Les Raisins de la mort est un film d'horreur français réalisé par Jean Rollin en 1978. Il s'agit d'un des premiers films de zombies français, voire peut-être du tout premier.
Synopsis
Durant une brumeuse journée d'automne, une jeune femme du nom d'Elisabeth se rend dans les Cévennes pour retrouver son fiancé, Michel, lequel dirige une exploitation viticole à Roublès, un petit village de la région. Alors que le train qui l'emporte vient de pénétrer dans le massif montagneux, elle voit soudain s'introduire dans son compartiment un homme au regard fou et au visage rongé par une sorte d'horrible ulcère, lequel tente de l'agresser. Épouvantée, Elisabeth tire le signal d'alarme et s'enfuit dans la campagne environnante, jusqu'à une ferme isolée où elle est accueillie très froidement par un paysan revêche et sa fille qui paraît remplie de crainte. À sa grande frayeur, notre héroïne constate bientôt que son hôte porte lui aussi une plaie purulente, mais à la main. Malgré son attitude menaçante, il accepte de l'héberger pour un temps. Cependant, à peine Elisabeth est-elle installée dans une chambre que la fille du paysan lui enjoint immédiatement de repartir, l'avertissant avec panique que, depuis quelque temps, son père a développé une terrifiante maladie, une sorte de lèpre accompagnée de violents accès de fureur le poussant à commettre des meurtres. À peine a-t-elle d'ailleurs dit ces mots que le campagnard surgit devant elle, furieux de cette révélation, et qu'il la tue à coups de fourche. Toutefois, Elisabeth réussit à lui échapper et elle s'enfuit de nouveau, cette fois grâce à une voiture qu'elle a trouvée dans la cour de la ferme. Après une heure de route, l'automobile tombe en panne aux abords d'un village en ruine. Là, Elisabeth parvient à tuer un autre contaminé, un jeune homme au front gangrené qui avait voulu se jeter sur elle, puis elle se résout à continuer son périple à pied, jusqu'à ce qu'elle trouve de l'aide dans une quelconque agglomération.
Errant sur les hauts-plateaux des Cévennes, elle ne tarde pas à rencontrer Lucie, une jeune handicapée mentale aveugle qui lui explique qu'elle a fui son village situé non loin de là, parce qu'il s'y était produit un événement à la fois terrifiant et inexplicable pour elle, une sorte de panique collective. Intriguée et croyant enfin trouver du secours, Elisabeth l'aide à rentrer chez elle, mais lorsque les deux femmes arrivent enfin au village, elles ne découvrent qu'un lieu ravagé aux rues jonchées de cadavres, comme si l'on y avait perpétré un grand massacre. Sur ces entrefaites, la nuit tombe. Se résignant à rester quand même jusqu'à l'aube dans cet endroit sinistre, Elisabeth raccompagne Lucie jusqu'à sa maison (où règne le plus grand désordre), mais, à ce moment précis, des bâtiments du village sortent soudain de vastes groupes de contaminés aux yeux hagards, la peau rongée de plaies suintantes, lesquels se précipitent avec agressivité vers les deux jeunes femmes. Très vite, Lucie est capturée et tuée. Quant à Elisabeth, elle est sauvée in extremis par une grande femme blonde qui s'est barricadée dans l'ancienne demeure du maire du village. Extérieurement, elle paraît normale, mais son comportement comme ses propos ne laissent pas d'être bizarres. Malgré une légère appréhension à son égard, Elisabeth la convainc de l'aider à quitter ce village maudit et de la protéger jusqu'à ce que toutes deux trouvent enfin des secours, ce que l'autre accepte volontiers. À peine sont-elles ressorties de la maison qu'Elisabeth s'aperçoit que son hôtesse est elle aussi une contaminée : seulement, elle n'a développé que les symptômes neurologiques de la maladie et ne porte aucune lésion cutanée. L'empoignant avec force pour qu'elle ne puisse pas se défendre, elle la livre aux villageois complètement fous qui commencent à la torturer. Cependant, au même moment déboule dans le village un camion conduit par deux paysans en parfaite santé, Pierre et Paul. Ils ont fui leur exploitation où leurs camarades étaient atteints de la même "rage lépromateuse" et, comme Elisabeth, ils sillonnent les Cévennes pour essayer d'échapper aux contaminés. Abattant les enragés à coups de fusil, ils sauvent notre héroïne, mais leur camion est détruit par la grande femme blonde, laquelle, dans un accès de folie furieuse, y met le feu et provoque son explosion (causant ainsi sa propre mort). Les trois compagnons se retrouvent donc contraints de déguerpir à pied. Lorsqu'ils se sont enfin mis en sûreté, Elisabeth apprend de ses deux acolytes qu'ils connaissent l'emplacement du vignoble de Roublès. Comme elle veut à tout prix revoir Michel, son fiancé, et surtout savoir s'il a aussi été touché par cette épidémie, elle les convainc de l'emmener jusque-là.
