Charles Rojzman, né le Entretien. « Travailler sur sa violence avec la thérapie sociale », site psychologies.com à Villeurbanne, est un psychosociologue, philosophe praticien et écrivain français. Il a créé et développé le concept de thérapie sociale.

Biographie Études et débuts professionnels Charles Rojzman est né en France, dans une famille aux origines polonaise et juive du côté paternel. Il quitte sa famille à 17 ans, et traverse ce qu'il qualifie lui-même de : il a notamment été , viticulteur, instituteur, comédien. Il a également . Il mène ainsi une « vie un peu confuse [qui lui] a évité de devenir l'"expert" que la société nous invite à représenter lorsqu'elle juge que notre expérience nous en rend capable ».

Invention d'une méthode d'intervention psychosociale Il développe une méthode d’intervention interdisciplinaire originale, en lien notamment avec la psychologie et la sociologie, à laquelle il donne le nom de thérapie sociale (ou Transformational Social Therapy)En France, l'appellation « thérapie sociale » coïncide avec cette invention. Il n'y a pas de rapport avec ce que recouvre l'usage de « » outre-Atlantique, où l'on désigne la thérapie sociale par « Transformational Social Therapy » comme à l'université Temple de Philadelphie, où elle est enseignée.. La dénomination internationale devient donc thérapie sociale TST, dans des cadres et des lieux divers. Les premières découvertes ayant fondé sa thérapie sociale sont issues d'une intervention dans les années 1980 dans un hôpital de Mantes-la-Jolie autour du racisme, des discriminations et de la souffrance au travail du personnel soignant hospitalier, chargé de l'accueil de patients immigrés.

Transformations thérapies sociales La première structure mise en place par Charles Rojzman et ses collaborateurs est Transformations thérapies sociales, de 1989 à 2001, « très sollicité[e] par les responsables des politiques de la Ville pour former des habitants, des professionnels du développement social urbain, des agents des services publics, voire des élus, à la connaissance des institutions et à la gestion des conflitsJacques Donzelot, Faire société. La politique de la ville aux États-Unis et en France, Paris, Seuil, coll. « La couleur des idées », 2003, . ».

Impatiences démocratiques Entre 1999 et 2000 sont édités cinq numéros de la revue Impatiences démocratiques, avec la création de l'association du même nom.

L'Institut Charles-Rojzman et Inédits La thérapie sociale s'élargit et s'applique dans tous les contextes, tous les milieux, partout où les gens n'arrivent pas à travailler ou vivre ensemble et doivent le faire : relation quotidienne, éducation à la vie démocratique, pédagogie.

En 2003, il crée le centre international de formations et d'intervention en thérapie sociale, l'Institut Charles-Rojzman, avec Igor et Nicole Rothenbühler, ses collaborateurs les plus proches, qui développent et approfondissent avec lui la Thérapie sociale.

Ce centre est l'organe de référence de la thérapie sociale, organe de promotion, de formation et de certification. Ils dispensent des formations, des supervisions et des psychothérapies individuelles et de groupes en thérapie sociale. Ils préparent et forment à l'intervention en thérapie sociale des acteurs de terrain, des personnels des services publics à tous niveaux, des enseignants, des assistants sociaux, des thérapeutes et psychothérapeutes en France et à l'étranger (en Suisse, en Allemagne, en Russie, au Moyen-Orient, en Amérique latine, etc.).

En 2023 est créé l'institut d'étude et de développement de l'intervention en thérapie sociale, Inédits, qui opère en France et en SuisseVoir le détaillé des formations délivrées par l'Institut.

