On appelle latin archaïque () [consulté le 2017]. (prisca latinitas), ou latin préclassiqueEntrée de l'Encyclopédie Larousse [en ligne], sur le site des Éditions Larousse [consulté le 2017]., l'état du latin en usage de l'origine de la langue jusqu'à -100 environ.
Historiographie La langue des origines
Le concept de vieux latin est aussi vieux que celui de latin classique, les deux datant de la fin de la République romaine. À cette époque, Cicéron remarque, comme d'autres, que le langage qu'il utilise tous les jours, celui de la haute société romaine, est émaillé d'archaïsmes, qu'il appelle ..
Quatre latins d'Isidore de Séville
Durant l'Antiquité tardive, les grammairiens latinistes et hellénistes prennent conscience des différentes phases par lesquelles la langue latine a transité. Isidore de Séville, dans ses Étymologies, décrit au début du le schéma de classification de son époque. :
Traduction : Certains ont dit qu'il existe quatre langues latines : la primitive, la latine, la romaine, et la mixte. La primitive, usée par les plus anciens Italiens sous le règne de Saturne et de Janus, est grossière, comme le sont les chants saliens. La latine était parlée sous Latinus et les rois toscans, par tous les habitants du Latium ; c'est celle dans laquelle furent écrites les douze tables. La romaine commença à apparaître après que le peuple romain eut chassé les rois : c'est celle que diffusèrent Naevius, Plaute, Ennius, Virgile, et, parmi les orateurs, Gracchus, Caton, Cicéron, et beaucoup d'autres. La mixte domine depuis que des hommes et des mœurs étrangers ont pénétré de concert dans la civilisation romaine, après l'établissement d'un empire plus étendu, corrompant l'intégrité du vocabulaire par des solécismes et des barbarismes.
Ce schéma persista, sans grand changement, longtemps après Isidore.
Période En 1874, John Wordsworth propose la définition suivante. : (« Par latin archaïque, je comprends le latin de toute la période de la République, qui se distingue très nettement, par son ton en plus de sa forme extérieure, de celui de l'Empire. »)
Bien que les différences soient nettes et facilement notées par les lecteurs, elles ne sont pas suffisantes pour nuire à la compréhension. Les locuteurs du latin de l'époque impériale ne rapportent pas de difficulté à comprendre le latin archaïque, à l'exception de quelques textes qui doivent dater de l'époque royale, essentiellement des chants. Ainsi la Loi des Douze Tables, qui remonte aux débuts de la République, est compréhensible, alors que le Carmen Saliare, écrit sous Numa Pompilius, n'était pas complètement compris même par Cicéron.
Une opinion concernant le latin archaïque a survécu, dans une œuvre de l'historien grec Polybe.. Il évoque , dont il dit qu'il . Nous n'avons pas une grande connaissance des premiers consuls, mais Polybe indique que le traité a été rédigé après l'incursion de Xerxes en Grèce, c'est-à-dire en l'an -452, à peu près à l'époque des Decemviri, alors que la constitution de la République romaine avait été définie. Polybe parle ainsi de la langue utilisée pour la rédaction du traité : .
Il n'y a pas de grande différence entre le latin archaïque, parlé dans la plus grande partie de la République, et le latin classique, mais il y a une gradation continue.
La fin de la république est considérée comme une date de fin ultime, selon les linguistes postérieurs à Wordsworth. Charles Edwin Bennett en dit. :
La date de -100 fournie par Bennet n'est pas celle qui a été retenue par la suiteBien qu'on la retrouve ici : « », dans The American Heritage® Dictionary of the English Language, 2000. mais celle de -75, proposée par Bell, est devenue le standard, comme indiqué dans des ouvrages majeurs comme le recueil de fragments (littéraires ou épigraphiques) paru chez Loeb. Les textes de latin datant entre -452 et -75 évoluent ainsi de l'état de difficiles à comprendre, même par des classicistes expérimentés, vers un latin qui est accessible aux gens de lettres.
Corpus
Aucune inscription n'est antérieure à l'introduction de l'alphabet grec en Italie. Les plus anciennes datent probablement des .. Cependant, certains textes, conservés de façon fragmentaire dans les œuvres d'auteurs classiques, doivent avoir été composés durant l'époque royale.