Dès le lever du jour, le trio reprend sa marche. Après une journée sur des chemins déserts, il arrive enfin à l'exploitation viticole de Roublès, laquelle semble parfaitement vide, comme abandonnée précipitamment. Découvrant un téléphone en état de marche, Pierre et Paul appellent la gendarmerie qui leur promet de leur envoyer un hélicoptère pour les conduire dans un lieu sûr. De son côté, Elisabeth explore les bâtiments silencieux et elle y aperçoit soudain Michel, complètement enragé et le visage atrocement défiguré. Toutefois, en la voyant, il redevient partiellement lucide et, malgré sa souffrance, il lui explique la cause de l'horrible épidémie qui ensanglante les Cévennes. Pour améliorer leurs rendements, les dirigeants du vignoble de Roublès avaient décidé de traiter leurs vignes avec un nouveau pesticide. Ce dernier était un poison dont l'ingestion entraînait une folie meurtrière doublée de nécroses cutanées. Passant dans le vin produit avec les grappes ainsi traitées, il a contaminé les habitants de toute la région, engendrant de la sorte le cauchemar auquel a assisté la jeune femme. À cet instant, Paul intervient, anxieux de ne plus trouver Elisabeth. Dès qu'il l'aperçoit, Michel est repris par sa rage et tente de le tuer, ce qui oblige le paysan à l'abattre. Mal lui en prend. Rendue folle de douleur et de désespoir par le trépas de son fiancé - lequel s'ajoute à toutes les épreuves qu'elle a endurées -, Elisabeth le tue à son tour, avant de descendre également Pierre qui était parti à la recherche de son ami. Elle bascule ensuite dans le délire, incapable de mesurer la gravité de ce qu'elle a commis.
Fiche technique Autre titre : Pesticide Réalisation : Jean Rollin Scénario : Jean Rollin et Jean-Pierre Bouyxou Dialogues : Jean Rollin et Christian Meunier Directeur de la photographie : Claude Becognée Prise de son : Henri Humbert et Claude Panier Montage : Christian Stoïanovich et Dominique Saint-Cyr Effets spéciaux : Alfredo Tiberi, Raphaël Maronjiu et Yannick Josse Musique : Philippe Sissmann Sociétés de production : Rush Production, Off Production et les Films ABC. Producteurs : Claude Guedj et Jean-Marc Ghanassia Distribution : Rush Distribution Pays de production : lieux de tournage : Saint-André-de-Vézines (Aveyron) Durée totale : Couleur : couleur Limite d'âge : interdit aux moins de 18 ans en 1978Cette limite d'âge correspondait à notre actuelle interdiction aux moins de 16 ans ; interdit aux moins de 16 ans depuis 1990. Dates de sortie : France : Allemagne:
Distribution Marie-Georges Pascal : Élisabeth Félix Marten : Paul Patrice Valota : Pierre Serge Marquand : Lucien, le paysan à la fourche Patricia Cartier : Antoinette, la fille du paysan Mirella Rancelot : Lucie, l'aveugle Paul Bisciglia : Lucas, le fiancé de Lucie Brigitte Lahaie : la grande femme blonde Michel Herval : Michel, le fiancé d'Élisabeth Évelyne Thomas : Brigitte, l'amie d'Élisabeth François Pascal : Kowalski, le « malade » du train Olivier Rollin : le « malade » au front putréfié Jean-Pierre Bouyxou : le « malade » à la faux Guillaume Le Vacher : un jeune « malade » Raphaël Marongiu : le mort dans le pressoir Jean Rollin : un employé de l'exploitation