Universitaire-praticien Conjointement au développement de la thérapie sociale, il intervient régulièrement à l'université, autour de sujets variés, depuis la question de la diversité jusqu'à celle du totalitarisme en passant par celle du rapport au savoir. Il a ainsi une charge d'enseignement pendant douze ans au sein d’un DESS de psychologie interculturelle à l’université Nancy-II. Il enseigne également à Philadelphie dans le cadre d'un Graduate Certificate in Diversity LeadershipVoir sur diversity.temple.edu. et à l'université Paris-Est-Marne-la-Vallée. Il a été invité à témoigner de son expérience lors d'une session du master professionnel de formation à l'intervention et à l'analyse des pratiques (FIAP)Voir sur cliniquedurapportausavoir.fr. à l'Université Paris-Nanterre durant l'année universitaire 2010-2011.

Théorie psychothérapeutique La vie émotionnelle du groupe La réunion des individus en thérapie sociale concernés par un même problème mais incapables de collaborer à sa résolution, et se renvoyant la balle les uns aux autres, vise à apporter du crédit « aux autres », à chacun – pas en tant qu'il viendrait prolonger la perspective de son voisin mais en tant qu'il détient une part de l'information nécessaire à la résolution du problème – et à les faire vivre autrement que comme une force d'occupation mais comme partenaires électifs dans la coopération. C'est un aspect saillant de l'expérience du groupe que sa capacité à exercer un contrôle sur ceux qui le constituent, à lisser tout ce qui fait son aspérité. La Thérapie sociale ménage l'incomplétude du groupe, sa boiterie, car c'est la condition du partageable, d'une incertitude concertée, d'une émancipation du groupe : en travaillant avec la vie émotionnelle, car des besoins non pris en compte créent des peurs et des vulnérabilités qui provoquent de la violence, empêchent de s'intéresser aux besoins de l'autre et de prendre en compte la variété des visions présentes dans le groupe. Or, la réalité vient, entre autres, de la confrontation des différents points de vueVoir, à propos de « la réalité du monde, sûre et vraie », Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne, Paris, Calmann-Lévy/Pocket, coll. « Agora », 1983 , ..

Malaise et maladies sociales La thérapie sociale, précisément, soigne là où la vie sociale et politique influence la vie émotionnelle et affective, dans les blessures individuelles et collectives, terreaux de la peur et de la haine. L'autonomie à conquérir pour se soigner et sortir de l'impuissance, du blocage dans la coopération, est étroitement dépendante de ce qui fait souffrir, de ce que l'on se sente usurpateur de la place que l'on occupe, – accepter nos imperfections et notre ambivalence, c'est se mettre sur la voie de se porter responsable de tout ce que l'on peut être. Dans cette traversée, pour accompagner vers la santé et la guérison les personnes et les groupes, le psychothérapeute doit rester conscient de ses propres blessures ; aussi ne considère-t-il pas qu'il est indemne des maladies sociales, telles que synthétisées par Charles Rojzman : la dépression, la sociopathie et la victimisation.

« Être soi » ne va plus de soi : à l'encontre d'une visée naïvement éradicatrice de nos maux dans le régime d'incertitude qui caractérise notre époque, du malaise social donc et de nos folies ordinaires, surgit ainsi ce qu'on peut appeler un conservatisme – conserver un lien avec sa blessure – mais dont le paradoxe est éclatant, car il tend moins à préserver l'état de choses existant qu'à inventer les conditions d'une vraie conservation de soi, ou d'un vivre davantage (neutralisation de la destructivité et du conditionnement). Premier pas, alors, d'un acheminement individuel et collectif vers le soin, c'est-à-dire en quelque sorte vers le « concret », le croître ensemble.

Le défi du nihilisme Un peu à la manière de Philippe BretonCf. L'Incompétence démocratique. La crise de la parole aux sources du malaise (dans la) politique, Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres », 2006., ce sont les rapports entre société civile et démocratie que la Thérapie sociale interpelle, tout comme la nature des mouvements de masse. Ainsi, pour Charles Rojzman, exactement comme pour Eric Hoffer,

L'individuel et le collectif se révèlent ainsi indissociables, en tant que le défi du nihilisme ne pourra être relevé qu'à la condition de ne pas négliger l'un à la faveur de l'autre, le développement humain et l'organisation et la reconnaissance de valeurs communes.

