Cenni di Pepo, dit Cimabue, né vers 1240 à Florence et mort en 1302 à Pise, est un peintre italien de la pré-Renaissance.

Cimabue est le premier peintre de la Basilique Saint-François d'Assise et l’un des premiers peintres à chercher à représenter le monde, les objets et les corps tels qu’ils existent et les émotions humaines telles qu'elles se manifestent. Il assure ainsi le renouvellement de la peinture chrétienne en s’écartant des pratiques de l’art byzantin que ses prédécesseurs et la plupart de ses contemporains employaient en Italie. La manière de Cimabue a imprégné de nombreux artistes. Avec lui, quelques peintres, dont Duccio di Buoninsegna, cherchent aussi à susciter l’implication émotionnelle des fidèles par ces peintures d'un style nouveau. Ils le font en réponse à la demande de l'ordre des Frères mineurs, les franciscains, grands commanditaires de l'époque avec les dominicains, l'ordre des Prêcheurs.

Ses types physionomiques sont encore héritiers de la tradition byzantine.. Il introduit des éléments de la peinture gothique : un certain degré de naturalisme dans la représentation du corps et dans l’expression des visages, ce qui en fait le précurseur du naturalisme en peinture de la Renaissance florentine.

Cependant, la notion de naturalisme étant très subjective, la chronologie des œuvres de Cimabue ne peut s’appuyer sur cette notion que de manière problématique. Par ailleurs, la vie de Cimabue est très peu documentée. En revanche, ses peintures étant, pour l’essentiel, des commandes passées par l’ordre des Frères mineurs le sens des innovations apportées par Cimabue peut être éclairé par la connaissance de cette culture religieuse, qui a un grand retentissement au .

Développée par Duccio (Sienne, v. 1255-1260 - v. 1318-1319), arrivé à Florence vers 1280, et par Giotto (Florence, v. 1266/67 - 1337), l'impulsion qu'il a donnée s'est communiquée à toute la peinture occidentale.

En 2025, une exposition « Revoir Cimabue : aux origines de la peinture italienne » a lieu au musée du Louvre « Revoir Cimabue : aux origines de la peinture italienne », du 22 janvier au 12 mai 2025, sur le site du musée du Louvre..

Biographie Les documents Bien qu’il s’agisse d’un des peintres les plus importants de la peinture occidentale, Cimabue n’échappe pas au sort de nombreux artistes du duecento () pour lesquels nous n’avons que très peu d'informations documentées. De plus nous n’avons qu’un seul document concernant le jeune Cimabue (daté de 1272), tous les autres documents précèdent de quelques mois seulement sa mort (de à ).

Cimabue comparaît à Rome, en tant que témoin d'un acte notariéRome, Archives de Sainte-Marie-Majeure, parchemin A. 45; document révélé en 1888 par Strzygowski ()., relatant l’adoption de la règle augustinienne par les moniales de l’ordre de Saint-Pierre Damien (franciscain) qui avaient fui l’Empire Byzantin (). Parmi les nombreux témoins (), seuls sept sont nommés : cinq religieux (le dominicain fra Rainaldo, évêque de Marsica et qui en 1273 sera élu évêque de Messine ; Pietro, chanoine de Santa Maria Maggiore, membre de la grande famille romaine des Paparoni ; fra Gualtiero da Augusta, un autre dominicain ; Gentile et Paolo, chanoines de l’église San Martino ai Monti et Armano, prêtre de San Pietro in Clavaro) et seulement deux laïcs : Jacopo di Giovanni, de la célèbre famille romaine del Sasso et enfin Cimabue (). Mais surtout deux personnalités prestigieuses sont présentes, en tant que protecteurs des moniales : le dominicain fra Tommaso Agni, tout juste nommé patriarche latin de Jérusalem (1272-1277), envoyé personnel du pape Grégoire X (1272-1276) et le cardinal Ottobuono Fieschi, neveu du pape Innocent IV (1243-1254) et futur pape sous le nom d'Adrien V (1276).