Histoire du film En 1977, Jean-Marc Ghanassia, qui avait financé Lèvres de sang, s'associa avec un homme d'affaires du nom de Claude Guedj pour mettre en chantier un film à grand spectacle inspiré non seulement des films-catastrophes américains qui remportaient un vif succès à cette époque (comme La Tour infernale ou L'Aventure du Poséidon), mais aussi, et surtout, des films de zombies, nouveau genre qui avait été mis à la mode une décennie plus tôt par George Romero avec sa Nuit des morts-vivants et que des cinéastes comme Amando de Ossorio ou Lucio Fulci avaient contribué à populariserCf. Norbert Moutier, Jean Rollin, Paris, Monster Bis, 2010, p. 20 et 21, et Norbert Moutier, Les Actrices de Jean Rollin, Paris, Monster Bis, 2010, p. 49.. Pour mener à bien leur projet, ils firent appel à Jean Rollin, lequel avait provisoirement renoncé au fantastique après l'échec de Lèvres de sang et ne tournait plus depuis 1975 que de médiocres films pornographiques à visée purement alimentaire. Las de ce type de cinéma qui ne convenait guère à sa personnalité, il accepta spontanément la proposition des deux producteurs, quoique certains de ses aspects ne l'eussent guère enchanté. En effet, Jean Rollin n'appréciait pas du tout le thème des zombies. Ces créatures mécaniques, dépourvues de langage comme de conscience et mues uniquement par des instincts reptiliens le rebutaient profondément, parce que leur absence désolante de sentiments et de psychologie empêchait de concevoir la moindre empathie à leur égardCf. Norbert Moutier, Jean Rollin, p. 27, 28 et 51.. À ses yeux, elles ne renfermaient pour toutes ces raisons aucune poésie, contrairement aux vampires qui, eux, détenaient une vraie personnalité. En outre, la perspective de se lancer dans le gore ne le séduisait que très peu, car il n'avait jamais aimé filmer des meurtres répugnants ou de la violence gratuite : de telles images lui paraissaient totalement inesthétiquesCf. www.devildead.com/bifff/bifff20-6.php3 et Norbert Moutier, Jean Rollin, p. 78.. Plus généralement, Jean Rollin désapprouvait les films d'épouvante cherchant à provoquer chez le spectateur un choc nerveux par la vision de choses abominables, et il préférait de loin les productions sans effusions de sang qui reposaient d'abord sur une ambiance mystérieuse, étrange et inquiétante, comme les films fantastiques américains des années 1930Cf. Norbert Moutier, Jean Rollin, p. 44, 75 et 76.. Cependant, comme la proposition de Guedj et Ghanassia constituait une chance inespérée de s'arracher au ghetto du X et de reconquérir enfin une honorabilité perdue, il y adhéra et accepta de réaliser Les Raisins de la mort.
Conformément à ses habitudes, Rollin revendiqua le droit d'écrire le scénario du film et ses producteurs le lui accordèrent. Toutefois, ils l'obligèrent à concevoir un road-movie et le forcèrent à introduire plusieurs références à La Nuit des morts-vivantsCf. Norbert Moutier, Jean Rollin, p. 21, et Norbert Moutier, Les Actrices de Jean Rollin, p. 49.. Comme Jean Rollin n'avait aucun goût pour le modèle romérien du zombie, il décida que les créatures fantastiques du film ne seraient pas des cadavres animés, mais des individus bien vivants victimes d'un dangereux produit utilisé inconsidérément pour traiter les vignes. Sous l'effet de ce poison, ils développeraient une sorte de rage accompagnée de nécroses cutanées, qui les pousserait à commettre des meurtres avant de les tuer par dégénérescence du cerveau. Néanmoins, au cours de cette maladie, ils pourraient encore connaître des intervalles de lucidité et découvrir l'horreur de leur état ou de leurs actes. De la sorte, contrairement aux revenants mécaniques de George Romero, les zombies des Raisins de la mort seraient des personnages pathétiques, tiraillés entre leurs pulsions meurtrières et leur volonté d'y résisterCf. Norbert Moutier, Jean Rollin, p. 27 et 78..