Le biohacking est un ensemble de pratiques, des sciences et techniques et arts dits du vivant, lié à une approche de la biologie soutenue par une philosophie avec une diversité de positionnement politique. Le Biohacking est l'une des situations de la biologie participative.
Le biohacking consiste en une articulation de pratiques appuyées par une philosophie libertaire que l'on pourrait résumer par. : libre accès à l'information et la connaissance ; étude et compréhension des phénomènes et fonctionnements du vivant ; déconstruction des outils d'étude et d'analyse du vivant ; détournement des méthodes et outils de travail ; détournement des fonctionnements du vivant vers des finalités nouvelles ; fabrication d'outils pour réaliser des expériences scientifiques et artistiques.
vignette|300px|Scène d'un atelier de biohacking dans un lieu « improvisé » en Belgique, extraction d'ADN et initiation aux techniques de bases de microbiologie
Étymologie
Le terme « biohacking », d'origine anglophone, est un néologisme composé de « biologie » et « hacking ». Le premier composant fait référence à une discipline scientifique et ses différentes pratiques ; le second fait appel à une approche visant à un échange de savoirs au travers de la « sous-culture du hacking » à l'aide d'un ensemble de techniques.
« Biohacking » désigne l'action d'appliquer le hacking dans les nombreux domaines de la biologie.
Histoire
Le terme « biohacking » ainsi que le concept de biologie à faire soi-même () apparaissent en 1988.... Selon le sociologue Everett Rogers, La prédiction d'Everett Rogers est formalisée et diffusée au travers du film Bienvenue à Gattaca sorti en 1997. La place de la biologie dans la science-fiction étant largement étendue depuis au moins 1932.
Cette apparition formulée dans des termes liés au génie génétique et à la science fiction contribue à une perception actuelle du biohacking, souvent attaché à des manipulations génétiques et modifications corporelles, . Cette impression est entretenue dans de nombreuses œuvres de la biologie dans la science-fiction.
Le biohacking comporte une diversité d'activités dans de multiples champs d'application telles que (exemple parmi d'autres) :
la biologie de synthèse ; la fermentation ; la gynécologie à faire soi-même... ; la biologie cellulaire ; la bioimpression ; la Rétro-ingénierie appliqué à la biologie ; la fabrication d'outils pour des biolabs ; le Bio-art ; et de nombreuses autres activités.
Cette diversité s'exprime au travers de manifestes, sites web et codes. et des lieux de rencontre parfois appelés biohackerspaces.
En 2005, le groupe OpenWetWare et Nature Publishing Group publient une Bande dessinées intitulée « Aventures dans le Monde la biologie synthétique » (Adventures in Synthetic Biology. Wadey, Chuck; Deese, Isadora; Endy, Drew) racontant l'histoire, en 3 chapitres, de System Sally (une biologiste) qui initie Device Dude (en jeune garçon) à la biologie de synthèse avec l'aide d'un organisme nommé Bacteria Buddy. Sous licence Creative Commons, il sera traduit en français, en allemand, en chinois, en portugais, en espagnol.
En 2008, un groupe d'étudiants de premier cycle a construit un ordinateur bactérien capable de résoudre un exemple simple du problème des Tri de crêpes en programmant des Escherichia coli pour qu'elles retournent des segments d'ADN analogues à des crêpes à trier dans le problème initial. Les bactéries signalent quand elles ont résolu le problème en devenant résistantes aux antibiotiques
La même année, en 2008, Lors du Chaos Computer Congress (24c3), Drew Endy fait une conférence portant sur la programmation de l'ADN. « Cet exposé a été conçu pour amorcer la communauté des hackers afin que nous puissions commencer à utiliser et à contribuer des parties biologiques standard à une collection open source de fonctions génétiques »24C3 Hacking DNA.
Exemple de pratiques dans le biohacking
thumb|400px|Montage de l'Exposition « Écosystème, Technosystème ? Les pratiques du biomimétisme libre et open source pour panser et concevoir la ville vivante et soutenable » Hôtel Pasteur, Rennes, décembre 2017
Open Insuline. ElectroPen., fabrication d'un disposition d'électroporation, sous licence libre à bas coût et facilement reproductible pour faciliter l'étude et la modification génétique de cellule cible Pocket PCR. faire de l'essence à partir de bactéries. bio-papier pour l'impression organes (2005). Capture de levure sauvage pour la bière pour une bière libre et open source, Free beer.. Open Source ŒstrogènePrésentation lors du 34C3, festival organisé par le Chaos Computer Club en 2017, effort entre biohacking et de conception spéculative pour démontrer les manières dont l'œstrogène devient une biomolécule avec un biopouvoir institutionnalisé.
Dimensions du biohacking
vignette|300px|Préparation d'un kit de Biohacking pour un atelier de biologie en Éducation populaire dans un café à Rennes en 2020
En 2014, Keoni Gandall, à Palo Alto (États-Unis, Californie) réalise sa première expérience de clonage en classe de cinquième, à l'âge de 12 ans.. Il travaille aujourd'hui à la BioBricks Foundation et dirige son propre projet de recherche à l'université de Stanford (s lab).
En cette même année 2014 un article intitulé « La biologie à faire soi-même en Europe : au-delà de l'espoir, du battage médiatique et de l'épouvante » (European do-it-yourself (DIY) biology:Beyond the hope, hype and horror). dans lequel est explicité l’affirmation communautaire de pratiques amateures pouvant contribuer à la science produites en académie, de prise de responsabilités, et de différenciation avec les pratiques contemporaines aux États-Unis d'Amérique.
