La seconde annexion de la Moselle (ou annexion de la Moselle de 1940) par l'Allemagne, proclamée officiellement le par les nazis., eut lieu de facto le , avec le rétablissement des frontières de 1871François Roth, « À l'épreuve des guerres mondiales, la seconde annexion », dans François-Yves Le Moigne (dir), Histoire de Metz, Privat, 1986, ..

Contexte historique La première annexion de la Moselle est entérinée par le traité de Francfort, le . Cette « annexion légaleAprès la signature du traité, reconnu de jure par la communauté internationale, il ne fut juridiquement plus question de parler d’annexion pour ces territoires.», car conforme au droit international, s’inscrit dans le processus de formation du second empire allemand. La plus grande partie de l’ancien département de la Moselle de 1790 est alors annexée à l'Allemagne, pour former le Bezirk Lothringen au sein du Reichsland Elsaß-Lothringen, ou « Elsaß-Lothringen ». La Moselle restera allemande pendant quarante-huit années, avant d’être réintégrée à la France par le traité de Versailles du Restitution à la France de l'Alsace et de deux anciens départements lorrains, la Moselle et la Meurthe (article 27 du traité)..

La seconde annexion de la Moselle, en revanche, n'a jamais été ratifiée par un traité international Eberhard Jäckel, Frankreich in Hitlers Europa – Die deutsche Frankreichpolitik im Zweiten Weltkrieg, Deutsche Verlag-Anstalg GmbH, Stuttgart, 1966 ; traduction : La France dans l'Europe de Hitler, (préface d'Alfred Grosser, traduction de Denise Meunier), éd. Fayard, , 1968, 554, , .. Annexée de facto, la Moselle, ou CdZ-Gebiet Lothringen, est séparée du reste de la Lorraine le , et intégrée au Gau Westmark comme un nouveau territoire du Reich. L'annexion allemande de 1940 se traduisit par quatre années de souffrances pour les Mosellans, expulsés, déplacés ou opprimés, et par la disparition de milliers de jeunes gens, incorporés de force dans l'armée allemande, les « malgré-nous », mais aussi de civils sous les bombes des belligérants.

Chronologie des événements Année 1939 À la déclaration de guerre le , près de 30 % du territoire de la Moselle se trouve entre la ligne Maginot et la frontière franco-allemande. . , soit 45 % de la population du département, sont évacuées pendant le mois de vers des départements du Centre et de l'Ouest de la France, essentiellement la Charente, la Charente-Inférieure, la Vienne, la Haute-Vienne et enfin la Haute-Loire qui accueillent les mineurs. L'ordre d'évacuation pour les villages frontaliers comme Oberdorff est donné dès le Eugène Jager et Victor Starck, 39-45 dans nos villages, destin frontalier des communes de Château-Rouge, Heining, Oberdorff, Tromborn et Voelfing, 1997.. Parmi les quelque , reviendront après la défaite.

Année 1940

De la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne le , à , la « drôle de guerre » donne l’illusion à la France qu’elle tiendra ses positions grâce à la ligne Maginot et à la vaillance de ses troupes, et qu'elle obtiendra la victoire, comme en 1918.

Le , Metz est déclarée « ville ouverte ». Le . , l’entrée des troupes allemandes dans cette ville marque le début d’une répression brutale, dont les Messins et les Mosellans ne se relèveront qu’en 1945. Le lendemain, le représentant de l’État à Metz, le préfet de la Moselle, est arrêté, signe de la défaite de la France. Quatre jours plus tard, la signature à Rethondes d’un traité d'armistice, entre la France et l’Allemagne, ôte les derniers espoirs aux Mosellans. Une semaine plus tard, le , une antenne de la Gestapo s'installe à Metz.

Pourtant un mouvement de résistance, l'« Espoir français », se forme fin , pour conjurer le mauvais sort et préparer le retour des troupes françaises. Il sera actif plusieurs mois. Dans le même temps les premières expulsions ont lieu dans la plupart des villes de Moselle. L’ancienne frontière de 1871 est rétablie le , marquant de facto l’annexion du département de la Moselle au Reich allemand. .

