upright=1.3|thumb|Face nord de l'Everest.

L’expédition britannique à l'Everest de 1924 est – après celle de 1922 – la deuxième expédition d'alpinisme ayant pour objectif d'effectuer la première ascension de l'Everest. Deux premières tentatives échouent mais permettent à Edward Norton d'établir un nouveau record d'altitude en atteignant . Les alpinistes George Mallory et Andrew Irvine disparaissent au cours de la troisième tentative, ce qui met fin à l'expédition. Leur disparition donne lieu à des spéculations pour savoir s'ils ont atteint ou non le sommet trente ans avant Edmund Hillary et Tensing Norgay. Le corps de Mallory est retrouvé en 1999 à , mais aucun indice ne permet de déterminer s'il a atteint le sommet.

Contexte et objectifs Au début du , les Britanniques se lancent dans la course pour atteindre en premier le pôle Nord et le pôle Sud. Ayant échoué dans ces tentatives, ils organisent des expéditions pour vaincre le prétendu « troisième pôle » – le mont Everest, le plus haut sommet de la planète.

Pour les expéditions britanniques antérieures à la Seconde Guerre mondiale, l'Everest ne pouvait être gravi que depuis le nord du Tibet, car le côté sud du Népal était fermé aux Occidentaux à l'époque. Passer par le nord est alors politiquement complexe : cela nécessitait l'intervention persistante des gouvernements britanniques et indiens auprès du Dalai Lama pour qu'il consente à autoriser les expéditions.

Un obstacle majeur de toutes les expéditions souhaitant réaliser l'ascension par le nord de l'Everest est la fenêtre de temps réduite entre la fin de l'hiver et le début des pluies de la mousson. Pour voyager de Darjeeling, au Nord de l'Inde, jusqu'au Sikkim, au Tibet, il faut gravir de hauts cols enneigés à l’est de la région du Kangchenjunga. Après cette première étape commence un long voyage dans la vallée de la et la vallée de Rongbuk jusqu'à la base de la face nord de l'Everest. Le transport est assuré par des chevaux, des ânes, des yaks et des dizaines de porteurs locaux. Les membres de l'expédition arrivent à l'Everest à la fin avril, ce qui ne leur laisse alors que six à huit semaines avant le début de la mousson.

Un objectif secondaire de l'expédition est de cartographier la région occidentale du glacier de Rongbuk. Le Geological Survey of India envoie un arpenteur gurkha avec l'expédition.

Préparatifs Deux expéditions ont précédé celle de 1924. L' conduite par Harold Raeburn trouve un itinéraire potentiel le long de l'arête nord-est. Plus tard, George Mallory propose une voie plus longue pour atteindre le col Nord et continuer le long de l'arête nord, puis de l'arête nord-est jusqu'au sommet. Cette approche semble alors la « plus facile » pour atteindre le sommet. Après avoir découvert l'accès à la base du col Nord via le glacier de Rongbuk oriental, l'itinéraire complet est exploré et paraît être une meilleure option. Plusieurs tentatives d'ascension de la voie proposée par Mallory sont réalisées pendant l'expédition de 1922.

À la suite de cette expédition, un temps de préparation insuffisant et le manque de moyens financiers empêchent la tenue d'une expédition en 1923. Le Common Everest Committee a en effet perdu la somme de dans la faillite de l'. La troisième expédition est donc repoussée à l'année 1924 The Geographical Journal, , 1924..

Comme les deux précédentes expéditions, celle de 1924 est également organisée et financée par la Royal Geographical Society et l'Alpine Club, réunis au sein du Mount Everest Committee. Le , John Noel, apporte une contribution financière importante, en échange de l'intégralité des droits photographiques. L'organisation a recours à des stratégies militaires, avec du personnel militaire.

