François Aldégonde Tortoni, à sa mort, en 1876., jusqu'à sa disparition à la fin du .
Velloni
Gaëtan Baldisserd VelloniLes renseignements d'état civil concernant Velloni et Tortoni-Gérard sont tirés des Archives de Paris, état civil, sauf exceptions dûment précisées. (1750-1827) est né à VeniseToute la bibliographie indique que Velloni est napolitain, mais sans aucune référence.. Glacier de profession, il vient à Paris tenter fortune. Vers 1798, âgé de 48 ans, il ouvre son premier café-glacier au coin de la rue Taitbout. Il en ouvrira d'autres dans divers quartiers de Paris et, pour l'épauler, il fait appel à un dénommé Tortoni qui régentera sa première maison. En 1804; date donnée sans référence., . C'est depuis ce temps, et sous ce nom, qu'il a fait fortune.
Les Tortoni
Trois générations de Tortoni se succèdent comme propriétaires du café de la rue Taitbout.
François-Xavier Tortoni
vignette|left|150 px|Familles Tortoni-Gérard
François-Xavier-Laurent (1767-1818) est né à Rome, fils de Gervais Tortoni et de Victoire Romaine, son épouse. Victoire, sa mère, a eu deux autres filles d'un père différent., Claire et Marguerite Mattéi : Claire épouse Jean-Simon Gérard, alors intendant de l'ambassade de France à Rome. Ils sont les parents du grand peintre : le baron François Gérard ; Marguerite devient l'épouse du baron quelque vingt-cinq ans plus tard.
Dans sa jeunesse romaine, F.-X. Tortoni est, comme Jean-Simon Gérard, attaché à l'ambassade — certainement dans le personnel d'intendance. En 1790, il rend visite à sa sœur ClaireLa paternité de Claire Mattei est douteuse par l'absence d'état civil à Rome à la fin du . Il serait possible que, fruit de la liaison de sa mère avec G. Tortoni, elle n'ait pas été reconnue par ce dernier., à Paris, où les Gérard résident depuis 1780. De retour à Rome et séduit certainement par la capitale française, il n'aspire plus, alors, qu'à remonter à Paris, ce qu'il fera quelques années plus tard.
On le retrouve à Paris, à travers les textes officiels : vignette|Le pavillon de Hanovre. En 1797 : En 1797Il , John Dean Paul, Journal d'un voyage à Paris au mois d'août 1802, traduction de Paul Lacombe, Picard, Paris, 1913, ., et 1798, on le découvre glacier : En 1799, à l'âge de trente-deux ans, il se marie. Ont signé l'acte de mariage comme témoins :
Il est possible que la célébrité grandissante de F. Gérard ait favorisé l'irrésistible ascension du Café Tortoni.
En 1804, F.-X. Tortoni devient le seul maître du café, qui désormais porte son nom. Il y habitera jusqu'à sa mort.
Sous l'Empire : . Les sauces, mais aussi, en plus de .
Dans ces années-là, François-Xavier transforme le 2, rue Taitbout. Au rez-de-chaussée, il ajoute de petits salons particuliers et, au premier étage, un grand salon de billard, dont un certain Spolar fait la réputation, avant 1809Léon Séché, Études d'histoire romantique. La jeunesse dorée sous Louis-Philippe…, Mercure de France, Paris, 1910, .. Sur le boulevard, en terrasse, il installe six tables et des chaises en paille où élégantes en calèche et hommes du monde s'arrêtent, discutent, tout en savourant des glaces. Célèbre, le perron de Tortoni fera même le titre d'un livreJules-François Lecomte, Le Perron de Tortoni, indiscrétions biographiques, Paris, Édouard Dentu, 1863..
