Roger Vailland a écrit durant toute sa vie pour de nombreux journaux, comme métier principal jusqu'à la Libération, puis surtout comme reporter ensuite, quand la publication de Drôle de jeu en 1945 lui a assuré une meilleure assise financière. Il prit aussi beaucoup de notes ou conserva des textes sur des projets qui n'aboutirent pas, dont certains ont été réunis par René Ballet et Christian Petr sous le titre N'aimer que ce qui n'a pas de prix.

Ce n'est qu'après sa mort, sous l'impulsion de sa femme Élisabeth Vailland avec la participation de René Ballet, l'ami de toujours, que sont parus d'abord une biographie de Roger Vailland en 1973, coécrite par Élisabeth Vailland et René Ballet puis Les Écrits journalistiques en deux volumes pour marquer la célébration du vingtième anniversaire de la mort de Roger Vailland :

Chronique des années folles à la Libération : 1928-1945, Éditions sociales, Paris, 1984, préface de René Ballet, 504 p Chronique d’Hiroshima à Goldfinger : 1945-1965, Éditions sociales, Paris, 1984, préface de René Ballet, 526 p

Mais Élisabeth Vailland ne verra pas le fruit de ses efforts puisqu'elle décèdera en .

Le journalisme comme œuvre de fiction

Ce texte de René Ballet, paru dans Lecture de Roger Vailland aux éditions Klincksiek (1990), traite de la relation paradoxale entre Roger Vailland et le journalisme. Paradoxe du journaliste Vailland pris entre passions et nécessités du quotidien ; car il faut bien vivre. En 1928, il est embauché - pour peu de temps pense-t-il - par le groupe Prouvost des Lainières de Roubaix au journal Paris-Midi, qui fusionnera plus tard avec Paris-Soir. Il note dans ses Écrits intimes : « En 1932, j'étais jeune journaliste dans un grand quotidien : je me rappelle très bien certaines conférences de rédaction, on nous disait : Hitler, Mussolini, la crise américaine, les affaires soviétiques, notre public en a par-dessus la tête; ce qu'il veut savoir de New-York : qu'est-ce que les Américaines font de leurs frigidaires ?… »

Au même moment, il se lance dans des expériences surréalistes, écrit dans la revue Le Grand Jeu des articles enflammés qui fustigent le pouvoir et promet « que les peuples des colonies massacreront un jour les colons, soldats et missionnaires et viendront à leur tour opprimer l'Europe. » Il espère dépasser la réalité d'une vie qui lui échappe, ne plus être cet individu fractionné qui prend des pseudonymes pour masquer sa double personnalité entre jour et nuit. Un monde en noir et blanc.

Le piège va se refermer sur lui au bar du Château le à propos d'un article 'anodin' sur le préfet Jean Chiappe. Il est mis en accusation, humilié par certains surréalistes, André Breton en tête. La rupture est consommée. Il dira un peu plus tard « l'impression qu'il y a quelque chose qu'on appelle la jeunesse et qui est finie pour moi. » Désormais, il n'a plus d'échappatoire, perdant sa vie à la gagner. Les nuits de bringue et la drogue n'y changeront rien. Il se fait une idée tellement haute de la littérature qu'il détruit tous ses écrits. Il détruit et se détruit en "brûlant sa vie par les deux bouts."

D'après René Ballet, l'idée de Vailland est d'arriver à faire du journalisme une œuvre de fiction: « en bien parlant de n'importe quoi, on dit tout », écrira-t-il. Ainsi le journaliste créerait l'information à son image, n'informant jamais que de sa propre image. À l'appui de sa thèse, René Ballet cite Roger Vailland qui, à propos de l'historien Suétone Voir l'analyse de Roger Vailland dans son livre Les pages immortelles de Suétone publié en 1962, s'étonne de ses contradictions puis finit par comprendre : « Vivant sous la tyrannie du quatorzième César, il s'effraie de dévoiler le mécanisme du pouvoir des douze premiers… Suétone brouille donc les cartes… Suétone « est un redoutable et un merveilleux hypocrite… il révèle, il dévoile, il démasque. »

Robert Brasillach, son ancien condisciple d'hypokhâgne, renchérit : « Lorsque Roger Vailland… écrit pour Paris-Soir des reportages peut-être ironiques, je reconnais Fulgur. »Fulgur : feuilleton écrit par Vailland, Brasillach et d'autres qui parut dans le journal L'Yonne Républicaine Double jeu, double langage à la manière de Suétone. Écrire un article est pour lui écrire une œuvre de fiction publiée au jour le jour où tout est pesé, l'approche du sujet, la construction, le ton et le langage.