L'un des changements importants est le rôle des porteurs. L'expédition de 1922 a constaté que plusieurs d'entre eux étaient capables d'atteindre des altitudes importantes et d'acquérir rapidement des compétences en alpinisme. Ce changement de perception des porteurs et leur plus grande implication dans l'ascension donnent lieu en 1953 à la présence de Tenzing Norgay dans la cordée victorieuse, aux côtés d'Edmund Hillary. Le système « sahib-porteur » des premières expéditions se transforme progressivement en relation « guide professionnel-client » où les « porteurs » sherpas sont de vrais professionnels de l'alpinisme et les Occidentaux principalement des clients plus faibles physiquement.

Tout comme en 1922, l'expédition britannique de 1924 apporte de l'oxygène en bouteille. Les dispositifs respiratoires ont été améliorés en deux ans, mais ils ne sont toujours pas fiables. De plus, l'utilisation de cette assistance ne faisait pas consensus. Il s'agit des débuts d'un débat qui dure aujourd'hui encore : les « puristes » prétendent que le recours à l'oxygène (qui réduit les effets de l'altitude de quelques milliers de mètres) est incompatible avec l'idéal d'une ascension avec des « moyens équitables » (en ).

Participants L'expédition est dirigée par le même chef que celle de 1922, le Charles G. Bruce. Il est responsable de la gestion de l'équipement et des fournitures, de l'embauche de porteurs et du choix de l'itinéraire vers la montagne.

La question de savoir quels alpinistes constitueraient les équipes d'attaque n'est pas facile. À la suite de la Première Guerre mondiale, toute une génération de jeunes hommes forts a été décimée. George Mallory fait à nouveau partie de l'expédition, avec Howard Somervell, Edward « Teddy » Norton et Geoffrey Bruce. George Ingle Finch, qui a atteint une altitude record en 1922, est proposé comme membre mais il n'est finalement pas retenu. Les raisons invoquées par le Comité sont le fait qu'il a divorcé et qu'il a accepté de l'argent pour donner des conférences. L'influent secrétaire général du Comité, Arthur Hinks, déclare alors qu'il est inconcevable qu'un Australien soit le premier au sommet de l'Everest. Les Britanniques veulent que l'ascension soit un exemple de leur esprit conquérant pour remonter le moral de la nation. Mallory refuse dans un premier temps de participer à l'expédition sans Finch, mais il change d'avis après avoir été personnellement convaincu par la famille royale britannique à la demande d'Hinks.

De nouveaux membres intègrent l'expédition, parmi lesquels Noel Odell, Bentley Beetham et John de Vars Hazard. La présence d'Andrew « Sandy » Irvine, un étudiant ingénieur qu'Odell connaissait depuis une précédente expédition au Spitsberg, fait figure d'« expérience » pour l'équipe et elle est destinée à tester ce « sang neuf » sur les pentes de l'Everest. Grâce à ses connaissances techniques et mécaniques, Irvine permettra d'améliorer les capacités de l'équipement à oxygène, de réduire son poids et d’effectuer de nombreuses réparations sur celui-ci et d'autres équipements d'expédition.

Les participants ne sont pas seulement retenus pour leurs compétences en alpinisme, ils sont également sélectionnés en fonction de leur statut familial, de leur expérience militaire, ainsi que leur diplôme universitaire. L'expérience militaire est alors de la plus haute importance pour la presse et pour le grand public. Richard B. Graham, qui a reçu une éducation quaker, est initialement retenu, mais il doit renoncer après avoir été informé que certains membres de l'expédition se sont opposés au fait de grimper avec un homme qui a refusé de se battre pendant la guerre Bootham School Commemoration Scholarship Fund, 1879–1929, .

L'expédition est composée – outre un grand nombre de porteurs – des personnes suivantes : NomFonctionProfessionCharles G. BruceChef de l'expéditionMilitaire (brigadier-général)Edward Felix NortonSous-chef de l'expédition, alpinisteMilitaire (lieutenant-colonel)George MalloryAlpinisteEnseignantBentley BeethamAlpinisteEnseignantGeoffrey BruceAlpinisteMilitaire (captain)John de Vars HazardAlpinisteIngénieurRichard William George HingstonMédecin de l'expéditionMédecin militaire (major)Andrew IrvineAlpinisteÉlève ingénieurJohn B.L. Noelphotographe, caméramanMilitaire (captain)Noel E. OdellAlpinisteGéologueE.O. ShebbeareOfficier de liaison, interprèteForestier T. Howard SomervellAlpinisteMédecin