Un personnage curieux de Tortoni était le garçon Prévost. Sa renommée fut historique :
vignette|centré|Tombe de François Xavier et de sa femme au Père-Lachaise. Plus tard, sous Louis XVIII, en pleine notoriété, François-Xavier perd sa femmeSur l'acte de décès de sa femme, en date du 27 novembre 1817, François X. L. est déclaré : .. L'année suivante, mystérieusement , . C’était le La date exacte de la mort de F. X. Tortoni n'est pas donnée avec certitude. L'année 1818 est citée dans un ouvrage allemand de Heinrich Heine, Prosa 1836-1840, éd. Fritz Mende, Éd. du CNRS, 1979-1994. La date du 30 décembre est une information obtenue auprès de Ph. Landru, professeur agrégé d'histoire, passionné de cimetières. Les archives nationales possèdent un inventaire après décès (Recherche Tortoni 1819 non consulté à ce jour : 27/09/2015) en date du 9 janvier 1819, allant dans le sens de l'information de Ph. Landru.. François-Xavier est enterré au Père-Lachaise, auprès de son épouseGuide dans les cimetières de Paris, A. Faure, Paris, 1865, ; cit. : .
Ils laissent alors un orphelin de dix-huit ans. Fils unique et héritier, il reprendra l'établissement de la rue Taitbout et en fera
François Aldégonde Tortoni vignette |250 px|Eugene von Guérard, Café Tortoni, 1856.
vignette|left|100 px|M. Tortoni, portrait attribué à F. Gérard, vers 1825. vignette|left|100 px|Signature.
François Aldégonde Xavier (1800-1876) est né au 30, rue Taitbout, là où habita Velloni. Il passe sa jeunesse chez ses parents, au 2, rue Taitbout. Quatre ans après la mort de son père, en 1822, il épouse une provinciale, Adèle Charbonnier. Elle lui apporte en dot un vaste domaine issu de l'ancienne seigneurie de Rosoy-en-Multien, village situé à au nord-est de Paris. Bon gestionnaire, il aimera partager son temps entre son établissement parisien et ses nouvelles propriétés…
Pour en revenir au café :
Sous la Restauration, Louis-Philippe et Napoléon III, le Café Tortoni, , devient l'endroit le plus en vogue de Paris. Il sera à son apogée dans les années 1830-1848. À cette époque,
Sur le coup de midi, arrivent [aussi]
Dès la fin des années 1820, à la tête d'une belle fortune, FrançoisVoir son portrait attribué à François Gérard. D'après Marcel Gervais, arrière-petit-fils de François Tortoni, F. Gérard aurait réalisé le portrait d'Adèle Tortoni et celui de leur fille Élisa. Ces deux tableaux sont certainement aujourd'hui dans des collections privées. Sources : catalogue d'exposition, David Piper, European portraits 1600-1900 in the Art Institute of Chicago, Susan Wise, 1978 ; et lettres de 1977 envoyées par la galerie Heim-Gairac de Paris au même Art Institute of Chicago. investit à Rosoy, dans son nouveau domaine qu'il transforme partiellement en résidence d'agrément. En 1830, il devient le premier magistrat du village. Il le restera pendant quarante-quatre ans.
Plus tard, dans les années 1850 probablement, après le mariage de sa fille Élisa, il participe financièrement à la construction d'une grande résidence bourgeoise, , à l'entrée ouest du village.
Après la mort de sa femme Adèle, en 1868, après la fin de l'Empire et la guerre de 1870, il semble s'être retiré des affaires. Il abandonnera sa charge de maire en 1874 et mourra à Paris en 1876, mais dans le nouveau cimetière de Rosoy qu'il avait créé, en tant que maire, dès avant 1866.
Élisa Tortoni-Gervais
Louise Élisa (1824-1900) est née au 2, rue Taitbout. Fille unique, elle épouse Ferdinand Louis Gervais en 1842. Après la guerre de 1870, le couple Tortoni-Gervais est peut-être propriétaire, mais n'est plus gérant du Tortoni, qui avait , .