En 2015, à Nantes, lors du Festival Web2dayOuest-France, 12 juin 2018, Evénement. Web2Day : 10 chiffres clés pour la édition, 5 personnes impliquées dans le mouvement de biohacking interviennent lors de la table ronde nommée « Makers, biohackers : et en francophonie ? »Vidéo Youtube, Makers biohackers et en francophonie ? - Table ronde - VOFR - Web2day (2015) (2 intervenantes, 2 intervenants, 1 animateur). Lors de cet événement, l'animateur Yann Heurtaux prend appui sur la définition du hacking de Mitch Altman pour introduire le hacking : « Prendre ce qui existe, l'améliorer du mieux que l'on peut, et le partager […] pour nous améliorer nous et améliorer les choses autour de nous » ; puis sur Alessandro DelfantiBiohackers The Politics of open science, Alessandro Delfanti. PlutoPress, 2013 pour introduire la Biologie participative (ou DIY), telle que « utiliser des outils libres pour s'affranchir des institutions académiques et de l'industrie ».
Lors de cette rencontre, l'accent est mis sur des enjeux culturels portés par le mouvement biohacking : la citoyenneté, l'éducation, l'apprentissage, l'enseignement, de non « réservation des pratiques de la biologie à une élite ».
En 2016, Quitterie Largeteau, qui participa à la table ronde au web2day de 2015, biologiste et cofondatrice du projet BioHacking Safari (une documentarisation par le reportage des lieux et des communautés de biohacking), intervient dans l'émission de France Culture « La Méthode scientifique ». pour décrire les biohackeuses et les biohackeurs comme des personnes explorant de nouvelles pratiques scientifiques, de production et de partage des savoirs.
Le 30 septembre 2016, la commission parlementaire allemande du Bundestag pour l’éducation, la recherche et l’évaluation des technologies, présidée par Patricia Lips (CDU/CSU), s’est réuni pour un débat public sur « la biologie de synthèse, le génome editing et le biohacking : enjeux des nouvelles techniques génétiques ». Le Bureau allemand d’évaluation des choix technologiques (TAB) avait présenté en 2016 un rapport sur la biologie de synthèse à la demande de la commissionSituation du « genome editing » en Allemagne sur le Portail pour la Science de l'Ambassade de France en Allemagne, qui a servi de base au débatLes dossiers sur le biohacking sur le site web du Bundestag.
En 2017, Josiah Zayner, partisan de la « Do it yourself Biology », tente de modifier son propre génome. à l'aide de la technique CRISPR (Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats).
En décembre 2018, Guillaume Bagnolini soutient une thèse en philosophie à l'Université de Tours intitulée « À la marge des sciences institutionnelles, philosophie et anthropologie de l'éthique du mouvement biohacking en France »PDF de la Thèse de Guillaume Bagnolini À la marge des sciences institutionnelles, philosophie et anthropologie de l'éthique du mouvement biohacking en France..
Le biohacking y est envisagé comme un mouvement critique qui prend ancrage dans des lieux, Tiers-lieu, menant à (Bagnolini, 2018)
Le à Washington DC, Aaron Traywick, fondateur dirigeant de la start-up Ascendance Biometical, qui se réclamait du biohacking, décède à l'âge de 28 ans. Il s’était injecté un traitement expérimental contre l’herpès en février de la même année..
Le biohacking s'étend alors de pratiques amatrices, donnant (Laurence Allard, 1999)., jusqu'au développement commerciaux et des start-up, passant par la recherche universitaire, comme George McDonald Church, la recherche non académique, et des pratiques illégales de médecine ou de modification génétique.
Le biohacking est également un thème régulièrement abordé dans des œuvres culturelles (roman, cinéma, manga, etc) et dans des pratiques artistiques Black-Mould Brie, Anyone? An Art Project Comes to the City. L'exposition de l'artiste Avril Corroon sur les meules de fromage toxiques, fabriquées à partir de moisissures dans les appartements et les lieux de travail de Dublin et de Londres, s'ouvre bientôt à la LAB Gallery. CALL FOR ARTISTS IN RESIDENCE : artists, designers, biohackers, musicians, or other cultural practitioners who want to carry out artistic work with biological media.
Place de la philosophie Le biohacking, aussi parfois nommé biologie à faire soi-même, a été considéré philosophiquement fondé comme ayant « une tendance à l'anti-establishment » (Kim Wall, 2015).
« Une discipline n'est pas une tradition de recherche locale, elle est, par vocation, translocale » (J. Gayon, F. Merlin, T Hocquet, 2020)« Précis de philosophie de la biologie », Hoquet, Thierry; Merlin, Francesca. 2014 () ; le hacking se déroule, principalement dans des lieux physiquement situés où des individus partagent et utilisent des ressources, avec leur propre « foires, conventions et réseaux »« L'âge du faire - Hacking, travail, anarchie », Michel Lallement. Le Seuil, 2015. Dans cette configuration, l'écart entre biologie classique et biohacking est un espace de tensions et frottements mouvants qui ne se réduisent pas uniquement à la biologie et à l'informatique.
« Le biohacking est une pratique qui implique la biologie en même temps que l’éthique hacker.[…] Il y a donc dans le biohacking une grande variété de motivations et de postures. »PIN Paula, dans RITIMO, « : la recherche scientifique comme capacité à performer la réalité », 2014. L’identité dans ce mouvement n’est donc pas unique et homogène, il y a des identités et des courants philosophiques. Dans cette diversité s'active des questionnements sur « les pratiques en réinterrogeant les normes d’ethos de la science mertonnienne » (Guillaume Bagnoli) EchoScience Grenoble, Laboratoires citoyens de biohacking: réflexions éthiques et recherche scientifique, novembre 2020