Les risques du « vivre-ensemblisme » Dans leur présentation de Milestones, Robert Kramer et John Douglas avancent en 1975 à propos du « mouvement », c'est-à-dire « les différentes forces qui demandent des changements sociaux et des transformations », le constat suivant :

La proposition de thérapie sociale que développe Charles Rojzman est, en substance, de réunir ce que la période contemporaine a vu se disjoindre : le projet révolutionnaire, Or, selon Rojzman,

Notion élaborée progressivement entre Savoir vivre ensemble (1998) et Bien vivre avec les autres (2009) en passant par Sortir de la violence par le conflit (2008)Extrait : « La nécessité des vrais conflits face au “vivre-ensemblisme” », le « vivre-ensemblisme » est le nom d'une promotion de l'icône de la totalité sociale, arrimée elle-même à une survalorisation de l'autonomie de l'individu, comme coupé des rapports sociaux. Or, tout groupement – social, professionnel, familial – est travaillé par ce que la psychanalyse a découvert avec la notion de « pulsions inconscientes ». Suivant Freud dans son Malaise dans la civilisation, une vision idyllique de la sociabilité est entachée par la nécessité de concevoir que

Le « vivre-ensemblisme » achoppe à répondre aux cristallisations mortifères du pouvoir, quand l'urgence serait de s'adosser aux

La société se renforce et se consolide chaque fois qu'elle reconnaît la volonté de créer des liens, au risque de bousculer la morale sociale. Méconnaître le travail de fond nécessairement engagé dans cette reconnaissance (qui est celle de nos mythes et de nos conventions) produit une société clivée, un monde ségrégé, qui fragilise la nouveauté.

Ouvrages publiés en français La Peur, la haine et la démocratie, Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Provocation », 1999 ( éd. 1992) Freud, un humanisme de l'avenir, Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Témoins d'humanité », 1998 Sortir de la violence par le conflit. Une thérapie sociale pour apprendre à vivre ensemble, Paris, La Découverte, 2008 . (version actualisée et complétée de Sortir de la violence par le conflit) Vers les guerres civiles. Prévenir la haine, Paris, Lemieux éditeur, 2017 Les masques tombent. Illusions collectives, vérités interdites... Le réel, arme secrète de la démocratie, Limoges, FYP Éditions, 2025 La Société malade. Échec du vivre ensemble, chaos identitaire : comment éviter la guerre civile, Limoges, FYP Éditions, 2025

En collaboration avec Véronique Le Goaziou, Comment ne pas devenir électeur du Front national, Paris, Desclée De Brouwer, coll. « Provocation », 1998 avec Sophie Pillods, Savoir vivre ensemble. Agir autrement contre le racisme et la violence, Paris, La Découverte, coll. « Poche Essai », 2001 ( éd. 1998) avec Véronique Le Goaziou, avec Théa Rojzman, avec Théa Rojzman, La Réconciliation, Paris, Jean-Claude Lattès, 2007 (roman graphique) avec Igor et Nicole Rothenbühler, avec Nicole Rothenbühler, Savoir aimer en des temps difficiles. Les trois combats, Paris, Guy Trédaniel éditeur, 2015Note de lecture : Vincent Bonnet, « Thérapie sociale », Mediapart (Blog), 6 mai 2019.

Contributions à des ouvrages collectifs La formation, une arme contre le racisme, une expérience à Mantes-la-Jolie In La peste émotionnelle In (autour du Conflit israélo-palestinien, à ) La Thérapie Sociale In , Prévenir la pathologie sociale In , Pour une réussite de l'école : voies nouvelles, outils nouveaux, avec Théa Rojzman In Portrait In Une thérapie sociale, pourquoi ? Une thérapie sociale, comment ? In , Violences collectives et thérapie In , L'approche de la thérapie sociale In ,