Le Gauleiter Josef Bürckel prend ses fonctions le à Sarrebruck, en tant que nouveau chef de l'administration civile allemande en Moselle. Le « CdZ-Gebiet Lothringen » remplace officiellement le département de la Moselle. Le , le préfet Bourrat est expulsé de ce nouveau « territoire allemand ». Les Messins résistent en silence et, à l'occasion de la fête de l'Assomption, organisent une manifestation francophile, place Saint-Jacques à Metz : la statue de Notre-Dame est fleurie aux couleurs tricolores. Les autorités allemandes réagissent immédiatement et expulsent le lendemain l'évêque de Metz, . Le , la Deutsche Volksgemeinschaft, « Communauté du Peuple allemand », est lancée en Moselle. Des milliers de Messins, fonctionnaires, patriotes ou anciens militaires, sont à leur tour expulsés.

Pour conjurer la résistance passive des Messins, le Gauleiter Bürkel organise en grande pompe son entrée officielle à Metz, le . Il se fait remettre les clés de la cité par Roger Foret, le dernier maire allemand de la ville en 1918. Résidant principalement à Neustadt dans le Palatinat, il ne revient que rarement à Metz. Informé des contrariétés de Bürkel au sujet des Lorrains mosellans, Hitler donne des ordres pour que la Moselle soit « germanisée en 10 ans ». Une ordonnance porte donc le sur la germanisation obligatoire du nom des habitants mosellans. Les Mosellans étant toujours réticents face à l’occupant, francophiles ou francophones, jugés « indésirables », sont expulsés vers la France de l'intérieur, du 11 au . Le , la Moselle est officiellement annexée au Reich. Elle est réunie à la Sarre et au Palatinat pour former une nouvelle province allemande, le Gau Westmark.

Conscient du ressentiment des Mosellans, le Führer Adolf Hitler ne fait pas de long discours à la population civile, lors de sa venue à Metz, le jour de Noël, Visite inopinée, article du Républicain Lorrain du 26 janvier 2013 sur republicain-lorrain.fr.. Hitler se contente de rendre visite à la SS, stationnée dans le secteur de Metz depuis , passant la nuit du 25 au à l'Hôtel des minesL'"Hôtel Royal" servira de PC à l'armée américaine le 22 novembre 1944. in Anthony Kemp: Lorraine - Album mémorial - Journal pictorial : 31 août 1944 - 15 mars 1945, Heimdal, 1994, (pp.340-341). de l'avenue Foch, en compagnie de Sepp Dietrich et des cadres de cette unité. Le lendemain , après avoir passé en revue ses troupes d'élite, Hitler leur fait un discoursHans Quassowski : Twelve Years With Hitler: A History of 1. Kompanie Leibstandarte SS Adolf Hitler 1933-1945, Schiffer Publishing Ltd, 1999, page 121. (Discours à la LSSAH, le à Metz)., et se rend dans l'après-midi à Sarrebourg, puis à Lutzelbourg, où il est reçu vers à l’hôtel des Vosges, pour fêter Noël avec les hommes du d'infanterie. Hitler repasse à Metz, cette fois secrètement, dans la nuit du 16 au , pour se rendre au Wolfsschlucht II de Margival.