René Ballet y voit une longue filiation où les portraits de « femmes de Montparnasse » en 1929, ceux de ses romans-reportages Leïla et La Visorava en 1932-33 ou l'enquête sur La Stavisky du Périgord<ref>Voir le tome I des Chroniques et l'édition de 1986 pour La Visirova parue aux éditions Messidor </ref> annoncent le personnage de Frédérique, l'héroïne de La Truite, le dernier roman de Vailland.

Présentation des Chroniques Introduction Tous les écrits de Vailland ne figurent pas dans les deux tomes des Chroniques. D'abord parce qu'un certain nombre de textes avaient déjà été repris dans la biographie de Roger Vailland parue en 1973Roger Vailland par Élisabeth Vailland et René Ballet, Seghers, 1973 et parce qu'il s'agit d'un travail de tri et de compilation qui devait marquer la trajectoire du journaliste Roger Vailland au cours de sa vie en choisissant des textes représentatifs de chaque période de sa vie, de ses premiers pas en journalisme en 1928 jusqu'à son dernier texte écrit en .

D'autres textes ont été publiés à part, ensemble d'articles reliés en livres : - Les deux romans-reportages publiés à titre posthumes en 1986 et 1992, La Visirova La Visirova, paraît en feuilleton en 1933 puis est éditée en 1986, Paris, Éditions Messidor, 199 p et Cortès Cortès, le conquérant de l'Eldorado, feuilleton en 1941, réédition Paris Messidor, 1992, 215 p donc publiés après la parution des Chroniques parce qu'il formaient un tout difficilement intégrables à ces deux volumes et constituaient des œuvres en soi; - Les textes écrits comme correspondant de guerre en 1944-45, repris sous forme de livres reliés en 1945, lors de la libération de l'Alsace La bataille d'Alsace, Paris Jacques Haumont, 1945 et avec la première armée française La dernière bataille de l'armée De Lattre, Paris Ed. du Chêne, 1945..

On trouvera aussi quelques textes inédits dans la revue Le Croquant par exemple et surtout dans les Cahiers Roger Vailland parus aux Éditions Le temps des Cerises. Quelques repères

Contenu du tome I (Édition dirigée par René Ballet. Préface de Roland Leroy) : 1928-1945 Des romans-reportages que Vailland a écrit, un seul, le premier, n'a pas fait l'objet d'une édition brochée après sa mort mais a été intégré dans ce tome de la Chronique et qui s'intitule : Leïla ou les ingénues voraces, reportage qu'il rapporta de son voyage en Turquie.

Dans ce volume, d'autres articles qui forment un ensemble cohérent constituent de véritables nouvelles, comme La Staviski du Périgord, L'enlèvement du général Miller ou Weidmann devant ses juges. D'autres à l'époque où il était correspondant de guerre 1944-1945), ont été réunis en livres et publiés par la suite (voir chapitre Présentation) ou avaient déjà fait l'objet d'une publication voir Suède40, Paris, Éditions du Sagittaire, 1940, 95 p.

Dans ce premier tome, les articles retenus sont répartis de la façon suivante :

Le reportage, roman-feuilleton intitulé Leïla; En passant par le surréalisme : Les années de jeunesse et le Grand Jeu ses lieux de mémoire : Reims et Paris, de 'La Mouffe' à Louis-le-Grand La grande presse : Les 'Montparnos' et les grandes heures de Montparnasse; Le Paris des années folles : Paris-cocktail, Étrangers à Paris, Jazz et bals nègres, les marginaux, L'autre Paris; Et le cinéma prit la parole : Autour de l'écran, Portraits d'acteurs, Les représentations; Les grands procès : Échos de l'Affaire Stavisky, La Staviski du Périgord, L'enlèvement du général Miller, Weidmann devant ses juges; Le monde se bouleverse : Le krach de Wall Street, Crise en Allemagne et montée du Nazisme, Agression japonaise contre la Chine; Cet inoubliable printemps de 1936 : Signe précurseur, Roger Vailland 'séancier', Un homme du peuple sous la Révolution; Grand reporter : L'Abyssinie, France-Soir en Espagne, Paris-Soir au Portugal, Suède 1940.

