La programmation architecturale et technique est une pratique professionnelle qui s'inscrit parmi les études préalables aux études d'architecture et qui a pour objectif de permettre à une maîtrise d'ouvrage d'exprimer les objectifs ainsi que divers paramètres (usages, calendrier, budget, cadre de vie, environnement, exploitation-maintenance) du projet immobilier dont elle a la charge.

Les études de programmation architecturale permettent ainsi la , démarche qui passe par .

Étant donné que près de 75%, des personnes exerçant ce métier travaillent pour au sein de structures privées (généralement) ou publiques, œuvrant elles-mêmes pour le compte de maîtrises d'ouvrage dans le cadre de prestations d'études associées à chaque projet, l'on peut considérer que ce métier entre dans la catégorie des métiers d'assistance à la maîtrise d'ouvrage.

La personne qui exerce ce métier en France est le « programmiste », terme forgé pour se distinguer du programmeur dont le métier concerne le développement de programmes informatiques. Le terme de « programmeur » ou « programmateur » a été utilisé lors des premières réflexions au sujet du métier, dans les années 70 et 80 avant de se stabiliser.

Enfin, la programmation architecturale doit être distinguée de la programmation urbaine qui, bien que partageant une partie méthodes (issues des sciences humaines et sociales) ou des formations, se différencie par son domaine d'application.

La programmation architecturale : définition et application

Définition de la pratique professionnelle D'après la Mission Interministérielle pour la Qualité des Constructions Publiques (MIQCP), une étude de programmation a pour vocation de s'établir à cheval entre :

les études « préopérationnelles », qui « rassemblent l’ensemble des études préalables nécessaires à la définition du projet de construction du maître d’ouvrage (études d’opportunité, recherche de site, faisabilité,...) et aboutissent à la constitution d’un préprogramme posant l’ensemble des bases de définition de l’opération de construction », et les études « opérationnelles », qui, du moins en programmation « donnent lieu à la rédaction du document programme, et au suivi de la commande grâce à l’adéquation programme/projet ».

La rédaction du préprogramme et du programme constituent donc des moments pivots des études de programmation, mais cependant ont des statuts différents. Ainsi, la rédaction du préprogramme, ainsi que les arbitrages afférents, correspond au moment où la maîtrise d'ouvrage prend la décision d'engager l'opération ou non : « Produire un préprogramme et le valider, c’est asseoir l’opération sur des bases solides. Le remettre en cause ultérieurement, c’est changer le sens de l’opération. Se passer d’en rédiger un, c’est prendre le risque d’ouvrir la porte à de multiples interrogations et atermoiements (...) ». Le programme quant à lui, s'inscrit dans la continuité de la décision de construire, et alimente le processus de désignation d'un maître d'oeuvre.

Il s'avère que, dans la pratique, ce qui est considéré par les maîtrises d'ouvrages comme relevant généralement de la programmation comprend les études « préopérationnelles » et qu'une partie seulement des études « opérationnelles », jusqu'à la production du programme. Ainsi, environ un tiers des maîtres d'ouvrages publics reconnaissent prolonger les missions de prestataires, généralement programmistes, au-delà du concours, et environ un tiers ne le font jamais, l'autre tiers agissant selon les circonstances.

Domaines d'application en France La loi relative à la maîtrise d'ouvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise d'œuvre privée (dite « loi MOP ») de 1985 donne obligation aux maîtres d’ouvrage publics de rédiger un « programme » préalablement à la consultation visant au recrutement d'un maître d’œuvre. Cette loi dispose que le programme :

décrit et explicite « les objectifs de l'opération et les besoins qu'elle doit satisfaire ainsi que les contraintes et exigences de qualité sociale, urbanistique, architecturale, fonctionnelle, technique et économique, d'insertion dans le paysage et de protection de l'environnement, relatives à la réalisation et à l'utilisation de l'ouvrage » constitue un des éléments du cadre de la dévolution de la maîtrise d’œuvre, est déterminé conjointement à une estimation du coût de l’opération, et qu’il peut évoluer au fur et à mesure des études de conception, jusqu’à la fin des études d’avant-projet.

Au cours des réformes de la commande publique, la loi MOP a été abrogée mais son contenu est intégrée quasiment tel quel dans le code de la commande publique : les dispositions régissant le programme sont toujours en vigueur . À noter que la loi Loi portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique (dite « loi ELAN ») de 2018 exonère du suivi des dispositions de loi MOP les bailleurs sociaux et les CROUS, ainsi que les opérations dépassant la réglementation thermique en vigueur. Ce sont les rares projets publics pouvant s'exonérer de l’écriture d'un programme en tout cas d'un point de vue purement réglementaire, dans la mesure où la conception du bâtiment sans programme ne permet au maître d'oeuvre de discerner précisément le périmètre de sa mission et les exigences techniques et fonctionnelles associées.

Il pourrait être pensé qu’une structure ne puisse être programmiste et maître d’œuvre d’une opération du seul fait des dispositions de la loi MOP. Cette idée est battue en brèche par Jacques Cabanieu, directeur de la MIQCP au début des années 2000, qui indique que « La difficulté vient plutôt en fait du code des marchés publics selon lequel une personne ayant participé à la programmation est trop avantagée en cas de mise en concurrence ». Cette idée semble toutefois contraire à la déontologie en vigueur, et est clairement en opposition aux règles de la seule organisation représentative des programmistes.