Ce document montre ainsi Cimabue – vraisemblablement âgé d'une trentaine d'années pour pouvoir témoigner – considéré comme une personne de qualité, au milieu de hautes personnalités religieuses, notamment dominicaines, ordre pour lequel il avait déjà réalisé le grand Crucifix d'Arezzo.

Il s'agit de la commande d'un polyptyque muni d'une prédelle par l’hôpital Santa Chiara de PisePise, Archives d'État, hôpitaux réunis de Santa Chiara, 12, contrats de ser Giovanni di Bonagiunta, c. 29r-v; commande connue depuis seulement 1878 (). à Cimabue () et : Original latin : ..

Une série de 21 documents échelonnés entre le et le Ces documents évoquent les rémunérations des journées de Cimabue () travaillant sur la mosaïque absidiale du dôme de PiseArchives d'État, Œuvre du dôme, 79 : cc. 62v-63v (2 septembre 1301), cc. 65v-66v (9 septembre 1301), cc. 68r-69r (20 septembre 1301), cc. 69v (23 septembre 1301), cc. 71r-72r (24 septembre 1301), cc. 74r-v (30 septembre 1301), cc. 77r-v (7 octobre 1301), cc. 79r-v (14 octobre 1301), cc. 81v-83r (30 octobre 1301), cc. 85r-86r (28 octobre 1301), cc. 88r (4 novembre 1301), cc. 90r-v (13 novembre 1301), cc. 92r-94v (18 novembre 1301), cc. 96r-97v (25 novembre 1301), cc. 99v-100v (2 décembre 1301), cc. 102v-103r (9 décembre 1301), cc. 106r-107v (16 décembre 1301), cc. 109v-lllr (23 décembre 1301), cc. 112v-113r: 30 décembre 1301), cc. 120r-v (20 janvier 1302) et c. 129r (19 février 1302). On en trouvera une transcription complète in , partielle in ..

Le dernier document - celui du - indique que Cimabue a réalisé le saint Jean (), qui est ainsi l’unique œuvre de Cimabue documentée.

Dans un document cité par Davidsohn en 1927 mais non retrouvé, il est mention des héritiers de Cimabue ().

La Société des Piovuti reçoit une nappe anciennement propriété de Cimabue. Cimabue, n'étant pas pisan, il semble peu probable qu'il ait été membre de la Compagnia dei Piovuti, réservée aux citoyens pisans (peut-être le propriétaire de son logement).

En résumé, nous n'avons donc que très peu d’informations documentées concernant la vie de Cimabue: il est né à Florence, était présent à Rome le ; il œuvra à Pise en 1301 et 1302, exécutant le Saint Jean et il est mort en 1302.

Tous les autres éléments biographiques découlent soit des textes anciens - tous posthumes - soit de l'étude de son œuvre.

Date de naissance La majorité des historiens d'art la situent vers 1240 pour entre autres les raisons suivantes : sa présence en tant que personne de qualité lors de l’établissement de l’acte notarié du la maîtrise nécessaire à l'exécution du Crucifix d'Arezzo que l’on date vers 1265-1270, qui n’est certainement pas l’œuvre d’un apprenti, c'est la date avancée par Giorgio Vasari dans ses Vite, II, (même s'il fixe de manière erronée celle de sa mort à 1300) II, .

Dénomination. Premières mentions Son vrai nom Cenni di Pepo (forme ancienne de « Benvenuti di Giuseppe ») ne nous est connu que par le document du (la commande du polyptyque Santa Chiara de Pise).

Le prénom Giovanni ne figure sur aucun document historique : il semblerait donc que cela soit une erreur tardive () de Filippo Villani, malheureusement rapidement propagée par l'Anonyme Magliabechiano et surtout les Vite de Vasari. Il sera utilisé jusqu'en 1878 !