Dans les années 1875-1890, Adèle, héritière (en 1876) et veuve (en 1877), suit peut-être les activités de la maison qui essaie de se diversifier. Cette période est obscure.
Des affiches vantent les mérites d'une Eau suprême Maison Tortoni. pour arrêter la chute des cheveuxVoir aussi une publicité gratuite :. ; un filsVoir le lien familial sur l'illustration , ci-avant., Paul se lance dans des aventures industrielles onéreuses (automobile et aviation) et sans lendemain ; il transforme le vieux château de Rosoy en distillerie en 1887. Elle fait rapidement faillite… Bref, étant donné qu'il est à court d'argent, le café doit être mis en vente le En l'étude de à Paris, mise à prix ; Bulletin municipal officiel de la ville de Paris, 29 mai 1892.. Le dernier gérant est Le Monde illustré, 20 janvier 1894;Voir aussi le § suivant..
vignette|center|Paul Renouard, À la terrasse de Tortoni (1889).
En 1893, lorsqu’il ferme ses portes, l’International Herald Tribune annonce :
Élisa, , disparaît peu après. C'était la dernière année du . Elle sera inhumée auprès des siens, dans leur cimetière de Rosoy. 150px|vignette|center|Sépultures des Tortoni, à Rosoy-en-Multien.
Le Tortoni, annexe de la Bourse de Paris En 1818, lorsque le nouveau ministre des Finances, Joseph-Dominique Louis, annonce que ses prédécesseurs ont laissé un déficit de de francs, la Bourse baisse et les coulissiers sont accusés de spéculer contre l'État. Une ordonnance du préfet de Paris leur interdit le passage des Panoramas et ils décident d'émigrer de manière informelle vers les tables du Café Tortoni.. À la suite d'une nouvelle crise financière en 1823, la coulisse doit louer une salle spéciale dans ce même café ..
Le Café Tortoni dans la littérature
Citons des auteurs, dans l'ordre chronologique des parutions ; liste non exhaustive :
Stendhal cite la salle de billard de Tortoni dans Le Rouge et le Noir : (1830). Honoré de Balzac le nomme plus de dix fois dans les romans de La Comédie humaine. Dès 1831, dans La Peau de chagrin, ; c’est l’endroit où se retrouvent ses personnages : Maxime de Trailles, le comte de la Palférine, Henri de Marsay, et Balzac lui-même. Dans Splendeurs et misères des courtisanes (), c’est chez Tortoni que madame du Val-Noble commande les glaces pour son grand dîner… Eugène Sue est un habitué du 2, rue Taitbout. Le Tortoni est un centre d'intrigue, dans Mathilde, mémoires d'une jeune femme (1841). Alexandre Dumas le cite dans plusieurs ouvrages : Fernande (1844) ; Le Comte de Monte-Cristo (1846) ; Saphir, pierre précieuse montée (1854). Alfred de Musset le fréquente et l'évoque : (vers 1830) ; Dans Mademoiselle Mimi Pinson, profil de grisette, (1845). Ulric Guttinguer évoque dans Mademoiselle de Champ-Rosé (1846). Jules Barbey d'Aurevilly, dans Une vieille maîtresse (1851), et Les Diaboliques (1874), en parle de nombreuses fois ; il évoque . Il avait commencé à fréquenter les lieux dans les années 1830 avec Maurice de Guérin. Victor Hugo le cite plusieurs fois et fait défiler les troupes devant le perron de Tortoni dans Napoléon le petit (1852). Gustave Flaubert le cite dans L'Éducation sentimentale : Dussardier y est tué par Sénécal (1869). Émile Zola le cite dans La Curée (1871) : le duc de Rozan et M. Larsonneau « allèrent déjeuner ensemble chez Tortoni ». Maupassant le cite également dans les Contes du jour et de la nuit, dans la nouvelle Un lâche (1885) : y provoque en duel Georges Lamil ; l'événement le conduira au suicide.