Ainsi, l'on peut résumer la raison de la naissance de la programmation en France par :« une double contrainte réglementaire : le maître d'ouvrage est responsable de la réalisation du programme de ses bâtiments tandis que la phase de programmation doit être distincte de la phase de conception ».

Tous les secteurs relevant des compétences de la personne publique sont concernés. La réalisation d'études de programmation est considérée comme "régulière" pour près des deux tiers des maîtrises d'ouvrages publiques en charge d'opérations de bâtiments, et seules un dixième d'entre elles environ reconnaissent ne pas y faire appel.

: le SYPAA, Syndicat des Programmistes en Architecture et Urbanisme.

Des sociétés privées font également appel à la démarche de programmation dans le cadre de leurs projets immobiliers, ce qui « découle d’une volonté d’organisation liée aux enjeux et à la nécessité de réussir ». Aucun outil ne permet de connaître la proportion de projets de maîtrises d'ouvrages privées faisant recours à la programmation. Celle-ci semble toutefois croissante.

Domaines d'application à l'étranger La programmation architecturale en tant que champ professionnel reconnu par un syndicat professionnel est une spécificité française, liée aux dispositions légales de la loi MOP et de la commande publique décrites précédemment. Cependant, la pratique de la programmation architecturale existe ailleurs dans le monde, en témoigne la notion de « brief » utilisée dans le monde anglophone, désignant la même chose qu'un programme, aussi bien pour des constructions publiques que privées. Citons également que les ouvrages de références dans le monde sur ce domaine ont été publiés aux USA.

Histoire de la programmation architecturale en France

Une formalisation dans les années 1970 La formalisation de programmes et la pratique professionnelle associée existe implicitement depuis un temps si lointain qu'il apparaît difficile à dater. Au cours des et s'est opérée en France une rationalisation de la pensée et de l'action autour du projet architectural et du projet urbain, qui s'est notamment traduite dans les années 1960 par l'apparition de la démarche de programmation urbaine. La programmation architecturale en tant que pratique professionnelle pensée et nommée comme telle apparaît en France sous la férule de François Lombard, architecte et ingénieur, qui a travaillé auprès de Christopher Alexander à Berkeley, puis qui a été conseiller technique du directeur de l'architecture au Ministère de la Culture. Ce parcours lui a permis de développer une méthode de programmation architecturale qui a été pour la première fois utilisée lors du management du projet du centre Georges-Pompidou, dans les années 1970.

François Lombard donne alors à la programmation, le rôle d'« assurer une continuité entre les objectifs initiaux et le résultat final, le respect de la qualité, du coût et des délais au niveau de la construction, la participation des futurs utilisateurs et usagers à l’élaboration de l’ensemble, les meilleures conditions de recherche pour la conception architecturale » . Il considère que le seul dialogue entre un maître d'ouvrage et un maître d'œuvre ne permet par d'assurer l'ensemble de ces questions. Ce sont ces objectifs que l'on retrouvera en partie dans la loi MOP promulguée environ 10 ans plus tard.

La pratique de la programmation s'inscrit en filiation avec les « design methods » telles qu'établies par des chercheurs tels que Nigel Cross et Christopher Alexander, auxquelles l'on peut rattacher l'économiste Herbert Simon. Cette approche considère que la résolution de problèmes complexes est une gageure : il s'agit non pas de trouver la solution la plus satisfaisante mais la plus « satisficing » — ce mot-valise désigne l'arbitrage complexe vers une solution qui soit certes satisfaisante (« satisfying ») mais aussi dont les moyens alloués à l'investigation vers cette solution soient supportables (« sufficing »). Ces réflexions ont abouti à la théorisation d'un processus de design par boucles de rétroaction : une solution est mise au point sur la base d'hypothèses de départ, testée, et les résultats sont censés modifier les hypothèses de départ.

Ainsi, la méthode de François Lombard, présentée dans divers articles de revues professionnelles dans les années 1970 prend une acception particulière des approches de design : le processus y est séquentiel, prend l'hypothèse implicite d'un jeu d'acteur entre un maître d'ouvrage unique et fort, des utilisateurs coordonnées, un maître d'œuvre à l'écoute, en l'absence d'autre partenaires. Cette situation semble être un cas particulier de projet, par rapport à des projets portés par des collectivités territoriales, où les financeurs et partenaires peuvent être multiples, et les relations avec les utilisateurs complexes.

Une stabilisation dans les années 1980, une professionnalisation dans les années 1990 La réforme de l'ingénierie publique qui a eu lieu dans les années 1970 à 90, se matérialisa par la loi sur l'ingénierie de 1973, la loi MOP de 1985 et par différentes réformes du droit de la commande publique. La loi MOP consacra le terme de programmation architecturale, qui a alors été identifiée comme une façon de « sortir d’une production architecturale standardisée et comme un moyen de contrôler les différentes étapes d’un projet [architectural] ».

Le décret d'application de la loi MOP fut promulgué à la fin de 1993, c'est dès lors que l'obligation de réalisation de programme fut établie pour les maîtrises d'ouvrages publiques. Le SYPAA, Syndicat des Programmistes en Architecture et Urbanisme, fut créé dans la foulée de cette promulgation, en 1994.

La formation de programmiste en architecture en France