Le philologue allemand a publié en 1981 un catalogue des inscriptions les plus antiques du latin Gerhard Radke, Archaisches Latein. Historische und sprachgeschichtliche Untersuchungen, Darmstatd, 1981, 259 pages. Fragments et inscriptions
Auteurs Les pièces de théâtre du comique Plaute, qui datent des , sont les plus anciennes œuvres littéraires que nous ayons conservées dans leur intégralité. On dispose également de fragments d'œuvres (p. ex. Odusia de Livius Andronicus, Bellum Poenicum de Naevius) cités par d'autres auteurs (p. ex. Aulu-Gelle).
Appius Claudius Caecus
Écrivains romains du
Écrivains romains du av. J.-C.
Orthographe
Le latin archaïque s'écrit essentiellement avec 20 lettres : A, B, C, D, E, F, H, I, K, L, M, N, O, P, Q, R, S, T, V, X.
Le G — soit un C modifié — fait certes son apparition pendant la République, mais son usage ne devient réellement courant qu'à partir de l'époque classique. Auparavant, la consonne C recouvrait indistinctement les phonèmes [k] et [g]. : ce sera encore le cas à l'époque classique pour les prénoms Caius et Cnaeus, respectivement prononcés [gajus] et [gnaeus]. Quant au K, il tend au contraire à être systématiquement remplacé par le C (il n'est généralement plus guère usité à l'époque classique que dans l'abréviation KAL pour KALENDAE, graphie d'ailleurs concurrencée par CALENDAE, les fameuses calendes). Enfin, la profonde vague d'hellénisation qui touche le monde romain dès le finira par imposer l'usage des lettres exogènes Y et Z.
L'humaniste Pierre de La Ramée est l'auteur, au , de la réforme visant à instaurer les lettres j et v, pour les distinguer de i et u, d'où leur nom de lettres ramistes..
Certaines différences entre le latin archaïque et le latin classique sont simplement orthographiques ; on pense que la prononciation est essentiellement la même qu'en latin classique. consonne unique pour consonnes doubles : Marcelus pour Marcellus voyelles géminées pour voyelles longues : aara pour āra q pour c devant u : pequnia pour pecunia gs/ks/xs pour x : regs pour rex, saxsum pour saxum c pour g : Caius pour Gaius
Phonologie
Certaines caractéristiques phonologiques du latin archaïque sont : la préservation des désinences casuelles indo-européennes -os et -om originelles (latin classique -us et -um) la préservation de la plupart des diphtongues indo-européennes dans les syllabes accentuées, dont /ai/ (plus tard ae, mais la prononciation reste inchangée) ; /ei/ (plus tard ī) ; /oi/ (plus tard ū, ou parfois oe) ; /ou/ (du PIE /eu/ et /ou/ ; plus tard ū). l'existence d'un /s/ intervocalique, jusque 350 av. J.-C. environ. Dans de nombreux cas, ce /s/ intervocalique devient /r/ en latin classique, phénomène appelé rhotacisme. Ce rhotacisme a des implications pour la déclinaison : honos, honoris (de honos, honoses) devient par analogie honor, honoris (« l'honneur »). Certains textes en latin archaïque conservent ce /s/ dans cette position, comme le Carmen Arvale : lases pour lares de nombreuses suites de consonnes non réduites : iouxmentom (iūmentum, « bête de trait ») ; losna (lūna, « lune ») < *lousna < */leuksnā/ ; cosmis (cōmis, « doux, gentil ») ; stlocum, acc. (locum, « place, lieu »). /dw/ : duenos (latin classique bonus), dans la fameuse inscription de Duenos ; duellom (latin classique bellum) /d/ finaux à l'ablatif (plus tard perdus) et à la troisième personne du singulier des verbes (plus tard dévoisés en t).
Grammaire et morphologie Noms Les noms latins sont distingués par le cas grammatical, une flexion du mot par une terminaison (ou suffixe), qui détermine son rôle dans la phrase (sujet, COD, etc.).