Année 1941 Parallèlement à la politique d'expulsion mise en place l'année précédente, est mise en œuvre, dès 1941, une Volkstumspolitik, politique de germanisation, tendant à attirer en Lorraine des fermiers et des travailleurs Deutschstämmig, « de souche allemande », venus d’Allemagne ou d’Europe de l’est. Comme à l'Est, cette politique de repeuplement, ou Umvolkungspolitik, s'accompagne d'une politique d'exploitation systématique des ressources et s'appuie sur la création de nouvelles exploitations agricoles, fermes héréditaires pour les colons ou maisons d’ouvriersMarie Gloc : Architectures d’entre-deux : l’architecture rurale en Moselle entre 1870 et 1945 sur In Situ. Revue des patrimoines. ou sur la création de villages répondant aux critères de l'ordre nouveau. C’est ainsi que dans le Saulnois francophone, trois projets pour des communes rurales voient le jour à Bellange, Dalhain et VannecourtGilles Soubigou : L’architecture rurale : les communes de l’ordre nouveau, in Vestiges de guerre en Lorraine. Le patrimoine des conflits mondiaux, éditions Serpenoise, Metz, 2011 (p. 172-173)..

Le , un appel veut inciter les Mosellans à entrer dans l’organisation des Hitlerjugend. La germanisation des esprits se poursuit lentement, mais sûrementL'apprentissage de l'allemand à l'école se fait notamment par des comptines allemandes, comme « Hänschen klein » pour les plus jeunes, ou l'apprentissage de l'histoire mouvementée des Germains pour les plus âgés.. Les Bund Deutscher Mädel (BDM) recrutent activement dans les écoles mosellanes. Le ministre de l'Éducation et de la Propagande du Reich, Joseph Goebbels, se déplace en personne à Metz en 1941, pour visiter les locaux du Metzer ZeitungLe « Metzer Zeitung » reprend insidieusement le titre d'un journal de Metz fondé en octobre 1871 par les frères Lang, et qui avait cessé ses éditions le 15 novembre 1918. ( François Roth: Le Temps des journaux 1860-1940, Presses universitaires de Nancy, Bar-le-Duc, 1983, p.80 )., un journal de propagande incitant les Mosellans à adhérer aux organisations naziesL’armistice du 22 juin 1940 et les départements lorrains sur republicain-lorrain.fr.. Le , Bürckel demande, aux Mosellans francophiles, une déclaration d'option. Pour échapper à cette pression quotidienne, émigrent vers la France de l'intérieur entre le et le . La répression policière se fait plus brutale ; les premières condamnations prononcées par le Sondergericht, un tribunal spécial à Metz, tombent le de la même année. Le , le décret d'incorporation des Mosellans, garçons et filles de 17 à , dans le Reichsarbeitsdienst, « Service du Travail du Reich », siglé « R.A.D.», est publié en Moselle.

Le , un an après l’appel du général de Gaulle, des membres du mouvement « l'Espoir français » sont arrêtés. Le , c'est au tour des membres de la filière de Sarrebourg-Saint-Quirin d'être arrêtés. Fin juillet, le groupe « Mario », qui comptera quelque , se forme autour du résistant communiste Jean BurgerPatrick Schaeffer: Internements et déportations en Moselle (1940-1945) in Les Cahiers Lorrains, Société d'histoire et d'archéologie de la Lorraine, n°4, 1977 (p.121).. Le , sont expulsés de la Moselle vers la France de l'intérieur.

En , les jeunes gens de la classe 1922 sont incorporés au « Service du Travail du Reich ». En novembre, c'est au tour des jeunes filles de la classe 1923 de l'être aussi.

Année 1942 En , le Grand Séminaire de Metz, devenu inutile, devient une prison pour la Gestapo. Le groupe gaulliste Dehran se crée le , peu de temps avant le démembrement de la filière d’exfiltration de sœur Hélène Studler. Le , les jeunes gens de la classe 1923 et 1924 sont incorporés « R.A.D.». Le , Bürckel annonce la création d'une province-frontière définitivement allemande. En juillet, les jeunes filles de la classe 1924 partent à leur tour pour le « R.A.D.». Pour faire face aux pertes allemandes de plus en plus nombreuses, le « Kriegshilfsdienst, ou « KHD », enrôle de force des auxiliaires féminines en Moselle, à partir du : les « Malgré-elles ». La police allemande arrête les membres d’un réseau d'évasion à Rombas, le .