Partout ailleurs c’est son surnom « Cimabue » qui est utilisé et qui passera à la postérité. Deux interprétations de ce surnom prédominent, suivant que l’on considère « cima » comme substantif ou comme verbe. Comme substantif ('sommet' ou 'tête'), Cimabue pourrait alors être compris comme « tête de bœuf », surnom qualifiant généralement une personne obstinée, têtue. Pour un autre exemple, on pourrait citer le surnom de Volterrano : Cima de buoi. Comme verbe (cimare : au propre 'couper, écimer' ; au figuré : 'écorner, railler'), Cimabue signifierait un homme fier, méprisant. Cette deuxième acception semble être confirmée par les études étymologiques cite à l’appui le Dizionario Etimologico de mais sans référence précise (cf. ). Par ailleurs, , dans son , cite l’acception, intransitive et figurée, à propos de cavalier, de « porter la tête haute » (Cf.)., par la citation de Dante au chant XI du Purgatoire, chant consacré aux orgueilleux, et surtout par le commentaire de lOttimo Commento, ouvrage daté de 1330, commentaire écrit donc quelque temps après la mort de l’artiste et qui pourrait fort bien rapporter une tradition populaire encore vivante :

Ce texte fut repris entre autres par Giorgio Vasari, qui lui assura une large diffusion. Il montre à la fois un homme fier, orgueilleux, de fort caractère, mais surtout extrêmement exigeant envers lui-même et son art, notamment dédaigneux des considérations matérielles. Cette attitude qui nous paraît extrêmement moderne, est étonnante pour un artiste du , où le peintre est avant tout un humble artisan, travaillant au sein d’un atelier, encore bien souvent de manière anonyme. Aussi Cimabue préfigure la révolution du statut de l’artiste, généralement située à la Renaissance. Ceci, et le fait que Cimabue est florentin expliquent que la biographie de Cimabue ouvre le célèbre ouvrage des Vite de Vasari, cet ensemble de biographies à la gloire de Florence qui mène à celle de Michel-Ange, figure de l’artiste créateur par excellence selon cet auteurCe rôle aurait certainement dû être attribué au grand Giunta Pisano mais le campanilisme de Vasari l'a tout simplement évincé..

Le point de vue de Vasari, fier de la renommée de sa ville natale, Florence, a été repris par les auteurs des , faisant de lui la première lumière de la renaissance de la peinture; la véritable lumière revenant à son héritier, le florentin Giotto. Le lien entre les deux artistes étant fermement inscrit dans les textes humanistes, c’est ainsi qu’est né le mythe selon lequel Cimabue aurait été le maître de Giotto.

Cimabue et les Franciscains. Assise thumb|250px|Ange de la Maestà d'Assise, vers 1280 (avant la restauration de 2024). Les premières années de Cimabue sont très peu documentées. Un premier crucifix est réalisé probablement dans les années 1260, pour les dominicains à Arezzo. Mais ceux-ci étaient assez réticents à l’égard de l’image. C’est la seule commande exécutée par Cimabue pour les Dominicains que nous connaissions. On sait que le peintre est à Rome en 1272, si la raison de ce déplacement est obscure, par contre il est cité à côté de hauts dignitaires de l'ordre dominicain chargés de l'accueil d'une communautée de clarisses roumaines, réfugiées à Rome. Après cette période initiale, presque toutes ses peintures sont en relation étroite avec les franciscains. Une très grande partie est conservée dans la basilique d’Assise. La basilique Saint-François d'Assise ayant été l’un des plus grands chantiers de son temps, sinon le plus grand.

La décision de couvrir l’œuvre de saint François par un monument gothique éblouissant a été prise par la papauté qui est restée responsable financièrement du projet artistique. C’était, en quelque sorte, nier le vœu de pauvreté de FrançoisGeorges Duby, L'Europe au Moyen Âge : art roman, art gothique. Arts et Métiers Graphiques, 1981. , : « Rome entendit asservir à son projet de domination temporelle cet homme qui avait eu la force et le courage de reprendre les paroles simples de l'Évangile, et d'y conformer pleinement sa vie. Sur sa tombe, Rome accumula tous les emblèmes de la puissance. » […]. Par contre ce sont les frères franciscains qui ont fait le choix de la couleur à fresque et des thèmes des peintures ainsi que de leur emplacement, au lieu des sculptures attendues dans une architecture gothique. Ce monument d’architecture a été, néanmoins, l’un des premiers jalons de la pénétration du gothique en Italie, sur des modèles angevins et bourguignons, et avec de grandes fenêtres à vitraux, réalisés par des verriers germaniques en même temps que les peintures.