Les noms latins ont un cas grammatical, avec une terminaison, ou suffixe, indiquant son utilisation dans la phrase : sujet, prédicat, etc. Un cas pour un mot donné est formé en suffixant une terminaison de cas à une partie du mot commune à tous ses cas appelée un radical. Les radicaux sont classés par leurs dernières lettres comme voyelles ou consonnes. Les radicaux de voyelles sont formés en ajoutant un suffixe à un segment plus court et plus ancien appelé racine. Les radicaux consonantiques sont la racine (les racines se terminent par des consonnes). La combinaison de la dernière lettre du radical et de la terminaison de cas donne souvent une terminaison également appelée terminaison de cas ou terminaison. Par exemple, le radical puella- reçoit une terminaison de cas -m pour former le cas accusatif puellam dans lequel la terminaison -am est évidenteBennett, Charles Edwin (1895). A Latin Grammar: With Appendix for Teachers and Advanced Students. Boston, Chicago: Allyn and Bacon, p. 12..
Dans les manuels de latin classique, les déclinaisons sont nommées à partir de la lettre qui termine le radical ou du premier, du deuxième, etc. au cinquième. Une déclinaison peut être illustrée par un paradigme, ou une liste de tous les cas d'un mot typique. Cette méthode est moins souvent appliquée au latin ancien, et avec moins de validité. Contrairement au latin classique, le latin ancien reflète l'évolution de la langue à partir d'un ancêtre parlé dans le Latium. Les terminaisons sont multiples. Leur utilisation dépend du temps et du lieu. Tout paradigme sélectionné serait soumis à ces contraintes et, s'il était appliqué à la langue de manière universelle, il donnerait de fausses constructions, des mots hypothétiques non attestés dans le corpus du latin ancien. Néanmoins, les terminaisons sont présentées ci-dessous par des paradigmes quasi classiques. Des terminaisons alternatives issues de différents stades de développement sont données, mais elles peuvent ne pas être attestées pour le mot du paradigme. Par exemple, dans la deuxième déclinaison, *campoe « champs » n'est pas attesté, mais poploe « peuples » l'est.
Le locatif était un cas distinct en latin ancien, mais sa fonction a progressivement diminué, et la forme locative singulière a fini par fusionner avec le génitif singulier par un changement de son régulier. Au pluriel, le locatif était capturé par le cas ablatif dans toutes les langues italiques avant le vieux latinBuck, Carl Darling (2005) . A Grammar Of Oscan And Umbrian: With A Collection Of Inscriptions And A Glossary. Languages of Classical Antiquity, vol. 5. Bristol, Pa.: Evolution Publishing. p. 204..
Première déclinaison (a) Les noms de cette déclinaisons sont typiquement féminins. Les thèmes se terminent par -ā..
Quelques masculins possèdent un nominatif terminant en -s, qui pourrait avoir été la terminaison d'origine; ce -s a toutefois eu tendance à tomber: paricidas vs. paricida.. Au nominatif pluriel -ī a remplacé le -s originel. puellā, –āī fille, jeune fille f.Singulier PlurielNominatif puellā puellāīVocatif puella puellaiAccusatif puellam puellāsGénitif puell-ās/-āī/-ais puell-om/-āsōm Datif puellāi puell-eis/-abosAblatif puellād puell-eis/-abosLocatif Romai Syracuseis
Au génitif singulier, le -s a été remplacé par le –ī de la seconde déclinaison. La diphtongue résultante -āī, après s'être abrégée en -ai, est ensuite devenue -ae.. Dans quelques cas, le remplacement n'a pas eu lieu : pater familiās. Les explications des terminaisons épigraphiques tardives -aes sont peu sûres. Au génitif pluriel, la terminaison régulière est –āsōm (–ārum en latin classique, par rhotacisme et abrègement du -ō final) mais certains noms empruntent -om (-um en latin classique) à la seconde déclinaison.
Le -ī du datif singulier est long. ou court.. Comme au génitif singulier, la terminaison devient -ae, -a (Feronia) ou -e (Fortune).
À l'accusatif singulier, le latin abrège une voyelle devant un -m final.