La seconde guerre mondiale Couleur de plomb : Sous le signe de , Un aristocrate frondeur, La capitale de l'ennui… Vailland devient Marat Nom que Vailland reprendra dans un essai inachevé intitulé Marat-Marat et dans son roman Drôle de jeu : Le soleil fou, Pucheu, Mon dernier rendez-vous avec Robert Desnos, Nous n'épargnerons pas Louis-Ferdinand Céline, Au printemps 1944 Roger Vailland correspondant de guerre (1944-45) :

Contenu du tome II (Édition dirigée et introduction par René Ballet) : 1945-1965 Le conservateur des hypothèques C'est un ensemble d'une quarantaine d'articles parus entre et mai 1952 dans le journal Action, réunis et édités ensuite dans la collection Les Cahiers Roger Vailland par les Éditions Le Temps des cerises.

L'idée de Vailland consistait à faire vivre un homme quelconque, anonyme Voir la lettre de présentation qu'il envoie à Yves Farge le directeur d'Action le 14 juin 1951, reproduite dans Chronique tome II, qui puisse se déplacer partout dans le département sans attirer l'attention et de noter tout ce qu'il peut voir, la façon de vivre, les usages et les mœurs de la population comme le persan de Montesquieu Ses observations se retrouvent aussi bien dans ses romans 'engagés' tels que Beau masque (la vie en ménage ou les ouvriers de la vallée de l'Albarine) ou 325.000 francs (les ouvriers du plastique à Oyonnax ou le sport amateur) que dans des œuvres postérieures comme Éloge du Cardinal de Bernis (les chevaux en Bresse), La Fête (les tailleurs de pierre) ou La Truite (l'élevage des truites dans le Jura)..

1- À travers le monde L'Europe : Belgique, Grande-Bretagne et Italie, les pays socialistes Le Moyen-Orient : Égypte, Iran, Israël - L'Indonésie

2- La France en profondeur La politique au village : à Chavannes-sur-Reyssouze dans l'Ain en 1945 D'un hameau du Bugey : la vie aux Allymes dans l'Ain entre 1951 et 1954, ensemble de 9 articles évoquant la vie quotidienne dans cette région rurale du Bugey. L'évolution de la société : De Robinson-les-Marquises aux terrains vagues, ensemble de 15 articles sur les bals, la chanson, les jeunes filles, la 2 cv, seigneurs de l'Albarine et le marquis de Vogüé. Sur les champs de bataille de notre temps : ensemble de 11 articles de 1947 à 1956 centrés sur les grèves et les manifestations.

3- La culture sans (fausses) frontières : Les classiques ne sont des objets de musée Littérature : le père Goriot, Lamiel, Madame Bovary, lisez Flaubert - ** Théâtre : Électre notre voisine, Racine, esprit fort, le patron des géomètres. Regard (froid) sur l'actualité : Littérature et théâtre, Cinéma et télévision, Arts plastiques, Sport.

4- Politique et littérature Du Drôle de jeu au progressisme : 6 articles sur communisme, existentialisme et bourgeoisie. : le colonel Foster, la Hongrie, 'Beau Masque. : La prose est à réinventer (8 articles sur ce thème), le théâtre est à réinventer, l'éducation est à réinventer, l'amour est à, une réinventer (9 articles sur ce thème), la presse est à réinventer (présentation de Batailles pour l'humanité), la politique est à réinventer, l'homme est à réinventer.

5- : Articles sur ses écrits : La Loi, Le regard froid, Monsieur Jean, 325.000 francs, La Truite. Le temps mesuré, sa dernière interview.

6- Qu'est-ce que vous faites ? - Le Nouvel Observateur,