L'Association juridique internationale (AJI) est une organisation d'assistance aux militants de gauche aux prises avec la justice, fondée en et dissoute en .

Proche de la Troisième Internationale, l'AJI mêle considérations politiques et expertise juridique, se spécialisant dans l'aide juridictionnelle et « la lutte contre la justice bourgeoise », aussi bien dans les démocraties libérales que dans les régimes autoritaires.

Active dans les milieux juridiques et académiques des années 1930, son influence allant au-delà des cercles communistes, l'AJI a été un milieu de formation pour de jeunes avocats qui, après la Seconde Guerre mondiale, se sont rassemblés dans l'Association internationale des juristes démocrates fondée en 1945 par Joë Nordmann et se sont investis dans la défense des militants anticolonialistes.

Histoire Fondation et débuts (1929-1934) L'association est créée à la suite d'une proposition de l'exécutif du Secours rouge international Sharon Elbaz et Liora Israël, 2005.. Le Congrès de fondation, prévu à Paris, est transféré à Berlin, à la suite de l'expulsion de son organisateur, Gustav Radler, pour infraction à la législation sur le séjour des étrangersLiora Israël, Robes noires, années sombres: La Résistance dans les milieux judiciaires, Fayard, 2005..

Son siège est d'abord à Berlin, avant d'être transféré à Bruxelles, puis, le , à Paris. Avec la lutte antifasciste et le Front populaire, le recrutement s'élargit au-delà des cercles communistes. Les rapports tendus avec la Ligue des droits de l'homme, notamment en raison du positionnement de cette dernière sur les questions coloniales, s'améliorent après les émeutes du 6 février 1934.

Membres de l'AJI Contrairement au Secours rouge international, d'obédience communiste assez stricte, l'AJI intègre des membres de la bourgeoisie libérale, avocats et professeurs de droit, au nom d'une lutte pour les idéaux du droit et de la justice.

On y trouve donc : d'éminents juristes français et des membres de la Ligue des droits de l'homme : l'écrivain Camille Drevet, le professeur Élie Reynier, Maître Chadirat, avocat à la cour d’appel de Paris, le professeur Édouard Lambert de la faculté de droit de Lyon et Maître H. Nicolaï, ancien bâtonnier du barreau de Metz ; des avocats membres du PCF, tels que Maîtres Fournier, Georges Pitard (1897-1941), Sarotte, Stephany, Antoine Hajjerésistant fusillé en 1941, avec Georges Pitard et Michel Rolnikas., Maurice Boitel, Jérôme Ferrucci, Paul Vienney (1902-1966 Voir Fonds Paul Vienney au Musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne.), et Charles Lederman ; des membres du Secours rouge international, tels que l'avocat à la cour d'appel Marcel Willard, Pierre Kaldor, Robert Foissin, avocat communiste, également conseiller juridique du gouvernement soviétique d' au . Philippe Lamour, avocat fondateur de la revue Plans, en fait aussi partie, plaidant dans plusieurs pays pour l'AJIOlivier Sigoda, « À propos d'une absence de collaboration. Alexandre Vialatte et Philippe Lamour », in Alexandre Vialatte et Pascal Sigoda, Alexandre Vialatte, L'Age d'homme, 1997, .

L'AJI à la fin des années 1930 Fin 1935, l'AIJ tient un congrès à la Sorbonne sur le « droit national-socialiste ».

En , le brésilien alerte l'AJI, l'informant que le régime de Getúlio Vargas s'apprête à renvoyer en Allemagne nazie des réfugiés, dont Ernst JoskeThaís Battibugli, A solidariedade antifascista: brasileiros na guerra civil espanhola (1936-1939), EdUSP, 2004,]..

Sous le Front populaire, l'AJI est dirigée par le socialiste Maurice Delépine (qui sera nommé membre du Conseil constitutionnel en 1959). Son comité d'honneur regroupe des personnalités telles que les avocats Campinchi, Pierre Cot, Moro-Giafferi et Torrès, ainsi que le professeur de droit André Philip.

Le colloque de 1937 Un autre colloque a lieu en sur la « régression des principes de liberté dans les réformes constitutionnelles de certains pays démocratiques » . 150 délégués étrangers y sont présents, au côté des avocats membres de l'AJI comme César Campinchi (radical-socialiste ministre sous le Front populaire), Henry Torrès (communiste indépendant), Vincent de Moro-Giafferri, Jean Longuet (SFIO) et Philippe Serre (proche du démocrate chrétien Marc Sangnier et sous-secrétaire d'État sous le Front populaire) et de personnalités non membres comme Victor Basch et René Cassin, tous deux membres de la LDH, Edmond Vermeil, Lucien Lévy-Bruhl, Roger Picard, René Capitant et Édouard Lambert.

Interventions de l'AJI Robert-Jean Longuet, fils de Jean Longuet, qui a défendu des Marocains à Paris et cofondé, en 1932, la revue Maghreb à Paris, participe pour le compte de l'AJI à la défense des militants de l'Étoile nord-africaine, inculpés à la suite des massacres de Constantine Voir Marguerite Rollinde, Le mouvement marocain des droits de l'homme, éd. Karthala, 2002, p.51, qui cite le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.

Plusieurs voyages sont organisés dans le cadre de l'antifascisme et de l'assistance juridique. Ainsi, en 1936, Louis Noguères est envoyé en Allemagne nazie, pour porter assistance à des syndicalistes de la Ruhr. La même année, M. Buisseret, du barreau de Liège, et les avocats Joë Nordmann et Renaud de Jouvenel, du barreau de Paris, voyagent en Roumanie et en Grèce pour observer les conditions de détention dans ces pays. Jouvenel écrit un article, intitulé « La Roumanie et la Grèce sur les traces d’Hitler ». L'AJI est aussi présente au siège de la SDN, à Genève, pour défendre les intérêts des réfugiés politiques.

La fin de l'organisation L'AJI disparaît à la suite du pacte germano-soviétique () et de l'interdiction du Parti communiste français en et de toutes les organisations qui lui sont liées.

Références

Voir aussi Bibliographie Sharon Elbaz et Liora Israël, « L’invention du droit comme arme politique dans le communisme français. L’association juridique internationale (1929-1939) », Vingtième Siècle, , 2005/1,

Liens externes

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