Le voyage thumb|Carte de la région de l'Everest. thumb|right|Le monastère de Rongbuk (Rombuk Gompa), avec l'Everest en arrière-plan. Fin , Charles et Geoffrey Bruce, Norton et Shebbeare arrivent à Darjeeling où ils sélectionnent des porteurs tibétains et sherpas. Ils engagent à nouveau Karma Paul pour les traductions et le sardar Gyalzen (chef des porteurs). Ils achètent également de la nourriture et du matériel. Fin , tous les membres de l'expédition sont arrivés à Darjeeling et le voyage en direction de l'Everest commence. Ils suivent le même itinéraire que lors des expéditions de 1921 et 1922. Pour éviter de surcharger les , ils voyagent en deux groupes et arrivent à Yatung début avril. Phari Dzong est atteint le . Après des négociations avec les autorités tibétaines, l'essentiel de l'expédition a suivi l'itinéraire connu jusqu'à Kampa Dzong alors que Charles Bruce et un petit groupe prennent un itinéraire plus facile. À ce moment-là, Bruce est atteint par la malaria et il est contraint de céder temporairement le commandement de l'expédition à Norton. Le , l'expédition arrive à Shekar Dzong, puis au monastère de Rongbuk le , à quelques kilomètres de l'emplacement retenu pour le camp de base. Le lama du monastère de Rongbuk étant malade, il ne peut s'entretenir avec les Britanniques et les porteurs ni exécuter les cérémonies bouddhistes de puja. Le lendemain, l'expédition atteint l'emplacement du camp de base à l'extrémité du glacier de la vallée de Rongbuk. Les conditions météorologiques, bonnes pendant l'approche, évoluent peu à peu et le temps devient froid et neigeux.

Itinéraire envisagé En 1921, Mallory a entrevu un itinéraire possible, depuis le col Nord, pour atteindre le sommet. Cet itinéraire suit le glacier oriental du Rongbuk jusqu'au col Nord. De là, les crêtes venteuses (arête nord et arête nord-est) semblent permettre une ascension jusqu'au sommet. Sur l'arête nord-est, un obstacle bloque la voie à . Il s'agit du « » (en ), dont la difficulté est inconnue en 1924. Le deuxième ressaut est une formation rocheuse soudainement plus raide d'une hauteur totale de . Il se termine par une paroi de 5 à , quasi-verticale, finalement gravie pour la première fois par une expédition chinoise en 1960. Il est équipé d'une échelle, depuis 1975.

Depuis 1922, les Britanniques ont concentré leurs tentatives d'ascension essentiellement le long de la crête. Ils ont traversé la face nord vers le Grand couloir (plus tard renommé « »), grimpé le long de la limite du couloir, puis tenté d'atteindre la pyramide sommitale. Cette voie ne sera pas couronnée de succès jusqu'à ce que Reinhold Messner l'emprunte au cours de son ascension en solitaire en 1980.

Installation des camps L'emplacement des camps d'altitude est planifié avant l'expédition. Le camp () est installé comme camp intermédiaire à la base du glacier de Rongbuk oriental vers la vallée principale. Le camp (vers ) est également un camp intermédiaire, à mi-chemin avec le camp (camp de base avancé, à ) à environ des pentes glacées menant au col Nord.

Le matériel est transporté par quelque depuis le camp de base jusqu'au camp de base avancé. Les porteurs sont alors payés environ par jour. Fin avril, le camp de base avancé est agrandi, un travail qui s'est terminé la première semaine de mai.

Les premières tentatives d'ascension sont repoussées en raison d'une tempête de neige. Le , les membres de l'expédition reçoivent les bénédictions du lama au monastère de Rongbuk. La météo s'améliorant, Norton, Mallory, Somervell et Odell arrivent le au camp . Le lendemain, ils commencent à installer des cordes fixes en direction du col Nord. Ils installent le camp le à d'altitude.